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SLOCHE ou  SLUSH [slɔʃ]
n. f.

Rem.

Attesté parfois au masculin.

1

(Emploi critiqué). Mélange inconsistant de neige et d’eau, imprégné de saletés, de minéraux et d’abrasifs, qui s’accumule dans les rues, les chemins.

2022, TLFQ, Sloche [photo].

Les rues sont en sloche, pleines de sloche. Piler, marcher, patauger, tomber, mettre le pied dans la sloche. Avoir les deux pieds dans la sloche. Il y a de la sloche aujourd’hui.

 bouette1gadouegibelotte.

 Mélange aqueux résultant de la fonte partielle de la neige et de la glace qui se forme dans les champs ou les terrains vagues et sur les étendues d’eau gelées, par suite d’une pluie d’hiver ou de la fonte printanière.

Rem.1. Malgré certaines condamnations, notamment au profit de gadoue ou du néologisme névasse, le mot a tout de même été perçu plus positivement par quelques observateurs du langage (voir Histoire). 2. Dans ce sens, souvent prononcé [slɔtʃ]; on retrouve la graphie correspondante, slotche (ou parfois slutch), depuis les années 1940.

La preuve démontre que dans l’hiver de 1875‑76, une bonne partie de la ligne a été construite sur des muskegs en faisant dans la glace des trous dans lesquels on plaçait les poteaux sans les enfoncer ni les assujétir dans le sol, et sans les entourer, au pied, de ce qu’on appelle le slush – la glace seule maintenant temporairement les poteaux en place. 1883, Rapport de la Commission royale du chemin de fer du Pacifique canadien, vol. 3, p. 138.

[Les colons] sont obligés d’allonger considérablement leur trajet pour trouver dans la région du lac Kippawa des chemins durcis par le passage constant des voitures chargées d’approvisionner les chantiers. L’autre chemin, plus rapproché de la rive gauche du lac Témiscamingue, est souvent couvert de neige fondante, (slush) ce qui rend son parcours assez difficile. Le printemps et l’automne, la colonie se trouve absolument isolée. 1889, La Justice, Québec, 23 février, p. [2].

Comment rappeler les difficultés de voyages du frère Moffet en hiver, sans dénoncer un des pires ennemis du charroyeur du nord, l’obstacle qu’il redoute plus que le froid, plus que la poudrerie, plus que les fatigues de la marche, plus que les nuits passées à la belle étoile? Nous voulons parler de la neige détrempée des lacs. [...] Substance inconsistante que personne ne recherche parce qu’elle lasse le pied du marcheur et vous l’éclabousse sans pitié s’il n’y prend garde, la slush fait surtout le cauchemar des voyageurs du nord dont elle est, nous le répétons, le plus redouté des fléaux. 1939, E. Nadeau, Un homme sortit pour semer..., p. 47.

On commence vraiment à faire du sport à l’université aux premières bordées de neige. Que voulez-vous! Les glaçons, le frimas et la slotche, ça fait partie de notre patrimoine national tout comme la soupe aux pois, la Société Saint-Jean-Baptiste et Nazaire et Barnabé. 1945, Le Quartier latin, Montréal, 23 novembre, p. [1].

C’est ainsi que, pour fondre la glace et la neige sur nos trottoirs métropolitains, on y répand couramment du sel afin d’obtenir la sloche exquise où l’on barbote comme en du savonnage. 1951, H.‑G. de Montigny, Étoffe du pays, p. 348.

Quand on était sur la glacière, on était pas capable de se tenir. Quand on s’en revenait, bien, on s’en venait dans la neige mouillée. Sur le bord de la glace, dans la sloche, il y en avait ça d’épais. 1961, île aux Coudres (Charlevoix-Ouest), AFEUL, P. Perrault 61 (âge de l’informateur : n. d.).

Pour quelques arpents de « sloche » [titre] On l’attend durant six mois et on la subit le reste de l’année. L’euphorie de la première neige, c’est le lot des tout-petits. Pour les autres, c’est le commencement de la fin. Du moins pour les citadins. L’impatience du skieur et celle de l’automobiliste n’ont rien en commun. Et l’urbanisation gallopante [sic] conjurée à l’archaïsme qui caractérise la technologie du déneigement ajoutent chaque année quelques arpents de sloche de plus au patrimoine écologique des Québécois. 1972, Le Soleil, Québec, 30 décembre, p. 19.

Ce n’est qu’une petite neige poudreuse, presque immaculée. Une première neige. Elle continue de tomber sans arrêt. L’hiver est là, fidèle à sa rancune. [...] Demain, toute cette neige sera retournée en slotche ou en eau. Une première neige, ça ne dure jamais. Et quand elle est trop tenace, le sel et le sable se chargent de l’anéantir. 1974, R. Plante, La débarque, p. 79‑80.

Mère Marie-Clotilde prétend que l’âme de sœur Gemma est devenue aussi sale que ses claques, à l’époque de la slush, au printemps. 1975, A. Hébert, Les enfants du sabbat, p. 46.

Mais trop vite arrive l’automne. La boucane commence à nous sortir de la bouche (moins que des cheminées quand même), et il faut sortir les bottes de caoutchouc pour affronter les premières slutches. Cette saison, malgré ses beaux jaunes et rouges, nous ramène le froid. 1975, Mainmise, Montréal, mai, p. 56.

L’hiver pour moé C’est pour se g’ler les pieds Pis c’est bon pour se g’ler la tête Dans l’temps des Fêtes J’ai pas d’skidoo, j’ai pas d’garage La « slutch » partout moé ça m’enrage Les grosses tempêtes qui traînent à pu finir J’ferme toutes mes f’nêtres pis j’veux même pu sortir[.] 1983, Pl. Latraverse, Cris et écrits (dits et inédits), p. 91.

J’ai frappé : pas de réponse. J’ai sonné : nil. Par la vitre givrée, je distinguais des amoncellements de bottes. Ç’aurait dû être plein de monde là‑dedans et je ne voyais personne, n’entendais rien. Flash : un tas d’écrivains sortis danser le sabbat en chaussettes dans la sloche sorcière de mars. 1990, Chr. Mistral, Vautour, p. 93.

Normalement, fin mars, c’est la grande déprime. Le monde est écœuré. Écœuré de l’hiver qui s’accroche. Écœuré de la slotche. Écœuré du temps gris. Le monde fait la gueule. 2012, S. Laporte, La Presse, Montréal, 24 mars, p. A22.

Fig.

Il est assez étonnant de voir, dans notre chère « slotche » littéraire, que la plus académique de nos revues, Études françaises, couronne chaque année les moins académiques de nos auteurs. 1971, J. Basile, Le Devoir, Montréal, 10 mars, p. 10.

Mais cet après-midi, lorsque je promène mon regard autour de moi, ce n’est pas la liberté que je vois s’avancer lentement à l’horizon, avec son panache de lueurs rouges et oranges. Non, je ne vois rien que de la grisaille, du dégoût, de la confusion, une sloche d’intérêts égoïstes et de velléités plus ou moins généreuses qui tourne lentement sur elle‑même, sans but, dans une atmosphère d’angoisse tempérée d’indifférence. 1985, Y. Beauchemin, Possibles, vol. 9, no 3, p. 138.

Par ext. Petits cristaux, fragments de glace flottant à la surface de l’eau. (PPQ 1249A).

Fig. Amas de choses hétéroclites, sans valeur; fatras, camelote. (Blanch2‑3, Bélisle1‑3).

 Affaire mal conçue, mal préparée. (GPFC, Bélisle1‑3).

 (Variantes). RareSnoche ou snotche. (RobMan2 95).

2

(Emploi critiqué; souvent orthographié slush). Rafraîchissement composé de glace granulée, arrosée d’un sirop coloré et aromatisé.

2022, TLFQ, Sloche [photo].

Une bonne slush. Machine, bar à slush. Saveurs, sortes de slush. Slush aux fraises, aux framboises, aux bleuets.

Rem. Parfois condamné au profit du terme barbotine.

– Burgers au Bœuf de l’Ouest – Poulet frit Western – Hog‑Dogs des Prairies – Sandwichs au Rosbif […/] Et pour la première fois au Canada... [/] (Une exclusivité T.F.) [/] « Slushie‑Slush » (Glace savoureuse) [/] Le breuvage qu’on mange[.] 1968, Le Devoir, Montréal, 23 février, p. 13 (annonce).

Elsie vous gâte… Elle vous annonce l’ouverture de sa boutique de crème glacée à Place Fleur de Lys[.] Vous pourrez y déguster… cornets de crème glacée – sundaes – milk‑shake – gaufrettes – liqueurs douces et slush. 1971, Le Soleil, Québec, 18 mai, p. 14 (annonce).

Machine à crème glacée molle, machine à slush-fontaine et tout équipement bar laitier. 1975, La Presse, Montréal, 29 avril, p. H3 (annonce).

Fier du revirement de ses coéquipiers, le capitaine [d’une équipe de hockey] [...] a soumis subtilement une première « revendication » au nom des siens en lançant à la blague avec un verre de « slush » à la main : « Les gars aiment pas mal ça fêter à la ʻslushʼ, peut-être qu’il serait bon d’avoir une distributrice dans le vestiaire cette saison...! » 1980, Le Soleil, Québec, 12 septembre, p. B1.

Il y avait, j’sais pas, 3,000, 4,000 personnes, à la patinoire du Peps, hier midi. Pour aller voir Guy Lafleur patiner. [...] Je dis pour aller voir Guy Lafleur patiner. Mais ils seraient allés le voir manger une slush; jouer aux dards; se faire bronzer; tondre son gazon; ou n’importe quoi. 1989, Le Soleil, Québec, 11 septembre, p. A5.

La chaleur et l’humidité ont poussé bien des familles à aller se rafraîchir aux différents points d’eau de la métropole, hier, au grand bonheur des enfants. […] « Hier soir (dimanche), j’ai eu de la difficulté à dormir parce qu’il faisait chaud, a expliqué Raphaël […], 8 ans. Mais j’aime mieux boire de la sloche que de marcher dans la sloche », a‑t‑il ajouté d’un ton espiègle. 2011, La Presse, Montréal, 12 juillet, p. A3.

En cette semaine de canicule, tous les moyens sont bons pour se rafraîchir. Tous n’ont pas la chance d’avoir de l’air climatisé ou une piscine creusée. J’ai donc trouvé la solution parfaite pour vous : de la slush alcoolisée! 2021, Le Cahier (site Web), 12 août.

 (Dérivé, hapax). Slusherie n. f. Comptoir de vente de sloche (sens 2).

Alexandre Tremblay vient de démarrer une agence d’animation et d’organisation d’évènements en tous genres. En plus d’offrir son personnage de clown, il fait la location de machines à slush, à popcorn et à barbe à papa. […/] « Au début je voulais partir une ‛slusherie’, mais, mes parents y croyaient plus ou moins », relate l’entrepreneur. 2014, Progrès-dimanche, Chicoutimi, 4 mai, p. 46.

Histoire

1Depuis 1883 sous la forme slush (sous la variante sloche, depuis 1909, v. Dionne). Cet emploi est attesté comme xénisme dès 1854 dans un récit de voyage de l’explorateur français Joseph‑René Bellot, qui a parcouru le territoire du Nunavut (v. Journal d’un voyage aux mers polaires exécuté à la recherche de sir John Franklin, en 1851 et 1852, Paris, p. 322 : « […] nous nous mettons en route dans la soirée du vendredi, pédestrement, c’est-à-dire accompagnés de nos traîneaux, qui, malgré la légèreté de leurs charges, enfoncent et n’avancent que lentement au milieu des neiges fondues qui recouvrent la glace; car, non-seulement l’action du soleil, mais encore celle de l’eau salée tendent à présent à dissoudre la neige, qui forme ainsi une espèce de pâte visqueuse que les matelots appellent slush»). Le mot slush réapparaît dès 1865 sous la plume de l’écrivain français Jules Verne, dans le récit « Le désert de glace » (v. Magasin d’éducation et de récréation, 1865, 1er semestre, vol. 3, p. 293 : « Cependant les neiges fondaient de toutes parts, sous l’action du soleil; l’eau salée, répandue sur l’ice‑field par les crevasses et les trous de phoque, en hâtait la décomposition; mélangée à l’eau de mer, la glace formait une sorte de pâte sale à laquelle les navigateurs arctiques donnaient le nom de ‛slush’»). Ce récit a d’ailleurs été publié en feuilleton au Canada français, entre autres dans le journal montréalais L’Opinion publique, en 1876 (v. l’édition du 30 novembre 1876, p. 543, où figure l’attestation de slush). Dans cette histoire, Verne relate une expédition vers le pôle Nord qui s’inspire en partie de l’ensemble des expéditions franco-britanniques menées dans l’archipel arctique canadien au milieu du XIXe s. dans le but de retracer l’explorateur anglais sir John Franklin et son équipage, disparus en 1845 alors quils tentaient de franchir le passage du Nord‑Ouest. Il semble que Verne ait puisé son inspiration notamment dans le journal de Bellot (v. citation de 1854 plus haut), et c’est peut-être ce qui explique son utilisation par mimétisme du mot slush. Emprunt de l’anglais (v. OED et Webster 1986). Pour le sens de « petits cristaux de glace », cp. l’anglais slush ice « frazil » (v. Webster 1986; v. aussi slush‑ice dans OED, s.v. slush, 6o). On trouve en anglais britannique la forme slutch, de sens similaire à slush (v. OED, où slutch est donné comme emploi régional de nos jours), d’où les formes slotche et slutch relevées au Québec; slotche, depuis 1945, slutch, depuis 1951 : Et puis, tout devient gris, et nous entrons dans la période de la slutch, nous pataugeons dans la saleté […] (A. Laurendeau, Le Canada, Montréal, 20 juillet, p. 4). Au fil du temps, les impressions sur ce mot ont été partagées chez les observateurs du langage. En raison de son origine anglaise, il a été critiqué par certains (notam. L. Fréchette (dans La Patrie, Montréal, 30 décembre, p. 2); v. aussi GDT et Multi), qui ont proposé des solutions de rechange comme neige fondante, bouillie neigeuse, gadoue ou névasse, lesquelles ne se sont pas implantées dans l’usage (exception faite de gadoue). D’autres spécialistes, comme R. de Chantal, sans aller jusqu’à recommander l’utilisation de sloche et slush, lui ont concédé des qualités en vertu de sa sonorité évocatrice (pour un relevé des commentaires sur ce mot aux XIXe et XXe s., v. J. Bédard, « La slush : cette mal aimée qui traîne dans les rues », dans Québec français, 1992, no 85, p. 108‑109). Slush figure à titre de canadianisme dans Robert 1985. 2Depuis 1968; emprunt de l’anglais nord-américain (v. WebsterW 1988).

 slocher; slocheux, slocheuse.

Dernière révision : octobre 2022
Pour poursuivre votre exploration du mot sloche, consultez notre rubrique En vedette et visionnez notre capsule vidéo Dis-moi pas!?.
Trésor de la langue française au Québec. (2022). Sloche ou slush. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 28 mai 2024.
https://www.dhfq.org/article/sloche-ou-slush