PLACOTEUX, PLACOTEUSE [plakɔtø]
n. et adj.
Variantes graphiques : placotteux, placotteuse; (anciennement) plaquoteux, plaquoteuse; plaquotteux, plaquotteuse.
Vieilli (Personne) qui patauge, qui barbote (dans l’eau, dans la boue, etc.).
Rem.Relevé uniquement dans des répertoires du français québécois (Dionne, GPFC, Bélisle1‑3).
Vieilli(Personne) qui perd son temps, qui flâne.
Personne qui tâtonne, qui n’arrive à rien, qui a du mal à se montrer utile.
Rem.Relevé surtout dans des répertoires du français québécois (Blanch1‑8, GPFC, Bélisle1‑3, Barbeau1 138).
bretteux (sens 1).
[L’homme politique libéral canadien] passe pour un ministre épatant, un homme d’État. [/] Et ce n’est rien autre chose [sic] qu’un tâtonneur, ce qu’on appelle vulgairement un « placoteux ». 1903, L’Événement, Québec, 20 avril, p. [2].
– R. : C’est parce que ce sont des jeunes gens qui n’ont jamais rien fait, qui étaient toujours à la voirie comme ça; ça n’a jamais eu d’emploi sur rien. – Q. : Qu’est-ce que vous voulez dire quand vous dites qu’ils ont toujours été à la voirie? – R. : Je veux dire que c’est un jeune homme qui ne fait jamais rien et qui est toujours dans les coins de rues à différentes places où il s’amuse à placoter. – Q. : C’est un placoteux? – R. : D’après moi, je le crois. 1908, Québec, BAnQQ, Cour supérieure (Québec), 24 février, cause no 2411, preuve du défendeur, p. 3.
Fam.(Personne) qui aime bavarder longuement, parler familièrement de choses et d’autres, tenir une abondance de propos pouvant être jugés légers, futiles, oiseux.
Région.(surtout Saguenay Lac-Saint-Jean et Mauricie). Déjeuner, dîner, brunch, après-midi (etc.) des placoteux : activité de groupe (prenant souvent la forme d’un repas collectif) qui réunit des personnes aimant bavarder et échanger dans un cadre festif et chaleureux.
clapoteux (s.v. clapoter, sens 3).
– Le quatre-sept [un jeu de cartes], moué, je connais ça comme ma botte. – Oui, ben fournis d’abord, cré tricheux, essaye pas de nous amanchés [sic]. – Beaudommage, espèce de senteux[,] t’écornifle [sic] trop dans mon jeu, toué itou. […] – Brasse, brasse[,] tu bavasseras après, cré placoteux, on entend rien que ton moulin. 1907, Le Canard, 23 juin, Montréal, p. 6.
– Et vous, Madame, je suis sûr que vous avez entendu parler de quelque chose? – Bien! On n’entend pas parler de grand’-chose par ici; vous savez. Le premier voisin est à un mille. Et puis, on n’est pas des placoteux. – Voyons! Madame Fiola, vous ne me direz pas que vous ignorez tout du vieillard mystérieux! – Mais oui, monsieur, je vous le dirai. Mon homme n’est pas un bavasseux. Je l’ai vu, des fois, dans le temps de la chasse[,] passer une grande semaine sans dire un mot. 1926, A. Huot, La ceinture fléchée, p. 22.
– Toé, t’aimes pas le comptoir-lunch? – Pas plus que ça! C’est rempli de placoteux du matin au soir. On a peine à se faire servir. – Et qui sont ces placoteux? – En grande partie, des fonctionnaires. – Ils travaillent pas, eux-autres? – On le dirait bien! 1949, E. Morin, Puce, p. 149.
J’assistais à un congrès. Il y a juste quelques semaines. Un beau congrès. Très bien réussi. Beaucoup de monde. […] Toutes sortes de monde. Des silencieux et des bruyants. Des placotteux et des écouteux. Des jeunes et des vieux. Des penseux et des jaseux. De toutes les sortes. Pour faire un vrai monde! 1955, La Terre de chez nous, Montréal, 2 novembre, p. 3.
L’hospitalité des gens du Lac-Saint-Jean est devenue proverbiale chez nous. De passage dans ce coin enchanteur du Québec à l’occasion de la Traversée du lac Saint-Jean, [l’équipe éditoriale] a pu le constater à nouveau. À Roberval et dans les villes de la région, particulièrement à cette époque, règnent un entrain et un esprit de gaieté communicatifs. Que ce soit au « déjeuner des Placoteux » ou au « babillage des Grosses Madames », tout le monde s’en donne à cœur joie. 1968, Le Petit Journal (supplément), Montréal, 18 août, p. 2.
Dans sa jeunesse, Sam avait appris le métier de barbier; […] Sam a toujours aimé pérorer – dans le peuple on dirait que Sam est un placoteux, un bavard, mais nous, nous savons mieux, nous savons que Sam aime à définir la justice, la bonté, les causes de la guerre, le chômage […]. Et Sam s’est avisé que dans le métier de barbier on a toujours quelqu’un avec qui discuter des graves questions de l’économie; c’est un métier qui assure un auditoire. 1978, G. Roy, Fragiles lumières de la terre, p. 169.
Le caractère « placoteux » des Québécois est souligné par tous les ethnologues. Au cours des ans, il a pris plusieurs formes, les plus récentes étant les assemblées de cuisine et les cercles de parole. Ce trait semblerait commun à tous les peuples façonnés par les longs hivers, donc les peuples nordiques. 1996, J. Limoges, Le génie québécois, p. 202.
Naturellement, la façon de travailler varie beaucoup d’un groupe [d’élèves] à un autre. Par exemple, […] si vous arrivez dans une classe de bavards, de placoteux, ne restez pas assis à votre pupitre : levez-vous et faites les exercices avec eux, parce que, habituellement, quand les élèves parlent et ne travaillent pas, c’est qu’ils ont des difficultés. 1998, C. Morin, P. Bouvier et G. Juneau, Être prof, p. 66.
Les chroniqueurs, les animateurs, les groupes de pression, les politiciens, les universitaires parlent d’abondance. Mais parlent-ils en connaissance de cause? Parlent-ils des questions importantes? La société québécoise a laissé le débat démocratique aux « placoteux » et aux amuseurs professionnels. On peut bien, dans divers milieux, dénigrer ces gérants d’estrade. Sans eux, ce serait le silence total. Ceux qui comptent, par contre, ne s’expriment plus que par la voix de porte-parole dont le mandat consiste à noyer le poisson. Dont la fonction est de parler pour parler. De parler sans dire. 2002, A. Pratte, La Presse, Montréal, 21 mai, p. A14.
– Salut Kevin. Ça me fait plaisir de te rencontrer. Est-ce que tu vas te baigner? [/] L’enfant avait l’air d’un sphynx. Pour couper court au malaise, Stéphane a lancé : – C’est pas un grand placoteux, mon filleul. 2014, Biz, Mort-Terrain, p. 77.
Le courtage immobilier est une passion qu’elle [une octogénaire] a découverte sur le tard. Après un divorce dans la quarantaine, elle a réorienté sa carrière et n’a jamais regretté sa décision. « J’aime le monde, je suis placoteuse… J’ai besoin de bouger et d’être sur la route », résume l’une des plus vieilles courtières [d’une agence immobilière] au Québec. 2021, Le Journal de Québec, 4 avril, p. 21.
n. Fam., rare Personne qui clavarde, qui utilise Internet comme médium écrit.
Une fois [un logiciel malveillant] installé et l’adresse IP du « placoteux » connue, j’aurais pu être en possession d’un fil d’Ariane me mettant en communication directe avec lui. Il était donc potentiellement possible pour moi de commencer mon petit travail d’infiltration. Est-ce la sécurité du système qui est en cause? Pas du tout, j’ai tout simplement attaqué le maillon le plus faible de toute cette quincaillerie, l’utilisateur. Ah oui, vous vous posez sûrement la question : que font durant le jour ces « placoteux » sur IRC [= Internet Relay Chat]? Poser la question, c’est y répondre. 1999, M. Dumais, Le Soleil, Québec, 21 février, p. B5.
Gazouillis de placoteux [titre] [L’intellectuelle québécoise] a toujours eu le sens de la formule. Et cette semaine, à Québec dans le cadre de la Journée du livre politique, [elle] s’est surpassée en chargeant à fond de train contre « la frénésie d’hyperactivité Web » et contre ces journalistes qui se dispersent dans des pages Facebook, dans des blogues ou sur Twitter. [Elle] n’a guère été plus tendre pour ceux qu’elle qualifie de « communauté de placoteux » et de « public gazouillant » que l’on prend à tort, selon elle, pour l’expression de l’opinion publique. 2010, N. Petrowski, La Presse, Montréal, 10 avril, cahier Arts et spectacles, p. 6.
adj. Fam., rareQui émet un son (en parlant d’un animal).
[…] chaque aventurier [d’un camp louveteau] se voyait attribuer un nom qui mettait en relief sa personnalité. Des exemples parmi les plus loufoques : grenouille placoteuse, maringouin musclé, puce gâtée, etc. 1969, La Revue de Terrebonne, 21 août, p. 15.
Autant, cet après-midi, la forêt était pleine de vie, autant les bois étaient maintenant de plus en plus gris. On n’entendait plus criailler les geais et les sittelles. Les mésanges placoteuses s’étaient tues. Les piverts devaient ronfler déjà. 1992, D. Demers, Un hiver de tourmente, p. 117‑118.
(Variante). Rare, fam.Placoteur n. m. et adj. Bavard.
Rem.Parfois écrit placotteur.
Quoi? Vous voulez nous quitter? Pour l’instant, Monsieur le placoteur Jacasson, il n’est pas question que vous mettiez votre langue dans votre poche. 2003, B. Gauthier, Bienvenue en Balbucie, p. [30].
[Cet appareil sans fil] se démarque par son design moderne et ses nombreuses caractéristiques « high-tech », telles qu’un carnet électronique pouvant contenir jusqu’à 200 numéros, une sonnerie « zen », une touche pouvant baisser le son de la télé avant de répondre à un appel… Bref, le summum pour le « placoteur »! 2005, P. Saucier, Journal Métro, Montréal, 30 novembre, p. 22.
Dans le noir, il ne sentait pas le besoin de parler. […] Pas besoin de mots, de gestes. Il pouvait juste être assis là, près d’elle sans bouger. Lui, qui d’habitude était le plus bruyant, le plus grand placoteur du coin. 2015, S. Bérubé, Car la nuit est longue, p. 27.
Le très bon spectacle de l’ensemble n’aurait pas dû être présenté en plein air. […] Il faut que le système de son domine le public « placoteur », ce qui n’était pas le cas ce vendredi soir. 2015, Le Quotidien, Saguenay, 15 septembre, p. 13.
Fam. (Personne) qui tient des propos indiscrets, médisants ou calomnieux.
[…] dans la société, on vous appelle Madame Cancan, Madame la Presse, Madame La Bavarde. […] Et pendant que vous-même colportez avec empressement la nouvelle apprise, vous vous attirez, en la méritant, la réputation d’être une interminable bavarde et d’appartenir à la famille des « Plaquoteuses ». […] Que de ménages peuvent accuser une faiseuse de cancan, d’être la cause de leurs premiers et parfois cuisants ennuis… 1928, L’Éclaireur, Beauceville, 3 mai, p. [1].
Ovide était appuyé sur le piano. Machinalement il fit résonner le do en haut de la portée. Il se sentait défaillir. Il indiquait la cuisine de la tête : – Leur as-tu dit? [/] Guillaume bombait le torse, et ses lèvres se plissaient de dignité offensée. – Es-tu fou? On est des Américains ou bien on n’en est pas. J’suis pas un placoteux. 1948, R. Lemelin, Les Plouffe, p. 340.
– Siméon : Casimir, je veux que notre entretien reste secret, comprends-tu? Il faut que tu me promettes de ne rien révéler de ce que je vais te dire à qui que ce soit, pas même à Damase. – Casimir : Soda, je suis pas un placoteux, vous le savez… 1951, O. Légaré, Nazaire et Barnabé, 13 décembre, p. 4‑5 (radio).
Une séance de potins avec une de ses amies la transportait d’aise, elle sortait de ça la fièvre aux joues et l’œil lavé, comme si elle venait de faire l’amour. […] Pour les « placoteuses » (je m’en voudrais de ne pas employer, ici, ce mot québécois si descriptif qui tient autant du vocable que de l’onomatopée) la matière première n’est jamais suffisante et elle s’épuise vite. […] Les potins sont toujours assaisonnés de haine à l’endroit de la personne dont on parle. Autrement, on n’arriverait pas à en dire du vrai mal.1966, Cl. Martin, La joue droite, p 195‑196.
(Acadie) C’était un dimanche matin. La moitié de la chronique du pays raconte les faits et dires des dimanches matin. Les chroniqueurs comme les autres font leur religion le dimanche. Comme les conteux, radoteux, placoteux et défricheteux-de-parenté. On n’imagine pas dans les bureaux d’archives et de documents historiques la proportion de notre petite histoire qui s’est faite là, sur les perrons d’églises paroissiales, les dimanches matin. 1977, A. Maillet, Les Cordes-de-bois, p. 206‑207.
Les mauvaises langues disent que le caribou a déjà commencé ses effets. Vous pensez bien que les placoteux, les fouineux et les commères vont déborder d’entrain : les ragots n’ont pas fini de courir les rues, de faire s’esclaffer les uns et sursauter les autres. 1980, Progrès-Dimanche, Chicoutimi, 10 février, p. 74.
En attendant mon tour [à la confesse], j’essaie de compter les carrés de la grille pour passer le temps et penser à autre chose, mais c’est difficile. En effet, j’entends tout ce que dit l’abbé à la fillette qui est de l’autre côté. Je jette un œil inquiet sous le rideau violet et je vois les grands pieds de la grande Ginette, la fille la plus placoteuse de la classe. Elle va raconter mes péchés aux autres et elles riront toutes de moi. Juste au moment où je me lève pour me réfugier auprès de l’abbé Ricard et de ses longues pénitences, le grillage s’ouvre : « Dis tes péchés, mon enfant ». Je ne peux plus reculer. 1995, Le Soleil, Québec, 14 avril, p. A15.
Les AA (Alcooliques anonymes), ça vous intéresse? Vous voulez savoir à qui ça s’adresse et pourquoi? [/] Eh bien, l’organisme tient son congrès provincial à Granby […]. Voilà, pour ceux qui sont impliqués comme pour ceux qui veulent tout simplement savoir, un événement à ne pas manquer. [/] Les responsables n’ont pas besoin de la visite de ceux qui n’ont d’autre souci que d’identifier les participants. Que les voyeurs et les « placoteux » restent donc chez eux. 1996, La Voix de l’Est, Granby, 9 août, p. 8.
Depuis que Gilles Ménard avait été arrêté et qu’elle avait sorti la bouteille de gros gin, ma mère était devenue une vraie furie, plus à pic que jamais, […] en conséquence de quoi je m’étais fermé la gueule, car j’aurais peut-être eu des choses à leur dire, moi, à ces journalistes. Penses-y même pas, Andrée Duchamp, m’avait-elle ordonné avant que j’aie le temps de finir ma pensée, on n’est pas des placoteuses pis on sait rien. 2014, A. A. Michaud, Bondrée, p. 241.
(Variante). Rare, fam.Placoteur n. m. et adj. (Homme) qui tient des propos indiscrets, médisants ou calomnieux.
Rem.Parfois écrit placotteur.
[Un maire] reprocha vertement à [un échevin] le ton de sa lettre et le traita de tête légère, de maniaque, de menteur, de placoteur. […] Il accusa l’échevin […] de chercher à se faire de la popularité. 1936, Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 22 septembre, p. 8.
Les « placotteurs » et les « placotteuses » sont de très bons catholiques qui ne manqueraient pas la messe le dimanche et même sur semaine pour rien au monde. […] [/] Quand cesserons-nous de répandre aux quatre vents toutes sortes de racontars? De grâce, cessons d’abrutir nos voisins et nos amis, en leur racontant des médisances ou des calomnies sur le compte des autres. 1950, Le Peuple, Lévis, 10 mars, p. [1].
Durant ces jours-là, vous devrez vous méfier des personnes qui pourraient vous raconter des histoires mensongères. Ne vous en mêlez pas parce que vous pourriez passer pour un « placoteur » et même un menteur. Faites attention aux commérages, quittez les lieux dès que vous vous apercevez qu’on parle contre les uns et les autres. 2002, J. Aubry, Horoscope 2003, p. 371.
Histoire
De placoter, et suff. -eux.
1.Depuis 1909 (Dionne). De placoter (sens 1). 2.Depuis 1903. De placoter (sens 2). 3.Depuis 1907. De placoter (sens 3). Cet emploi est probablement un héritage des parlers de France, puisqu’il a été relevé au féminin (placoteuse) de façon isolée dans un parler du département de l’Aisne (v. Annales de la société historique et archéologique de Château-Thierry 1926‑1927, 1928, p. 122, s.v. placoter). Au sens de « personne qui clavarde, qui utilise Internet comme médium écrit », depuis 1999. Au sens de « qui émet un son (en parlant d’un animal) », depuis 1969. Placoteur au sens de « (homme) bavard », depuis 1919 (Blanch3, s.v. placotage). 4.Depuis 1909 (Dionne). De placoter (sens 4). Placoteur au sens de « (homme) qui tient des propos indiscrets, médisants ou calomnieux », depuis 1936.