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SANS-DESSEIN [sɑ̃dɛsẽ]
n.

Rem.

1. Aussi prononcé [sãdəsẽ] dans l’usage populaire. 2. On rencontre parfois la forme féminine sans-dessine. 3. Variante graphique : sans dessein.

  

Fam.Personne qui fait preuve d’un manque d’intelligence, de savoir-faire, de débrouillardise; personne qui est un peu folle, qui est imbécile, idiote, stupide.

Un, une sans-dessein. Des sans-dessein(s). (Comme terme d’insulte). Maudit, gros sans-dessein! (En fonction attribut, avec valeur d’adj.). Être trop sans-dessein pour faire qqch.

 innocent, innocentesans-alluresans-génie.

Le père Mattier était maintenant seul pour faire ses travaux. [...] Il réalisait de bons montants, mais il était maladroit, sans dessein, malchanceux. 1936, A. Laberge, Visages de la vie et de la mort, p. 218.

Ne traitez pas de sottes et de sans dessein les pauvres petites jeunes femmes qui en savent moins long que vous et n’ont pas votre habileté ménagère. Elles apprendront, pour peu qu’on leur montre [...]. 1949, O. Oligny, Entre nous, 7 avril, p. 4 (radio).

Il arrive que le plus sans dessein, le plus ignorant du village veut donner son coup d’épaule à la machine, veut porter au lieu de se laisser porter. 1958, F. Leclerc, Le fou de l’île, p. 148.

Il faut faire attention, aider madame à embarquer [dans le taxi], parce qu’on a encore des hommes très jaloux de nos jours et puis ça, c’est m’est arrivé quelques fois de me faire faire des yeux. Je le sais pas le type est trop sans-dessein, je sais pas si c’est sans-dessein, ou bien donc malappris quoi, il voit que sa femme est mal pris [sic] qu’elle peut pas embarquer, il l’aide pas du tout. 1962, Montréal, AFEUL, P. Perrault 1128 (âge de l’informateur : 37 ans).

[...] comme si lui, Momo, tenait de son père, l’homme au tablier juste bon à faire la popote, « trop sans-dessein pour garder sa femme ». 1974, A. Major, L’épouvantail, p. 96.

Marie pousse un cri, fait tomber la chaise et dévale les marches en courant. Rendue au milieu du chemin, elle se retourne et hurle : – Tout le monde rit dans notre dos! Ça vous fait rien, vous autres, grands sans-desseins! 1989, R. Lalonde, Le diable en personne, p. 145.

(En parlant d’une chose, dans un jeu de mots). Insignifiant, saugrenu.

Il aurait fallu nous initier au langage artistique, nous dire, aussi, que les grands, les adultes, faisaient également des dessins qui ont l’air sans dessein mais que l’on aime quand même. Nous dire qu’en dehors des normes, il y avait parfois un salut. 1997, Le Devoir, Montréal, 21 octobre, p. B1; propos d’une artiste.

Histoire

De sans, et dessein au sens d’« intelligence, esprit inventif », attesté au Québec et qui est d’origine régionale française (v. dessein). Depuis 1894 (Clapin, qui consacre deux articles à cette locution, le premier s.v. dessein : « Être sans dessein : – N’avoir d’aptitude à rien. Être sans volonté, sans but.) »; et le deuxième s.v. dessein (sans) : « Qui est sans initiative, Qui est inhabile à se tirer d’affaire. Qui est sans décision, sans esprit d’à-propos. [/] Sans dessein est aussi, au Canada, la traduction d’une expression sauvage qui veut dire : sans plan arrêté, sans souci des hommes ni des choses. »). Le traitement embrouillé que fait Clapin du mot sans dessein montre qu’on pouvait avoir de la difficulté à son époque à distinguer clairement l’emploi propre à l’usage canadien. Rinfret (1896) sera plus précis : « C’est une faute de donner à ce mot le sens de doué de peu d’intelligence; comme dans l’expression : C’est un sans dessein ». Dans le français de référence, sans dessein signifie « sans intention arrêtée, sans but défini », et est l’inverse de à dessein « intentionnellement, de propos délibéré » (v. TLF, s.v. dessein, sens A.3.a). Cette locution est mentionnée dans les dictionnaires depuis longtemps (v. Académie 1694, Littré, s.v. dessein, sens 5, Larousse 1897, Robert 1985), et elle se rencontre dans les textes depuis au moins l’époque de Montaigne (v. Google Livres). C’est donc à tort que Clapin, reprenant l’explication de-J.-Ch. Taché (« Forestiers et voyageurs », dans Les Soirées canadiennes, vol. 3, 1863, p. 185), y voit la traduction d’une expression ‘sauvage’. Dionne. s.v. dessein (sans), a donc eu raison d’écrire : « L’expression [sans dessein] paraît assez dans le génie de la langue et dans le caractère du langage canadien, pour qu’elle s’explique sans recours à une traduction du sauvage. ». Le glissement sémantique dont témoigne l’emploi québécois, passant du sens de « sans intention arrêtée, sans but défini » à celui de « qui manque d’intelligence, de savoir-faire, de débrouillardise », s’explique par la présence dans l’usage d’un autre emploi de dessein où le mot a le sens d’« intelligence, esprit inventif » (v. plus haut). Être sans dessein, c’est le contraire d’avoir du dessein. En parlant d’une chose, sans dessein au sens d’« insignifiant, saugrenu » est attesté plus anciennement qu’en parlant d’une personne : Et pi, si c’était une robe, comme tu le prétends, cré tu qu’ils y auraient mis deux grandes pendrioches sans dessein (Le Canard, Montréal, 2 juillet 1881, p. 2, col. 3).

Dernière révision : septembre 2020
Trésor de la langue française au Québec. (2020). Sans-dessein. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 15 avril 2024.
https://www.dhfq.org/article/sans-dessein