PAIN [pẽ]
n. m.
Aliment fait de farine et d’eau, fermenté et cuit au four.
VieilliPain d’habitant, de confection artisanale, fait à la maison. Cour.Pain au lait (par oppos. à pain à l’eau) : pain à mie blanche et moelleuse, dans la préparation duquel l’eau a été remplacée par du lait. Pain tranché, en tranches, coupé mécaniquement en tranches régulières et emballé pour la vente.
Pain au lait tranché.
Pain de blé (entier), fait de farine brute dans laquelle on trouve tous les éléments constitutifs du grain.
Rem.Appelé pain complet en France.
Pain blanc, fait de farine blanche.
2023, TLFQ, Pain blanc tranché [photo].Du pain blanc enrichi.
Rem.L’appellation pain blanc n’est pas particulière au Québec, mais paraît y être plus répandue qu’en France du fait de l’opposition brun/blanc qui est courante.
Pain brun, fait de farine brute ou d’un mélange de farines, généralement considéré comme nutritif.
Un sandwich au pain blanc ou brun.
Pain de ménage, fabriqué industriellement de nos jours mais qui rappelle, par sa forme rebondie et par ses larges tranches lorsqu’il est coupé, le pain traditionnellement cuit à la maison.
Rem.Bien attesté également pour désigner, comme en France, ce dernier type de pain, devenu rare aujourd’hui.
Pain de fesses, fesses de pain : grosse miche faite de deux pains cuits dans le même moule. Pain croûté, dont la croûte est épaisse, croustillante et la mie légère.
(Pain) baguette : tout pain de forme allongée.
2022, TLFQ, Pain croûté [photo]. 2023, Charles Breton, Pains baguettes [photo].Des pains baguettes.
Rem.L’appellation baguette en France ne s’applique qu’à un seul des pains longs, soit celui de poids moyen, entre la ficelle et le pain parisien.
Pain français : syn. de pain baguette ou de pain croûté.
Pain de sole, (cuit) sur la sole, cuit directement sur la sole d’un four.
2022, TLFQ, Pain français [photo].Rem.Cette appellation est utilisée pour rendre compte d’une manière de faire cuire le pain qui est moins courante au Québec, où la plupart des pains sont cuits dans un moule, à la manière anglo-saxonne.
Pain aux raisins, qui contient des raisins secs.
2023, Charles Breton, Pain aux raisins [photo].Rem.Différent de la pâtisserie en spirale appelée pain aux raisins en France et brioche ou danoise au Québec.
Petit pain, servi à chacun comme accompagnement du repas.
(D’après l’utilisation à laquelle le pain est destiné). Pain (à) sandwich, (à) hot-dog, (à) hamburger, à sous-marin. (Petit) pain à salade, qui peut être fourré.
Pain pita.
Le soir, avant de partir, il fallut prendre le souper, un de ces repas sans épargnes, tel qu’en donnaient les anciens Canadiens : corbeilles entassées de gros morceaux de pain d’habitant, grands vaisseaux de lait, briques de lard froid, larges soucoupes de sirop d’érable, tout était en abondance; c’était le cas de répéter cette devise de nos pères : plus la table est chargée, plus on est riche et poli. 1887, J.-B. Proulx, « Une pêche au flambeau », dans La Minerve, Montréal, 9 septembre, p. 6.
Le pain d’habitant, le robuste pain de nos ancêtres est rare aujourd’hui. Les goûts dépravés de certaines gens lui ont substitué le pain blanc. Le « pain blanc », au teint pâle et livide prend des airs de ville. 1917, G. Bouchard, Premières semailles, p. 25-26.
En entrant dans la salle à manger, Jacqueline fut frappée de la longueur de la table. La nappe de dentelle, le nombre d’ustensiles et de verres, les bougies [...]. Mais elle remarqua aussi qu’il n’y avait rien à manger autre qu’un pâle petit pain soigneusement caché dans la serviette de chacun et qui honteusement ne se montrait que le nez. 1951, R. Viau, Au milieu, la montagne, p. 275.
La voiture [du boulanger] est maintenant devant notre logis. [...] Celui-ci [...] grimpe l’escalier lestement et pourtant, il est chargé au maximum. Il a un pain tranché sous un bras, un autre « en fesse » sous l’autre bras, il tient, sur son avant-bras gauche, une tarte aux raisins, une aux bleuets et une autre aux fraises, sur son avant-bras droit nous admirons, langue sortie, un beau gâteau glacé au chocolat, un autre à la vanille décoré de cerises bien rouges et une paire de « roulés » comme on les aime tant. 1972, Cl. Jasmin, La Petite Patrie, p. 80-81.
Idéalement, on ne devrait pas avoir à jouer avec le sélecteur [du grille-pain] chaque fois qu’on change de type de pain. [...] Pour évaluer ce point, nous avons fait rôtir du pain de blé entier, du pain de seigle, du pain aux raisins, des gaufres congelées et des muffins anglais. Nous avons fait les essais aux positions pâle et foncé employées pour le pain blanc. 1988, Protégez-vous, juin, p. 39.
De la farine au yogourt, en passant par le café et les pains à hamburgers, les produits de marques privées sont présents dans toutes les sections des supermarchés. 2022, La Presse (site Web), Montréal, affaires (entreprises), 29 août.
Fig.
Le métier de boulanger artisanal n’avait plus sa place dans notre société de pain sandwich! 1993, Voir, Montréal, sem. du 2 au 8 décembre 1993, p. 5; cahier spécial.
Petit pain de Sainte-Geneviève : pain sans levain, de la grosseur d’une noix, distribué aux fidèles qui le conservent pour se préserver de la famine, de la pauvreté.
La bénédiction des petits pains de Sainte-Geneviève, cérémonie qui a lieu tous les ans, dans la vieille chapelle de Notre-Dame des Victoires, s’est répétée dimanche dernier. On estime que 25,000 petits pains ont été bénis […]. 1921, La Presse, Montréal, 11 janvier, p. 7.
La rue Sainte-Geneviève [à Québec] devient rue des Pains-Bénis parce qu’elle se trouve près de l’église Notre-Dame-des-Victoires où l’on bénit chaque année les petits pains de Sainte-Geneviève. 1994, Le Soleil, Québec, 8 décembre, p. B2.
Nous confectionnons des bonnets pour nourrissons ainsi que des marionnettes au doigt, sans oublier les petits pains de Sainte-Geneviève que nous faisons chaque année pour la paroisse. 2020, Le Journal de Sainte-Foy, Québec, mai, p. 14.
(Dans une comparaison, en parlant de produits de consommation). Partir, se vendre, etc., comme des petits pains chauds ou, plus rarement, comme des pains chauds, très rapidement.
Rem.En France, on dit se vendre, s’enlever comme des petits pains (voir Histoire).
Notre reporter a voulu se procurer des numéros des journaux qui contenaient l’entrevue avec M. Whelan pour les donner à des gens affamés de détails au Saint Lawrence Hall, mais le vétéran des « news-dealers, » M. Monette lui a dit que tous avaient été vendus comme des petits pains chauds et que s’il avait eu des milliers d’Empire, de Minerve et de Gazette il aurait fait une recette sans précédent. 1891, La Minerve, Montréal, 13 novembre, p. [2].
Notre Ligne Spéciale de Chapeaux Garnis à $5.00 va se vendre comme des petits pains chauds, demain. Le lot comprend nombre de modèles vraiment attrayants, de couleurs et styles tout à fait nouveaux. 1907, La Presse, Montréal, 3 mai, p. 13 (annonce).
Les billets s’enlèvent comme des petits pains chauds et on est dès à présent certain que l’assistance sera extrêmement nombreuse. 1913, Le Soleil, Québec, 26 mars, p. 3.
Un beau spécial, cette semaine [/] Deux belles brosses en poil de chameau [/] Pour le prix d’une! Une vraie aubaine [/] Et pis ça s’vend comme des pains chauds! 1969, Cl. Des Rochers, Sur un radeau d’enfant, p. 174 (poème).
La Ville de Montréal s’apprête à ouvrir les pistes cyclables aux adeptes du patin à roulettes alignées. […] « Il y a actuellement entre 70 000 et 150 000 patineurs sur l’île de Montréal et les patins se vendent comme des petits pains chauds. La Ville n’a pas le choix : elle doit vivre avec cette nouvelle réalité » […]. 1995, La Presse, Montréal, 12 mai, p. A1.
Les fabricants ont su tirer profit de tous les événements marquants des dernières années. C’est ainsi que des cravates représentant des dinosaures se sont vendues comme des petits pains chauds l’an dernier après la sortie du film Le parc jurassique. 1995, Le Soleil, Québec,18 juin, p. B3.
Les femmes qui achètent chez moi suivent la mode. Il y a beaucoup de modes différentes qui sont passées au fil des époques. Les hots pants, les jumpsuits, les pantalons carrés, les cravates pour les femmes. Ensuite, il y a eu la folie des bijoux. Ils se vendaient comme des petits pains chauds. Les costumes de cuir aussi ont été très populaires. 2017, M. Gamache, La femme derrière le nom, p. 90.
Même s’ils se paient parfois « dans les six chiffres », cela n’empêche pas les « pick-up » de se vendre comme des petits pains chauds. 2021, Le Charlevoisien, Baie-Saint-Paul, 14 avril, p. 4.
Par anal.
(Pour désigner des sortes de gâteaux). VieilliPain sucré (Acadiepain doux). Fig., vieilliAppellatif à l’adresse du favori, du préféré de la famille (généralement le dernier-né).
VieilliPain de Savoie : gâteau, biscuit de Savoie.
Moule à pain de Savoie.
VieilliPain des anges : gâteau léger et spongieux, comprenant des blancs d’œufs (couramment appelé gâteau des anges).
Cour.Pain aux noix, aux pommes, aux bananes, etc. : gâteau cuit dans un moule rectangulaire que l’on coupe en tranches.
Les paroissiens plus riches ou plus fiers faisaient crêmer en sucre blanc une partie de leur pain bénit et couronnaient le tout par un pain de savoie. 1939, P.-G. Roy, dans Les Cahiers des Dix, no 4, p. 81.
Notre vieil ami nous avait déjà préparé une soupe aux pois, [...] des fèves au lard, et du pain sucré, comme seuls les gens qui ont fréquenté les chantiers de bois au Canada savent en faire. 1940, O.-Ch. Pelletier, Mémoires, souvenirs de famille et récits, p. 138.
Espèce de petit pain sucré! Ta mère t’achetait des robes neuves à tout bout de champ, puis tes sœurs qu’étaient en âge de se marier se contentaient de leu vieux butin. 1952, J. Bernier, Je vous ai tant aimé, 23 avril, p. 4 (radio).
Chez Bill, les préparatifs de la partie de cartes battaient leur plein. [...] Mme Lafrenière avait acheté un gros jambon, des hors-d’œuvre, des cacahuètes, et elle venait de tirer du fourneau un pain des anges odorant et ventru. 1958, G. Bessette, La bagarre, p. 77.
Des petits trucs pour rendre alléchante la boîte à goûter de l’écolier [titre]. [...] Les gâteaux ne sont pas recommandés et peuvent être avantageusement remplacés par du pain aux bananes, aux raisins, aux fruits ou par des muffins. 1992, La Presse, Montréal, 8 septembre, p. C15.
J’ai passé la nuit à siroter mon café et à manger mon pain aux bananes bercé par la mélancolie de la corne de brume, repassant en revue les événements de la soirée, où j’avais en définitive perdu mes deux femmes. 2016, M.‑È. Sévigny, Sans terre, p. 217.
« À l’époque, ma mère faisait des gâteaux de noces de 4 ou 5 étages, avec des fontaines et des fleurs. Ses p’tits pains sucrés étaient tellement bons que j’ai décidé d’apprendre à en faire. Une seule recette, c’était pas assez, parce qu’on était 11 enfants! » […]. 2021, Le Producteur de lait québécois, septembre, p. 43.
Pain de viande : mets fait de viande hachée et de légumes, cuit dans un moule qui lui donne la forme d’un pain, puis découpé en tranches.
1994, R. Comet, Pain de viande [photo], Wikimedia Commons. https://commons.wikimedia.org/wiki/File:MeatloafWithSauce.jpgPain de viande, de poulet : charcuterie à saveur douce faite d’un mélange de viandes hachées, moulée en forme de pain (aussi appelée simili-poulet dans le cas du pain de poulet).
Rem.Le mets appelé pain de viande en France est quelque peu différent (voir Histoire).
Gérald Godin n’a fait qu’une lampée de la soupe-du-jour-tomates-et-riz, hier midi, au snack Chez Mamie, coin Gilford et de Lanaudière, à Montréal. « J’ai une faim de loup! », a-t-il lancé, théâtral, en s’attaquant à un pain de viande fumant. 1989, La Presse, Montréal, 23 août, p. A1.
À ma grande joie, les nouveaux propriétaires [du restaurant] ont conservé la vocation première du lieu : Cuisine canadienne maison, repas complets, repas légers... je revois sans effort le classique menu du jour à 1,25 $ : soupe tomate et alphabet, pain de viande, breuvage et pour dessert, le choix le plus cruel qu’on puisse imposer à un être humain, Jell-O, pruneaux ou blanc-mange! 1992, M. Rivard, dans Le Devoir, Montréal, 29 août, p. A4.
Beverly arrive à tout concilier. Toujours parfaitement coiffée et maquillée, efficace et souriante, elle satisfait son mari au lit comme à table. Sa maison reluit de propreté, une tarte aux pommes tiédit sur le comptoir, et le pain de viande cuit au four. Elle est attentive à ses enfants et trouve une solution à tous leurs problèmes. Pour assurer le bonheur des siens, mom est prête à tout. Absolument tout! 1994, La Presse, Montréal, 16 avril, p. D7.
Vous pouvez la [sic] transformer en boulettes, en pain de viande ou en burger, le bœuf haché entre dans la composition de nombreuses recettes. 2022, Le Journal de l’Ancienne-Lorette/Val-Bélair/Shannon, Québec, décembre, p. 16.
Pain de suif : masse de suif, de graisse animale.
Dressé de tout son long et figé comme un pain de suif, il écoutait : l’eau frappait le plancher du haut. [/] – Grèye les petits! Envoye fort. On va tenter de se sauver avant que la maison croule. 1942, G. Guèvremont, En pleine terre, p. 96.
[…] c’est le moment de bien se préparer pour aider ses visiteurs [les oiseaux] à affronter les rigueurs de Dame Nature. Cela suppose entre autres de garnir les mangeoires avec régularité et d’assurer un apport de protéine en offrant des cacahuètes, du suif animal, des pains de suif commerciaux ou maison. 2013, L’Arrivage d’Adstock, novembre, p. 7.
Fig. Lourdaud, maladroit, propre à rien.
Cette puanteur de policier est assise en face du pasteur. A osé s’asseoir quand le pasteur est debout. Le pain de suif que j’ai déjà anéanti regarde le pasteur avec insolence. Bien calé sur sa chaise de paille. 1982, A. Hébert, Les fous de Bassan, p. 163.
Pain de sucre : brique de sucre d’érable.
Un pain de sucre du pays.
Élévation plus ou moins importante de terrain (pic, colline, rocher) en forme de pointe.
Rem.Bien attesté dans la toponymie québécoise (voir RTQ 1987). Dans le domaine de la géomorphologie, pain de sucre se dit d’un piton de granit caractéristique des régions de climat tropical humide (p. ex. le Pain de Sucre de Rio de Janeiro).
Par ext. Cône d’eau glacée qui se forme au bas d’une chute en hiver.
1994, Lisette Benard, Pain de sucre de la chute Montmorency [photo], CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons. https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=28231095Le pain de sucre de la chute Montmorency.
Sur le midi le temps s’éclaircit, et nous vîmes à l’aise la côte bordée d’une grande quantité de rochers qu’on nomme pains de sucre, parce qu’ils en ont la figure; ils étaient encore tous couverts de neige. 1706 env., dans RJ 66, p. 80.
Pierre Gagnon s’aperçut, aux granulations du sirop, que l’opération était à sa fin et il annonça par un hourra qui retentit dans toute la forêt, que le sucre était cuit! La chaudière fut aussitôt enlevée du brasier et déposée sur des branches de sapin où on la laissa refroidir lentement, tout en agitant et brassant le contenu au moyen d’une palette ou mouvette de bois; puis le sucre fut vidé dans des moules préparés d’avance. On en fit sortir, quelques moments après, plusieurs beaux pains de sucre, d’un grain pur et clair. 1862, A. Gérin-Lajoie, « Jean Rivard, le défricheur canadien », dans Les Soirées canadiennes, vol. 2, p. 130.
Cette chute, vue du Saint-Laurent où nous étions, est d’une beauté incomparable […]. Goutte à goutte l’eau s’accumule à une certaine distance, y gèle et s’élève en pain de sucre ou cône d’une hauteur qui varie chaque année de 130 à 150 pieds. 1862, Journal de l’instruction publique, mars, p. 44.
Intrépide glisseur, il [Lord Monck] se rend souvent au pain de sucre et s’y amuse des journées entières. Il n’est personne qui sache mieux gouverner un traîneau que lui. 1863, A.-N. Montpetit, « La muette de Montmorency », dans Le Colonisateur, Montréal, 20 mai, p. 1.
– Voyons, les « jeunesses »[,] dépêchez-vous si vous voulez goûter au sucre d’érable de ma vieille... Elle en a encore la moitié d’un gros pain dans le haut de l’armoire. – Vous avez du « suc » du pays? mame Garon, demanda Arthur Beauchamp. – Ça se peut... répondit Anna, cachottière. [...] Anna descendit ensuite le pain de sucre de sa cachette, et le coupa en morceaux qu’elle distribua aux jeunes gens. 1932, E. Chenel, La terre se venge, p. 94-95.
On allait à Saint-Hilaire, au mont Saint-Hilaire, au pain de sucre, près du lac Hertel. Ça, c’était fantastique, de faire une version grecque à treize cents pieds d’altitude, assis sur le rocher. 1964 env., Montréal, AFEUL, P. Perrault 1224 (âge de l’informateur : n. d.).
La popularité du « pain de sucre », au pied des chutes Montmorency, inquiète les autorités de la municipalité de l’endroit. Lieu privilégié des adeptes de la glissade, le pain de sucre est en effet laissé sans surveillance. 1977, Le Quotidien du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Chicoutimi, 23 février, p. A7.
Cette année, le plaisir de s’élancer sur le pain de sucre de la chute Montmorency est double puisqu’il a adopté la forme d’un dos de chameau, contrairement au dromadaire habituel. 2004, Le Soleil, Québec, 28 février, p. D1.
Sophie voit Émilie éclater de rire alors que les embruns l’éclaboussent; elle ressent une pointe de regret à l’idée de ne pas être avec son amie en ce moment. Mais elle se reprend rapidement et en profite pour prendre quelques photos de la chute elle-même, ainsi que du pain de sucre qui se trouve au pied de celle-ci. 2017, P.‑A. Bonin, Chasseurs de légende, t. 1, p. 101.
(Dans des noms communs de plantes sauvages dont les feuilles, les graines ou les fruits sont comestibles, ces noms servant également à désigner les parties comestibles de ces plantes). Vieilliou région.Pain d’oiseau ou de lièvre : nom donné à l’oxalide (aussi appelée surette).
2022, Herbier Louis-Marie, Pain d'oiseau (« oxalis stricta ») [photo]. 2022, Herbier Louis-Marie, Pain de lièvre (« oxalis montana ») [photo].Rem.Parfois synonyme de pain de perdrix.
L’oxalide d’Europe (Oxalis europaea) est une plante sûrement mieux connue sous les noms de pain d’oiseau ou de surette. De par sa petite taille (5 à 25 cm), cette espèce peut souvent passer inaperçue, bien qu’elle soit présente dans des milieux très divers. 1982, Le Bulletin des agriculteurs, Montréal, avril, p. 50.
Pain de perdrix : nom donné à diverses plantes à petits fruits rouges, généralement basses et rampantes (notam. le cornouiller du Canada, plus cour. appelé quatre-temps).
2022, Herbier Louis-Marie, Pain de perdrix (« mitchella repens ») [photo].Ramasser, manger du pain de perdrix.
Rem.On dit aussi, mais plus rarement, pain d’oiseau, de corneille, de lièvre, de tourte.
Pour ceux qui ont la mauvaise habitude de fumer, les feuilles de cornouiller aussi nommées pain de perdrix vous dépanneront si votre drogue se raréfie. 1977, R. St Jean, Le Jour, Montréal, 27 mai, p. 33.
Pain de couleuvre : nom donné à l’actée (genre Actæa), plante vivace des bois riches qui produit une grappe de baies rouges ou blanches réputées vénéneuses.
2022, TLFQ, Pain de couleuvre (« actaea spicata ») Jardin universitaire Roger Van den Hende.Rem.On dit aussi poison à couleuvre, de couleuvre.
Dans tous les bois riches du Canada également, d’un océan à l’autre, on trouve les actées blanches ou rouge; cette dernière est appelée « pain de couleuvre ». On ne les distingue pas facilement l’une de l’autre lorsqu’elles sont en fleurs […]. 1937, L’Avenir du Nord, Saint-Jérôme, 28 mai, p. 6.
Région.(à l’ouest de Trois-Rivières) et vieilliPain de moineau : crottin de cheval.
Fig.
Vieilli(Souvent en tournure interrogative). Avoir perdu un pain de sa fournée, de sa cuite. Se dit en parlant de qqn ou à l’adresse de qqn qui a l’air triste, songeur, préoccupé, généralement après avoir connu une déception.
Coq Pomerleau surtout se tâtait, se revirait sus tous les bords, reniflait, regardait en l’air, comme un homme qu’a perdu trente-six pains de sa fournée. Il était ben dessoûlé pourtant; mais malgré ça, il avait l’air tout ébaroui. 1898, L. Fréchette, « Coq Pomerleau », dans A. Boivin et M. Lemire (éd.), Contes II. Masques et fantômes, 1976, p. 193.
Il accomplissait mécaniquement le travail quotidien de la ferme, parce que ce travail était partie intégrante de sa vie, mais sans y mettre l’intérêt d’autrefois. Peu communicatif de nature, il parla moins que jamais. Si bien que les siens s’en inquiétèrent. – C’est comme s’il avait perdu un pain de sa fournée, disait la mère. J’sais vraiment pas ce qu’il a... C’est pas de son naturel, et ça me tracasse... 1925, H. Bernard, La terre vivante, p. 39.
– T’es ben jongleuse, Angélina. As-tu perdu un pain de ta fournée? [/] Surprise, Angélina rougit. 1945, G. Guèvremont, Le Survenant, p. 188.
Tu m’as ben l’air d’être en bibite, Quoi c’est qui va pas à ton goût? As-tu perdu un pain d’ta cuite, C’t’effrayant comm’ t’es marabout! 1961, É. Coderre, J’parle tout seul quand Jean Narrache, p. 26.
Maudit que t’as l’air bête aujourd’hui. As-tu perdu un pain de ta fournée? 1989, J.‑A. Tremblay, La nuit des perséides, p. 196, dans Le Soleil, Québec, 10 novembre, p. C‑8.
André, ayez donc du fun, voyons! Vous avez l’air de quelqu’un qui a perdu un pain de sa fournée. 2009, J. Bertrand, Le cocon, p. 198.
Fam.Manger son, du pain noir : connaître une période difficile, vivre dans la misère.
Manger son pain noir de bonne heure, très jeune.
[…] le peuple sait bien que s’il a mangé du pain noir, si son sort est triste dans cette vallée de larmes, s’il est pauvre, si son habitation est modeste, tandis que celle du riche est somptueuse, tout cela est dans les secrets d’une providence dont M. Furois ne pénétrera jamais les mystères. 1849, Le Journal de Québec, 4 octobre, p. [2].
Un habitant de ces endroits me disait avoir commencé avec une somme de deux cents piastres à sa disposition [...]. J’ai eu beaucoup de misère en commençant, dit-il; j’ai mangé quelquefois mon pain noir, les mouches m’ont dévoré, j’ai sué sang et eau; mais comme le travail ne tue pas, j’ai encore bonne santé; les mouches nous ont quittés, et vous voyez tous mes enfants autour de moi en ce moment. 1880, Z. Lacasse, Une mine produisant l’or et l’argent, p. 133-134.
[...] pour soulager le canot, nous marchons sur les grèves et dans les bois, par des endroits où il n’y a point de sentiers tracés : travail affreux, exercice horrible! A part les piqûres des maringouins, c’est la première fois, depuis notre départ, que nous mangeons du pain noir; il paraît que ce n’est pas la dernière; en cet endroit commencent les vraies difficultés du voyage. 1886, J.-B. Proulx, À la baie d’Hudson, p. 65.
Le malheur est que certains oublient vite qu’il y a déjà eu la crise, qu’ils ont mangé leur pain noir, qu’ils faisaient partie de la multitude qui avaient [sic] faim. 1947, Le front ouvrier, Laprairie, 25 octobre, p. 16.
M’as dire comme on dit : vaut mieux manger son pain noèr de bonne heure. 1975, A. Ricard, La gloire des filles à Magloire, p. 88.
C’est un secret de Polichinelle que Carmela s’entend avec sa mère comme chien mauvais avec chat teigneux. Voilà bien des années que sa chipie de mère fait manger son pain noir à notre Baronessa. 2017, J. Bello, La porte entrouverte, p. 46‑47.
Dans les dernières années, toutes les équipes de hockey junior ont fini par dégringoler. Les derniers champions ont à peu près tous fini par manger leur pain noir. De héros à zéros, la formule est bien connue. 2022, M. Lalancette, Le Manic, Baie-Comeau, 30 novembre, p. 46.
NOTICE ENCYCLOPÉDIQUE
1. Pain noir, pain blanc. En Europe, l’appellation pain noir fait typiquement référence à un pain à base de seigle, bien souvent pur seigle, et plus rarement d’orge, dont la mie est de couleur marron foncé. En France, jusqu’au XVIIIe siècle, plusieurs provinces ne cultivent pas le blé, et la consommation de pain de seigle à mie sombre est importante. Le coût du seigle, un tiers moins cher que le froment, est un autre incitatif à la fabrication et à la consommation de ce type de pain. Par conséquent, jusqu’en 1850, une forte consommation de pain pur seigle se maintient dans différentes régions montagneuses impropres à la culture du blé (Sologne, Auvergne, Bretagne, Champagne, Creuse, Haute-Loire, Cantal, Lozère). Nonobstant les habitudes de consommation locales, en boulangerie, le pain blanc est à cette époque réservé aux classes sociales supérieures, les classes populaires devant traditionnellement se limiter au pain bis (pain de froment mais dont la farine est mélangée avec du son) ou au pain noir. En effet, le pain blanc, résultat de nombreuses années de recherche et de développement des méthodes boulangères, est vendu comme un produit de luxe. La médecine du XVIIIe siècle appuie cette répartition par classes de la consommation de pain : on avance que le pain de froment est supposé convenir aux seigneurs, alors que le paysan serait mieux nourri par du pain d’orge ou de seigle. À la campagne, cette division des farines ne pose pas de problème; en ville, cependant, il arrive que les classes populaires convoitent le pain blanc, qu’elles ne peuvent pas s’offrir.
2. La boulangerie au Canada. Dès les débuts de la colonisation française en Amérique, les premiers arrivants sèment du blé. La fertilité de la terre rend cette culture particulièrement productive, mais, faute de moulins efficaces, la farine produite est médiocre, et pendant plus d’une cinquantaine d’années, la jeune colonie doit importer de la farine française pour subvenir à ses besoins. Après que les seigneurs se voient tenus d’entretenir des moulins à eau, la colonie pourrait se suffire en farine; toutefois, les importations de farine française se maintiennent pour alimenter les soldats. Après la Conquête, la farine que l’on produit est généralement à base de blé, et la production boulangère est le plus souvent réduite à une production domestique qui permet de nourrir une famille. Ce modèle se perpétue jusqu’au XIXe siècle. Lorsque les premières boulangeries apparaissent, les boulangers de village vendent souvent à domicile, et les pains à base de froment, très légers et très doux, comme le pain de fesse, le pain sur la sole ou le pain au lait, gagnent la faveur de la population.
Sources : J.‑Ph. de Tonnac et R. Laffont (dir.), Canada et Québec, Pain blanc et Pain noir, dans Dictionnaire universel du pain, 2010; J.‑M. Lecat, La grande histoire du pain et des boulangers : des origines à nos jours, 2006; Ministère de l’industrie et du commerce, L’enquête sur l’industrie et le commerce des produits de la boulangerie au Québec, 1971.
Fam.Être né pour un petit pain (souvent dans quand on est né pour un petit pain...), formule utilisée pour traduire une attitude de résignation, l’acceptation de sa condition modeste, la fatalité d’un destin sans horizon.
Quand on est né pour un petit pain, on n’est pas né pour un gros! Ces pauvres irlandais [sic] doivent aujourd’hui méditer sur la vérité de ce dicton […]. 1907, Le Bulletin, Montréal, 12 mai, p. 1.
Les Anglais diraient qu’il est né avec une cuiller d’argent dans la bouche. Nous disons, chez nous, qu’il y en a qui sont nés pour un petit pain, et d’autres pour un gros pain. 1911, La Presse, Montréal, 21 juin, p. 4.
Il y a un vieux proverbe latin qu’on nous enseignait quand j’étais jeune et qui inocule ceci : « Quand on est né pour un p’tit pain, on n’est pas né pour un gros. » Je crois ma foi de gueux, que la ville de Montréal est née pour un simple biscuit à la mélasse, pas plus. 1912, La Presse, Montréal, 5 octobre, p. 18 (chron. humor.).
Un mouvement de haine le soulève contre sa mère, contre ce répertoire acrimonieux dont elle a assaisonné son enfance [...]. – Quand on est né pour un petit pain... né pour souffrir... né pour la misère... S’il y a du bonheur, il n’est pas pour nous... Tu n’as pas été créé pour faire ce qui te plaît... Nous ne sommes pas sur la terre pour être heureux... Le bonheur n’est pas de ce monde... Vie de malheur... Vie injuste... Ah! sale vie!... 1949, Fr. Loranger, Mathieu, p. 217-218.
Faut pas viser trop haut, non plus. C’est jamais bon de viser trop haut. T’aurais dû, t’aurais dû, au commencement m’habituer à une p’tite vie, pas essayer de me faire entrevoir un paradis que tu pouvais pas me donner. [...] Qu’est-ce que c’était que mon père me disait?... « Quand on est né pour un p’tit pain... » 1973, M. Dubé, Manuel, p. 59.
Fridolin, c’était le petit Canadien français de l’époque qui sentait bien son impuissance en face des jeux savants de la politique mais qui se construisait en compensation un monde à sa mesure. Si le langage populaire répétait « on est né pour un petit pain », et si la société se percevait comme politiquement faible devant l’industrie anglophone, tout son sentiment d’infériorité [en parlant de Gr. Gélinas] semble avoir trouvé un exutoire dans le personnage de Fridolin [...]. 1976, P. Pagé, Le comique et l’humour à la radio québécoise, t. 1, p. 82.
Parfois, dans un demi-sommeil, il avait l’impression que son père venait le voir et le narguait : – Ouais, ç’a l’air que tu fais pas mieux que moi, mon faraud! T’es toujours à la solde des autres. Quand on est né pour un petit pain... 1992, B. Renaud, Un homme comme tant d’autres, t. 1, p. 49.
Mais quelle idée de me confier à ma mère, aussi! Je n’ai plus dix ans. Je suis une adulte. Elle dit souvent qu’elle préférait la dactylo aux ordinateurs. Elle fait partie de cette génération qui pense qu’on ne peut tout avoir et qu’on est né pour un petit pain. 2017, I. Desjardins, La mort d’une princesse, p. 54.
(Dans un emploi subst.).
[...] c’est le clan des faibles, l’éclairage brutal sur les résignés, les « nés pour un p’tit pain », les affligés, incompris, ignorants [...]. 1978, F. Leclerc, Le petit livre bleu de Félix, p. 220.
Par oppos., Iron.Être né(e) pour un gros pain.
Et dire que $ 120,000, c’est le chiffre du cadeau offert à M. Fielding, par des amis « personnels ». Ouf! y en a qui sont nés pour des gros pains, voilà! 1910, Le Devoir, Montréal, 26 août, p. 1.
– Y a du monde chanceux dans la vie!… – Y en a qui sont nés pour un gros pain!… – Y en a aussi qui [se] sont pas battus pour revirer un gros pain en petit!… 1932, A. de Lestres [pseud. de L. Groulx], Au cap Blomidon, p. 68.
VieuxPain bénit : personne, souvent âgée, démunie physiquement et matériellement, qui vit de charité. Passer en pain bénit : passer d’une maison à l’autre pour demander le gîte et le couvert.
Fam.Ambitionner sur le pain bénit : voir ambitionner (sens II.4).
Il y avait déjà plusieurs semaines que Pierre Landrey passait comme ça en pain bénit, de maison en maison, quand ce fut au tour du seigneur Vincelette à le recevoir. [...] Toute la famille du seigneur était donc réunie, ce soir-là, dans le bocage, quand José Guimond à Claude arriva en charrette, avec le Pain bénit. [...] – « Monseigneur, [...] comme j’ai l’honneur d’être votre voisin, je vous amène selon la coutume, ce pauvre malade [...]. » 1919, J.-E.-A. Cloutier, « Le ‘pain bénit’ », dans Le Canada français, vol. 3, p. 313-314.
Hier soir [...] i s’est trouvé à me dire de même : « J’veux pas finir mes jours en pain bénit comme le vieux Todore. » – En pain bénit que j’réponds? – Ben oui, j’veux pas me faire enterrer à crédit, mourir pauvre comme Job. 1948, Cl.-H. Grignon, « Le père Bougonneux », dans Le Bulletin des agriculteurs, juin, p. 64.
Prendre, fam.pogner en pain, dans un pain. Devenir solide, prendre consistance; former une masse compacte. Par ext. Avoir la gorge prise dans un pain, serrée.
Tout d’un pain : tout d’une pièce, en bloc.
Se tourner tout d’un pain.
Ils prennent leurs siéges [sic] au milieu d’un tonnerre d’applaudissements, – et les déjeûneurs [sic], mus pour ainsi dire par la même ficelle, se lèvent tout d’un pain et tournent leurs nez du côté de la porte de sortie. 1864, Le Pays, Montréal, 2 novembre, p. [2].
Au bout de quelques minutes, on le [le sucre] retire du feu et lorsqu’il s’est un peu refroidi et qu’on voit se former une légère croûte à sa surface, on se hâte de le mettre dans les moules que l’on a eu la précaution d’humecter avec de l’eau d’érable. Il n’y a plus qu’à laisser prendre en pain et cristalliser. 1881, La Nouvelle-France, mai, p. 8.
Alors, moi, quand je les [un groupe de personnes] ai vus tous pris d’un [= dans un] pain, en train de se passer mutuellement les beignes, j’ai fait ni une ni deux, j’ai ouvert la porte et je les ai tous bougrés dehors. 1912, La Presse, Montréal,29 juin, p. 4 (chron. humor.).
Et cependant comment ne pas nous rappeler, avec un peu d’inquiétude, le spectacle pittoresque de tous ces gens fortement encapuchonnés, se dandinant sur leurs pieds pour ne pas geler « tout d’un pain », toussant, crachant et soufflant de la vapeur comme des cheminées [...]. 1920, L. Groulx, Chez nos ancêtres, p. 86.
Il ne s’agit pas de te mettre à l’envers, Laurent. Dans ton cas, d’ailleurs, je ferais probablement pire! J’aurais probablement le cœur dans les talons, la gorge prise dans un pain! En tout cas! 1965, G. Dufresne, Septième Nord, 15 avril, p. 5 (télév.).
Le match a failli ne pas avoir lieu à cause... de la glace [titre]. [...] « La glace a été gelée à une trop basse température et au lieu de prendre en un bloc, elle a pris en couches » [...]. La solution à court terme a été de la réchauffer un peu et de la refroidir lentement, en espérant qu’elle prenne en pain. 1994, Le Droit, Ottawa-Hull, 25 février, p. 45.
Ces contaminants [BPC] [...] se trouvaient dans le système de chauffage qui empêche le mazout de prendre en pain dans les cales [de la barge]. 1995, Le Devoir, Montréal, 22 août, p. A1.
– Je veux rester ici! Je ne t’empêche pas de sortir. Va prendre l’air toi, si tu veux. Inquiète-toi pas, je ne grouillerai pas. – Tu vas prendre en pain si tu bouges plus. – J’aime autant ça que de faire rire de moi. 2001, J.‑P. Boucher, Les vieux ne courent pas les rues, p. 104.
(Fig.). « J’ai souvent besoin de me faire prendre par la main. Dans la vie, je suis pognée dans un pain. Cela dit, j’ai réussi à poser ma voix et à nuancer mon jeu avec le temps. » 2005, La Presse, Montréal, 5 novembre, cahier Arts et spectacles, p. 14.
J’ai été élevé dans le sucre, mon père travaillait à la raffinerie Sucre St-Laurent […]; les fins de semaines, pour s’assurer que tout allait bien, il y allait et je l’accompagnais. On passait à côté du convoyeur de cassonade et celle-ci avait pris en pain; mon père cassait ces roches de cassonade chaude et on les croquait comme du bonbon! 2017, M. Hervieux, dans D. Daignault, À la recherche du bonheur, p. 150.
Histoire
IA Le développement de l’industrie de la boulangerie au Québec au cours du XXe s. est tributaire du mode de vie nord-américain. Le pain y est fabriqué et consommé de la même façon qu’aux États-Unis et que dans le reste du Canada, ce qui explique que le découpage de la réalité dont rendent compte les appellations québécoises corresponde très souvent à celui qu’on pratique en anglais. Certaines de ces appellations, qui n’apparaissent dans la documentation qu’au XXe s. et qui pourraient en théorie s’expliquer par un développement parallèle à partir du français, ont été, pour cette raison, attribuées à l’influence anglaise. 1Pain d’habitant, depuis 1887; formé à partir de habitant au sens de « cultivateur », attesté au Québec depuis le Régime français (v. notam. JunCompt 126‑127). Pain au lait, depuis 1840 (La Gazette de Québec, 18 avril, p. [1] : l’un fera un marché avec un boulanger pour qu’il enveloppe tous ses pains au lait dans de jolies feuilles satinées); probablement d’après l’anglais milk bread qui figure sur les étiquettes bilingues du produit; cp. aussi l’anglais milk‑loaf dans le même sens (v. OEDSuppl 1976 et COD 1990, s.v. milk). Pain tranché, depuis 1929 (La Presse, 21 octobre, p. 19 : Vous trouverez ce pain tranché merveilleusement commode pour la table ou les rôties); probablement d’après l’anglais sliced bread (v. CobuildLD 1990 et OEDSuppl 1986, s.v. sliced); pain en tranches figure dans CollinsR depuis 1979 (s.v. slice; sliced bread/a sliced loaf, « le/un pain en tranches », dans l’éd. de 1995), mais peut-être pour rendre compte de l’emploi québécois. Pain de blé, depuis 1875 (Gazette des campagnes, Saint-Anne-de-la-Pocatière, 23 décembre, p. 59 : Le pain de blé, composé de toute farine est le plus substantiel). Pain de blé entier, depuis 1913 (La Presse, 5 mars, p. 16 : On s’occupe grandement de la facilité de digestion du pain de blé entier ordinaire); d’après l’anglais whole-wheat bread (v. CollinsR 1995, s.v. whole; AHD 1981, s.v. whole-wheat). Pain blanc, depuis 1676 (P.‑G. Roy (éd.), Ordonnances, commissions, etc., etc., des gouverneurs et intendants de la Nouvelle-France, vol. 1, 1924, p. 195 : Tous boulangers […] auront en tout temps leurs boutiques garnies de pain blanc et bis). Pain brun, depuis 1767 (La Gazette de Québec, 13 août, p. [3] : Le pain blanc de six sols pesera quatre livres, et le pain brun cinq livres); l’opposition courante pain blanc/pain brun correspond à celle qu’on observe en anglais entre white bread et brown bread (v. OED, s.v. white bread : « bread of light colour, made from fine wheaten flour, as distinguished from brown bread »; v. aussi Webster 1986, s.v. brown bread et white bread). Pain de ménage (en parlant d’un pain fabriqué industriellement), par extension du sens de « pain fabriqué à la maison par ceux qui le consomment », attesté en France depuis 1603 (v. Larousse 1982 et RobHist) et au Québec depuis 1697 environ (M. Morin, Histoire simple et véritable (Gh. Legendre, éd.), 1979, p. 139). Pain de fesses, fesses de pain, depuis 1962 (La Presse, Montréal, 29 septembre, p. 39 : Les gortons, la tête en fromage, la graisse de rôti et les « fesses de pain » comme genre de hors-d’œuvre). Pain croûté, depuis 1910 (Le Progrès de l’Est, Sherbrooke, 29 mars, p. [3] : Dans un bouillon gras ou maigre […], et trempé au pain croûté); d’après l’anglais crusty bread (v. Gage 1984, s.v. crusty). Pain baguette, depuis 1930 (L’Évènement, Québec, 15 novembre, p. 14 (annonce) : Pain baguette… 10 sous). Pain français, depuis 1940 (La Presse, Montréal, 17 avril, p. 4 : un petit pain français long de dix-huit pouces); peut-être d’après l’anglais French bread (v. Harrap 1983, s.v. bread; Webster 1986, s.v. french bread); cp. cependant un développement parallèle en français de Belgique où pain français désigne un « pain long et mince comme la baguette ou la ficelle des Français » (v. MassBelg 641‑642; v. aussi TLF). Pain de sole, (cuit) sur la sole, depuis 1913 (V.‑P. Jutras, dans BPFC 11/7, p. 290). Pain aux raisins, depuis 1891 (Le Progrès du Saguenay, Chicoutimi, 11 juin, p. [3] : pain au raisin); peut-être d’après l’anglais raisin bread (v. OEDSuppl 1982 et CollinsR 1995, s.v. raisin; cette influence de l’anglais pourrait expliquer l’emploi de raisin au singulier dans la première attestation de 1891). Petit pain, depuis 1941 (E. Bolduc, Manuel de l’étiquette courante parmi la bonne société, p. 84 : Lorsque les convives sont à table et que la soupe est servie, l’un des serviteurs passe le pain dans une corbeille ou sur une assiette : petits pains ou pain ordinaire coupé en cubes de deux pouces environ). Pain (à) sandwich, depuis 1911 (La Patrie, Montréal, 17 juin, p. 39 : Coupez par le milieu les pains spéciaux, appelés pains à sandwichs); probablement d’après l’anglais sandwich bread (v. OEDSuppl 1982, s.v. sandwich; c’est à ce mot anglais que recourt CollinsR 1995 pour traduire pain de mie). Pain (à) hot-dog, depuis 1930 (L’Événement, Québec, 1er août, p. 13 : Petits pains à « hot dogs »). Pain (à) hamburger, depuis 1940 (Le Soleil, Québec, 16 juin, p. 7 : un petit pain « hamburger »). Pain à sous-marin, depuis 1977 (Le Soleil, Québec, 23 février, p. C20). (Petit) pain à salade, depuis 1930 (La Presse, Montréal, 17 janvier, p. 16 : Petits pains à salade). Petit pain de Sainte-Geneviève, depuis 1921, mais déjà en 1888, N.‑E. Dionne décrivait cette coutume de bénir de ces petits pains qui étaient distribués « aux femmes qui appréhendent les douleurs de la maternité » (v. Historique de l’église Notre-Dame des Victoires, p. 36‑37). 2Depuis 1891. L’adjectif chaud, qu’on ne retrouve pas dans l’expression correspondante en France (attestée depuis le XIXe s., v. DunBouq 610), s’explique peut-être par une influence de l’expression anglaise (de même sens) to sell, to go like hot cakes (v. CollinsR 1995, s.v. cake, et Harrap 1985). B1Pain sucré, depuis 1839 (ASSSM, livre de comptes 6, 8 janvier), au figuré depuis 1952; probablement d’après l’anglais sweet bread (v. DNE, s.v. sweet). Pain doux, depuis 1929 (P. Poirier, Glossaire Acadien, L’Évangéline, Moncton, 22 août, p. 11); peut-être d’origine régionale française : cp. en franco-provençal [pɑ̃ dʊs] « sorte de pain à goût sucré qu’on faisait autrefois » (DurFrProv 457). Pain de Savoie, depuis 1799 (ASSSM, livre de comptes 5b, septembre). Pain des anges, depuis 1907 (La Patrie, Montréal, 23 février, p. 22); variante de gâteau des anges, lui-même d’après l’anglais angel cake (v. Webster 1986 et Gage 1997). Pain aux noix, pain aux bananes, depuis 1914 (Le Soleil, Québec, 15 août, p. 7 : Pain aux noix [/] 4 tasses de farine, 4 c. à thé de poudre à pâte); probablement d’après l’anglais bread (v. Webster 1986 : « a loaf, biscuit, or cake of sweetened bread dough enriched with eggs and fruit »; v. aussi Craigie). 2Pain de viande, depuis 1929 (Le Samedi, Montréal, 23 mai, p. 39 : pain de viande au riz). D’après l’anglais meat loaf qui désigne le même plat (v. WebsterW 1988, s.v. meatloaf; AHD 1981, s.v. meat loaf); on trouve les appellations pain de viande, pain de légumes, pain de poisson dans quelques ouvrages français, mais elles désignent des plats quelque peu différents quant à la forme et à la composition (v. Robert 1985, LarGastr et GuillTable). Pain de poulet, depuis 1970 (Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 20 mai, p. 11 (annonce)), et pain de viande (désignant une charcuterie); d’après l’anglais chicken loaf et meat loaf, appellations attestées dans les journaux anglais ou sur les étiquettes bilingues du produit. 3Pain de suif, depuis 1673 (BAnQM, Montréal, gr. B. Basset, 19 juin, no 927). Cset emploi est à rattacher au sens de « masse (d’une substance) moulée en forme de pain », attesté en français depuis le XIIIe s. (p. ex. dans pain de cire, pain de savon, v. FEW panis 7, 550a, et GLLF). Pour le sens figuré de pain de suif (depuis 1909, Dionne), cp. boule de suif « personne très grasse » (v. Robert 1985 et TLF, s.v. suif). 4Pain de sucre « brique de sucre d’érable », depuis 1709 (BAnQQ, Québec, gr. P. Rivet, 5 février, p. [23] : un pain de sucre d’herable pesant environ une livre et demye); découle du même emploi français que le précédent. Au sens d’« élévation de terrain en forme de pointe » (depuis 1706 environ), se rattache au sens de « bloc de sucre en forme de cône », attesté en français depuis le XIVe s. (v. TLF). Par la suite (depuis le milieu du XVIe s. au moins, v. GLLF), pain de sucre a donné lieu à diverses comparaisons ou emplois analogiques en parlant d’objets en forme de cône (p. ex. teste faite comme un pain de sucre « tête longue et pointue », XVIIe et XVIIIe s.; crâne en pain de sucre, XXe s.; v. FEW id.) et s’est implanté depuis les années 1960 dans le vocabulaire de la géomorphologie au sens de « piton granitique au sommet arrondi, caractéristique des régions de climat tropical humide » (v. GLLF); le fait que le mot soit attesté anciennement au Québec en parlant d’une montagne et qu’il soit bien représenté dans la toponymie indique que cette comparaison était courante dès le XVIIe s. (on en trouve d’ailleurs un exemple chez Balzac au XIXe s. : Angoulême est une vieille ville, bâtie au sommet d’une roche en pain de sucre, cité dans GLLF). Le sens de « cône de glace qui se forme au bas d’une chute » (depuis 1862) est une extension du même emploi et, incidemment, évoque plus directement encore le cône de sucre blanc qui est à l’origine de ces divers emplois. 5Tous ces noms composés sont à rattacher à un processus de formation de noms communs de plantes (pain suivi d’un nom d’animal) qui a cours en français depuis le XIIe s. (v. FEW id., 548b‑549a). Pain d’oiseau, pain de lièvre et pain de couleuvre sont attestés dans bon nombre de parlers régionaux où ils servent généralement à désigner plus d’une plante, mais rarement les mêmes plantes qu’au Québec (ibid.; v. aussi FEW aucellus 1, 170b; lĕpus 5, 260b; cŏlǔbra 2, 927a). Pain d’oiseau (depuis 1903, BPFC 1/9, p. 157) est usité comme nom commun de l’oxalide dans les parlers champenois, lorrain et bourguignon et sert à désigner des arbustes fruitiers sauvages ou leurs fruits dans la Bretagne romane ainsi que dans quelques parlers d’oc (v. FEW panis 7, 548b‑549a; RollFlore 6, p. 259). Pain de lièvre (depuis 1865, BrunPlant 32) est attesté au sens d’« oxalide » dans les parlers languedocien et gascon; cp., en Picardie, pain de lapin « id. » (v. FEW id., 549a; RollFlore 3, p. 341). Pain de couleuvre « actée » (depuis 1862, ProvFlore 17) n’a pas été relevé ailleurs qu’au Québec; cp. cependant, dans le Nord-Est de la France, pain de couleuvre comme nom commun de l’ellébore noir, plante qui contient une substance toxique (v. FEW id., ALCB 710). Pain de perdrix (depuis 1862, ProvFlore 291, « Mitchella repens ») n’est pas attesté en France; peut-être d’après graines de perdrix désignant les mêmes plantes en français québécois. 6Depuis 1936 (Le Canada-français, avril, p. 699 : qu’ils n’aillent pas sottement s’amuser dans le chemin parmi les pains de moineau et les pommes de route). Sans doute parce que l’oiseau y trouve des graines à picorer.
II1Depuis 1810 (VigerB 100 et 106). Héritage de France; cp. c’est comme si j’avais mangé ein pain de sa fournée, qui se dit proverbialement en Anjou lorsque qqn se montre maussade (v. VerrAnj), ou encore : il semble qu’ils ont perdu leur pain au four, qui se disait en français du XIXe s. de gens tristes, qui ne disent rien (v. Besch 1847 et 1892). 2Depuis 1849. Sans doute hérité de France, où l’association entre la consommation de pain noir et la pauvreté découle d’un héritage historique et culturel qui n’est pas le même au Québec, où le pain est principalement cuisiné à partir de blé, et ce, depuis les débuts de la colonie (v. Encycl.). L’hypothèse de l’influence française est renforcée par les premières attestations de pain noir dans les journaux canadiens, qui sont issues de la plume d’auteurs français ou associées à des personnalités publiques françaises (v. p. ex. La Gazette de Québec, 6 octobre 1803, p. [3] (propos attribués à Louis XVIII) : Je ne crains point la pauvreté; s’il est nécessaire, je puis manger du pain noir avec ma famille, et mes fidèles partisans; Le Canadien, Québec, 17 juillet 1833, p. [1] (Alphonse de Lamartine) : […] quand la noce et le baptême ont réuni les amis du pauvre, le curé peut-il s’asseoir un moment à la table du laboureur et manger le pain noir avec lui […]). Cp. aussi l’expression manger son pain noir (le premier) « être tout d’abord dans une situation désavantageuse, qui ne doit pas durer », qui figure dans Larousse 1982. L’expression la plus courante est toutefois manger son pain blanc le premier « avoir des débuts heureux (pour éprouver ensuite des déboires) » (v. Robert 1985 et Larousse 1982), attestée en français depuis 1515 (v. TLF), mais qui ne semble pas en usage au Québec. 3Depuis 1907. Formé d’après la locution être né pour suivie d’un substantif, qui signifie « être destiné à, avoir des dispositions particulières pour (qqch.) » (v. TLF et Robert 1985, s.v. naître). Dans cette expression, pain revêt au moins deux valeurs sémantiques, c’est-à-dire « toute espèce de nourriture indispensable à la vie » et « besoins journaliers », sens qui font écho au fait que, notamment dans la tradition chrétienne, le pain symbolisait la subsistance de l’être humain, ce qui lui est nécessaire pour vivre (v. Fur 1690, Littré, TLF). Cp. en outre l’expression être né avant son pain « se dit d’un orphelin laissé sans ressources » (dans LittréS, s.v. pain). 4Pain bénit, depuis 1880 (A. Mailloux, Promenade autour de l’Île-aux-Coudres, p. 20); par métaphore du sens de « pain béni au cours de la messe et distribué aux paroissiens pour symboliser l’union qui doit régner entre les fidèles » (v. TLF), attesté depuis le XIIIe s. (v. RobHist). 5Depuis 1881. Paraît être un emploi propre au français québécois, bien que l’expression se prendre en pain figure dans CollinsR depuis 1987 (sans doute pour rendre compte de l’emploi québécois). Tout d’un pain, depuis 1864.