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QUÉTAINE [ketɛn]
n. et adj.

Rem.

Variantes graphiques : quétenne (surtout au sens 1); kétaine, kétennerare kétène.

1

n. Vieilli ou région. (Dans la région de Saint-Hyacinthe). Personne peu scolarisée d’origine modeste qui habitait autrefois le quartier pauvre de la ville de Saint-Hyacinthe (situé aux environs du marché à foin de l’époque), vivant le plus souvent d’aumônes, de menus travaux, d’emplois ouvriers peu rémunérés ou de petits trafics.

 Péjor. Personne d’allure négligée habitant ce quartier, perçue comme rustre, louche et peu recommandable.

Rem.Parfois écrit avec une majuscule, probablement par référence à l’emploi du mot comme sobriquet (voir le sens secondaire ci‑dessous).

[…] je prenais mon élan vers l’inconnu des nouvelles tentatives, dans l’espérance de pouvoir atteindre le but que je m’étais proposé : servir la grande masse de ceux au milieu desquels je suis né, de ceux que j’ai aimés, de ceux qui ont soutenu mes premiers pas dans ma vie physique comme dans ma vie publique et qui me sont toujours restés fidèles même aux heures où mes ennemis croyaient avoir terrassé à tout jamais celui qu’ils appelaient, pour manifester leur décision, le chef des Quétennes du Marché à Foin. 1942, T.‑D. Bouchard, Le Clairon, Saint-Hyacinthe, 16 octobre, p. 9.

Un quétenne typique [titre de chapitre] […] On avait, dans ces hauts lieux, un terme spécial pour désigner ceux des gens du Marché-à-Foin qui n’avaient pas de situation particulière pour les distinguer de la masse qui y vivait. On les nommait les quétennes, et il n’y avait pas de pire insulte, à Saint-Hyacinthe, pour déterminer la valeur morale d’un individu, que de le traiter de quétenne du Marché-à-Foin. 1950, T.‑D. Bouchard, Premières misères : souvenirs d’un petit‑fils de porteur d’eau, Le Clairon, Saint-Hyacinthe, 10 février, p. 2.

Un quétenne ambitieux [titre de chapitre] Ce quétenne exploitait la taverne située à l’angle nord-ouest de la place du Marché-à-Foin. Les buveurs habitant ce quartier pauvre, les maquignons des alentours venus échanger leurs chevaux et les cultivateurs qui vendaient leur bois et leur fourrage à deux pas de la pesée publique, constituaient la majeure partie de sa clientèle. Ces clients étaient tous des parias. Bigaré vivait parmi eux et bien qu’il ne sut [sic] ni lire ni écrire, il s’enorgueillissait des relations d’affaires et de bonne camaraderie qu’il entretenait avec les commerçants du haut de la ville. 1960, T.‑D. Bouchard, Mémoires, t. 1, p. 44.

Il [T.‑D. Bouchard] nous révèle d’abord un milieu social assez particulier et fort sympathique : celui du Marché-à-Foin de Saint-Hyacinthe. Ce milieu se compose de quétennes (déformation populaire de « quêteux »?), gens de modeste métier, ouvriers, corroyeurs, épiciers, aubergistes, etc., de maigre éducation, d’instruction plus rudimentaire encore, mais fort liés entre eux et fort charitables les uns envers les autres. 1960, E. Chartier, Lectures, vol. 6, no 8, p. 231.

Les quétaines du marché à foin [titre] […] Dans les années 1940, le quartier pauvre de Saint-Hyacinthe se trouvait aux abords du marché à foin et les résidants avaient l’habitude de faire la tournée des familles mieux nanties de la municipalité pour récupérer les vieux vêtements. La comédienne Andrée Champagne raconte comment elle et sa sœur revoyaient les vêtements que leur mère leur avait fabriqués sur le dos d’autres enfants, mais dans des agencements pas toujours aussi heureux. Devant leurs hauts cris, madame Champagne leur expliquait que ces gens étaient des quêteux et qu’il était normal qu’ils s’habillent en quétaines. 1998, Société d’histoire régionale de Saint-Hyacinthe, Saint-Hyacinthe 1748‑1998, p. 222.

Une fois son cours primaire complété, Yves [Michaud] revient à Saint-Hyacinthe où on l’inscrit à l’académie Girouard, une école secondaire publique située dans le quartier ouvrier. La famille habite à deux pas, dans le quartier du Marché à foin, le quartier des « quétaines », des gens mal vêtus, loin des bourgeois […]. Mais la famille Michaud fait un peu bande à part dans ce quart-monde peuplé d’ouvriers des filatures qui vivent dans la misère noire, reçoivent des salaires minables et dont les poumons sont intoxiqués par la poussière organique. 2013, J. Lanctôt, Yves Michaud : un diable d’homme!, p. 23.

Nous habitions dans la partie pauvre de Saint-Hyacinthe, ce qui était alors appelé, de manière un peu méprisante, « le marché à foin » On nous désignait d’ailleurs comme les pauvres, ou encore les « quétaines du marché à foin ». Il n’était d’ailleurs pas rare de se faire insulter par les jeunes des quartiers plus aisés, lorsque nous nous aventurions de leur côté de la ville... 2022, M. Rivard et M. Lavigne, Une fleur derrière les barreaux, p 26.

 Vieilli ou région. (Comme sobriquet).

Quétenne : sobriquet désignant à Saint-Hyacinthe la population pauvre habitant les alentours de la place du Marché-à-foin. […] Ce terme venait du surnom d’une des plus notoires familles du bas de la ville : les Martin dits Quétenne. 1960, T.‑D. Bouchard, Mémoires, t. 1, p. 44 (note).

 (Dérivé; dans un lieu‑dit). Vieilli ou région. Quétaineville, Kétaineville ou Kitten‑Ville n. pr. Quartier défavorisé de Saint‑Hyacinthe.

Encore aujourd’hui les Mascoutains [sic] appellent « Quétaineville » un quartier un peu curieux qui se trouve près de Douville. 1985, P. Pascau, La Presse, Montréal, 27 décembre, p. A5.

Si la population locale a donné le nom de « Kitten‑ville » à la région occupée par la desserte Sainte-Monique [située dans une municipalité voisine de Saint-Hyacinthe], c’est parce que l’on y retrouvait les familles pauvres du « bas de la ville » [expropriées dans les années 1940] et que ces familles étaient déjà considérées comme des « quétaines ». 1988, J.‑N. Dion, Le Courrier de Saint-Hyacinthe, 16 mars, p. 53.

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n. et adj. Par ext.Mod., péjor. (Personne) dont l’habillement est de mauvais goût, grotesque, criard; (personne) qui est considérée comme ridicule ou vulgaire par ses goûts douteux ou démodés ainsi que par son manque de finesse, de distinction et de culture.

Un, une quétaine. Maudit quétaine! Espèce de quétaine! Être, avoir l’air quétaine. Traiter qqn de quétaine. Trouver qqn quétaine.

 (En partic.). (Artiste) que l’on considère comme passé de mode et sans originalité, dont les réalisations sont perçues comme médiocres, populaires et de second ordre.

Ce chanteur est un quétaine. Actrice, animateur, humoriste, écrivaine, poète quétaine.

« T’es pas un peu kétène? » [titre] […] Avec l’aide de ce petit lexique, vous pourrez maintenant étonner vos amis. « Tu as vu ce film bouldass [= bouleversant]? […] Tu ne penses pas que l’interprète était à la fois colorado [= sexy] et continentale [= exotique]? Mais ce qu’elle pouvait avoir l’air kétène par moments! » 1963, D. Sauvage, Photo‑journal, Montréal, 23 mars, p. 2.

J’ai l’intention de me spécialiser dans la ballade Western. On dira encore que je suis Pepsi et kétaine. Qu’importe! Voyez-vous, certains artistes enregistrent des chansons commerciales, leurs amis sont des snobinards et les taquinent avec ces chansons. Ces artistes répondent : « J’aimerais faire de la belle chanson, mais le public est niaiseux. » 1967, Le Petit Journal, Montréal, 20 août, p. 32.

On n’y retrouve [sur un album] ni ambiance, ni « excitation », et les défauts d’interprétation [d’un chanteur populaire], isolés encore par la mauvaise prise de son, s’en trouvent amplifiés. […] Quant à la pochette, infâme, elle rappelle celles qu’on faisait, dans les années 50, aux plus quétaines des chanteurs western. 1970, R. Homier‑Roy, La Presse, Montréal, 21 mai, cahier Spectacles, p. 10.

Il fut un temps où l’expression « quétaine » n’était employée que par un groupe privilégié du monde artistique qui savait lui donner le sens profond que la gravité des situations imposait. […] Enfin, aujourd’hui, tout est quétaine! Je suis quétaine, tu es quétaine, il est quétaine, nous sommes quétaines… Bravo. […] Les jeux sont faits. L’expression est née parmi le monde artistique, à nous de l’en sortir du marasme! 1971, Progrès-dimanche, Chicoutimi, 11 avril, p. 6A.

Être kétaine, c’est être de beau, de bon, de bonne humeur. Aimer décorer le pied carré de mur qui était encore nu. Se marier à grand renfort de cloches, de rubans, de voiles et de fleurettes. Y tenir mordicus! Mélanger allègrement l’exotisme et l’artisanat de Charlevoix, le tout épicé de « design » contemporain. Collectionner les angelots de porcelaine, les cendriers de plâtre, les tableaux de grands maîtres imprimés au fond de sous-verres en plastiques, mais aussi les posters psychédéliques et les bâtons d’encens aux odeurs innommables. 1973, Châtelaine, septembre, p. 29.

Tu seras bien contente d’être en Europe avec moi : c’est plein d’aspirants-waiteurs à importer, y’en a à tous les coins de rues! Tu seras servie. […] Mais qu’est-ce que vous leur trouvez? Y a‑tu quèque chose de plus kétaine qu’un waiteur espagnol, chriss? Je gage que s’il avait pas été espagnol, ce gars-là, t’aurais jamais couché avec! 1983, F. Noël, Maryse, p. 261.

Mettons qu’en deux mots comme en mille, si j’étais un chanteur kétaine, j’écrirais une toune disant que ma vie est une baloune. […] La baloune a dessoufflé. Pis je l’prends pas. 1990, R.‑D. Dubois, Le troisième fils du professeur Youlorov, p. 29.

Je trouvais Denis plutôt kétaine avec son zircon, son boudin breelcreamé, à la Presley, sur le haut du front, et surtout ses sous-vêtements Penman, éteignoirs de concupiscence, montant plus haut que le nombril et avec la petite ouverture lâche sur le devant. 1992, A. Montmorency, De la ruelle au boulevard, p. 114.

Ils faisaient l’amour à ma santé dans un lit digne des mille et une nuits (du brocart, du satin, du taffetas, de la soie en veux-tu, en voilà, on est riche, on est quétaine, mais c’est pas grave!) […]. 1995, M. Tremblay, La nuit des princes charmants, p. 131.

L’homme m’écoute, un rien méfiant. Il a une petite moustache brune sous le nez et ses cheveux châtains frisés en boule lui donnent un air un peu quétaine, un look à la Patrick Normand. Le banlieusard-type. […] Un peu « mononcle » sur les bords, mais plutôt sympathique. 2009, P. Senécal, 5150, rue des Ormes, p. 5.

Depuis quelques années, à l’approche du temps des Fêtes, je suis quétaine ceinture noire. Avec ma douce, on se sert une tasse de thé et on regarde des films de Noël. J’ai toutefois constaté une chose : ils sont tous pareils! 2021, H. Lapointe, Beauce Média, Sainte-Marie, 22 décembre, p. 13.

(Dans une expression). Fam. On est toujours, tous le quétaine de quelqu’un, d’un autre : se dit pour signifier qu’il est vain de juger les autres en leur attribuant des défauts, car n’importe qui pourrait nous juger défavorablement à son tour sur la base de ses propres critères.

En des temps sans ferveur où on ne peut même plus être nationaliste en paix, il faut chaque jour autocritiquer son menu, son sexe, son couple, son rythme, sa vie. En ces temps incertains, on a le doute farouche. On est toujours le quétaine de quelqu’un. Et (maudit!), on trouve toujours plus libéré que soi […]. 1979, G. Lepage, Avancez en arrière s. v. p., dans É. Bourget, Bernadette et Juliette ou la vie, c’est comme la vaisselle, c’est toujours à recommencer, p. [12] (préface).

Moi, je pars du principe, comme disait Charlebois, qu’on est toujours le quétaine de quelqu’un... Je me suis fait dire, moi, comme sous-ministre des Affaires culturelles, que c’était pas bien vu que je dise ouvertement que j’adorais [une chanteuse populaire]. […] Eh bien moi, j’ajoute que j’ai autrefois connu un sous-ministre en titre des Affaires culturelles qui était un maniaque de Johnny Cash… Johnny Cash et Willie Lamothe, cela fait partie de notre « bag » culturel ici, autant que les autres expressions… 1981, G. Frigon, dans J.‑R. Faucher, A. Fournier et G. Gallichan, L’information culturelle dans les médias électroniques, p. 112.

« Certains disent que nous faisons de la chanson populaire et d’autres affirment qu’on est quétaines. Mais dans le fond, les étiquettes ne sont pas si importantes. On finit toujours par être les quétaines de quelqu’un. » 1987, Progrès-dimanche, Chicoutimi, 30 août, p. 62.

Oui, [un populaire chanteur québécois] a fait des choses quétaines à une époque où le quétaine était à la mode, où c’était in de porter des paillettes et de danser comme John Travolta sur les plateaux de télévision. Mais dites-moi : qui n’était pas quétaine à ce glorieux moment de l’Histoire? Et d’ailleurs, comment définir cette expression si galvaudée? La vérité, c’est qu’on est tous le quétaine de quelqu’un. 2005, J. Lemieux, Le Soleil, Québec, 25 janvier, p. B3.

« Tous les styles peuvent être quétaines selon la personne qui chante. On est tous le quétaine de quelqu’un d’autre. Aimer trop la vie, c’est quétaine? Dans le country, on parle de choses de la vraie vie qui touchent les gens. Ça veut dire que la vie est quétaine? Non. » 2017, M. Cloutier, La Presse+, Montréal, 26 août, section Arts, écran 15.

NOTICE ENCYCLOPÉDIQUE

Nombreuses sont les hypothèses qui ont circulé au sujet de l’origine du mot quétaine au fil du temps. Bien qu’elles soient en majorité non fondées, elles ont fait couler beaucoup d’encre.

1. Les « quétennes » du marché à foin de Saint-Hyacinthe. C’est sous la plume de Télesphore-Damien Bouchard, né en 1881 à Saint-Hyacinthe et maire de cette ville de 1917 à 1944, puis député et ministre libéral, qu’on trouve les premières attestations du mot quétaine (sous la graphie quétenne) dans les années 1940, 1950 et 1960 (voir les citations sous le sens 1). Il est le premier à faire mention d’un groupe de personnes surnommées quétennes habitant à proximité du marché à foin de Saint-Hyacinthe, un quartier défavorisé, et formant une « population bizarre d’ouvriers déconsidérés, de pauvres hères et de miséreux ». T.‑D. Bouchard indique dans le journal maskoutain Le Clairon, en 1950, qu’il se souvient avoir côtoyé ces « quétennes » dans son enfance, soit dès la fin du XIXe s. À l’âge adulte, une fois devenu maire de Saint-Hyacinthe, il a voulu creuser l’origine de ce mystérieux surnom. En interrogeant l’un de ces « quétennes », il s’est vu répondre qu’une famille Boireau aurait jadis été affublée de ce sobriquet : « Jean-Jean, […] alors que j’étais devenu maire de la ville, prit l’habitude de venir me rendre visite périodiquement pour obtenir l’aumône de quelques sous. […] Après lui avoir versé l’obole habituelle, je lui demandai pour quelle raison on disait de lui qu’il était un quétenne. ‘C’est bien simple, répondit-il, c’est parce que c’est mon nom, comme c’était celui de mon père et de mon grand-père. Nous sommes des Boireau, dits Quétenne, ou des Quétenne dits Boireau […].’ » Dans ses mémoires publiés en 1960, T.‑D. Bouchard mentionnera toutefois une autre famille, soit la famille Martin : « Quétenne : sobriquet désignant à Saint-Hyacinthe la population pauvre habitant les alentours de la place du Marché-à-foin. Il équivaut sensiblement au mot rustre. Ce terme venait du surnom d’une des plus notoires familles du bas de la ville : les Martin dits Quétenne. » Toutefois, on doit mettre en doute cette hypothèse, puisqu’à ce jour, aucune recherche généalogique et historique n’a encore permis de corroborer qu’une famille (Boireau, Martin ou autre) de la région de Saint-Hyacinthe a bel et bien été ainsi surnommée dans le passé. Du reste, même si de nouvelles recherches parvenaient un jour à démontrer l’existence ancienne d’une famille dénommée Quétenne dans cette région, ce qui n’a pas encore été fait, le problème de l’œuf et de la poule persisterait : est-ce que cette famille a été le point de départ du mot quétaine ou, à l’inverse, est-ce qu’elle a plutôt reçu ce sobriquet en raison de ses caractéristiques (ce qui signifierait que le mot existait avant)?

2. Hypothèses rattachant quétaine à un nom de famille (Keating, Keeting, Keaton). Dans une logique assez semblable à celle de T.‑D. Bouchard, certains ont rattaché le mot quétaine à un nom de famille aux consonances étrangères, l’associant au patronyme de familles d’origine écossaise ou irlandaise qui auraient anciennement habité le quartier pauvre de la ville de Saint-Hyacinthe (T.‑D. Bouchard soutenait lui-même que certains « quétennes » venaient d’ailleurs, notamment d’Irlande et d’Angleterre). Ainsi, dans les années 1970, des observateurs du langage comme Gilles Colpron, Louis-Paul Béguin et Pierre Beaudry, entre autres, ont prétendu que le mot serait à rattacher à une famille de cette région, d’origine écossaise, portant le nom de Keating ou Keeting; le linguiste Gilles Racine, de l’Office de la langue française, défend cette position en 1979 dans un reportage télévisé réalisé par le journaliste Pierre Nadeau et diffusé à Radio-Canada. Même la célèbre Dominique Michel évoque cette hypothèse dans son autobiographie de 2006 : « L’expression [quétaine] vient de Saint-Hyacinthe, où vivait la famille Keating, des gens très pauvres qui portaient de vieux vêtements. On disait ‘habillé comme un Keating’ que le bouche à oreille a transformé en ‘quétaine’ ». David Lavallée, l’auteur de la biographie de l’humoriste Denyse Émond, laquelle a partagé la scène avec D. Michel, va dans le même sens (ces deux femmes ont d’ailleurs joué un rôle important dans la diffusion de ce mot au Québec). On peut donc constater l’ampleur du rayonnement qu’a connu cette explication au fil du temps. D’autres observateurs du langage, tels que le chroniqueur Pascal Pascau et le premier conseiller linguistique à Radio-Canada, Guy Bertrand, ont plutôt fait un rapprochement avec une prétendue famille indigente d’origine irlandaise dénommée Keaton et habitant à Saint-Hyacinthe; Robert (en ligne) 2023‑05 évoque aussi cette possibilité, de même que l’écrivain Pierre Perrault dans son œuvre Un pays sans bon sens (1972) et la journaliste Véronique Couzinou dans son Dictionnaire insolite du Québec (2012), entre autres. Toutefois, les hypothèses rattachant quétaine à l’une ou l’autre de ces supposées familles (Keating, Keeting, Keaton) ne tiennent pas la route, puisqu’il ne semble subsister aucune trace ni aucun indice qui témoigneraient de leur présence réelle dans la région par le passé, alors qu’on devrait en principe trouver des traces de ces noms de famille dans des actes de mariage ou de baptême, ou encore des épitaphes. L’archiviste Jean‑Noël Dion, membre de la Société d’histoire régionale de Saint-Hyacinthe, en est arrivé à cette conclusion dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe, en mars 1988, après avoir mené des recherches approfondies dans les annuaires de la ville de Saint-Hyacinthe publiés de 1883 à 1969, qui devraient théoriquement détailler le nom, le métier et l’adresse de la plupart des résidents; ces noms sont aussi absents d’un ouvrage généalogique exhaustif d’André Beausoleil (2009), du Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe, ce qui est parlant en soi. De plus, l’adaptation en français québécois de mots anglais avec finale en ‑ing et en ‑on, n’aboutit pas à une finale prononcée [ɛn], mais à des finales prononcées respectivement [iŋ] (p. ex. meeting et inning) et [œn] (p. ex. bacon).

3. Hypothèses supplémentaires aux accents fantaisistes. En 1957, le chroniqueur de langue Pierre Daviault, du journal La Patrie, s’est aussi penché sur ces « êtres assez extraordinaires que, au début du siècle, dans une certaine région du Canada [Saint-Hyacinthe], on appelait des quétennes ». En plus d’élaborer une mythologie fantaisiste au sujet des personnages en question, décrits comme « des sortes de diables, de jeteux de sorts, de sorciers à qui l’on attribuait tous les méfaits et malheurs de la région », il avance, sans le démontrer, que le mot quétaine serait passé en français québécois par l’entremise d’immigrés espagnols (commerçants, négociants, bateleurs, maquignons) qui se seraient établis non loin de Saint-Hyacinthe au milieu du XIXe s. En effet, selon P. Daviault, qui reprend les grandes lignes d’un article de son collègue Marcel Blouin paru dans La Patrie en mars 1952 sans le citer clairement, le mot viendrait de la prononciation du mot gitane en espagnol, khitané, une explication étymologique qui ne s’appuie sur aucune base historique, en plus d’être pour le moins douteuse sur le plan phonétique (voir Histoire). Enfin, des rapprochements ont parfois été faits entre le mot quétaine et un nom de compagnie canadienne, K‑Tel, qui proposait aux consommateurs québécois, dans les années 1960‑1980, des compilations musicales et des albums de reprises, qui pouvaient être commandés par la poste et livrés à domicile avec d’autres objets perçus comme de piètre qualité. Or, les disques produits par K‑Tel étaient parfois associés à des artistes qui étaient taxés de « quétaines » par la critique ou le grand public, d’où l’association entre le mot et le nom de cette compagnie. Cette hypothèse relevant de l’étymologie populaire a quelquefois été diffusée, notamment dans un ouvrage de 1992 du journaliste franco-ontarien Michel Gratton sur les mœurs des Canadiens français.

4. Hypothèse explicative la plus probante. C’est à la défunte comédienne et ex‑sénatrice Andrée Champagne, qui a connu ses heures de gloire dans la série télévisée Les Belles Histoires des Pays d’en haut à Radio-Canada de 1956 à 1970, que l’on doit à ce jour l’un des meilleurs éclairages sur l’histoire du mot quétaine. Née à Saint-Hyacinthe en 1939, A. Champagne a relaté, en 1997, des souvenirs d’enfance fort révélateurs au journal communautaire Le Sentier : « Dans les années ‘40, à Saint-Hyacinthe, le quartier pauvre de la ville était situé aux environs de l’ancien Marché à foin et en avait pris le nom. Un peu comme les quêteux de grand chemin, certaines familles de cette paroisse quêtaient de porte en porte pour arriver à joindre les deux bouts. Ces gens s’adressaient à nous quand le besoin se faisait trop grand, espérant recevoir parfois un peu de nourriture mais d’abord et avant tout, aux changements de saisons, des vêtements qu’ils allaient porter… ou vendre. […] Il nous arrivait plus tard de revoir nos vêtements devenus trop étroits, portés par les enfants des familles quêteuses, les ‘quétaines du Marché à foin’. Malheureusement, les nouveaux propriétaires n’avaient pas toujours le don de bien assortir les fringues. Quand les ensembles révélaient un manque de goût flagrant, maman me disait : ‘Que veux-tu, ils s’habillent en quétaines’ ». Dans ce témoignage, A. Champagne avance que quétaine viendrait du verbe quêter et que les autres hypothèses à ce sujet, telles celles rattachant ce mot à un nom de famille, sont le « fruit d’imaginations bien fertiles »; ainsi, à sa connaissance, « il n’y aurait jamais eu de famille Keaton dans la région ». On notera que ces informations, retranscrites depuis dans un article de G. Martin paru dans Histoire Québec (2021) à la suite de la mort de la comédienne, vont dans le même sens que celles fournies par le politicien maskoutain T.‑D. Bouchard, le premier à avoir fait mention, dans les années 1940‑1960, des « quétennes du marché à foin », comme expliqué précédemment. En 1999, le TLFQ est entré en contact avec A. Champagne, qui a confirmé que le mot quétaine était utilisé par sa mère pendant la guerre pour désigner des « ‘gens mal attifés’ […] qui faisaient un bien drôle d’usage des beaux vêtements qu’ils avaient quêtés ». En rattachant le mot quétaine à la famille de quêter, A. Champagne, qui reprend ainsi l’hypothèse du linguiste C. Poirier (voir Histoire) – déjà suggérée en 1960 par E. Chartier, qui l’associe à quêteux (voir la citation sous le sens 1) –, donne la clé de ce qui apparaît à ce jour l’hypothèse étymologique la plus vraisemblable (voir Histoire).

5. Diffusion du mot dans la culture populaire. Les propos d’A. Champagne éclairent en plus sur la manière dont le mot a pu commencer à se propager à l’extérieur de la région de Saint-Hyacinthe. En effet, elle affirme qu’à la fin des années 1950, dans le cadre d’une répétition pour le tournage des Belles Histoires des Pays d’en haut, elle aurait employé le mot quétaine devant sa collègue Denise Filiatrault, en référence à « un costume ou une nouvelle mode », à des éléments vestimentaires qui ne vont pas ensemble et qui n’ont « pas d’allure ». D. Filiatrault aurait d’emblée été frappée par ce mot et n’aurait pas tardé, quelques semaines plus tard, à l’intégrer à un de ses sketches humoristiques en duo avec Dominique Michel, en cabaret et à la télévision. Compte tenu de la très grande popularité de ces deux comédiennes, le mot aurait fait boule de neige. Notons toutefois que, d’après les souvenirs de D. Michel et de D. Filiatrault relatés dans le documentaire Dodo (1991), celles‑ci auraient plutôt emprunté le mot à la comédienne Juliette Pétrie, elle-même originaire de Saint-Hyacinthe, plutôt qu’à A. Champagne, et mentionnent aussi l’apport de l’humoriste Denyse Émond dans la popularisation du mot. En effet, selon David Lavallée, le biographe de D. Émond (alias « Ti‑Mousse ») cette dernière aurait aussi contribué à populariser le mot sur scène dans les cabarets avec son comparse Réal Béland père (alias « Ti‑Gus », personnage taxé « d’espèce de quétaine » dans un de leurs numéros), et ce, possiblement à la fin des années 1950 ou au début des années 1960. Quant à J. Pétrie, elle semble aussi avoir joué un rôle dans l’histoire, puisque des artistes comme Michel Louvain auraient commencé à utiliser le mot quétaine après l’avoir entendu d’elle (voir la citation de 1962 dans Histoire, sens 2). D’autres membres de la colonie artistique des années 1960, comme l’humoriste Jacques Desrosiers (alias « le clown Patof ») et le pianiste Jacques Fortier, ont aussi rétrospectivement prétendu avoir été les premiers à utiliser le mot. Soulignons que toutes ces personnes ont travaillé ensemble ou se sont côtoyées au cours de leur carrière et qu’avec l’effet du temps ainsi que les déformations du bouche-à-oreille, il est possible que se soit créée une certaine confusion quant à la chronologie et aux acteurs impliqués. Chose certaine, au cours des années 1960, quétaine devient rapidement un mot à la mode dans le milieu artistique. En 1963, il aurait même été en vogue dans certains milieux universitaires montréalais (voir la citation sous le sens 2). Il désigne alors péjorativement, dans les revues consacrées à l’actualité et aux potins sur les vedettes de l’heure (Télé-radiomonde, Photo-journal, etc.), les artistes et les productions culturelles de seconde classe, auxquels les célébrités ne veulent pas s’identifier. D’abord employé par les artistes eux-mêmes ainsi que par les critiques et les journalistes culturels gravitant autour de ce milieu, quétaine gagne par la suite le grand public québécois, qui se l’approprie, ce qui a pour effet d’élargir peu à peu sa signification. L’écrivain Jean Simard résume en 1973 le processus subi par quétaine et d’autres mots au Québec : « Il y a des expressions qui connaissent tout à coup une faveur étonnante et que, du jour au lendemain, on retrouve sur toutes les lèvres. Parce que des vedettes les ont mises à la mode, que les circonstances les ont imposées à l’attention, ces locutions font momentanément fortune. » Soulevant les passions quant à son origine – qui reste en partie énigmatique –, il s’agit à n’en point douter d’un mot typique de l’imaginaire québécois.

Sources : P. Beaudry (1976, 25 août), La Presse, D18; A. Beausoleil (2009), Baptêmes, mariages, sépultures de Christ‑Roy de Saint-Hyacinthe 1928‑2003; L.‑P. Béguin (1977), Un homme et son langage, 213; G. Bertrand (1999), 400 capsules linguistiques, 146‑147; M. Blouin (1952, 30 mars), La Patrie, 68; T.‑D. Bouchard (1950, 10 et 17 février), Premières misères : souvenirs d’un petit-fils de porteur d’eau, Le Clairon, 2; T.‑D. Bouchard (1960), Mémoires, t. 1, 44; P. Brochu (réalis.) (1991), Dodo [enregistrement vidéo], Poly-Productions; A. Champagne (1999, 23 novembre), [courriel], archives du TLFQ; G. Colpron (1970), Les anglicismes au Québec, 133; V. Couzinou (2012), Dictionnaire insolite du Québec, 119; P. Daviault (1957, 12 mai), La Patrie, 41; J.‑N. Dion (1988, 9 mars), Le Courrier de Saint-Hyacinthe, 12, 16; J.‑N. Dion (1988, 16 mars), Le Courrier de Saint-Hyacinthe, 52‑53; J.‑N. Dion (1988, 23 mars), Le Courrier de Saint-Hyacinthe, 12; M. Gratton (1992), French Canadians : an Outsider’s Inside Look at Québec, 197; T. Kliem (2022, 3 avril), K‑Tel compilations were the Spotify of the 70s, thanks to one Sask. man, CBC News (site Web); D. Lavallée (2009), Denyse Émond, Ti‑Mousse, 135‑136; G. Martin (2021), Les origines du mot quétaine, Histoire Québec, 26(4), 31‑33; D. Michel (2006), Y’a des moments si merveilleux, 165; P. Nadeau (1979, 7 octobre), Kétaine ou pas quétaine, L’Observateur [enregistrement vidéo], Radio-Canada; C. Noël (1997, octobre), Le Sentier, 7; P. Pascau (1985, 27 décembre), Kétaine, Quétaine ou Keaton, La Presse, A5; P. Perreault et autres (1972), Un pays sans bon sens, 193; J. Simard (1973), Une façon de parler : essai sur les implications du langage, 87.

3

adj. (Par ext., en parlant de choses, notam. de produits culturels). Fam. Qui est considéré comme ridicule, comme dépourvu d’originalité, de bon goût et de qualité; qui prête à rire par son côté démodé, clinquant ou bassement populaire.

Trouver qqch. quétaine. Une chanson, une toune quétaine. Une émission de télévision, un film, un spectacle, un poème, un disque quétaine. Un mariage quétaine. Une tenue, un vêtement, un style quétaine. Un décor quétaine. Avoir un côté quétaine.

 (Employé comme nom). Le quétaine : le style ainsi caractérisé.

Rem.Cet emploi est relevé à titre de canadianisme ou de québécisme dans certains dictionnaires français (voir PRobert 2021, PLar 2021 et Robert (en ligne) 2023‑06); compte tenu de sa fréquence élevée au Québec, il est aussi relevé dans certains dictionnaires français-anglais (voir GRobertCollins (en ligne) 2023‑05).

Depuis des années, je n’écoutais pas la radio l’après-midi. Durant ces heures la programmation a toujours été quelconque. Par hasard, la semaine dernière (mardi), j’ai ouvert mon poste. […] Ce jour‑là une cuisinière travaillant sur les cargos nous racontait sa vie […]. Cette entrevue était entrecoupée de disques. Pas des disques « quétaines » comme on a l’habitude d’entendre. De beaux et bons disques. De belles et bonnes chansons. 1963, M. Nadeau, Télé-radiomonde, Montréal, 9 février, p. 13.

C’est pas possible! Est-ce qu’il a à ce point besoin d’un « hit »? C’est cucu, kétaine and Co. Musicalement, c’est charrié […]. Décevant, le dernier 45‑tours [d’un chanteur populaire]. 1966, R. Homier‑Roy, Photo‑journal, Montréal, 3 août, p. 25.

Ma mère commençait à me laisser m’habiller seule. Je vais être très honnête avec vous : je choisissais toujours des affaires « quétennes ». Il n’y avait rien à faire, j’étais toujours attirée par des robes invraisemblables, compliquées, très m’as‑tu vu?… 1969, M. Richard, Michèle Richard raconte Michèle Richard, p. 37.

Après la montée du joual et l’ascension du western, pourquoi pas l’apogée du quétaine? Pourquoi ne serions-nous pas aussi authentiquement quétaines que nous sommes authentiquement québécois? Pourquoi le quétaine ne serait-il pas notre originalité? Pourquoi, d’injure ou de constat, quétaine ne deviendrait-il pas compliment? Récupérons le mot. Reconnaissons-le. Assumons-le. Cultivons le quétaine. Le quétaine, c’est moi, c’est toi, c’est nous autres. On est six millions. 1976, S. Grenier, Le Québec mur à mur, p. [127].

Même la radio communautaire était « plate » parce que personne ne s’en occupait vraiment. Toujours le même vieux « 78 tours usé » des succès westerns « quétaines » de Gerry et Johanne qui recommençait automatiquement. 1989, B. Cleary, L’enfant de 7000 ans, p. 129.

– Tiens, Mireille, prends un bon café, ça va te remettre en forme! Avec la tête que t’as, j’ai pensé qu’il te faudrait un café double… – C’est direct mais c’est gentil quand même… Merci! [/] Bérangère me tend une grosse tasse noire ornée d’une tour Eiffel, souvenir quétaine que mon amie Anne m’avait rapporté de Paris… 1993, M. Claudais, Ne pleurez pas tant, Lysandre…, p. 24.

Non mais avez-vous vu la quantité incroyable de monde qui était au Festival western de Saint‑Tite en fin de semaine dernière? 250 000 personnes! Qu’est-ce que cela aurait été s’il avait fait beau samedi matin? Dire que certains ont encore le culot de prétendre que le western, c’est kétenne. 1998, M. Villeneuve, Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 16 septembre, p. 29.

Depuis quelques années, qui n’a pas été à, au moins, un party de bureau ou une rencontre familiale – particulièrement dans le temps des Fêtes – où le karaoké se chargeait de l’animation? Et qui n’a pas entendu (ou dit) : « C’est ben que trop quétaine, le karaoké; moi, je ne chante pas » pour finalement se retrouver à bramer Comme d’habitude ou Amalgame comme un perdu, l’œil fixé sur les paroles qui défilent sur un écran? 2002, M.‑C. Blais, La Presse, Montréal, 7 décembre, p. D3.

Les Québécois font partie de la vie estivale d’Old Orchard depuis des décennies. Partout, les drapeaux canadiens côtoient les drapeaux américains. On croise un motel appelé Mont‑Royal, quelques mots français ici et là. Un gros dessin de poutine au casse-croûte. Old Orchard Beach, avec ses manèges au bord de la plage, est perçue par plusieurs comme la destination « kétaine » du Maine. 2022, J.‑S. Cloutier, Radio-Canada International (site Web), international (économie), 22 juin.

Rare (En emploi adv.).

Ceux qui exploitent le pittoresque se doutent-ils que des hommes y découvrent la source et l’inspiration; la génération « ti pop », les pepsis, ceux qui chantent kétaine, ceux qui parlent joual pour faire peur au monde, celui qui a dit « oui » à sa naissance significative et les autres qui ne demandent pas mieux. 1972, P. Perrault et autres, Un pays sans bon sens, p. 84.

Elle chante. Le joueur de violoncelle l’accompagne, et la chanson vous fait une boule dans l’estomac. Heureusement ça ne dure pas, d’autres événements se produisent : l’Ange de la Misère monte dans son échelle et s’élance sur sa liane pendant qu’un homme habillé quétaine, le MC, raconte l’histoire pour ceux qui n’auraient pas compris. 1987, Fr. Noël, Myriam première, p. 486.

Cette semaine, j’ai rencontré un artiste connu pogné avec un autre gros problème, le country! Et croyez-moi, il fait pitié! Être country, ce n’est pas seulement porter des bottes de cow‑boy ou avoir une haleine de cheval. Être country, c’est vivre kétaine 24 heures sur 24! 1990, Croc, Montréal, mars, p. 54.

 Rare Quétainissime ou kétainissime adj. Très quétaine.

Rencontre fortuite avec un représentant d’une agence de publicité, qui me dira un mot […] du quétainissime message commercial dont avait traité cette chronique, voici deux semaines : dans les milieux publicitaires, selon lui, le message en question n’était pas estimé très bon, ni très mauvais non plus. 1972, G. Constantineau, Le Devoir, Montréal, 14 février, p. 6.

Le soir venu, les passagers [d’un train] ont le choix d’assister ou pas à un dîner-spectacle qui raconte, en chansons, l’histoire de Billy Miner, un voleur de trains qui aurait inventé l’expression « Haut les mains! ». (Et moi qui croyais que c’était le Club Med!) Honnêtement, je m’attendais à une production kétainissime, mais, ô surprise, c’est très réussi. 2004, C. Parent, Le Devoir, Montréal, 2 octobre, p. D1.

 Rare Anti(-)quétaine ou anti(-)kétaine adj. (En parlant d’une chose). Qui est à l’opposé du quétaine.

 (En parlant d’une personne). Qui s’oppose au quétaine.

Un tas d’idées, très intéressantes sur ce long-parcours. Tout d’abord, la conception graphique, ensuite les thèmes, les chansons, le leitmotiv de notre hymne provincial : Alouette. Et pis de bons gags sur une musique antikétaine […]. Quelques imprécisions techniques et des improvisations. Ça fait typiquement québécois. 1969, Le Petit Journal, Montréal, 26 octobre, p. 83.

Après avoir complété cette trilogie antikétaine, Falardeau […] compte laisser reposer sa vieille machine à écrire, du moins jusqu’à nouvel ordre. En effet, on lui a proposé d’écrire un scénario de film, une série de textes pour des bandes dessinées. 1970, J. L. Morgan, La trilogie falardesque, Actualité, juin, p. 23, cité dans Observatoire du français moderne et contemporain, Matériaux pour l’étude du français au Canada, vol. 1, 1976, p. 281.

Sophie : Pis on a passé une très belle soirée. Très galant, beaucoup de classe. Pis moi j’avoue que, me faire parler en italien, je capote. François : Il parle pas français? Sophie : Ben oui, mais, à la fin de la soirée, il m’a dit qu’il pouvait pas s’empêcher de parler italien quand il parle d’amour… François : C’est-tu cute. Sophie : Mais toi t’es anti-romantique! François : Je suis juste anti‑quétaine. 1999, E. de la Chenelière, Des fraises en janvier, Théâtre, 2003, p. 30‑31.

4

adj. (Dans le domaine de l’abstrait). Qui fait preuve d’un sentimentalisme outrancier; qui dénote un côté fleur bleue, mièvre, sentimental.

Sentiment quétaine.

Ça a l’air kétaine de dire ça c’est fou raide, mais je rougis encore comme une couventine quand on me fait un compliment, et je fonds presque en larmes quand on me confie un gros problème. Je suis touchée, je ne m’en cache pas. 1971, Le Petit Journal, Montréal, 13 juin, spectacle, p. 1.

Les sentiments kétaines, les émotions à trémolos, dénotent invariablement un esprit bien intentionné, une délicatesse de bon aloi, en somme, une « nature » très, très humaine. 1973, Châtelaine, septembre, p. 58.

Cas bien kétaine d’une lamentable chronique du cœur : « Chère Madame, je suis enceinte d’un homme marié qui ne veut plus m’aider. Il dit m’aimer, mais ne peut quitter son épouse et ses enfants. J’ignorais qu’il fut [sic] marié. Que faire? Âme en peine. » 1976, N. Dumais, L’embarquement pour Anticosti, p. 10.

« Vous allez peut-être me trouver quétaine, mais ce qui m’a le plus ému[e] par cette ouverture de session, c’est quand le président […] a dit ‘Mesdames et Messieurs’. C’était pour moi l’aboutissement de 15 ans de lutte personnelle. » Mme Lise Payette, le nouveau député de Dorion […], estime en effet qu’il s’agit d’une grande victoire pour les femmes du Québec qu’elles soient maintenant quatre parmi les 110 députés. 1976, L. Payette, Montréal-matin, 15 décembre, p. 4.

Et, ce qui est si important dans ma vie, nous avons beaucoup ri. De nos frayeurs, de nos pudeurs, de nos hésitations. Tout en les trouvant touchantes, évidemment. Nous nous sommes attendris sur le côté quétaine, presque adolescent de nos relations que nous nous amusions à appeler nos fréquentations et nous nous sommes juré de continuer parce que l’amour adulte est la plupart du temps invivable et toujours douloureux. Nous n’en étions pas à un cliché près. 1986, M. Tremblay, Le cœur découvert, p. 83.

Je suis ici, dans cet atelier que j’ai loué expressément pour écrire une histoire d’amour, oui oui ça semble quétaine à première vue mais tous les gens qui écrivent rêvent d’écrire un jour L’Histoire d’amour, celle qui sera l’incontournable la seule l’immémoriale, celle qui rejettera tous les Roméo Juliette Scarlett et Rhett dans l’obsolète!… 1993, M. Proulx, Homme invisible à la fenêtre, p. 106.

Je ne sais pas si je vais faire d’autres films un jour, si je vais créer, ou plutôt si je vais arriver à communiquer ce que je crée, mais je sais que je vais encore et toujours aimer. Et tant pis si c’est naïf, « kétaine » ou bon enfant. Une chose est sûre, je suis heureuse de ne pas penser le contraire. 1993, V. Gagnon, dans R. Vézina (éd.), La course Destination monde 1992‑1993, p. 107.

Je monte [sur scène] portée par cet amour qu’on me témoigne. Je n’arrive pas à croire que tout cet élan d’affection m’est destiné. Comme un gigantesque « Je t’aime » venu des quatre coins de la province. Qui emporte mes angoisses, mes inquiétudes et mes peurs. […] Puis, incapable de réprimer mes pleurs, je remercie l’auteur et toute l’équipe du téléroman. Il y aura toujours quelqu’un du métier pour prétendre que ça fait « quétaine » de pleurer. 1996, A. Boucher, Quand je serai grande, je serai sage..., p. 479‑480.

Kétaine rêve de l’amour infini. Regarder l’horizon, en-sem-ble […], le soleil se couche […] et dirigeons-nous vers un avenir sans cesse meilleur, dans une profonde sérénité mâtinée de ce qu’il faut de passion. Sentimentalisme gluant. 2002, J.‑F. Chassay, L’angle mort, p. 175.

 (Variante). Rare Quétain adj. masc.

C’est le nom [d’un groupe de musique] qui nous permet de tout faire. C’est-à-dire d’être quétains et de faire des folies. 1971, La Patrie, Montréal, 10 janvier, p. 47.

Dans la baie du lac St‑François, j’ai testé le paddleboard directement à partir de mon hôtel flottant […]. Pagayer sur le lac avec la remarquable clarté de ses eaux, vous met dans une ambiance très zen, ça part bien ma journée! […] Je réalise ensuite mon rêve quétain : faire un tour de ponton. 2021, N. Gemme, Visiter la région la plus nautique du Québec, Trip testé : sortir de l’ordinaire (site Web), 15 juin.

Histoire

Mot d’origine incertaine qui a donné lieu au fil du temps à de multiples hypothèses étymologiques plus ou moins sérieuses (v. Notice encyclopédique). La piste la plus probante semble être celle du linguiste Claude Poirier, évoquée en 1978, qui considère quétaine comme un possible héritage de France à rattacher à la famille de quêter « mendier » (v. PoirAngl 70; v. aussi G. Martin, op. cit., p. 32‑33). Comme le souligne Poirier, ce verbe a notamment donné le dérivé questain « quêteur », qui était en usage en français du XIVe s. au XVIe s. (v. PoirAngl 70; Godefroy et Huguet) (le s n’était déjà plus prononcé à cette époque, v. Bourciez, p. 162‑163) et qui survivait encore à la fin du XIXe s. et au début du XXe s., avec des formes un peu différentes (quatain « quêteur », quétan et fém. quétanne « quêteur, mendiant, emprunteur », qétan « mendiant », quistan « quéteur, qui demande toujours »), dans certains parlers du Nord‑Est de la France et des domaines d’oc et francoprovençal (v. FEW quaerere 2, 1409b, ConstSav, s.v. qétan, et PierrNeuch, s.v. quétan, ‑anne). La forme quêtain (ou quétain), qui correspond à une graphie modernisée de questain, est aussi relevée dans certains ouvrages européens depuis le XIXe s. (v. T. Boutiot, Histoire de la ville de Troyes et de la Champagne méridionale, vol. 3, 1873, p. 29; P. de Vigneulles, Les cent nouvelles nouvelles, 1972, p. 155). Cp. aussi quêtin « ressources à peine suffisantes », qui a été relevé dans le parler du Havre au début du XXe s. et qui appartient à la même famille étymologique (v. MazeHavre et FEW id.). Cp. en outre le mot queste « sorte de redevance » usité autrefois en français (v. FEW id., 1409a) et ayant donné lieu à des patronymes comme Quétin, Questel, Quétel (v. DauzNoms3 et J.‑L. Beaucarnot, Les noms de famille et leurs secrets, 1988, p. 221). D’autres mots ayant une forme et un sens voisins de ceux de quétaine ont par ailleurs été relevés dans des parlers de France; cp. l’adjectif quet, ette « chiche, avare » relevé à la fin du XIXe s. en Bretagne (CoulBret), de même que catin « bohémien, vagabond » et catenai « mendier (des familles vagabondes) » dans un parler de l’Est (FEW Catharina 2, 504b). On peut postuler que quétaine serait, au départ, le féminin de questain/quétain, mais qu’il serait devenu épicène à époque ancienne. La forme féminine se serait plus ou moins spécialisée dans la région de Saint-Hyacinthe avant la fin du XIXe s., où le mot est appliqué au départ à certains pauvres ou mendiants, ceux du marché à foin. Il est possible que les activités de mendicité (notamment celles entourant l’acquisition de vieux vêtements), aient d’abord été associées surtout à des femmes, d’où le recours à la forme féminine du mot. Par ailleurs, la différence de prononciation de la première voyelle de quêter ([ɛ] ou [ɛː], laquelle peut être diphtonguée) et de quétaine ([e]) en français québécois courant actuel n’était pas présente dans toutes les régions à époque plus ancienne; la première voyelle de quêter était prononcée [e] dans plusieurs localités, dont Saint-Hyacinthe, au tournant des années 1970 par des témoins âgés (v. PPQ 1757), ce qui affaiblit considérablement toute contestation du lien entre quétaine et quêter sur une base phonétique. L’hypothèse qui voit en quétaine un héritage de France sous-tend que ce mot pourrait avoir eu cours au Québec dès l’époque coloniale. En effet, l’emploi maskoutain (v. sens 1) est sans aucun doute plus ancien dans la langue orale que sa première attestation écrite (1942) le laisse supposer. Certains indices le suggèrent fortement, dont un article de Marcel Blouin paru dans La Patrie du 30 mars 1952 (p. 68) et associant le mot quétaine au folklore local ainsi qu’au fond de légendes de la région de Saint-Hyacinthe. Le journaliste y rapporte les propos d’un vieillard de Sainte-Rosalie (une paroisse de Saint-Hyacinthe) relatant que, lorsqu’il avait 10 ans, son père aurait perdu 18 vaches, décédées subitement, une perte qu’il attribue à l’action maléfique des quétennes, « des lépreux intouchables qui faisaient subitement apparition à Ste‑Rosalie ou à St‑Pie où ils attiraient une série de malheurs », forçant le curé à venir bénir le reste du troupeau survivant. Dans son article, M. Blouin démontre à quel point les croyances et les perceptions liées aux « quétennes », associés au démon, ont pu marquer l’imaginaire local : « Quétennes! Il y a cinquante ans, ce mot était tabou à Ste‑Rosalie ou à St‑Pie. On ne le prononçait pas sans une certaine crainte et toujours le mot quétenne était proféré à propos de circonstances malheureuses ou d’un événement désastreux. Une bête à cornes mourait-elle?... c’étaient les quétennes. Une tempête survenait-elle à l’improviste?… encore les quétennes. Une mort? Une épidémie? Une calamité?… toujours, infailliblement, les quétennes. […]. Ils habitaient le célèbre marché à foin et se faisaient remarquer par la saleté de leurs vêtements et, aussi, par l’immoralité de leur conduite ». M. Blouin se lance par la suite dans une laborieuse explication sur ce qu’il estime être l’origine de ces quétennes, qu’il associe à une supposée colonie d’immigrants espagnols s’étant installée aux environs de Saint-Hyacinthe au milieu du XIXe s. et formant un groupe de gitans (le journaliste fait d’ailleurs venir le mot quétenne de khitané, la prétendue prononciation de gitane en espagnol). Il conclut son article en évoquant la transition qui s’est effectuée au fil du temps et qui, à partir d’un fond de légendes et de croyances populaires, a donné lieu à l’implantation du mot dans le parler de la région : « Le marché à foin a disparu […] et avec lui les quétennes. Seule l’expression est demeurée au vocabulaire maskoutain. Et c’est pourquoi, aujourd’hui, lorsqu’un citoyen de St‑Hyacinthe veut désigner un quidam dépenaillé ou un individu louche, ou encore une personne au parler grivois, ce citoyen l’appelle dédaigneusement : ‘Espèce de quétenne!’. Le compliment n’est pas flatteur. » Malgré les nombreuses inexactitudes qu’il contient sur le plan historique et l’irrecevabilité de l’hypothèse étymologique défendue, cet article est d’importance pour l’histoire de quétaine, car il témoigne de sa présence à date ancienne dans le folklore et l’univers légendaire maskoutains. Il semble par ailleurs qu’une part de légende pourrait s’être étendue au‑delà de la région de Saint-Hyacinthe, comme le suggère un conte, publié en 2004, raconté par un homme de 87 ans, originaire du Bas-Saint-Laurent; dans ce récit, l’un des deux personnages féminins principaux, qui se nomme Kétaine, quête « du printemps à l’automne », est mal accoutré, a « des allures de sorcières » et jette des sorts à qui ne lui verse pas l’aumône (V. Bélanger, Mes souvenirs en héritage, 2004, p. [65]‑69). Il y a donc ici un rapprochement entre un nom de personnage, Kétaine, l’imagerie négative associée à ce type de personne (nécessiteuse, nomade, mal habillée, malveillante, etc.) et l’action de quêter, ce qui ramène à l’hypothèse étymologique de C. Poirier.

1Depuis 1942. Quétaineville, Kétaineville ou Kitten‑Ville, depuis 1956 (sous la forme Kitten‑Ville, dans Le Collégien, avril, p. 4). 2Depuis 1963; peut-être dès 1962, dans un contexte trop ambigu pour en déterminer le sens précis : Au cours du repas, on parle des aventures de l’avant-midi et de toutes sortes de choses. En compagnie de Michel Louvain, ce fut une foule de réparties qui venaient de toutes les parties de la table. Un magnétophone ultra-sensible n’aurait pu capter autant d’esprit subtil. Entre tant de blagues, nous retenons un mot : quetaine. Il vient de Michel Louvain qui lui l’a emprunté de Juliette Pétrie. Toute la colonie artistique de Montréal emploie ce mot, mais personne ne semble savoir ce qu’il signifie. Vous avez des idées? (E. Demers, Le Droit, Ottawa, 18 janvier 1962, p. 19). Découle, par extension, du sens 1. L’expression On est toujours, tous le quétaine de quelqu’un, d’un autre, attestée depuis 1979, est formée d’après le même modèle d’expressions semblables en français, comme on est toujours le pauvre, le riche, le vieux, le moche, etc., de quelqu’un (v. M. Lemonier, Petit dico des cons et de la connerie, 2010, p. 136 : On est toujours le con de quelqu’un). 3Depuis 1963; peut-être dès 1962 (v. commentaire sous le sens 2 ci-dessus). En emploi adverbial, depuis 1972. Quétainissime ou kétainissime, depuis 1972. Anti(-)quétaine ou anti(-)kétaine, depuis 1968 (Le Devoir, Montréal, 26 juin, p. 4 : Ligue Anti‑Quétaine). 4Depuis 1971. La variante quétain, depuis 1970 (v. Colpron1 133), découle de quétaine considérée comme une forme féminine; elle ne peut être rattachée directement au mot questain en usage en moyen français (v. ci‑dessus).

 quétainement; quétainerie; quétainiser; quétainisme; quétainitude.

Dernière révision : août 2023
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Trésor de la langue française au Québec. (2023). Quétaine. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 20 février 2024.
https://www.dhfq.org/article/quetaine