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VALEUR [valœʀ]
n. f.

I

n. f. VieilliMarchandise, article, produit manufacturé dont le rapport qualité-prix est avantageux pour l’acheteur, qui est offert à prix avantageux; prix d’une telle marchandise, d’un tel article, d’un tel produit.  

 Par ext. Achat, marché avantageux, bonne affaire.

Rem.Usité surtout dans la langue de la publicité et le plus souvent au pluriel. 

Des valeurs exceptionnelles, sensationnelles.

Beaux Tricots pour….. $ 1.25 $ 1.50 et $ 1.75 Les jeunes gens se disputent nos tricots dans les bonnes valeurs. Tricots extra de $ 2 à $ 3 ce qui vaut $ 4 et $ 5 ailleurs. 1877, La Gazette de Joliette, Joliette, 25 mai, p. [3] (annonce).

Bas pour dames et enfants sont en grande quantité et il sera heureux de les offrir à très bas prix même dans les plus belles qualités. Les couvertes de toutes grandeurs sont des meilleures valeurs. 1878, Le Courrier du Canada, Québec, 25 septembre, p. [3] (annonce). 

Toiles et cotons. Marchandises de maison. […] Couvrepieds [sic] blancs depuis $ 1.89 à $ 4.00 (Valeurs tout à fait exceptionnelles). 1890, Le Canadien, Québec, 31 janvier, p. 2 (annonce).

Deux grandes valeurs dans les chapeaux pour hommes. Chapeaux de $ 2.00 pour $1.39. […] Chapeaux de $ 1.25 pour 99 ¢. 1913, Le Soleil, 3 janvier, p. 5 (annonce).

Après une Oldsmobile… vous n’en voulez pas d’autre! La Oldsmobile a la faculté de concrétiser tout ce que vous espérez d’une automobile… et cela, d’une façon plus agréable que toute autre voiture. […] Une valeur General Motors. 1959, Le Devoir, 19 août, p. 11 (annonce).

Bottes de caoutchouc à bas prix pour garçons. Une botte de qualité durable, imperméable, avec bande robuste entourant la semelle. Une valeur exceptionnelle à ce prix. 1970, Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 18 février, p. 17 (annonce). 

Vente [/] 22 au 31 mars [/] Valeurs Exceptionnelles [/] Ensembles Pantalon [/] Ensembles Jupes Robes […] 10 % d’escompte [/] Sur Toute La Marchandise [/] Nouvellement Arrivée. 1988, La Tribune, Sherbrooke, 23 mars, p. B4 (annonce). 

Dans tous nos rayons, des valeurs exceptionnelles! Vente au rabais de janvier. 1998Le Soleil, Québec, 29 décembre, p. A2 (annonce).

Oreiller matelassé à bande latérale en Microfibre [/] Construction en boite [/] Valeur Sensationnelle! 2007, Le Quotidien, Saguenay, 20 juillet, p. 16 (annonce). 

Valeur exceptionnelle! Matelas […] Format Grand lit […]599,99 $. 2018, Journal Le Guide.com, Saint-Jean-sur-Richelieu, 4 juillet, p. 16 (annonce). 

II

loc. adj. De valeur.

Rem.Souvent écrit d’valeur

A
1

VieuxCher; qui nécessite, entraîne des dépenses considérables, importantes. 

[…] que si pendant leur songe ou resverie il leur vient encore en la pensee qu’il faut qu’on leur fasse present d’un chien noir ou blanc, ou d’un grand poisson pour festiner, ou bien de quelque chose à autre usage, à mesme temps le cry en est faict par toute la ville, afin que si quelqu’un a une telle chose qu’on specifie, qu’il en fasse present à une telle malade, pour le recouvrement de sa santé; ils sont si secourables qu’ils ne manquent point de la trouver, bien que la chose soit de valeur ou d’importance entr’eux, aymant mieux souffrir & avoir disette des choses, que de manquer au besoin à un malade […]. 1632, G. Th. Sagard, Le grand voyage du pays des Hurons, p. 205 (cité dans VézValeur, p. 31‑32).

Il y a aujourd’huy une an que nous sortime de la Galissonière pour venir issy, mais il fezès bien plus beaux, car il fait froit autant, je croy, quand [= qu’en] Canada et il est de valeure [sic] de s’y chaufer par la chaeretez du bois. 1750, É. Bégon, dans Rapport de l’archiviste de la province de Québec pour 1934‑1935, p. 252 (lettre). 

2

DisparuQui est important, de conséquence. 

Rem.Cet emploi est attesté surtout dans du discours autochtone traduit en français ou dans du discours français qui était destiné à être traduit dans des langues autochtones appartenant aux familles algonquienne et iroquoienne.

Là-dessus nostre nouueau Chrestien [Pierre Tʃioüẽdaẽtaha, un Huron], prit le Tableau, & se mit à prescher. Il y a long-temps qu’aucune predication ne ma tant touché, encor que ie ne l’entendisse que par la bouche du Sieur Nicolet, qui fait volontiers seruir sa langue à la Religion de Iesus Christ. Pourquoy disoit ce bon Neophyte, ne voulez-vous pas croire ce qu’on vous enseigne, est il si mauuais? Faites en l’experience, esprouuez la verité des paroles qu’on vous dit, aiez recours à celuy qui peut tout, cela est de valeur. 1638, P. Le Jeune, Relation de ce qui s'est passé en la Nouvelle France en l'année 1637, dans RJ 12, p. 252 (cité dans VézValeur, p. 63).

Il y a eu, pendant deux mois qu’ils [les Iroquois] ont rôdé autour de cette île et des habitations voisines, plusieurs escarmouches où nous avons toujours eu de l’avantage, mais la plus considérable a été la défaite d’un parti d’Oyogouins que M. de Vaudreuil battit entièrement à un lieu appellé Repentigny qui est en deça de l’île de Montréal […]. Cet échec qui était de valeur pour eux, pour me servir de leurs termes, parce que parmi leurs morts il y avait leurs principaux chefs, les rallentit beaucoup […]. 1691, Frontenac, dans Rapport de l’archiviste de la province de Québec pour 1927-1928, p. 68 (lettre). [Cette occurrence est équivoque et pourrait plutôt illustrer le sens II.B.3.]

Les Jesuites employent toutes sortes de moyens pour leur faire concevoir la conséquence du Salut. Ils leur expliquent incessamment l’Ecriture Sainte, & la maniére dont la Loi de Jesus-Christ s’est établie dans le monde; […] ils sont incrédules au dernier point; & tout ce que ces bons Péres en peuvent tirer, se réduit à quelques acquiescemens Sauvages, contraires à ce qu’ils pensent; par exemple : Quand ils leur prêchent l’Incarnation de Jesus-Christ, ils répondent que cela est admirable; lors qu’ils leur demandent s’ils veulent se faire Chrêtiens, ils répondent que c’est de valeur, c’est à dire, qu’ils penseront à cela. 1702, Lahontan, Œuvres, vol. 1, p. 657 (cité dans VézValeur, p. 65).

Cette replique me paroissoit les saitisfaire [sic] un peu, quand joseph qui étoit le plus malin [du groupe d’Iroquois], prenant la parole, me dit au nom de ses Camarades : Tes entreprises sont de valeur, nous le voyons bien, mais nous ne croyons pas ce que tu nous dis. Car si tu étois un Chef envoyé par Onnontio pour de grandes affaires, tu aurois des Gardes avec un blanc [« passeport »], comme on en donne à tes Frères qui viennent parmi nous. 1738, Cl. Le Beau, Avantures du Sr. C. Le Beau, vol. 1, 192 (cité dans VézValeur, p. 68).

B
1

Fig.VieuxQui est pénible, difficile, malaisé (à faire). 

Rem.Cet emploi est d’abord attesté dans du discours autochtone traduit en français ou dans du discours français qui était destiné à être traduit dans des langues autochtones appartenant aux familles algonquienne et iroquoienne.

Mes enfans les Onnontaguez, les Agniez, les Onneioutes, les Goïogouens et les Sonnontouans, je ne pretens pas vous persuader par de simples paroles la bonne inten­tion ou je suis de maintenir une veritable et solide paix avec vous, je le veux faire par des marques plus effectives, et je ne croy pas pouvoir vous en donner un temoignage plus grand que par l[’]establissement que je vas faire à Katarokoüi […]. Je pretens le rendre considerable en peu de temps et y faire porter des marchandises par mes neveux afin que vous n[’]ayez pas la peine de porter vos pelleteries si loin que vous faites […]. Mais il faut que vous consideriez que c[’]est une chose de valeur que de porter des marchandises de si loin et que trouvant à votre porte toutes vos commoditez, cela vous epargnera bien de la peine puisque vous ne serez pas obligez de les aller chercher à plus de cent lieues de vos villages par des chemins rudes et facheux. 1673, Harangue de […] Frontenac aux Iroquois, AC, série C11A, vol. 4, fol. 19 v-20. [DD, I] (cité dans VézValeur, p. 64).

Vers le 15e de mars nous commençâmes le sucre […]. Vers la moitié des sucres, les Sauvages arrivèrent pour la dernière fois, où je fus mal payé. […] Ils insistèrent pour que je revinse, me disant qu’ils me payeroient à mon retour. Je leur dis que c’étoit de valeur, que le portage étoit trop long. 1830 env., dans L.-P. Cormier (éd.), Jean-Baptiste Perrault, marchand voyageur, 1978, p. 92.

(Ouest du Canada). C’est un nom de valeur […] à prononcer. 1910, L.-A. Prud’homme, Expressions dont se servait naguère l’ancienne population du Nord-Ouest, Les Cloches de Saint-Boniface, suppl. au vol. 9, no 24, p. 332. 

– Mais non, comme héritiers, reprit le pasteur implacable, vous êtes solidaires des engagements de votre père, vous succédez à toutes ses obligations. Cette restitution pèsera sur son âme et sur la vôtre tant que vous ne l’aurez pas acquittée entièrement. Voyons, ajouta-t-il, songez donc un instant à l’éternité qui menace votre cher père : hésiterez-vous, pour l’en sauver, à faire généreusement ce sacrifice? – V’là une affaire, monsieur l’curé, dit Narcisse à son tour, qu’est d’valeur pour poupa, pis d’valeur pour nous autres étou. Moi j’voudrais qu’on vinssit s’consulter ensemble sur tout ça, savoir à quoi se décider. 1922, L. Dantin, Le Risque, La Revue moderne, novembre, p. 10.

 (Hapax). (En parlant d’une personne). Qui est pénible, tannant, de caractère difficile.

Ton petit est tu bien d’valeur? 1980, Saint-Boniface (Mauricie) (témoin de 30 ans), Fichier lexical du Trésor de la langue française au Québec (enq.).

2

(Dans une expression). VieilliC’est pas, ce n’est pas de valeur. (Pour souligner que qqch. est moins difficile qu’on pense, qu’on a peu de mérite à le faire). Cela n’exige aucun effort particulier, ne présente aucune espèce de difficulté; c’est chose facile, aisée, c’est bien simple, tout simple. 

 Par ext. C’est sans importance, cela ne fait rien.

La sorcière. – Tu paies si bien, ce n’est pas de valeur de travailler pour toi. [/] Ruzard. (Mettant un écu dans la main de la sorcière.) – Tenez!.... et je vous en donnerai encore, si vous arrangez l’affaire.. au moins pour jusqu’à demain…. après le mariage…… [/] La sorcière. (Riant et regardant son écu.) – Deux pots de rhum! Deux pots!.. J’arrangerai bien l’affaire…. 1876, P. LeMay, Les Vengeances, p. 29.

Le succès d’une exposition dépend de l’organisation. À la dernière exposition, les bâtisses n’étaient pas même encore terminées. L’organisation a complètement manqué, et tout s’en est ressenti. L’échec a été si grand que l’an dernier on n’a pas osé se risquer. On a dit c’est le tour de Québec. Ce n’est pas de valeur de renoncer à une chose dont on ne sait que faire. 1884, Journal du dimanche, Montréal, 6 septembre, p. 289.

– Q. : Connaissez-vous le bois coti [= pourri]? – R. : Oui monsieur, je connais le bois coti d’avec celui qui n’est pas coti. Ce n’est pas de valeur de le connaître. 1895, Québec, BAnQQ, Cour d’appel (Québec), cause no 44 (1896), factum de l’intimé, p. 75 (témoin originaire de la région de Chicoutimi).

Le vieux me racontait sa vie. […] il dit d’une voix doucereuse : « Des enfants, c’est du gaspillage. Ça coûte cher et ils nous laissent quand on a le plus besoin. C’est pas de valeur, ajouta-t-il, ma défunte est partie sans m’en donner. J’sus content. Mais j’ai eu ben soin de jamais me remarier, parce qu’avec les femmes, vous savez, on sait jamais ». 1936, Cl.-H. Grignon, Précisions sur Un homme et son péché, p. 63.

Ce n’est pas de valeur de vivre ici [dans un chantier forestier], observait Pierrot, on est mieux nourri, bien logé, et, en cas de maladie, mieux traités que nous pourrions l’être au village. 1956, A. Tessier, Jean Crête et la Mauricie, p. 85.

– Joséphine : Pense pas qu’ils sont pas aplomb, les gens de Québec. Ça correspond par télégrammes, ça prend le train à propos de tout et de rien… – Théophile : C’est pas de valeur pour Eva… Son mari travaille aux chemins de fer… Elle a ses passes gratuites… 1961, R. Lemelin, La famille Plouffe, 26 septembre, p. 4 (radio). 

Su a swip l’été, c’est pas de valeur de s’mouiller quand l’eau est chaude. 1965, Archives de folklore, coll. Normand Lafleur et Lucien Ouellet, 25, [Saint-Tite (Mékinac)], 19 juin.

Personne ne peut aller bien loin s’il n’est pas d’abord ambitieux, d’une ambition raisonnable et raisonnée, d’une ambition qui fait faire des projets et tracer des objectifs qu’il ne cesse de poursuivre en mettant sagement et résolument un pied en avant de l’autre comme s’il ne devait attendre le salut que de lui-même. Ceci est particulièrement vrai dans le cas des cultivateurs qui ont dû partir du dernier barreau de l’échelle (ce fut le cas de la majorité), même le cas de ceux dont on dit aujourd’hui qu’ils ont été chanceux, que pour eux « ce n’est pas de valeur »… « Ce n’est pas la même chose », etc. 1973, Le Bulletin des agriculteurs, Montréal, novembre, p. 12.

Lorsqu’il nous dit qu’un deuxième référendum suivra, prouve déjà les intentions de cet homme. C’est pas de valeur, ça coûte pas cher un appel au peuple! Lorsque la province sera dans le trou, il n’aura qu’à claquer les portes, et bonjour la visite. 1980, Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 6 mai, p. 4.

Une pluie de dollars va déferler sur les médias écrits et électroniques communautaires d’ici la fin du présent exercice financier québécois, de même qu’au cours de celui de 1996. […] C’est pas de valeur on a les moyens. La distribution de bonbons se fera comme suit : radios communautaires : 1 150 000 $; stations de télévision : 550 000 $; journaux : 300 000 $ et radios autochtones : 450 000 $. Merci Père Noël. 1995, Courrier Sud, Nicolet, 26 mars, p. 6.

 Par antiphrase. C’est quelque chose, ce n’est pas une petite affaire. 

Et sais-tu ce qu’elle lui demande? De s’en venir rester avec nous autres, au Chenal, comme le garçon de la maison. Roi et maître, c’est pas de valeur! Quoi c’est que je vas devenir dans tout ça? 1947, G. Guèvremont, Marie-Didace, p. 248. 

Pas besoin de vous dire qu’à cinq heures du matin, j’avais les yeux grands ouverts et le dos en compote. C’est pas de valeur, j’ai été obligée de me laver dans les toilettes d’un Dunkin’ Donuts. Vous auriez dû voir la face de la caissière quand chu sortie de la bécosse dans ma p’tite robe en rayonne rose pêche avec les rouleaux sur la tête à six heures du mat’. 2000, M. La Motte, Tu vois ben qu’est folle?, p. 11. 

 (Hapax). Ce n’est point de valeur.

Le Corbeau, Chef loup, arrivée dans ce poste avec sa bande […]. Il me dit naïvement, c’est impossible de pouvoir nous battre contre les François, pour les Américains, nous nous sommes toujours battus ensemble, ce n’est point de valeur. 1794, Lorimier, Journal, p. 193 (cité dans VézValeur, p. 70).

3

Fam.Qui est malheureux, fâcheux, regrettable, déplorable, triste; qui est dommage. 

Rem.Cet emploi est d’abord attesté dans du discours autochtone traduit en français ou dans du discours français qui était destiné à être traduit dans des langues autochtones appartenant aux familles algonquienne et iroquoienne.

C’est donc, c’est ben de valeur. Si c’est pas de valeur! C’est de valeur que (suivi d’un verbe au subjonctif), c’est de valeur de (suivi d’un verbe à l’infinitif). Trouver qqch. de valeur.

Il connoistra ce que je puis sil veut continuer, quoyque l’anglois l’aye flatté pour lattirer; je le perdray et detruiray celuy qui lanime, ce que vous avez veu de sang repandu en mon absence lesté dernier a montreal n’est pas de valeur, non plus que les maisons bruslées, ce ne sont que deux ou trois cabanes de rats que jay perdües et qui ont esté deffaite [sic] sur le bord de mon lac qui ne peut pas en estre empuanty […]. 1690, Parole qui doit estre ditte a l’Outaouac, BAnQQ, Archives des colonies, Correspondance générale (Canada), vol. 11, f131 (cité dans VézValeur, p. 64).

À peine [l’homme de la nation des Collapissas condamné à mort] avait-il achevé cette courte & pathétique harangue, que ce bon & tendre pere, pénétré de l’amitié filiale, se leva aussitôt & parla en ces termes : « C’est de valeur que mon fils meurt [sic]. Mais étant jeune & vigoureux, il est plus capable que moi de nourrir sa mere, sa femme, & quatre jeunes enfans; il est donc nécessaire qu’il reste sur la terre pour en prendre soin. […] c’est pourquoi je vais prendre sa place ». 1768, Bossu, Nouveaux voyages aux Indes occidentales, 2e éd., t. 1, p. 195-196 (l’auteur ajoute en note ce commentaire : « Le terme de valeur est un mot qui signifie, en leur langue, ce qui est fort ou extraordinaire »).

[…] mon pauvre oncle Vermette sentait bien qu’il aurait dû renvoyer son engagé. Mais il y avait un marché; et c’était encore de valeur, un si bon travaillant, sobre, tranquille, pas bâdreux, toujours le premier à la besogne et pas dur d’entretien! 1892, L. Fréchette, La mare au sorcier, La Presse, 8 octobre, p. 4.

– Le père voulait qu’on fauche à matin, mais il mouille trop pour mon goût. Ça sera rien qu’une ondée, probablement… – C’est de valeur pour ceux qu’ont du foin sur le champ. 1925, H. Bernard, La terre vivante, p. 129. 

– Vois-tu, Etienne, j’avais pensé à m’engager sur les chars, brakeman sur le Pacifique; mais ça a l’air comme si ça allait pas marcher; en attendant, faudra bien que je reste icitte, pour à c’t’heure. [/] – En tout cas… Ouais!... Vois-tu, Pitou, c’est ben d’valeur de pas vouloir faire c’qu’on veut su' not' terre, icitte. [/] – Qu’est-ce que tu ferais? [/] – Mon idée, Pitou, ça serait de bâtir une maison à la place de la vieille qui tient plus debout. Une belle petite maison neuve pour toé pi la Louisette. [/] – I' a pas à dire, Etienne, j’aimerais ça être chez nous dans ma maison à moé. 1938, Ringuet [pseud. de Philippe Panneton], Trente arpents, p. 214‑215.

– Les Allemands vont éventrer les Anglais. – Dis donc pas ça, mon vieux! s’indigna Joséphine. Oublie pas que la France est avec l’Angleterre. Mon Dieu, que c’est donc de valeur que sainte Jeanne d’Arc soit morte. Les Allemands se feraient organiser. 1948, R. Lemelin, Les Plouffe, p. 309. 

Il parle sans cesse à Hélène statufiée en un splendide bronze doré. – Si c’est pas de valeur une belle fille de même qui est muette. Mais pas sourde j’espère, hein mon beau bébé? Il lui propose un dîner avec un digestif du tonnerre dont elle se souviendra longtemps. 1969, M. Mailhot, Le fou de la reine, p. 58.

Chaque fois que je rentre à la maison, papa s’inquiète de mon comportement : – T’as pas touché à ton violon depuis qu’ t’es r’venu… C’est d’valeur, tu jouais ben avant d’aller à Montréal… 1977, J.‑P. Filion, Les murs de Montréal, p. 63. 

« C’est de valeur. Un bon gars. Le cœur sur la main. Intelligent comme un singe. Il peut remonter un moteur, une télé. S’il te connaît bien, il te demandera rien : le prix des morceaux. Mais on peut pas se fier sur lui. D’une minute à l’autre, il peut virer bout pour bout… Je sais qu’il a pas mal souffert de la réputation de sa mère… Une fameuse enjôleuse. Qui se mouchait pas avec des pelures d’oignon… Elle était surnommée Minoune. Il s’est fait écœurer correct. […] » 1994, R. Ducharme, Va savoir, p. 209.

C’est vrai, quoi. C’est que ça commence à nous tomber sur les rognons, les interdictions‑poil au menton. […] C’est rendu qu’à certains endroits, on se fait regarder de travers par les bonnes âmes qui ont donc l’air de trouver de valeur qu’on puisse encore trouver plaisir à en griller une. 1999, B. Pellerin, Épître aux tartempions : petit pied de nez aux révolutionnaires de salon, p. 94.

– Si c’est ça que tu veux, on va le respecter, crains pas. Je veux surtout pas qu’on se laisse en chicane. Ça serait trop de valeur, après avoir passé du si bon temps ensemble. 2017, L. Tremblay‑D’Essiambre, Une simple histoire d’amour, t. 2, p. 311-312.

Avec notre poids, là, on est dans le passé ou dans le futur. On veut atteindre un poids qu’on a déjà eu ou on est toujours dans l’attente de maigrir. On peut pas passer notre vie à vouloir changer de poids, à vouloir modifier notre corps. Une vie à pas s’aimer, je trouve que c’est de valeur parce qu’une vie, on en a juste une. Puis un corps, on en a juste un. 2022, L’épicerie, 12 janvier. 

 (Hapax). Qui est malade. 

Votre enfant, y’est-y d’valeur? 1973, Lotbinière (Chaudière-Appalaches) (témoin de 82 ans), Fichier lexical du Trésor de la langue française au Québec (enq.). 

Histoire

I.Depuis 1877; d’après l’anglais value (v. Webster 1986, s.v. value1 : the store advertises great values at large savings; v. aussi FunkC 1982 : « the ratio of utility to price; a bargain »). 

II.Avec les sens décrits ici, la locution adjective de valeur n’a pas été relevée ailleurs qu’en Amérique et son originalité, qui n’a pas manqué d’être très tôt signalée – par exemple, le père Potier l’a enregistrée en 1743‑1744 : Cela est de valeur… 1 o de prix… 2 o difficile (PotierH 28) –, a donné lieu à diverses interprétations étymologiques. Selon les témoignages les plus anciens, tels ceux de Frontenac (v. sens 3, ex. de 1691), de d’Aleyrac (Aventures militaires au XVIIIe siècle, éd. De 1935, p. 31 : « L’expression la plus ordinaire [parmi les Canadiens] est : de valeur, pour signifier qu’une chose est pénible à faire ou trop fâcheuse. Ils ont pris cette expression aux sauvages »), ou de Bossu (v. sens 3, ex. de 1768), il s’agirait d’un emprunt à des langues autochtones; comme l’interprétation de ces témoignages n’est pas aisée (v. A. Fauteux, dans Brh 36/10, 1930, p. 595‑596, et BovProc 75‑77), cette explication est demeurée longtemps hypothétique. Selon d’autres sources (Dunn, Clapin et Barbeau2 67), de valeur serait plutôt d’origine française et figurerait même dans l’œuvre de Montaigne, mais aucune citation ne permet d’accréditer ce point de vue. Enfin, selon GPFC, de valeur pourrait encore être une déformation de la locution de male heure, qui était usitée dans l’ancien français avec le sens de « malheureusement »; le moyen français atteste en effet de malheur avec ce sens, mais il s’agit d’une locution adverbiale et non d’une locution adjective, sans compter que le passage du /m/ de malheur au /v/ de valeur serait difficile à expliquer, ce qui enlève beaucoup de vraisemblance au rapprochement suggéré. En réalité tous les sens classés sous II.B ainsi que, probablement, le sens II.A.2 résultent de calques de formes (ou syntagmes verbaux) autochtones en usage aux XVIIe siècle, telles que arimat et sanagat (complexe ojibwé, dont l’algonquin), ɩandoron (huron-wendat) et gannoron (langues iroquoises), comme l’a démontré R. Vézina, dans une article paru en 2021 (v. VézValeur), dont voici un extrait (p. 54‑55) : « Au cours du XVIIe siècle, la locution française [de valeur] a notamment acquis l’acception de “difficile” par voie de calque sémantique de formes algonquiennes et iroquoiennes largement attestées sur un vaste territoire fréquenté par les francophones (vallée laurentienne, région des Grands Lacs, pays des Illinois). Il s’agit respectivement des racines aarim- et sanag- (et leurs variantes) ainsi que ‑ndoron- et -noron-, formes polysémiques partageant avec de valeur le sens courant de “cher” ou “précieux”, mais dont le champ sémantique est plus étendu. Cette extension de sens a fait sortir de valeur de son champ sémantique habituel à un point tel qu’elle représente en quelque sorte une rupture par rapport aux autres emplois que cette locution avait en français à l’époque. Cet enrichissement sémantique constitue l’étape la plus remarquable dans l’évolution de de valeur en français nord-américain. Celle-ci s’est poursuivie avec une seconde extension de sens, encore une fois par calque sémantique des mêmes formes, qui a conféré à la locution une valeur négative la rendant plus ou moins l’équivalente d’adjectifs comme fâcheux, malheureux et regrettable, appliqués à des situations ou des événements. Des racines ou vocables de langues appartenant à d’autres familles linguistiques autochtones, notamment le sioux, ont pu jouer un rôle secondaire dans le processus d’emprunt. » A.1.Attesté depuis 1632, cet emploi s’est sans doute développé à partir du sens de « très précieux (en parlant d’un objet) », relevé dans les dictionnaires français depuis Fur 1690 (v. FEW valor 14, 152a). 2.Depuis 1638. Cet emploi constitue probablement un calque des formes autochtones mentionnées ci-dessus, lesquelles peuvent servir à exprimer l’idée de « c’est important » et « c’est de (grande) conséquence ». Si une origine française ne peut être écartée complètement, étant donné que valeur a eu le sens de « importance, prix d’une chose » en moyen français (DMF), elle paraît assez peu probable, étant donné qu’aucune source européenne n’enregistre de valeur avec cette signification qui est attestée en Nouvelle-France (v. VézValeur, p. 41‑42 et note 28). B.1.Depuis 1673. Le sens d’« être pénible, de caractère difficile » pourrait résulter d’un calque de formes autochtones algonquiennes et iroquoiennes construites à partir des mêmes racines mentionnées ci-dessus et signifiant respectivement, en parlant d’un être animé, « être difficile, pénible » et « être difficile (à contenter, etc.) » (v. VézValeur, p. 54). 2.Depuis 1876, mais attesté comme antiphrase avec l’adverbe de négation point dès 1794. 3.Depuis 1690. Le sens de « malade » pourrait résulter d’un calque de formes algonquiennes véhiculant l’idée d’« être souffrant », lesquelles sont construites à partir des mêmes racines algonquiennes mentionnées ci-dessus (v. VézValeur, p. 54).

Dernière révision : décembre 2025
Trésor de la langue française au Québec. (2025). Valeur. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 4 février 2026.
https://www.dhfq.org/article/valeur