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VASE [vɑz]
n. f. sing.

  

Terre détrempée à la surface du sol (p. ex. dans les chemins, les terrains vagues).

Trou de vase. Marcher, piler, tomber, glisser, caler dans la vase. Se tacher, se salir de vase. Avoir les bottes pleines de vase, les souliers, les pieds pleins de vase.

 bouette1 (sens I.1).

Rem.En français de France, vase se dit d’un dépôt de terre et de particules organiques qui se forme au fond des eaux stagnantes ou à cours lent, et non d’un mélange de terre et d’eau sur le sol; au Québec, le mot couvre ces deux réalités dans l’usage courant.

[…] pour la sûreté des dits trottoirs, […] aucune personne ou personnes mettent du foin, de la paille, ou autre matière ou chose sur aucune partie du dit chemin pour mettre en engrais ou qui enleveront en grattant dans le dit chemin aucune vase, fange ou autre matière ou chose qui seront sur aucune partie du dit chemin sans le consentement de l’Inspecteur […]. 1817, Chambre d’assemblée du Bas‑Canada, Bill introduit dans la Chambre d’assemblée du Bas-Canada, p. 113.

Les feuilles, les tiges, les racines de toutes plantes, les genêts, les roseaux, les bruyères, les fougères, les gazons inutiles, et autres matières semblables, portées sous les bestiaux, dans les basses-cours, sur les chemins fréquentés, au milieu des boues, et par là plus promptement et plus facilement décomposés [sic], peuvent suppléer au fumier ordinaire; principalement quant à la conservation de l’humidité; car ces différentes espèces d’engrais sont toujours plus propres à fixer l’humidité et à la conserver, qu’à donner à la terre un suc nutritif abondant. Les égoûts des marres [sic], les vâses [sic] et les terres tirées du fond des fossés, et toutes les espèces d’immondices, peuvent être utilement employés comme engrais. 1829, La Bibliothèque canadienne, Montréal, 15 août, p. 70.

Ledit Joseph Provost promet et s’oblige de faire, livrer et poser les dites pompes à la demande du charpentier qui fait la rue d’Antoine dans la boète [= boîte] que le dit charpentier fait pour empêcher la vase d’y entrer, lesquelles dites pompes seront complétes telle que pompe doit être [...]. 1830, Québec, BAnQQ, greffe F.‑X. Vaillancourt, 4 août.

Il avait plu. De gros nuages lourds semblaient peser sur la cime des arbres, et la nuit descendait vite sur les champs. Olivier Bélanger partit au trot de sa jument grise, une bonne bête. Les sabots ferrés tombaient en mesure dans la vase et les flaques d’eau. La boue volait, l’eau ruisselait, mais rien n’était visible. 1899, P. LeMay, Contes vrais, p. 37‑38.

Quand vient l’heure du souper, êtes-vous encore dans la vase du chemin ou êtes-vous commodément assis à table? N’êtes-vous pas fatigués des routes difficiles et dangereuses? 1913, Le Soleil, Québec, 7 janvier, p. 4 (annonce).

La pluie tombait à verse. C’était vraiment pitié de la voir, pauvre boiteuse, le bord de sa bonne robe encroûtée de boue, enfoncer dans la vase jusqu’à la cheville et traîner sa jambe faible, comme une aile blessée, par les chemins glaiseux, sur les buttes, dans les baissières, partout. 1945, G. Guèvremont, Le Survenant, p. 238.

Moi la fin de l’automne, c’est le temps de l’année que j’haïs le plus. On dirait que le temps veut pas s’brancher. M’a‑t’i’ mouiller... m’a‑t’i’ neiger? Pis c’est sale, c’est triste. L’hiver c’est pas chaud, mais au moins tu patauges pas dans la vase. Pis après une belle bordée, c’est beau, c’est propre... 1982, B. B. Leblanc, Tit‑Cul Lavoie, p. 25‑26.

Le vélo de montagne, pour le risque et le plaisir de redécouvrir la boue [titre] […] Il y a surtout une ambiance en vélo de montagne qu’on ne retrouve pas lors des compétitions sur route et sur piste [...]. « Le vélo de montagne allie témérité, liberté et vitesse […]. L’activité se rapproche de la planche à voile et de la planche à neige. C’est moins guindé, plus relaxe que le vélo. Un peu fou. Le sport colle à la réalité des jeunes. Et même chez les plus vieux, il y a un certain plaisir à redécouvrir la vase et la boue. » 1994, La Presse, Montréal, 4 juillet, p. S11.

Woodstock en boue [titre] De la boue, de la bouette, de la vase, appelez ça comme vous voulez. La pluie a finalement eu raison des fêtards à Woodstock en Beauce, hier. Les fortes précipitations ont transformé les lieux en champs boueux, faisant ainsi déguerpir la majorité des participants. 2006, Le Soleil, Québec, 3 juillet, p. [1].

Du 21 au 29 juillet, le festival de vtt de Newport a attiré près de 6000 personnes. Randonnées, rallye poker, drag de vtt, compétition d’agilité et compétition du trou de vase ont attiré de nombreux amateurs de sports de plein‑air. 2012, Le Havre, Chandler, 1er août, p. 4.

Les travaux routiers avancent bien et la pose des tuyaux devrait se terminer assez tôt en octobre. Je sais que plusieurs commencent à être « tannés » de circuler dans les trous, la poussière, la vase, etc., et nous en verrons bientôt la fin. 2018, Saint‑Hubert en bref, Saint-Hubert-de-Rivière-du-Loup, octobre-novembre, p. 5.

Fig. Être dans la vase (jusqu’au cou, au(x) genou(x)), patauger dans la vase : être dans le pétrin.

 bouette1 (sens II).

« On est dans la vase jusquau cou. Pour s’en sortir, il faut avoir la tête vissée aux épaules. Pas attachée, vissée. Sinon...! ». Cette sortie émotive dune femme battue par son mari qui intervenait hier lors dun atelier sur les femmes battues et violentées, au colloque sur la violence, indique mieux que toute statistique, lampleur des problèmes de la femme qui a subi un assaut violent dans lintimité de sa vie de couple. 1980, La Presse, Montréal, 11 janvier, p. D1.

« […] Les citoyens ne sont pas tous traités de façon équitable. La ministre a joué la Yvonne-sait-tout de la politique, mais elle se retrouve dans la vase jusquau genou avec un scénario qui ne fonctionne pas », danalyser la mairesse. 2001, Le Soleil, Québec, 17 mai, p. A3.

On ne peut plus laisser les choses se détériorer davantage. Ça nous prend un directeur général francophone et futé pour négocier des transactions clés. […] Au lieu de cela, nous avançons au gré des vents. Nous marchons dans l’obscurité de la Sainte Flanelle, préoccupés par de débats sociaux malgré toute l’incertitude quant aux succès futurs de notre équipe identitaire. On peut bien être dans la vase jusqu’aux genoux. 2012, La Tribune, Sherbrooke, 27 avril, p. 6.

On parle beaucoup de surendettement chronique, de corporatisme syndical et de crise des finances publiques depuis quelque temps. Mais nous ne sommes pas seuls à patauger dans la vase. La plupart des démocraties occidentales sont aux prises avec cette « tempête parfaite ». 2014, R. Martineau, Le Journal de Québec, 23 juin, p. 6.

 VieilliGarde-vase n. m. Autrefois, bande de métal (ou de cuir) située au‑dessus des roues d’une calèche, d’une voiture, qui protégeait contre les éclaboussures; garde‑boue.

[…] ne voulant pas manquer le train il emprunta le cheval et la voiture de M. Geo. Gibson et partit. Comme il navait pas de fouet, il se servit des guides pour activer le cheval, et comme il la dit lui-même quelques instants avant sa mort, le cheval a dû le frapper lorsqu’il était penché audessus [sic] du garde‑vase. 1888, Le Progrès de l’Est, Sherbrooke, 13 juillet, p. [3].

C’est un petit char [une ancienne voiture de course] pointu en avant, rien qu’un siège, pas de « top » ni de garde‑vase. 1935, Québec, BAnQQ, Cour des sessions de la paix (Québec), cause n11636, doc. du 5 décembre, p. 2.

Remorque fermée en fibre de verre avec déflecteur d’air, const[ruction] récente (1987), solide et bien faite, […] suspension à lames, 2 ailes et garde‑vase […]. 1989, Super hebdo régional de Beauce, Saint-Georges (Beauce), 18 juillet, p. 9 (annonce).

Histoire

Depuis 1817, mais dès 1803 dans le composé garde‑vase (Rivière-Ouelle (Kamouraska), BAnQQ, 21 novembre, greffe A. Dionne, p. 2 : Deux cercles de fer, un garde vase). Signalé sporadiquement dans les parlers du Nord-Ouest et de l’Ouest de la France (v. SvensVend 216, ALF 154, ALBRAM 439 et ALN 530). Découle du sens de « limon qui se dépose au fond de l’eau », attesté en français depuis le XVe s. (dès le XIIe s. en ancien normand, v. FEW ancien bas‑francique *waso 17, 545a). Être dans la vase, depuis 1980. Garde‑vase, depuis 1803 (v. ci‑dessus); de garde (forme du verbe garder « protéger de qqch. ») et vase (v. TLF, s.v. garde‑, sens B.1; v. aussi Dionne, s.v. garde‑vase).

 s’envaser; vaser; vaseux, vaseuse; vasière.

Dernière révision : janvier 2023
Trésor de la langue française au Québec. (2023). Vase. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 28 mai 2024.
https://www.dhfq.org/article/vase