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POUTINE [putin]
n. f.

Rem.

Parfois prononcé [pɔtin].

I
1

Pop.Dessert à base de farine ou de mie de pain, appelé plus couramment pouding.

Poutine au pain. Poutine à la mélasse. Poutine au suif.

AcadiePoutine en sac : dessert de pâte sucrée et de raisins secs qui cuit dans un sac de coton.

 Dessert fait d’une pâte à gâteau qui cuit sur un fond de fruits.

Poutine aux fraises, poutine aux framboises.

 Dessert fait de couches de fruits réparties entre plusieurs abaisses de pâte que l’on fait cuire à la vapeur.

 cipaille (sens II).

Quiens! que j’me dis, c’est la p’tite Bartrand qui m’emporte la r’cette pour la poutine aux pommes, qu’a m’a promis hier. 1894, R. Roy, « Les étrennes de Josephte. Nouvelle canadienne », dans Le Monde illustré, 10 février, p. 485.

(Acadie) – Pis vous autres, qu’est-ce que vous mangiez à Noël ?  – Du pâté. […] Il y en avait qui faisaient des pâtés, d’autres qui faisaient des poutines, des poutines à la mélasse, pis au lard, pis aux raisins; c’était bon, ces poutines-là! 1975, Fair-Isle (Northumberland, Nouveau-Brunswick), AFEUL, L. Comeau 33 (âge de l’informateur : n. d.).

Claire Lemieux brassait une pâte faite de vieux pain rassis, de lait, d’œufs, additionnée d’un peu trop de vanille, qu’elle allait mettre au four pour le repas du soir. [...] « J’fais d’la poutine au pain pour le souper, es-tu content? » 1989, M. Tremblay, Le premier quartier de la lune, p. 121.

2

Région.ou AcadieMets fait de boulettes de pâte que l’on fait cuire dans un liquide en ébullition (eau, sirop, confitures, ou jus de viande); boulette ainsi cuite.

Ajouter des poutines à un ragoût, à un fricot

 cipaille (sens II); domplainepouding (sens I).

Rem.En parlant du dessert fait de petites boules de pâte ainsi cuites, le mot le plus répandu est grands-pères.

 Région.(surtout en Mauricie). Mets fait de boulettes de pâte farcies de viande hachée et cuites dans un bouillon, une sauce à la viande.

 AcadiePoutine râpée : mets fait d’un mélange de pommes de terre crues râpées et de pommes de terre cuites réduites en purée que l’on façonne en boules dans lesquelles on insère de la viande de porc et que l’on fait mijoter dans de l’eau bouillante salée; chacune de ces boules.

Rem.Ce mets peut aussi se manger en dessert, il est alors servi avec de la mélasse ou de la cassonade.

 pâté (sens II.2); râpure.

 AcadiePoutine à trou : boule de pâte renfermant un mélange de canneberges, de pommes et de raisins que l’on fait cuire au four après y avoir fait une ouverture sur le dessus.

(Acadie). Avec le hareng et les coquillages, ce qui sauva de la mort ceux des Acadiens qui s’en sauvèrent, ce furent les pommes de terre. [...] Avec des patates et de la viande de cochon, les Acadiens en exil trouvèrent ce plat merveilleux, dont Vatel fut mort de joie, s’il en eut découvert la recette : la poutine râpée. Ce mets, digne des dieux de l’Olympe, constitue encore aujourd’hui le régal par excellence du réveillon de la messe de minuit. 1928, P. Poirier, Le parler franco-acadien et ses origines, p. 235-236.

(Acadie). Puis voilà qu’on annonça un encan. [...] – Dix piastres! [...] – Trois fois... Vendu. [/] Et le jeune fils-assistant-constructeur s’avança d’un pas lent et négligent vers la tribune d’Arthur. Il paya son dix piastres, puis empoigna le chaudron d’aluminium tout fumant de poutines râpées. – Vous en mangez, Mesdemoiselles? nous demanda le jeune homme de sa voix de ténor, soulevant le coin du couvercle. [/] En voyant rouler ces énormes boules grises dans leur jus gluant et chaud, j’éprouvai la sensation du mal de mer. 1958, A. Maillet, Pointe-aux-Coques, p. 43-44.

[...] on entre dans Dieppe, petite ville de la banlieue de Moncton où la plupart des gens sont Acadiens [...]. La première maison [...] témoigne d’une pauvreté qui ne cherche même pas à se cacher; dans la fenêtre un écriteau : « Enjoy poutines râpées », et, en bas de cette réclame il est dit en anglais qu’on en trouvera céans à vendre le vendredi et le samedi. 1971, J. Ferron, Les roses sauvages, p. 51.

Chaque chose en son temps, décrétait gravement la bonne Georgina, et un temps pour chaque chose. J’ai désormais la conviction que cette règle a toujours gouverné la table de la brave femme. Aux fêtes, le ragoût de poutines; le poisson des Chenaux en janvier, le sirop d’érable en mars; l’omelette de jambon à Pâques; les fraises en juin; les bleuets en août; les pommes en octobre; le boudin en novembre [...] et le reste de l’année : l’ordinaire, c’est-à-dire, les bines au lard le dimanche matin l’hiver, et la galette de sarrasin le reste de la semaine. 1981, J. Pellerin, Au pays de Pépé Moustache, p. 133.

 VieuxPoutine glissante.

Les jours de fête on servait comme dessert de la ‘poutine glissante’. On appelait ainsi une pâte épaisse, coupée par carrés et bouillie dans l’eau. Ce mets se mangeait avec de la mélasse ou du sucre d’érable et ressemblait beaucoup aux crêpes blanches connues de nos jours sous le nom de ‘grands pères’. 1884, H. Berthelot, « Le bon vieux temps », dans La Patrie, Montréal, 20 décembre, p. 4.

3

RareMélange peu appétissant de divers aliments, des restes le plus souvent.

 chiard.

– Q. : Est-il de bon ton de servir de la poutine au cours d’une soirée? – R. : Si c’est pour vous débarrasser des restes du souper, vous pouvez prendre une chance. Mais n’en faites pas spécialement pour cela. 1929, Le Goglu, Montréal, 8 novembre, p. 7.

Narrateur : Quelques minutes plus tard, Ovide extirpe du four son plat surprise... – Ovide : Avec les hommages du chef Ovide, voici... – Guillaume : Qu’est-ce que c’est que cette poutine-là? – Ovide : De la poutine? Ô sacrilège. C’est une sole Mornay, gratinée au four dans le fromage... 1961, R. Lemelin, La famille Plouffe, 24 novembre, p. 6 (radio).

Par anal.

– Rosalba : Bonne sainte! Y a pas une assiette ni une bolle qui a pas quelque chose... – Jos : Ah! c’est ce qu’on peut appeler, une vraie ‘poutine’! [...] Ah, ça sert à rien de fouiller [...]! C’est clair que tout est cassé... 1940, A. Rousseau, Les amours de Ti-Jos et les mémoires de Max Potvin, 23 avril, p. 7; radio.

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Cour.Plat composé de frites et de fromage en grains nappés d’une sauce brune.

2022, TLFQ, Poutine [photo].

Commander une petite, une grosse poutine.

Poutine italienne, avec sauce à base de tomate.

La pomme de terre, légume du pauvre, fut découverte au 16e siècle par les Européens. Depuis ce temps, elle fut servie à toutes les sauces. La dernière en lice : la sauce brune au fromage en grains; drôle de mélange, affublé du nom de poutine, dont la plus grande qualité, sinon la seule, est qu’il est d’invention québécoise. [...] Mais qui a eu l’idée de mélanger frites, sauce et fromage en grains? On veut des noms! 1988, La Presse, Montréal, 24 août, p. C1.

La poutine a-t-elle été inventée à Victoriaville, par un dénommé Tremblay sur le comptoir d’une cantine de taxis, ou à Drummondville ou ailleurs? Ailleurs, à Warwick en l’occurrence, répond tout de go Fernand Lachance. [...] La poutine existe depuis 1957, affirme Fernand Lachance, qui s’en déclare le véritable créateur, lui qui à cette époque tenait le Café Idéal. [...] « À l’époque, je vendais des casseaux de fromage et de frites séparément. [...] Un jour, vers la fin du mois d’août ou début septembre 1957, le jeune Eddy Lainesse, de Warwick, m’a demandé si je pouvais mettre le fromage et les frites dans un même sac. Je peux te mettre ça dans un sac ciré à sandwich, mais ça va te faire une maudite poutine. Le fromage va fondre sur les frites. Il m’a répondu : C’est bon comme ça », raconte M. Lachance. [...] le nom est resté [...]. « Vers 1962, j’ai décidé de servir les poutines dans une assiette [...]. Les ventes ont diminué aussitôt. Les frites devenaient froides trop rapidement. J’ai alors ajouté de la sauce dans un petit gobelet à part pour réchauffer le plat. Les jeunes y trempaient les frites et le fromage. Quelques-uns ont commencé à verser la sauce sur le tout et ça s’est enchaîné. » 1990, Le Journal de Québec, 2 août, p. 18.

Pendant qu’ici on parlait de société distincte, sans qu’on n’y prenne garde – et sans qu’un gouvernement ne s’en mêle –, la poutine est devenue une exportation culturelle. [...] Dans le nord de l’Ontario, les adolescents s’empiffrent de poutine dans les cafétérias des écoles. On en trouve aussi au Centre Eaton de Toronto et dans les petits restaurants francophones de Winnipeg. [...] La « poutinomanie » fait même des ravages en Acadie, qui a pourtant sa « poutine râpée » faite de boulettes de patates râpées farcies au porc. 1993, D. Drolet et A. Bourret, « Poutine coast to coast », dans L’Actualité, 1er mai, p. 45.

5

Vieilliou région.(surtout à l’ouest de Joliette). Alcool de fabrication domestique.

Votre maire était un fabricant expert de tonique, à la Montreal Wine & Vault Co., mais le nôtre est meilleur expert encore dans la poutine. 1931, Le Goglu, Montréal, 13 mars, p. 8.

– F[emme] : Quand y n’avaient pas [de la boisson] y faisaient d’la poutine dans les camps. C’était fermenté, d’l’eau bouillie, pis... – R. : Ça s’est fait dans beaucoup d’camps. Y avait un nommé Larocque qui venait de sus la Gatineau pis lui si le cuisinier faisait pas d’poutine, y l’gardait pas. Y buvait en titite pis y fallait queque chose pour qu’y fasse d’la poutine. 1973, Masson (Papineau), dans R. Soucy et M. Villemure, Récits de forestiers, 1976, p. 97.

II

Fig.

1

Affaire compliquée, organisation complexe; ensemble d’opérations dont la gestion peut être source de difficultés, d’ennuis.

Laisser de côté toute la poutine technique.

Puis parlant du Conseil métropolitain qui sera formé de 29 membres, M. Lafontaine dit : « Ce sera une ‘poutine’ comme le conseil municipal de Montréal ». 1959, Le Devoir, Montréal, 23 mars, p. 8.

Habitué aussi à un certain niveau de relations avec les autorités politiques de Montréal et du Québec, il plongera dans la paralysante poutine politique d’une ville de banlieue. 1989, Le Soleil, Québec, 26 février, p. B6.

Voici donc ma belle amie, ce que pense le visionnaire de toute cette poutine dans laquelle on semble vouloir engluer les Autochtones [...]. 1990, La Presse, 6 octobre, p. D14.

[Elle] veille au grain, se mêle de tout, veut tout voir, participer à tout. [...] « Télé-Métropole m’a donné carte blanche. Au début, ça m’a fait peur, mais j’ai toujours aimé me mêler de toute la poutine. » 1994, Le Journal de Québec, 9 janvier, p. 27.

2

Péjor.(Souvent dans grosse poutine). Personne (surtout une femme) grasse, grosse.

Histoire

L’origine de cette forme n’est pas assurée. Selon une première hypothèse, il s’agirait d’un emprunt de l’anglais pudding (v. par ex. Dunn, Clapin, Rinfret, GPFC, Barbeau1-2, Colpron1-2; PoirierG), mot qui a, par ailleurs, pénétré tel quel en français québécois (v. pouding). Cette hypothèse se trouve affaiblie du fait qu’on n’a trouvé aucune tendance phonétique dans l’adaptation de formes anglaises en français québécois qui justifierait le passage de d à t (v. GendrPhon 43-44). Selon une autre hypothèse, il s’agirait plutôt d’un héritage des parlers de France (v. GardDict 94 et Mass no 1342). On trouve, en effet, dans ces parlers de nombreuses formes apparentées à poutine (v. FEW 9 pǔls, potus et pottus). En fait, l’examen des données permet de penser que cette forme a été héritée des parlers de France et qu’elle a subi par la suite l’influence de l’anglais pudding dans certains emplois.

I1Depuis 1810 (Viger 297). Probablement d’après l’anglais pudding qui désigne un dessert semblable; v. notamment WebsterW 1988 « a sweetened dessert, usually of similar [soft, mushy or creamy] consistency and usually steamed or baked, variously containing eggs, milk, fruit, etc. ». Poutine en sac renvoie certainement à l’ancien mode de cuisson du pudding (v. OED : « The earliest use [...] apparently implied the boiling of the composition in a bag or cloth [...] as is still often done [...] »; v. aussi Craigie). Pour le sens de « dessert fait d’une pâte à gâteau qui cuit sur un fond de fruits », cp. l’anglais américain cottage pudding « a pudding made by covering plain cake with a sweet sauce, often of fruit » (Random 1983; v. aussi Mathews et WebsterW 1988); cp. par ailleurs des formes comme poutingo « marmelade de prunes cuites au four » en dauphinois (MistrProv3), ou poutigno, poutino « purée, marmelade » en provençal (ibid., s.v. poutiho). 2Depuis 1884 (dans poutine glissante); poutine râpée, depuis 1928. Il doit s’agir d’un héritage des parlers de France. Cp. potin « pâté » dans un parler normand (FEW pottus 9, 265b), ou encore des formes comme l’ancien français pou « bouillie » et de nombreuses autres formes ayant des sens proches de « bouillie » que Wartburg classe sous deux étymons (v. FEW pǔls 9, 549b-550a, et potus 9, 272a), dont pouture ou poutue « pommes de terre cuites, son et eau grasse mélangés, pour les pourceaux », et poutis « purée épaisse », relevés en bourguignon (sous pǔls), poutiengo « chose écrasée, en bouillie » en auvergnat (sous potus); en provençal, poutigno ou poutino « bouillie de farine de pois; purée, marmelade » (MistrProv3, s.v. poutiho), poutitè « ragoût de pommes de terre écrasées » (MistrProv3; v. aussi FEW potus 9, 272b). Tous ces emplois des parlers de France sont d’ailleurs à rapprocher d’autres emplois semblables relevés dans les parlers franco-américains; cp. notamment, dans la région de Détroit, la forme potine pour désigner de la « pâte que l’on fait bouillir avec le poulet » (AlmDétr 152); également, en louisianais, poutine « sorte de bouillie faite de farine, d’œufs, de lait, etc. » (v. DitchyLouis), ou encore « boulette faite de farine et coton délayé dans un peu d’eau, servant d’appât aux poissons » (ibid.; v. aussi HickmJeff), emplois qui ne sont pas sans rappeler les boulettes de pâte que l’on fait bouillir. Le fait que ces emplois nord-américains sont à l’évidence à mettre en rapport avec ceux qu’on relève en France accrédite l’hypothèse d’une origine française. Un autre rapprochement pourrait être fait avec le mot potine, relevé notamment dans l’Ouest de la France au sens de « marmite de fonte », et dans le Midi, sous la forme poutino, au sens de « grande cloche de fonte pour la cuisine » (v. FEW pottus 9, 265b, et MistrProv3), d’où un possible emploi métonymique de contenant à contenu. On ne peut cependant écarter totalement l’hypothèse d’une influence de l’anglais pudding qui présente des emplois voisins : « an unsweetened dish of a mixture of flour, fat, etc., either covering or enclosing meat and boiled with it » (Longman 1992), et « a preparation of food [...] in which the ingredients, animal or vegetable, are either mingled in a farinaceous basis (chiefly of flour), or are enclosed in a farinaceous ‘crust’ (cf. dumpling), and cooked by boiling or steaming » (OED). 3Depuis 1929. Peut-être hérité de France; cp. en provençal poutingo « mauvais ragoût », poutitè « salmigondis » (MistrProv3), ou « se dit d’aliments et de fruits écrasés » (FEW potus 9, 272b); poutringo « mélange de choses diverses » en langue d’oc (ibid. 272a); poutringue, potringa « mauvais ragoût » en Franche-Comté (v. PierrNeuch, dans une remarque s.v. potringue). 4Depuis 1978 (FTLFQ, enq.). Découle probablement du sens précédent. Dans cet emploi, poutine est passé en anglais canadien (v. Gage 1997 et Nelson 1997). 5Depuis 1931. Peut-être hérité de France; cp. des mots comme potin « cucurbite en fer pour la distillation » et potinière « cucurbite d’alambic » dans la langue du XIXe s. (FEW pottus 9, 265b), ou encore poutée « résidu de distillerie » en wallon (FEW pǔls 9, 551a), poutingo « vin frelaté, mauvais breuvage, ripopée » en provençal (MistrProv3), poutingue « potion » en béarnais, et potringue (ou variantes) « mauvaise boisson » en franco-provençal (FEW potus 9, 272a). Des emplois semblables ont cependant été relevés en anglais du XVIIIe s. pour le mot pudding (v. OED, sens II.8).

II1Depuis 1959. Peut-être issu du sens I.3 (cp. une évolution semblable pour gibelotte, sens II.1). 2Depuis 1909 (Dionne). Probablement d’après l’anglais pudding « a person or thing resembling a pudding » (v. COD 1990); v. aussi OED (sens I.5) : « applied to a stout thick-set person ».

Version du DHFQ 1998
Pour poursuivre votre exploration du mot poutine, consultez notre rubrique Les fins mots de l'histoire.
Trésor de la langue française au Québec. (1998). Poutine. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 28 mai 2024.
https://www.dhfq.org/article/poutine