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SÉRAPHIN, SÉRAPHINE [seʀafẽ, seʀafin]
n.

Rem.

1. Se dit généralement d’un homme; le féminin est moins usuel. 2. Souvent écrit avec majuscule à l'initiale (surtout lorsqu'il est employé comme nom) : Séraphin, Séraphine.

  

Fam.Personne avare, trop économe.

Un séraphin, un vrai séraphin.

Faire son séraphin : agir en avare, faire preuve de mesquinerie.

(En fonction attribut). Être, avoir l’air séraphin.

Rem.Le mot est encore mal dégagé de sa valeur originelle de nom propre comme en témoignent certains exemples.

 baise-la-piastre; baise-la-cenne, suce-la-cenne, etc. (s.v. cent, sens II.4).

On traitera désormais de Séraphin tout sac à poivre [« avare »]. Le mot passera dans le langage populaire, preuve que le personnage est plausible et bien vivant. 1941, Le Bien public, Trois-Rivières, 10 juillet, p. 4.

[...] je rencontrais souvent dans les gros chars, un monsieur important qui était député entre autres choses, mais qui était pas mal séraphin aussi. Ça fait que, quand arrivait l’heure de passer à la salle à manger, il laissait son siège dans le wagon de première classe et allait se promener pendant un bout de temps dans les couloirs des autres wagons. Puis, au bout d’un certain temps, mon homme revenait, un cure-dent à la bouche pour montrer qu’il revenait de luncher... 1948, É. Coderre, Rêveries de Jean Narrache, 30 mars, p. 3 (radio).

– Gertrude : Regarde, ils [les souliers] sont comme neufs. – Murielle : Tu les donneras à Marie-Paule! Moi je les porterai plus certain. Sont même pas à mode à cette heure. T’es assez séraphine m’man, j’ai jamais vu ça. – Gertrude : Écoute Murielle, on est pas si riches que tu penses! 1975, Cl. Jasmin, La Petite Patrie, 2 mars, p. 37 (télév.).

L’armée fédérale de séraphins rapporte gros [titre]. Un peu partout au pays dans les bureaux du gouvernement fédéral, des visiteurs tiennent des statistiques : sur le nombre de photocopies effectuées, sur les utilisateurs des véhicules gouvernementaux et sur le montant des factures de téléphone. Ils font partie d’une armée de « séraphins » dont le rôle est de trouver des moyens d’épargner de l’argent aux contribuables. 1993, Le Soleil, Québec, 4 janvier, p. A5.

Il a incarné le grand rôle de notre télévision. Séraphin, l’avare astucieux, l’homme de pouvoir des pays d’en haut. Le Québec est le seul pays au monde où un séraphin est un avare et pas l’ange du dictionnaire. Le personnage était né dans un roman de Claude-Henri Grignon et a ensuite fait le bonheur des grandes années de la radio. Un homme et son péché, entonnait la voix profonde de François Bertrand sur le thème des Saisons de Glazounovembre La porte du haut-côté grinçait et le Québec tendait l’oreille. Mais c’est à la télévision que Séraphin a éclaté en 1956. Les Belles histoires des pays d’en haut détient le record de longévité des téléromans : 14 ans. La série prenait fin en 1970 à Radio-Canada. Séraphin faisait partie de la conscience populaire québécoise et pour longtemps. [...] Jean-Pierre Masson est mort. Son Séraphin vivra longtemps encore. 1995, L. Cousineau, dans La Presse, Montréal, 14 mars, p. B9.

 VieuxSéraphiner v. intr. Agir en séraphin.

Mon uniforme me sied comme un gant et je ne regrette pas d’avoir pris ce qu’il y a de mieux, et dans la meilleure maison. [...] J’ai comparé avec d’autres cadets qui se vantaient d’avoir la meilleure qualité en ‘séraphinant’, et j’ai constaté qu’ils s’étaient fait roulés [sic] magistralement. 1975, J. Gouin, Lettres de guerre d’un Québécois, p. 24; lettre de 1942.

 (Nuance).

Il n’est pas question ici de ‘séraphiner’. Et ce mot, tour à tour nom, prénom, adjectif, verbe et sujet, que fait-il au plus-que-parfait du subjonctif? Que nous séraphinassions ou que nous séraphinassassions? Soit dit en passant, on ne devrait plus l’employer avant que l’Académie canadienne-française en ait déterminé les racines et le genre : comme c’est là, on en fait un usage abusif et à l’encontre des règles de la grammaire qui ne lui ont pas encore donné droit de cité dans notre vocabulaire. 1949, Le Devoir, Montréal, 24 août, p. 4, col. 4.

Histoire

Depuis 1941. Par allusion à Séraphin Poudrier, personnage d’une avarice sordide, créé par Cl.-H. Grignon dans le roman Un homme et son péché, paru en 1933. Adaptée comme feuilleton radiophonique (de 1939 à 1962), puis comme feuilleton télévisé (de 1956 à 1970), sans compter de nombreuses adaptations à la scène comme à l’écran (v. notam. DOLQ 2, p. 1115-1116), cette œuvre allait jouir d’une popularité qui vaudrait à certains de ses personnages d’accéder à l’imagerie populaire. De 2016 à 2021, Radio-Canada a diffusé une deuxième version télévisée de l’œuvre de Claude-Henri Grignon, sensiblement remaniée, sous le titre Les pays d’en haut. Séraphiner, depuis 1942.

Version du DHFQ 1998
Pour poursuivre votre exploration du mot séraphin, consultez notre rubrique La langue par la bande.
Trésor de la langue française au Québec. (1998). Séraphin, séraphine. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 20 février 2024.
https://www.dhfq.org/article/seraphin-seraphine