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PLUME [plym]
n. f.

1

Instrument pour écrire constitué d’un manche (général. de bois) auquel on fixe une pointe métallique que l’on trempe dans l’encre.

SYN. porte-plume.

 manche de plume (s. v. manche2, sens I.1).

 Plume(-)fontaine, plume(-)réservoir ou plume : instrument de même nature mais dont le corps contient un réservoir ou une cartouche d’encre.

2021, A.S. Fulkerson, Plume fontaine [photo], CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons. https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Basic_Fountain_Pen.jpg

Rem.En France, appelé stylo à encre ou stylo à plume, le mot plume ne désignant généralement que la pointe métallique qui sert à écrire (voir Histoire).

Il y a quelques jours, le pape recevait un journaliste protestant. Au cours de l’entrevue le pape prit dans sa main une plume-fontaine que tenait le journaliste, la bénit, puis la lui remit en disant : [...] Mes prédécesseurs ont béni les sabres et les boucliers de soldats chrétiens, tandis que moi je me plais à bénir plutôt la plume des journalistes chrétiens. 1904, L’Action, Montréal, 31 janvier, p. 1.

Gréés d’un cahier, d’une plume et d’un encrier, nous dressons un inventaire en règle de notre faune. [...] Quarante-deux criquets. Vingt-trois fourmis. [...] Christian inscrit tout, de sa plus belle encre. 1966, R. Ducharme, L’avalée des avalés, p. 48.

[...] elle sortit de son sac la Mont-blanc plaquée or qu’elle venait de s’offrir. « Un vrai petit bijou! » avait dit la vendeuse, son premier vrai bijou était une plume réservoir et la possession de cette plume lui procurait un plaisir hénaurme! 1983, Fr. Noël, Maryse, p. 379 (aussi plume fontaine, p. 374).

Elle défit le fragile emballage et découvrit une magnifique plume fontaine, sertie de nacre. « J’ai pensé qu’une institutrice aurait besoin d’une bonne plume. » 1986, A. Cousture, Les filles de Caleb, t. 2, p. 288.

Je me souviens encore de la belle plume fontaine qu’il [le greffier] sortit d’un tiroir et des deux grands livres d’archives qu’il posa sur son bureau. Je me souviens de la larme que j’ai réprimée quand d’une main appliquée il se mit à écrire le nom de Junior. [...] Mais c’est fini tout cela. Finie la plume fontaine et le grand livre des naissances. Fini le rituel sacré de l’enregistrement du début de l’existence. 1994, N. Petrowski, La Presse, Montréal,  9 janvier, p. A5.

RarePlume à bille : syn. de stylo à bille ou stylo-bille.

2

Nom de plume : nom d’emprunt sous lequel un écrivain choisit d’être publié; par ext. nom d’artiste, de théâtre, de scène.

SYN. pseudonyme.

Si certains écrivains ont utilisé un ou des pseudonymes avec le secret espoir d’être découverts en semant quelques indices, d’autres, par contre, tiennent mordicus à leur nom de plume et nous déroutent complètement dans nos recherches. 1974, B. Vinet, Pseudonymes québécois, p. IX.

On va-tu le publier sous « ton nom de plume » celui-là ou ben si on va écrire Éva-Vera Indianapolis tout au long? 1980, Y. Villemaire, La vie en prose, p. 101.

Mais pourquoi, chez les artistes des beaux-arts, cet engouement massif pour la photographie? C’est ce que j’ai demandé à Evergon [...]. Evergon est le nom de plume d’un des plus importants artistes canadiens. « C’est un cadeau que m’a fait un ami, dit-il. Evergon, ever gone, toujours parti. Je suis toujours quelque part in the sky. » 1993, La Presse, Montréal, 25 septembre, p. E9.

L’auteur qui sait si bien utiliser tous les trucs des grands maîtres du suspense est Montréalais et se nomme Marc-André Poissant. On le connaît aussi sous le nom de Mark Fisher, son nom de plume aux États-Unis. 1993, Le Soleil, Québec, 19 décembre, p. B2.

À la fin du siècle dernier, Georgina Bélanger devint l’une des premières femmes journalistes à La Presse. Gênée de ses origines paysannes (elle prétendait que son père, tailleur de pierre, était architecte), et peut-être aussi de son prénom, elle signait d’un nom de plume à particule : Gaëtane de Montreuil. 1996, L’Actualité, 1er avril, p. 75.

Histoire

1Plume, employé absolument pour nommer le porte-plume, depuis 1882 (dans La Gazette de Joliette, 12 janvier, p. [3]; annonce : Encre, Plumes, Crayons); pour nommer l’instrument de même nature comportant un réservoir, depuis 1938 de façon certaine (dans Le Devoir, 21 décembre, p. 7; annonce avec illustr.). Héritage de France, bien qu’on ne trouve cet emploi attesté que de façon marginale dans les dictionnaires français (seuls GLLF et TLF l’ont relevé chez des auteurs comme Gide, Queneau, ou encore Bernanos qui écrit : C’est honteux de ne pouvoir tenir ma plume. Mes mains tremblent.). Plume au sens de « porte-plume » est cependant ancien en français puisqu’on en trouve une attestation dès le XVIe s. : une plume de porcq espicq, garny d’argent, « qui est bien certainement un porte-plume, du genre de ceux qu’on rencontre de nos jours » (v. Havard 4, p. 402). Plume-fontaine, depuis 1904; d’après l’anglais fountain pen (v. WebsterC 1988, FunkC 1982). Quant à la forme plume-réservoir, souvent proposée pour éviter cet anglicisme (v. par ex. ClapInv, BlanchGarde4 77), elle ne semble pas avoir eu cours en français de France, contrairement à ce qu’a écrit Adjutor Rivard, qui semble être celui qui a lancé le mot (v. BPFC 5/8, 1907, p. 319; v. à ce propos DavTrad 207); seule la forme porte-plume (à) réservoir y est attestée, au début du XXe s. (v. FEW plūma 9, 90a et 92a; emploi signalé comme « v[ieu]x ou région. (Suisse) » dans PRobert 1993, s.v. porte-plume, « vieilli » dans TLF, id.). Plume à bille (depuis 1957, Bélisle1). 2Depuis 1916 (É. Blanchard, dans BPFC 14/6, p. 288). Probablement emprunté de l’anglais où, paradoxalement, la forme nom de plume a cours (parallèlement à pen name) alors qu’elle n’a jamais été vraiment usitée en français de France (v. Random 1983 et Webster 1986 qui suggèrent que la forme nom de plume serait une création anglaise à partir de mots français; v. aussi OED, s.v. pen, sens III.8, qui explique l’origine de pen-name par la traduction d’un pseudo-français nom-de-plume). À part Académie 1932, qui fait figurer nom de plume sous l’article nom à la suite, semble-t-il, d’un avis de l’écrivain Régnier (v. à ce sujet une lettre de celui-ci, alors secrétaire de l’Académie française, parue dans La Presse de Paris en 1928 et reproduite en partie dans GPFC, s.v. nom), seul le TLF l’enregistre en s’appuyant sur le Dictionnaire de l’édition (ouvrage bilingue) de Ph. Schuwer, 1977. L’extension de l’emploi du mot à d’autres domaines artistiques semble être propre au français du Québec, l’anglais ne l’employant qu’en parlant d’un écrivain (v. par ex. WebsterW 1988, s.v. pseudonym).

Version du DHFQ 1998
Trésor de la langue française au Québec. (1998). Plume. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 18 juillet 2024.
https://www.dhfq.org/article/plume