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BEIGNET [bɛɲɛ]
n.

Rem.

Variante graphique baignet.

  

Fam.Personne dénuée d’intelligence, de jugement, benêt.

Faire le (son) beignet. (En fonction attribut). Être beignet. Avoir l’air beignet.

 beigneinnocent, innocente.

– Désiré (timide) : On pourrait parler du testament? – Florida (subtile) : L’Ancien ou le Nouveau, Désiré? – Désiré : Comment? En as-tu fait deux sans me le dire Florida? – Florida : T’es donc beignet des fois, Désiré... – Désiré : Moi beignet! 1953, J. Bernier, Je vous ai tant aimé, 13 mai, p. 3 (radio).

– Didace : Ta trouvaille d’hier là... – Survenant (étonné) : Ma trouvaille? – Didace : Ben oui... ben oui... Fais pas ton beignet. Ta trouvaille dans le grenier. 1962, G. Guèvremont, Le Survenant, 18 octobre, p. 1 (radio).

(Ontario). L’avocat qui défend les intérêts du fermier a d’abord prêté un bel habit à son client et lui a conseillé de faire le « baignet » en répondant seulement nix et nox à chaque question de l’avocat du curé. Comme dans le fabliau médiéval, le paysan passe pour fou. 1972, G. Lemieux, Les jongleurs du billochet, p. 115.

Elle : c’est pour ça qu’y reste pas de clôture, beau beignet... Simon : imagine-toi donc que j’avais compris à première fois. Elle : d’abord, excuse..., mais ça m’surprend. 1973, J.-M. Poupart, Chère Touffe, c’est plein plein de fautes dans ta lettre d’amour, p. 71.

(Dans un blason populaire). VieuxBeignets de Sainte-Rose : nom donné aux habitants de la localité de Sainte-Rose de Laval (Île-Jésus).

Qu’est-ce que l’on va dire de moi par là-bas lorsque l’on me verra revenir tout fin seul? Moi, qui ai promis de retourner avec ma femme! On va me prendre pour un cornichon. Tiens après tout, je ne veux pas passer pour un beignet de Ste. Rose1882, Le Grognard, Montréal, 28 janvier, p. [2].

Histoire

Depuis 1855 (DictBarb). L’origine de cet emploi n’est pas assurée. On peut évoquer une attraction possible de la forme benêt, de même sens, mais cette dernière forme ne semble pas avoir été très répandue en français québécois. D’autre part, on trouve dans les parlers du Nord-Est et du Sud de la France ainsi qu’en franco-provençal des formes de la même famille étymologique que beignet, dans des emplois semblables; cp. bugnon « lourdaud, empêtré », bugne « personne sotte », bugni « personne sans énergie », bigneuset ou bignoset « benêt », bugnaset « imbécile, homme sans caractère » (v. FEW *bunia 1, 628b). Quant à l’expression Beignets de Sainte-Rose (depuis 1882), selon l’explication avancée par Léon Ledieu, elle serait à rattacher à Peignet, nom d’une famille à qui appartenait la plus grande partie des terres de la région de Sainte-Rose de Laval, d’où les Peignets de Sainte-Rose (dans Le Monde illustré, 28 août 1886, p. 131). Par la suite, on peut penser que, sous l’influence de beignet « benêt », la dénomination a pu donner lieu au sobriquet Beignets de Sainte-Rose (dans PPQ 1739, on trouve les deux prononciations, avec [p] et avec [b], chez un témoin de la région).

Version du DHFQ 1998
Trésor de la langue française au Québec. (1998). Beignet. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 23 mai 2024.
https://www.dhfq.org/article/beignet