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SOURIS-CHAUDE [suʀiʃod]
n. f.

Rem.

Parfois écrit sans trait d’union.

  

VieilliChauve-souris.

– Ô, Mon Dieu, madame! Une « souris chaude », une « souris chaude » collée sur le visage du petit! […] Le comte enleva l’oiseau nocturne de la figure de son fils et le jeta hors de la voiture en disant : – Voilà un sinistre présage! 1898, H. Berthelot, Les mystères de Montréal, p. 37.

Les bûcherons de mon pays de la Gatineau […] disent ainsi souris-chauve et, de vrai, relancent La Fontaine jusqu’à dire souris-chaude. Comme je leur demande la raison de cette appellation anormale, l’un d’eux m’explique que la chauve-souris n’apparaît qu’aux soirs de grande chaleur, que le froid la fait se tapir dans un trou « et qu’elle est si chaude que l’hiver ne la tue pas ». Mais tous les pourquoi des déformations de notre langage ne reçoivent pas de réponses aussi ingénieuses. 1916, L. de Montigny, La langue française au Canada, p. 15‑16.

Claude vient me voir dans l’après-midi. On dirait qu’il rentre par le haut de la porte comme une souris-chaude. J’sais. Les souris-chaudes voyagent avec le radar. L’armée a découvert ça dans la marine. 1973, J.‑J. Richard, Centre-ville, p. 94.

On s’amusait avec des bâtons, des balais à esseyer de tuer des souris chaudes. J’ai réussi à en pincer une. On examinait ça comme y faut. C’est fait drôle une souris chaude. Entre le corps pis les pattes, y a une p’tite peau assez mince qu’on voit quasiment à travers. 1979, B. B. Leblanc, Y sont fous le grand monde!, p. 155‑156.

Ce qui rend l’hiver plus dur, surtout pour les urbains, c’est que l’organisation sociale nous oblige à y maintenir le même rythme de travail, le même rythme de vie, que durant le reste de l’année. Naguère encore, il en allait autrement. Durant l’hiver, l’homme hibernerait, comme les ours, les siffleux et les souris-chaudes, comme disait ma mère. 1986, J.‑P. Desbiens, La Presse, Montréal, 8 janvier, p. A6.

Je travaillerai dans l’attique pendant que tu resteras en bas. Je les ferai décaniller, si bien que ça ne restera qu’un mauvais souvenir. Surtout, pousse pas des hurles si d’aventure l’une d’elles vient te chatouiller le crâlot. Va pas chavirer et essayer de tuer une souris chaude. Jamais, Laura! 2006, A. Themens, Naufragées de l’enfance, p. 123.

Soudain, Normande pousse un cri aigu, et Vitaline la considère avec un mélange d’amusement et d’agacement. D’un ton précipité, avec forces [sic] gestes, la demoiselle explique qu’elle vient de mirer le vol d’une souris-chaude, laquelle a interrompu sa plongée à une verge de la tête de Vitaline. Norbert fait mine de s’effaroucher, mais celle-ci rétorque, prenant soin d’énoncer clairement le vrai nom du volatile : – Faut pas avoir peur des chauves-souris. 2014, A.‑M. Sicotte, Les tuques bleues, t. 1, p. 34.

(Variante). Souris-chauve.

Le cri de la souris-chauve est si élevé que bon nombre d’humains ne peuvent l’entendre. 1943, Le Devoir, Montréal, 26 juin, p. 10.

Jean, son Jean, venait de se noyer. […] [/] – Les gens de l’Isle ont ben dû se demander pourquoi le tocsin les avait appelés. [/] – C’est vrai qu’y avait comme du pressentiment dans l’air. [/] – Moé, en tout cas, j’ai vu des souris-chauves frôler le clocher toute la veillée. 1974, B. Lacroix, Les cloches, p. 50.

– Tu veux pas y aller? [/] – T’es en amour pour vrai, avec Croteau? [/] – J’peux pas dire non. Mais c’est pas l’temps d’y penser, quand un homme est mort ou en danger. [/] – J’vas voir Maranda et j’appellerai Edouard au téléphone, pour lui dire de monter. J’pourrais emmener Houle, qui trouve son ch’min comme une souris-chauve qui vole à la noirceur… Mais j’ai pas confiance plusse que ça! Pour moé, ton Croteau s’est poussé… 1952, H. Bernard, Une autre année sera meilleure, Photo-journal, Montréal, 29 mai, p. 31.

Histoire

Depuis 1810 (VigerB 86). Héritée des parlers de France, la forme souris-chaude est bien attestée dans tout le domaine d’oïl et sous des variantes phonétiques locales dans le domaine d’oc (v. FEW sōrīx 12, 112). On la retrouve également dans le français de l’Acadie, de l’Ontario, du Missouri et de la Louisiane (v. BénMots, DLF, DorrSteGen, Mass no 390 et ReadLouis 71), ainsi que dans les créoles à base française de la Louisiane, des Antilles et de l’océan Indien (v. ValdmCreole, s.v. souri-chòd; PoullGuad, s.v. sourit-chòd; ChaudRéun 275 et 868, qui souligne que le mot ne survit plus que dans la toponymie, suggérant ainsi qu’il était anciennement aussi usité dans le français de La Réunion). Souris-chaude a été parfois critiqué au profit de chauve-souris (v. Blanch1‑3, Dulong et Rinfret, s.v. souris-chaude; Turenne1 23). L’élément adjectival chaude pourrait résulter d’une altération de chauve par étymologie populaire, qui s’expliquerait par l’attirance de l’adjectif chaude, de plus grande fréquence en français, interprété comme une caractéristique de l’animal (v. FEW id., 114a et LachÉtym, p. 118; v. aussi la citation de 1916). La variante souris-chauve, depuis 1855 : De quel sexe est Guévremont? [/] D’aucun… Tel dieu n’est pas bon. [/] C’est pis que la souris-chauve, [/] Qui cherche de son œil fauve [/] Le parti qui gagnera. (G. Lemage, La Pléïade rouge, p. [24]). Cette forme est attestée depuis l’ancien français, a été relevée notam. chez Rabelais et La Fontaine (v. FEW id., 112a, LaCurne, Huguet); elle est aujourd’hui archaïque dans la langue générale en France (v. TLF et DG, s.v. chauve-souris).

Dernière révision : novembre 2023
Trésor de la langue française au Québec. (2023). Souris-chaude. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 20 février 2024.
https://www.dhfq.org/article/souris-chaude