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PLASTER ou  PLASTEUR [plastœʀ]
n. m.

Rem.

Prononcé également à l’anglaise dans certaines régions du Québec.

1

VieilliEmplâtre; toile gommée, enduite ou non d’emplâtre, utilisée comme pansement.

Plaster éclectique ou pop. électrique : sorte d’emplâtre doté de petits trous.

Rem.La toile gommée appelée autrefois plaster correspondait à divers pansements, notamment à une bande de tissu enduite d’une couche d’emplâtre et utilisée pour refermer de grandes plaies (connue en France sous le nom de sparadrap ou diachylon), de même qu’à une bande de taffetas adhésif utilisée surtout pour couvrir de petites plaies (connue en France sous le nom de taffetas d’Angleterre ou taffetas gommé).

 Par ext.Cour., fam. Petit pansement adhésif au centre duquel est fixé un tampon de gaze, destiné à panser une plaie superficielle, une coupure.

2022, TLFQ, Pansement adhésif (« plaster ») [photo].

Une boîte de plasters. Se mettre un plaster sur le doigt. Acheter des plasters à la pharmacie.

Rem.On appelle aussi cet adhésif band‑aid, qui relève également de la langue familière; dans la langue soignée, on recourt plutôt à diachylon et à pansement (adhésif), ou encore à bandage (adhésif) et à sparadrap (mot qui est toutefois perçu comme propre aux Français).

 band‑aid (sens 1); bandage2; diachylon (sens 1).

Ma femme veut deux autres de vos emplâtres pour les femmes, elle est guérie d’une douleur qu’elle avait entre les épaules depuis bien longtemps, et elle ne veut plus se passer de vos plasters. 1889, Le Courrier de Saint-Hyacinthe, 26 octobre, p. [3].

(Acadie). Comme j’avais mal aux reins, j’ai eu un « plaster » du docteur et puis ça m’a guéri tout de suite. 1890, Carleton (Bonaventure), J. Geddes, Study of an Acadian-French Dialect Spoken on the North Shore of the Baie-des-Chaleurs, 1908, p. 242.

Il [le bedeau] avait les babines grosses comme le poing, des plasters tout autour de la tête, et il boitait comme un vieux cheval. 1897, Ch. De Guise, Le revenant de Toine, La Revue des deux Frances, vol. 1, no 2, p. 130.

Lui : [...] la petite [fille qui venait de tomber dans l’escalier] se plaignait et puis je lui ai fait une [sic] emplâtre. Elle : Une quoi? Lui : Une emplâtre, un « plaster ». 1942 env., J. Bernier, Ovila Légaré est en retard (sketch), Quelles nouvelles (radio).

L’urgence, c’est la solution de facilité. [...] On dirait aussi que les gens ont oublié que « premiers soins », ça peut aussi consister en une débarbouillette humide ou un « plaster » et que ça peut se faire ailleurs qu’à l’urgence. 1987, La Gazette des femmes, mars-avril, p. 21.

Le cycliste […] qui court pour la formation du Québec au Tour de Beauce cette semaine, avait une mine plutôt « amochée » sur la ligne de départ hier, à Vallée-Jonction. Plusieurs pansements étaient appliqués là où des morceaux manquaient, et deux bons vieux plasters se trouvaient sur la lèvre supérieure et sur le nez. 2007, Le Soleil, Québec, 14 juin, p. 71.

Pourquoi crois‑tu avoir la meilleure mère du monde? [titre] […] Parce qu’elle me console quand j’ai de la peine. Elle me frotte aussi quand je me cogne la tête et quand je saigne, elle me met des « plasters ». Elle me fait aussi des câlins et j’aime beaucoup sa lasagne quand elle met beaucoup de fromage. 2010, La Nouvelle, Sherbrooke, 5 mai, p. 4.

« Ils avaient une trousse de sécurité blanche avec des bandages, des plasters, c’est tout », raconte M. Roberge, estomaqué. Les employés dévoués n’avaient donc ni défibrillateur cardiaque ni d’autres instruments pour secourir la victime, finalement décédée. 2013, Le Journal de Québec (site Web), actualité (faits divers), 5 octobre.

2

Par métaph.Fam. Palliatif, solution temporaire et insatisfaisante, moyen peu efficace utilisé pour remédier à un problème complexe.

(Mettre) un plaster (sur un bobo, sur une jambe de bois) : remédier à un problème de façon insatisfaisante, temporaire.

 band‑aid (sens 2); diachylon (sens 2).

[…] dès que l’on identifie les causes réelles de la violence au Québec il ne reste qu’une alternative : changer radicalement les rapports sociaux et économiques ou maintenir l’actuel système soit en « patchant » les bobos, soit en réprimant toute tentative de s’en sortir. Les Québécois ont connu à peu près toutes les sortes de plasters depuis deux cents ans et ça les gouvernements commencent à s’en rendre compte. 1970, Le Quartier latin, Montréal, 7 novembre, p. 19.

Actuellement nous sommes des distributeurs d’octrois. On ne solutionne pas en donnant des bons. On leur rend service. On leur aide sur le coup. Si on se fait un bobo… on met un plaster. Nous mettons un plaster sur un bobo. On solutionne pas leurs problèmes. C’est à répéter. Ça nous revient tout le temps. Qu’ils déménagent à un autre endroit… le problème est le même. L’argent… ils en reçoivent tellement peu, assez peu souvent, que quand ils en reçoivent, ils voient tout en couleur[.] 1973, Prêtres et laïcs, vol. 23, no 6, p. 332.

Les mesures [en matière d’agriculture] proposées actuellement par le gouvernement, ne sont que des « plasters » sur une jambe de bois […]. 1976, La Tribune, Sherbrooke, 7 février, p. 17.

Cet encadrement de plus en plus restrictif [à l’école] affecte les jeunes au niveau de leurs libertés individuelles. Le contrôle plus sévère des absences, l’accueil en début d’année ainsi que divers systèmes de récompense ne sont que des « plasteurs » sur un bobo déjà gangrené, c’est-à-dire une pédagogie mal adaptée à l’existence humaine. 1980, Le Soleil, Québec, 23 janvier, p. A10.

Les difficultés des jeunes, on en parle à partir du moment où elles deviennent problématiques pour les adultes [...]. Comme l’inaction provoque la délinquance et que celle‑ci menace la propriété, on arrive avec des solutions vite faites, on met des petits « plasters » sur des gros bobos. 1983, Châtelaine, juillet, p. 38.

Avec la police communautaire, il n’y a pas de recette toute faite d’avance. Même que d’un quartier à l’autre, la même approche ne s’applique pas. La police communautaire, c’est l’affaire de tout policier. C’est une philosophie qui demande de développer des partenariats avec les organismes sur le terrain. Il faut effectuer le bon diagnostic, pas juste poser un plaster sur le bobo. 2000, Le Courrier de Saint-Hyacinthe, 19 juillet, p. A10.

« L’objectif est de régler le problème [de manque de services de santé]. Pas de ‘plasteurs’ sur le bobo, mais une solution durable. Il faut se donner le temps, on vient d’arriver » […]. 2019, Le Placoteux, Saint-Pascal, 20 mars, p. 6.

Par métaph.Fam. Arracher, enlever le plaster, tirer sur le plaster : mettre un terme plus ou moins brusquement à une chose ou une situation qui cause de l’inconfort psychologique, émotif ou moral.

Là, là‑dessus, la Commission veut être le plus serré[e] et puis la plus transparente possible. Si les vrais chiffres, si [c’est] 100 millions $, on se conte des peurs, on se raconte des choses, autant arracher le « plaster » puis se dire tout de suite : « Ça va coûter plus que tant, pour telle, telle[s] raisons. » 1999, Commission sur la gestion de l’eau au Québec, L’eau, ressource à protéger, à partager et à mettre en valeur, 2000, vol. 1, p. 98.

Malgré les apparences, l’auteure-compositrice a eu envie de renverser l’adage et de faire du vieux avec du neuf. […] Cette fois, [elle] a jeté la recette au feu, au risque de mettre sa popularité sur la glace, en quête d’« émotion » plus que de « perfection ». Redoute-t-elle les réactions? Elle a plutôt hâte « d’enlever le plaster » après deux ans de travail. 2014, La Presse, Montréal, 8 avril, arts, p. 3.

En juillet dernier, l’organisation albertaine a annoncé qu’elle allait délaisser le nom Eskimos, pour ne plus heurter certaines sensibilités dans la communauté inuit. Ils ont toutefois décidé de garder le logo, le double E, qui reste un symbole puissant dans la province. C’est sous ce sigle qu’Edmonton a remporté plusieurs de ses 17 championnats de la Coupe Grey. Une bonne stratégie, selon notre expert? Oui et non. Ça peut servir d’inspiration comme de contrainte inutile. J’en aurais profité pour faire table rase. D’arracher le plaster d’un trait, comme on dit. 2021, K. Breton, Société Radio-Canada, Ici Info (site Web), sports, 16 février.

Histoire

1Depuis 1860 (Gingras1); emprunt à l’anglais. Appliqué à l’emplâtre, le mot est d’usage universel en anglais (v. OED et Webster 1986); appliqué au petit pansement adhésif, le mot a cours en Angleterre (v. Longman 1981, Cobuild 1993 et COD 1990; Nelson 1997 : « Chiefly British »), mais il paraît toutefois peu usité par les anglophones d’Amérique du Nord, qui recourent plutôt à la dénomination band‑aid. 2Depuis 1970; probablement de l’anglais plaster « an ineffective or short-term remedy », emploi figuré attesté depuis le XVe siècle (v. OED (en ligne) 2022‑09). Le mot band‑aid connaît le même emploi métaphorique en anglais nord-américain (v. WebsterW 1988 et Gage 1997). Arracher, enlever le plaster, tirer sur le plaster, depuis 1999. Cet emploi pourrait être inspiré d’expressions anglaises de même sens et reposant sur la même métaphore, mais construites avec l’équivalent band‑aid, telles que to pull off the band‑aid / to pull the band‑aid off, to rip off the band‑aid / to rip the band aid off, etc. (v. band‑aid, Hist.).

Dernière révision : février 2023
Trésor de la langue française au Québec. (2023). Plaster ou plasteur. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 12 juin 2024.
https://www.dhfq.org/article/plaster-ou-plasteur