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ORIGNAL [oʀiɲal], ORIGNAUX [oʀiɲo]
n. m.

Rem.

1. Orignaux a aussi servi de pluriel à la variante ancienne orignac (voir ci-dessous). 2. Aussi prononcé (pop.) [ɔʀɲal], [ɔʀɲo]. 3. Employé parfois au féminin dans certaines régions (notam. la Côte-Nord).

  

Cervidé de grande taille, à pelage brun, pourvu de pattes longues et robustes, de hautes épaules surmontées d’une bosse et (chez le mâle) de larges bois plats et palmés à l’arrière, commun dans les régions nordiques de l’Amérique et de l’Eurasie (Alces alces).

2011, G. Tapp, Orignal [photo], CC BY-SA 3.0 Wikimedia Commons. https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Orignal_-_Moose_1_(profil_-_profile).jpg

L’orignal est souvent considéré comme le roi des forêts canadiennes. Un orignal mâle ( buck). Un orignal femelle ou (souvent) une orignale.

Aller, partir à l’orignal, à la chasse à l’orignal. Caller l’orignal : à la chasse à l’orignal, imiter le cri de la femelle pour attirer le mâle.

Pistes d’orignaux.

Trail d’orignal : chemin battu par l’orignal lors de ses déplacements. Ravage d’orignal : dans une forêt, territoire où les orignaux se réfugient pendant l’hiver. Traverse d’orignaux : zone où les orignaux ont l’habitude de traverser une route.

Mocassins en cuir, en peau d’orignal.

2014, Hurons de la Lorette, Mocassins en cuir d'orignal [photo], Wikimedia Commons. https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Mocassins,_orignal,_coton.jpg

(En composition). Bois d’orignal : autre nom de l’érable de Pennsylvanie, ou de la viorne à feuilles d’aulne (dont se nourrit l’orignal). Mouche, taon à orignal : espèce de gros taon (fam. des tabanidés).

 Viande de ce cervidé, appréciée pour sa délicatesse.

Fesse, quartier d’orignal. Steak d’orignal. Cipaille, tourtière à l’orignal.

 Peau ou cuir de ce cervidé, utilisé notam. dans l’artisanat traditionnel.

1958, Archives de l'Ontario, Préparation de la peau d'orignal pour en faire de la babiche [photo], CC BY 2.0, Wikimedia Commons. https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Stanley_Naveau_moosehide.jpg

Babiche d’orignal. (Ancienn.). Souliers, bottes d’orignal.

Rem.1. En France, on utilise plutôt élan pour nommer le même animal. Ce mot est connu au Québec, mais il est relativement rare; les spécialistes l’employaient souvent, avant les années 1960, dans l’appellation élan d’Amérique qu’ils ont remplacée par orignal. 2. Orignal est un mot très répandu dans la toponymie québécoise (voir RTQ 1987 et BlaisTop).

Nous suivions quelque fois une lieüe ou deux ces mêmes pistes; ensuite nous trouvions cinq, dix, quinze ou vingt Orignaux ensemble; qui conjointement ou separément prenoient la fuite, & s’enfonçoient dans la nége, jusqu’au poitral. 1703, Nouveaux voyages de Mr. le baron de Lahontan, t. 1, p. 75.

Vers midi, ils aperçurent à la lisière d’une petite clairière que longeait le sentier des portageurs, un gros orignal brun qui frottait son large panache contre le tronc rugueux d’une épinette; le fauve était solidement planté sur ses longues jambes et tournait contre le vent son énorme tête exsangue. 1925, D. Potvin, Le Français, p. 292.

L’orignal se nourrit d’herbe, de menues branches et de feuilles, mais il affectionne plus que tout, en été, les racines et les feuilles des nénuphars; il est capable de rester de longs moments sous l’eau, complètement submergé, pour atteindre les racines si succulentes à son point de vue. 1936, H. Bernard, Le petit chasseur, p. 41.

Aubertin, le charbonnier, était maître chez lui. Cela se voyait aux calendriers de la maison, dont l’image était entièrement consacrée à la représentation de la nature sauvage, des montagnes, des eaux, des forêts, et à une tête d’orignal, énorme dans le petit salon, les yeux gros, renfrognée sous son panache, qui ne disait mot; on ne pensait pas moins que derrière ce trophée, comme derrière le paysage des calendriers, il y avait le chasseur, l’autorité du mâle, le charbonnier lui-même, fusil sur l’épaule et poignard à la main. 1962, J. Ferron, Cotnoir, p. 37.

Dans cette région-là, on était sûrs de rencontrer de l’orignal assez facilement parce qu’il y en avait en abondance, pis bon, c’était trop loin pour que les chasseurs puissent se rendre là l’été, il y avait pas de chantier, on était en pleine nature.  1971, Gaspé, AFEUL, J. Houde 2 (âge de l’informateur : 50 ans).

C’est le temps des pacages gris, des branches nues, des feuilles pourchassées par le vent [...]; c’est la saison des orignaux crucifiés sur le toit des voitures triomphantes qui s’en retournent vers les villes. 1975, R. Carrier, Le jardin des délices, p. 5.

 Rare adj. Qui évoque l’orignal.

Son visage buriné, sa lourde chevelure à peine argentée malgré son âge, ses lèvres lourdes presque orignales, toute sa démarche inaperçue, tout son être chargé de silence, presque effacé, secret, d’un seul coup devient ostensible [...]. 1982, P. Perrault, La bête lumineuse, p. 37.

 (Variantes anciennes).

 Orignac (au pluriel orignaux, parfois orignacs).

Apres qu’il eust achevé sa harangue, nous sortismes de sa Cabanne, & eux commencerent à faire leur Tabagie, ou festin, qu’ils font avec des chairs d’Orignac [...]. 1603, S. de Champlain, Des Sauvages, p. 4.

 (Surtout en Acadie). Orignat

Les Eslans ou Orignats sont frequens en la Province de Canada, & fort rares a celle des Hurons, d’autant que ces animaux se tiennent & retirent ordinairement dans les pays plus froids & remplis de montagnes [...]. 1632, G. Sagard, Le grand voyage du pays des Hurons, p. 308; voir aussi PoirAc 206 et ComAc, qui l’écrivent orignât.

 (Par confusion avec un autre mot, voir Histoire). Rare Original (pluriel originaux).

 (Variantes pop.).

 Orignau (au sing.).

C’est l’oiseau et l’alouett’ Qui vouloient se marier, [bis] [...] Mais ils n’ont rien [à] manger. Ils vir’t venir un corbeau, Dans son bec un orignau1830 env. chanson de voyageurs canadiens-français, éd. par M. Barbeau, dans JAF 67/264, 1954, p. 156.

 Orignals (au pluriel).

Histoire

Depuis 1661 (dans RJ 46, p. 140 : Les sauvages vivent de viande dorignal); une première fois en 1636, chez G. Sagard, au pluriel (v. Histoire du Canada, p. 86 : des Eslans ou Orignals), mais il s’agit peut-être d’une coquille de l’éditeur puisque l’auteur utilise régulièrement orignat (pluriel -ats) dans ses écrits; le pluriel orignaux est attesté depuis 1634 (v. RJ 5, p. 134 : les Sauvages prirent huict élans, ou orignaux). Orignal est issu de orignac (depuis 1603, Champlain), qui domine jusque dans les années 1660 et qui est par la suite attesté de façon épisodique jusque vers la fin du XVIIIe s. Orignac est au départ la forme plurielle d’un mot basque qui s’applique à tous les cervidés et que les Français ont appris des pêcheurs basques qui venaient pêcher sur les côtes de l’Atlantique (v. M. Lescarbot, Histoire de la Nouvelle France, 1609, p. 595 : « les Basques appelle[n]t un Cerf, ou Ella[n], Orignac »; v. aussi FriedAm, s.v. orignal, FEW basque orein 20, 18b, et M. Löpelmann, Etymologisches Wörterbuch der baskischen Sprache, 1968, s.v. orein). L’émergence de la forme orignal au détriment de orignac est due à une réfection analogique qui s’explique par le fait qu’au XVIIe s. les finales -ac et -al étaient encore souvent confondues puisque la consonne pouvait être muette (ce qui explique du même coup la variante orignat, attestée depuis 1632, chez Sagard); comme ces deux finales pouvaient faire leur pluriel en -aux (cp. arsenaux, forme plurielle de arsenac ou arsenal à cette époque), l’attraction de la finale -al, utilisée dans un plus grand nombre de mots, a eu une influence décisive (v. les explications à propos du cas d’arsenal dans Fur 1690 et 1727, VaugRem 474-475, AcVaug 465-466, NyropGramm2 3, p. 153, qui signale aussi le cas de orignal, FEW 19, 39a, RobHist et CatOrth, s.v. arsenal). La forme original (depuis 1664) est due à une erreur typographique, par confusion avec un mot français usuel, qui apparaît dans des relations et sur des cartes anciennes et qui a été reprise dans des dictionnaires depuis Littré (voir aussi Académie 1878, Besch 1892, Quillet 1937-1974); cette forme n’a jamais eu d’existence réelle et a été régulièrement rejetée comme étant une erreur par les commentateurs québécois (v. p. ex. Dunn : « N’en croyez pas l’Acad[émie] lorsqu’elle dit qu’on appelle ainsi l’Elan du Canada, notre magnifique Orignal. »). Orignal (ou orignac) figure dans les dictionnaires français depuis le début du XVIIIe s. (v. Trévoux 1704, Richelet 1732, Littré, Quillet 1937-1948, Robert 1953 et 1985, PRobert depuis 1967, Larousse 1960, TLF). Il est également attesté dans des textes anglais traduits de documents anciens relatifs à la Nouvelle-France ou faisant référence au français du Canada (v. ClapAmer, DictCan, Craigie, Mathews et OED).

Version du DHFQ 1998
Pour poursuivre votre exploration du mot orignal, consultez notre rubrique Les fins mots de l'histoire et visionnez notre capsule vidéo Dis-moi pas!?
Trésor de la langue française au Québec. (1998). Orignal, orignaux. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 24 mai 2024.
https://www.dhfq.org/article/orignal-orignaux