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POULAMON [pulamɔ̃]
n. m.

Rem.

Variante graphique : poulémon.

  

Poisson de petite taille (Microgadus tomcod, fam. des gadidés) ressemblant à la morue, qui est répandu dans les eaux salées ou saumâtres de l’est du Canada et des États-Unis et qui vient frayer au milieu de l’hiver dans les cours d’eau recouverts de glace.

Rem.1. Mot courant en Acadie. Au Québec, poulamon est utilisé surtout dans la langue spécialisée (notam. dans poulamon atlantique); dans la langue générale, on emploie plus couramment (petit) poisson des chenaux et, dans certaines régions, loche et petite morue. 2. L’appellation poulamon a été normalisée par le BNQ et par l’OQLF (voir BNQ-Pêches2 33, et OLF-Avis4, no 1200).

(Acadie). Vous cherchez un nom grec ou latin pour en baptiser le Petit-poisson de Trois-Rivières, et vous proposez Poisson de Noël. [...] Avez-vous donc oublié que les Acadiens sont de toute éternité les ancêtres des Trifluviens, et que ceux-ci, dans toutes les graves questions qui les agitent, devraient d’abord, quand ils cherchent la lumière, tourner les yeux du côté de l’Orient, c’est-à-dire de l’Acadie. Eh bien, le nom de poisson que vous cherchez est poulamon, vous n’en trouverez pas d’autre. 1890, P. Poirier, dans A.-N. Montpetit, Les poissons d’eau douce du Canada, 1897, p. 167 (lettre à B. Sulte).

Le « Poulamon » de la Baie des Chaleurs, c’est tout bonnement le « Petit Poisson », dont j’ai mangé, plusieurs fois, d’excellentes fritures à Trois-Rivières, la « Petite Morue », dont je me régale chaque année à Québec, la « Loche », que je pêche en très grande quantité chaque été sur le rivage du fleuve Saint-Laurent qui baigne la grève de mon village natal, Saint-Denis de Kamouraska, le « Tom ou Tommy Cod », que les touristes anglais prennent à la ligne à Cacouna, enfin, l’espèce de Morue, car c’est bien une Morue, décrite par Provancher [...]. 1907, J.-C. Chapais, dans Le Naturaliste canadien, vol. 34, no 12, p. 177-178.

Le petit poisson des chenaux! Des mots magiques qui font vibrer bien des cœurs de pêcheurs, de touristes et de gourmets. La pêche aux poulamons, comme on dit maintenant, est une industrie ou si l’on veut une occupation commerciale d’importance en Mauricie. Commercialement parlant, cette pêche se fait avec des verveux et des coffres dans les eaux du fleuve Saint-Laurent dans la région trifluvienne principalement, c’est-à-dire de Trois-Rivières à Portneuf au moins. 1970, Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 20 février, p. 48.

(Acadie). Je m’en ai été prendre une marche sus la baie, commença-t-elle sans calouetter [« cligner des yeux »], pour ouère si la glace pouvait tenir jusqu’à l’Ile-aux-Puces. Parce qu’il y a du poulamon par là. 1973, A. Maillet, Mariaagélas, p. 134.

Ce qui fait l’intérêt du poulamon, c’est son abondance. Individuellement, il ne casse rien. Ce n’est pas du tout le genre de poisson autour duquel on peut construire des histoires de pêche. Les plus gros spécimens mesurent à peine 16 pouces. En moyenne, ils sont longs comme un stylo. Prendre un poulamon ne requiert pas beaucoup plus d’adresse qu’ouvrir une bouteille de bière. 1988, L’Actualité, janvier, p. 30.

 (Variantes anciennes). Pounamou.

[...] l’Eturgeon Y vient [sur la côte marine] parmi la foule avecque le Saumon, Comme font le Turbot, le Pounamou, l’Anguille, l’Alose, le Fletan, & la Loche & l’Equille [...]. 1609, M. Lescarbot, Les muses de la Nouvelle France, p. 24.

 Ponamon, ponnamon.

[...] elle [la montagne] descend environ cinq cens pas, sur une ance où une petite riviere tombe, dans laquelle on prend l’hiver force ponnamon; c’est un petit poisson presque semblable au goujon qui est excellent. 1691, N. Denys, Description geographique et historique des costes de l’Amerique septentrionale, t. 1, 1672, p. 148; v. aussi Chr. Le Clercq, Nouvelle relation de la Gaspesie, p. 160.

Histoire

Depuis 1864 (poulamont; P. Fortin, dans Appendices des pêcheries du rapport annuel pour 1863, p. 74, qui le relève sur la côte de Gaspé; dès 1815, dans un toponyme acadien de l’île Madame (Nouvelle-Écosse) mentionné par J.-O. Plessis, dans H. Têtu (éd.), Journal des visites pastorales de 1815 et 1816, 1903, p. 179). Poulamon est une variante phonétique de po(n)namon (depuis 1672), lui-même issu de pounamou qu’on trouve dès 1609 comme forme intégrée en français dans un texte de Lescarbot (v. ci-dessus); pounamou correspond à un mot micmac que mentionne le père jésuite P. Biard en 1616 : en Decembre (admirable providence de Dieu) vient un poisson appelé d’eux [les sauvages] ponamo, qui fraye sous la glace (v. RJ 3, p. 82; ce mot micmac est relevé à nouveau avec la graphie poonămoo dans les années 1870, v. RandMicmac 54, Rand s.v. tomcod, et RandMicm s.v. poonamoo). Poulamon représente ainsi un emprunt d’un mot de la langue micmaque qui s’est implanté en français dans la région où vivaient les Micmacs, c’est-à-dire en Acadie, et qui a connu diverses adaptations phonétiques avant de se fixer sous sa forme actuelle. Au Québec, le mot est récent; il n’a fait son apparition que vers la fin des années 1960 sous l’influence des spécialistes québécois qui l’avaient adopté officiellement dans leur terminologie scientifique au milieu du XXe s. pour remplacer l’appellation (petit) poisson des chenaux, laquelle est demeurée courante dans la langue générale (v. V. Legendre et al., Noms français et anglais des poissons de l’Atlantique canadien, 1964, p. 61; v. aussi S. Canac-Marquis, dans Québec français, hiver 1994, p. 103-104).

Version du DHFQ 1998
Pour poursuivre votre exploration du mot poulamon, consultez notre rubrique En vedette.
Trésor de la langue française au Québec. (1998). Poulamon. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 17 juillet 2024.
https://www.dhfq.org/article/poulamon