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PLACOTER [plakɔte]
v.

Rem.

Aussi écrit placotter et (graphie vieillie) plaquot(t)er.

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v. intr. VieilliBarboter, patauger. 

Placoter dans l’eau, dans la vase, dans la boue

Rem. Cet emploi était encore bien présent sur le territoire du Québec au tournant des années 1970, en concurrence avec flacoter et patauger (voir PPQ 1065). 

 clapoter (sens 2); flacoter (sens 2).

 v. tr. (Hapax; voir exemple de 1844). Placoter la vase.

– Vous paraissez fatigué, mon ami, dit Emile! – Fatigué comme le Diable quand il a fait sa ronde; voyez-vous[,] quand on travaille comme moi en bon ch’val toute la journée, on est pas ben aise d’aller plaquotter la vase, le soir, pour aller chercher des remèdes. 1844, Pietro [pseud. de Fr.‑P.‑Eu. L’Écuyer], La fille du brigand, Le Ménestrel, 5 septembre, p. 183.

Mais la maudite lumière l’avait ébloui [le père Vermette], et… plac!... voilà le bonhomme à quatre pattes dans l’eau. […] Le bonhomme, après avoir placotté quelques instants, se repêche tant bien que mal, et clopin-clopant, le visage noir de vase, les habits dégoûtants, la tête égarée, plus mort que vif, arrive au presbytère, et raconte ce qui vient de lui arriver au curé réveillé en sursaut. 1892, L. Fréchette, La mare au sorcier, La Presse, Montréal, 8 octobre, p. [4].

En arrivant là [dans un petit bois], un spectacle attendrissant […] nous y attendait. Caillette [une vache], c’te pauvre Caillette, était étendue dans un fossette; elle y placottait et fortillait. 1907, Texan, Skidoo Jykello ou Le fils à son poupa, Le Passe-Temps, 26 janvier, p. 3.

La température actuelle fait également le désespoir des enfants[,] qui n’ont pu profiter de leur dernière fin de semaine de vacances. Les patinoires sont des mares d’eau et les clos vacants, des étangs boueux[.] Les petits n’ont donc eu rien autre chose à faire que de placoter dans l’eau. Sport idéal, en un temps de grippe. 1946, Le Canada, Montréal, 7 janvier, p. 12.

– Brie : Il n’y a pas de doute maintenant qu’on va avoir un Noël tout blanc. – Tobie : Chantez pas trop vite… On peut aussi ben avoèr [= avoir] d’la pluie comme rien. […] Vous d’vez même vous souvenir qu’une autre année on avait eu d’la neige à plein ciel pour Noël pi qu’au jour de l’an, on placotait dans l’eau pi la vase… 1951, A. Brie, Le père Tobie, 19 décembre, p. 1 (radio).

Un air de printemps passait sur la forêt, aigrelet encore, pareil au fil ténu d’un son de flûte qu’on aurait peur de voir se rompre. On placotait dans la neige fondante des chemins, les rivières bavaient leurs glaçons sur leurs bords, les billes amoncelées sur les lacs commençaient à flotter […]. 1952, M. Le Franc, Le fils de la forêt, p. 176.

Aimez-vous le printemps? Et prenez-vous, chaque année, la peine de l’admirer? Non, sans doute, ce n’est pas en ville, où durant tout le mois d’avril on a plus souvent qu’à son tour conjugué le verbe actif « placotter » dans la boue de neige fondante qu’on peut en admirer la splendeur. 1960, La Revue moderne, mai, p. 3. 

Un jour de printemps, le premier printemps où il put « placoter » dans l’eau, chaussé de ses petits « pichous sauvages », il est sorti de bon matin pour aller voir son père tondre les moutons, et il a vu que la rivière n’était plus pareille. C’est extraordinaire comme ce qu’elle pouvait charrier comme eau jaunâtre, neige fondante et blocs de glace! 1966, R. Fournier, Les filles à Mounne, p. 66.

 v. intr. Fig. Syn. de clapoter (sens 1).

 flacoter (sens 1).

Sablon courut vers le quai. Il fouilla toute la mer de ses yeux, mais il ne vit rien. Sa barque n’avait pu chasser de son mouillage, dans ce havre où la mer ne creusait que dans un coup de vent. […] – Ma barque a été enlevée!  C’est impossible, répliqua Guéret.  La mer placotte dans le large, mais en dedans, elle est plate comme une galette! Allez réveiller Mathieu. 1963, Ch. Larsen, L’Échouerie, p. 123. 

Tout de suite elle est là devant vous, la rivière, avec sa cascade qui « placotte » interminablement, sans oreille pour le cri rauque des oiseaux aquatiques qui voudraient l’interrompre. 1963, J. O’Neil, La Presse (supplément), Montréal, 27 juillet, p. 3. 

L’eau placotait sur des pierres en saillie. […] Un vol de canards noirs passa là-haut en direction du sud. Elle les reconnut par la forme et les couac couac nombreux qui se répétaient comme le refrain d’une chanson à répondre. Plus près, le vent se trouvait des instruments dans la végétation et sporadiquement, il murmurait des soupirs inachevés. 1990, A. Mathieu, Un beau mariage, p. 428.

C’est là que j’ai vraiment redécouvert le Old Orchard que j’aime tant. Qu’a-t-il de si particulier ce Old Orchard? Rien ou presque rien. C’est celui des petits plaisirs que l’on savoure au fil des heures en ne pensant à rien, en se laissant caresser par le vent et le soleil, en écoutant la mer qui ne cesse de placoter. 1991, F. Trépanier, La Presse, Montréal, 15 juin, p. I2. 

 Par ext., Fig.Faire un bruit rappelant celui de l’eau qui clapote.

Les pieds dans l’eau de l’océan, assise sur un énorme diamant, j’entends Jos Montferrant qui siffle, j’entends ton pas sur l’eau, j’entends la place Ville-Marie qui placotte et qui patauge, j’entends le silence qui nous sépare, et qui nous unit aussi, et je suis bien dans tes bras, et la houle qui nous berce nous murmure des amours silencieuses. 1973, R. Laquerre, Luth et pis Loth, Écrits du Canada français, no 36, p. 59.

Les moteurs, autos, autobus, motos, camions, à 20, 40, 60, moteur qui s’arrête, moteur qui part, moteur qui cale, starter qui niaise. Sifflet d’agent, piétons qui claquent des bottes, un drapeau de banque qui placote au vent, une grue mécanique, un chien qui aboie […], ce jour-là, j’ai tout pris ce qu’on micro pouvait écouter. 1982, J.-P. Filion, À mes ordres, mon colonel!, p. 91. 

 v. intr. (Hapax). Tapoter. 

On aurait voulu que Berthold se fît tout un plat avec la pauvre femme assise devant lui, et qui n’arrêtait pas de placotter du bout des doigts sur la table. 1973, V.‑L. Beaulieu, Oh Miami, Miami, Miami, p. 181. 

 v. intr. Par anal.VieilliPlacoter (dans son manger, dans son assiette, etc.) : tripoter la nourriture; prendre de la nourriture de-ci de-là. 

Elle placotait dans son assiette quand c’était pas moi qui la faisais manger. 1981, Shawinigan, Corpus du Centre d’études linguistiques de la Mauricie (enq.) (âge de l’informatrice : 79 ans).

Une assiettée quasiment pleine. Il placote dedans, tête dans la paume, coude sur la table, indolent, blasé. […] La montagne de bouffe est à pleine entamée. Il boude. Petit torrieux. 1996, G. Gourdeau, L’âge dur, p. 20.

Elle [une amie] revient d’une semaine de ski-sushi en Californie. Tandis qu’elle me parle de hautes montagnes et de soleil tapant, je choisis notre menu : sushis, rouleaux maki, entrées chaudes et froides. Va pour les tapas japonais, nous préférons picorer et placoter à droite et à gauche plutôt que de nous enfiler un repas dans l’ordre. 1997, J. Blanchette, Le Devoir, Montréal, 11 avril, p. B3. 

 (Dérivé, hapax). Placote n. f. Neige détrempée. (Saint-Pierre-de-Broughton, Beauce, 1971, dans PPQ 1240A). 

 (Dérivé, hapax). Placotis n. m. Glaçons sur la mer. (Rivière-au-Tonnerre, Saguenay, 1971, dans PPQ 1234). 

 RareClapotement.

[…] Bébé est peut-être encore plus charmant qu’à tout autre moment de la journée, quand il prend son bain. Son placoti [sic] dans l’eau claire est ravissant. 1940, La Gazette du Nord, Amos, 4 avril, p. 7.

Clapotis prononcé Placotis sur la Côte Nord, bruit qui résulte du mouvement brusque des vagues. Durant son enfance, de sa chambre, l’auteur dormait au son du « Placotis ». 1999, H.‑P. Boudreau, Dans la marmite du Nord Côtier, p. 36.

 (Dérivé, hapax). Placotement n. m. Syn. de clapotement (s.v. clapoter).

Assis à l’avant[,] nos deux sauvages ne s’amusaient guère du placotement de la lame autour de notre frèle embarcation et le froid de la peur s’ajoutant au froid du vent qui fraîchissait toujours, ils disparurent bientôt dans le collet de leur vêtement, leur servant d’abri en même temps qu’il leur cachait la scène menaçante du lac. 1863 env., J.‑X. Perrault, Exploration de Québec au Lac St. Jean, La Revue agricole, p. 45.

2

v. intr. Par anal., Fam. S’occuper de menues besognes, de différentes tâches ou de divers travaux manuels; travailler mollement sans se presser et sans nécessairement viser de résultat précis ou immédiat. 

 Flâner, errer, lambiner, perdre son temps. 

Placoter dans la maison, dans la cave, dans la cour. Placoter dans ses affaires. Placoter dans ses livres. Placoter dans le grille-pain pour le réparer.

 Rem.On rencontre également comme synonymes régionaux les verbes vernousser, surtout dans le Bas-du-Fleuve, et vernailler, dans la moitié ouest du Québec (voir PPQ 2268).

 bretter (sens 1 et 3).

 v. tr. (Généralement en tournure interrogative). Fam.Faire.

Qu’est-ce que tu viens placoter ici?

 Rem.En Acadie, relevé dans le sud-est du Nouveau-Brunswick (voir CormAcad). 

 bretter (sens 2).

– R. : C’est parce que ce sont des jeunes gens qui n’ont jamais rien fait, qui étaient toujours à la voirie comme ça; ça n’a jamais eu d’emploi sur rien. – Q. : Qu’est-ce que vous voulez dire quand vous dites qu’ils ont toujours été à la voirie? – R. : Je veux dire que c’est un jeune homme qui ne fait jamais rien et qui est toujours dans les coins de rues à différentes places où il s’amuse à placoter. – Q. : C’est un placoteux? – R. : D’après moi, je le crois. 1908, Québec, BAnQQ, fonds Cour supérieure (district judiciaire de Québec), 24 février, cause no 2411, preuve du défendeur, p. 3.

Dans le sanctuaire, le bedeau placotte. […] En ce moment, le bedeau aligne les candélabres sur l’autel. Des jeunes filles qui terminent leur chemin de Croix à la balustrade, l’appellent pour acheter un chapelet. Il n’aime pas qu’on le dérange. – « J’ai bien le temps, moi, de faire le commis ce soir! Prenez votre missel, cette nuit, vous aurez moins de distractions. » 1936, La Tribune, Sherbrooke, 24 décembre, p. 13.

– Mais vous vivez seul, ici? Qu’est-ce qui [sic] prend soin de vous? […] Et les repas? […] – Le matin et le soir, je me fais à manger moi-même. Et sais-tu que j’aime « placotter » dans ces affaires-là... Mais le midi, je vais au restaurant. 1957, La Tribune, Sherbrooke, 19 septembre, p. 6.

J’ai appris […] à faire des petits bateaux de bois […]. On fait des petits bateaux de bois le soir pis on placote avec ça. […] Avec des couteaux de poche on faisait des petits bateaux, on faisait des petits plans […], t’sé comme mon oncle c’est un charpentier […] on travaillait avec lui, on placotait avec lui […]. 1963, L’Isle-aux-Coudres (Charlevoix-Ouest), AFEUL, P. Perrault 165 (âge de l’informateur/informatrice : n. d.).

Jean-Jacques […] a profité de ses vacances estivales pour « placoter » autour de sa maison. 1974, À propos, Québec, 9 août, p. 11.

Celui qui en est à sa première expérience dans ce domaine [la réparation de petits outils électriques] ferait bien de pourvoir sa trousse de premiers soins (tournevis, graisse, pinceau mince pour nettoyage) d’une feuille de papier et d’un crayon pour prendre bonne note de l’emplacement de chacune des pièces qu’il démontera. L’amateur ferait bien également de s’abstenir de « placoter » dans le dédale de fils électriques. À chacun son métier et il n’y aura pas d’électrocuté! 1975, L. Thivierge, Le bricolage, p. 30.

– Inf[ormateur] : Quand j’ai tombé malade, le plus vieux [de mes garçons] avait 12-13 ans. – Enq[uêteur] : Il était trop jeune. Puis il n’a pas touché du tout à ça [la cordonnerie]? – Inf[ormateur] : Ah! il a bien placoté un peu, des fois quand je travaillais, il venait bien un peu. Ça, ils ont tous placoté un peu sus ça. […] Quand ils voulaient se servir d’une machine, je les laissais faire. 1975, Saint-Laurent (Montmorency 2), AFEUL, B. Genest et Fr. Dubé 1, p. 9 (âge de l’informateur/informatrice : n. d.). 

Mamou dit souvent d’eux que ce sont de grands enfants attardés. Ils perdent des soirées entières à compiler des statistiques, à placoter dans leurs ordis ou à vérifier à minuit le soir si Chose LaFève a obtenu ses trois cents verges par la passe. 1998, R. Saletti, Le Devoir, Montréal, 31 décembre, p. C8.

J’ai découvert une chose à matin, en placotant avec mes bouquets d’plumes, c’est qu’un homme porte toujours son pays su’ ses épaules aussi loin qui peut jamais aller. Un homme porte son pays dans sa besace, comme on porte une médaille, pour se rapprocher de soi-même ou du Bon Dieu. 2000, S. Rivière, Le limon des origines, p. 63.

3

v. intr. Fam.Parler beaucoup, de choses et d’autres, s’entretenir familièrement en prenant son temps. 

Placoter entre amis. Placoter au téléphone, autour d’un café. Ça placote dans la classe

 v. tr. indir. 

Placoter avec des amis, des voisins, des collègues. Placoter de musique, de météo.

  v. tr. dir.

Placoter + compl. sans article : discuter de. 

Placoter météo. Placoter littérature, musique, politique, économie

 (En parlant d’internautes). 

Placoter en direct, en ligne : clavarder familièrement. 

Placoter sur Internet.

 Rem.Répandu en Acadie (voir CormAcad). 

 clapoter (sens 3).

Je m’aperçois que, en parlant de ma fille, je fais comme elle, je « placote » et je « jargonne »… et je n’ai pas ses raisons pour me justifier de mon « bavardage »! Je ne suis pas fille, d’abord, et je suis assez vieux pour supposer qu’on ne « devinera » pas mon langage. 1919, Le Franc-Parleur, Québec, 27 juin, p. 8.

Après souper, les gars de la 57e [unité d’artillerie] qui n’ont pas de tâche commandée à remplir se réunissent pour « placoter » ou pour s’occuper à quelques passe-temps. 1942, Le Progrès du golfe, Rimouski, 10 juillet, p. 6.

Au fond, Sam Latour restait toujours comme humilié lorsque son commerce l’entraînait, par exemple, à laisser une belle discussion en plan pour aller dans l’arrière-cuisine réchauffer une tasse de café ou un bol de soupe. On eût dit qu’il s’était rendu propriétaire de l’établissement à la seule fin, ainsi qu’on le disait dans le quartier, d’y « placoter » à son aise. 1945, G. Roy, Bonheur d’occasion, p. 52.

Des chômeurs se réunissaient à Montréal, par petits groupes, dans des salles vacantes, pour jouer aux dames et pour placoter. Ils discutaient politique, bien entendu, critiquaient la Saint-Vincent-de-Paul, réformaient l’administration municipale et renversaient les gouvernements. 1961, R. Rumilly, Histoire de la province de Québec, vol. 33, p. 171.

Je sais que je ne suis pas du tout dans la saison pour placoter de natation puisque l’été est maintenant terminé. 1969, J. Nadeau, L’Éclaireur-Progrès, Saint-Georges-de-Beauce, 15 octobre, p. 29.

Un jour que je chante à Québec, c’est plus fort que moi, j’ai tellement pensé à elle, il faut absolument que j’appelle la jeune chanteuse […] avec qui j’avais jasé longuement, longuement… Je la rencontre, nous faisons ensemble un tour de l’Île d’Orléans, nous placotons de poésie et de chansons, elle me parle de ses spectacles […] et me dit toute son admiration pour mes disques qu’elle connaît par cœur. 1977, J.‑P. Filion, Les murs de Montréal, p. 416.

Mes parents attendaient que je m’endorme, le soir, pour « placoter » (c’était la façon qu’ils avaient trouvée pour m’expliquer ce qu’ils faisaient quand ils me demandaient de les laisser tranquilles). Ils devaient le faire discrètement parce que jamais leur placotage ne m’a réveillé. 1992, M. Tremblay, Douze coups de théâtre, p. 26.

Pas besoin d’habiter Westmount ou Baie-d’Urfé pour placoter défusion ces jours-ci. À Métis-sur-Mer, anciennement Metis Beach, une communauté de villégiature traditionnellement très anglophone, on veut se séparer des Boules, le petit village adjacent, pour ne pas dire siamois, avec lequel on partage un camion de pompier, un bureau de poste, une souffleuse et, depuis un an, un maire. 2003, La Presse, Montréal, 18 août, p. B 1 (légende de photo).

Ma grand-mère disait que le garage avait ouvert ses portes au bon moment. La famille Déziel flairait l’affaire et répondait à une demande. Outre les propriétaires des quatre automobiles à réparer, la grande majorité des gars du village, même les plus dépouillés de l’engin, fréquentaient les lieux pour placoter. Un repaire. En dehors des heures. Comme une cache de couche-tard. […] Des nuitées en longueur. Sur des chaises droites. Jusqu’à parler croche. 2005, F. Pellerin, Comme une odeur de muscles, p. 57.

Les lumières de la cuisine de service avaient diminué d’intensité et la hotte était éteinte. J’ai fait le tour des poubelles pour les vider. Le staff de cuisine placotait au bout du bar en buvant leur pinte de fin de shift. J’avais hâte de finir. 2016, S. Larue, Le plongeur, p. 152.

La vie de plusieurs est devenue virtuelle. Un peu vide en fait. La pandémie a évidemment aggravé la situation. Le mot virtuel n’a jamais été si souvent prononcé. On visite une école en virtuel, assiste à un spectacle en virtuel, travaille en virtuel, magasine en virtuel. On se [rencontre sur une application de visiophonie] et on placote sur [une autre application de visiophonie]! 2020, G. Lévesque, Le Canada français, Saint-Jean-sur-Richelieu, 12 novembre, p. B4.

[Une aînée] appelle sa fille par [une application de visiophonie], écrit à sa sœur sur [une application de messagerie], placote avec des amies retrouvées grâce à [un réseau social], suit des cours d’estime de soi sur [une application de visiophonie], écoute de la musique et commande son épicerie en ligne… 2021, Société Radio-Canada, ICI Radio-Canada (site Web), Ici Montréal-Est (nouvelle), 14 novembre.

 v. intr. (Par anal., en parlant d’animaux, surtout d’oiseaux). Fam.S’exprimer abondamment dans son propre langage. 

Un voilier d’oies sauvages eut le temps de traverser l’espace, placotant sans arrêt. Un écureuil, choqué sans doute par ce bruit inaccoutumé qui l’avait fait sursauter, se mit à son tour à crier furieusement du haut du tronc d’arbre qui lui servait de cache pour l’hiver. 1991, L. Tardif, Les Assoiffés, p. 82.

Dans sa cage, la perruche installée sur un perchoir « placote » devant un miroir. 1993, R. Bernatchez, La Presse, Montréal, 19 décembre, p. [C1]. 

Je suis allé sur les roches contempler les eiders qui placotaient et plongeaient en bas des crans et je les ai comptés. Quarante-huit petits et six adultes! Tu parles d’une garderie. Puis, j’ai entendu un VTT qui s’approchait. 1999, C. Gingras, Un été de Jade, p. 43.

J’ai envie de vent doux sur ma peau, je veux me rouler dans l’herbe fraîchement coupée, je veux marcher sous la pluie chaude et chantante, je veux assister à l’éclosion des fleurs elles-mêmes étonnées de sortir de terre. Je veux entendre les oiseaux placoter tout leur saoul. 2002, Fr. Ruel, Le Soleil, Québec, 4 mai, p. [H1]. 

On dit que les arbres et la glace craquent, que les buissons murmurent et que les animaux placotent. Quand la nature se déchaîne, le tonnerre gronde et la tornade fait un fracas. 2003, B. Arcand et S.  Bouchard, Les meilleurs lieux communs, peut-être, p. 239.

– Que ma vie est belle, siffle Milan aux oiseaux qui placotent autant que Monsieur Jacasson. 2003, B. Gauthier, Bienvenue en Balbucie, p. [46].

Tout à coup, j’entends des petits cris aigus qui parviennent du sommet d’un arbre. On dirait des oiseaux qui jasent. Mais oui, ce sont des Jaseurs des cèdres qui « placotent » en famille. 2006, P. Beaudoin, Le pèlerin intérieur, p. 103.

 v. tr. dir. (Notamment en tournure interrogative). Fam.Dire, raconter.

[…] Madame Chose placotte à sa voisine les derniers « exploits » de son fils. […] On ne compte plus ses méfaits dans le voisinage. 1947, Le Front ouvrier, Montréal, 30 août, p. 33.

Y sont parties, là! Placoter dans l’rang la bonne nouvelle! 1980, J.-M. Delisle, Un reel ben beau, ben triste, p. 87.

Qu’est-ce qu’elle peut être en train de placoter encore? Ah! elle doit bien être en train de parler de ses maladies. 1982, Saint-Vallier (Bellechasse), FTLFQ (enq.).

Pour se rendre utile et se faire encore plus accueillante, la femme à cheveux blancs lisses, mit sa main sous le coude de Marguerite et la conduisit en placotant des mots de bienvenue jusqu’à la porte entrouverte qu’elle poussa. 1985, A. Mathieu, La Sauvage, p. 261.

 v. pron. Fam.Parler entre soi; échanger. 

Il faut que je dise aussi un mot de ces longues marches dans nos bras dessus dessous, à se placoter des histoires, à appréhender des rêves, à ramasser des sentiments parce qu’on allait être des jours sans se voir et que ça paraissait de plus en plus long […]. 1976, V.-L. Beaulieu, Blanche forcée, p. [146].

[…] je suis un bout de femme à part entière qui accorde toute l’importance à la famille unie dans un décor agréable, qui accorde toute l’importance aussi à une bonne table, à des veillées à nous plaquotter au coin du feu. 1980, Le Courrier de Saint-Hyacinthe, 4 juin, p. A 7.

Une journée pour se rencontrer… pour se placoter… pour se serrer… pour s’aimer. 1981, La Feuille d’érable, Plessisville, 11 mars, p. A 3.

À sa première journée, la deuxième édition des régates de Gatineau a été marquée par un violent orage, qui a eu pour effet de retarder les séances de qualification. […] Pourtant, personne ne se plaint, on garde le sourire, bref, on prend ça « cool »; tout le monde se connaît et se placote, et on aperçoit fréquemment les pilotes eux-mêmes outils en mains, aidant leurs mécaniciens. 1994, P. Laguë, La Presse, Montréal, 3 juillet, p. 11 (cahier des sports).

 (Dérivés). Fam.Placot(t)e n. f. Bavardage; discussion. 

Une émission de placote à la télé. 

Rem. Aussi écrit placotte. 

 clapotage (s.v. clapoter, sens 3); placotage (sens 3); placoterie; placoting.

Je me demande encore si je dois en rire ou en pleurer. À l’occasion d’une Matinée Symphonique, je monte au balcon du Capitol. Il y a beaucoup de « bougeotte » dans ces lieux, beaucoup de « placotte » aussi. Au cours d’un concert, c’est déjà aussi étonnant qu’irrespectueux. 1963, Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 3 avril, p. 17 (lettre).

Pendant ces deux jours […], je remarque que dans nos placottes ce n’était plus les voisins de qui on parlait [sic], mais de l’éducation de nos enfants ainsi que du nouveau système d’éducation. 1971, Lyse Godin, Un événement de vie dans mon quartier, Prêtres et laïcs, décembre, p. 623.

[…] la Maison des Femmes est là pour vous. Entre autres activités : tous les mercredis, dès midi, il y a une super bonne soupe et des bien belles placotes. 1986, La Feuille d’érable, Plessisville, 2 décembre, p. 26.

L’univers de Chambres en ville en est un de placotage, comme dans tous les téléromans qui doivent raconter l’action plutôt que la vivre, cette opération coûtant trop cher à la télé. C’est assez réussi et la réalisation se tient. Mais la placote est plutôt intéressante cette année. L’auteur a établi un bon équilibre entre les grandes questions planétaires et les problèmes individuels. 1990, L. Cousineau, La Presse, Montréal, 26 septembre, p. C 5. 

Que de souvenirs! Que de gens sont passés ici! Que de baisers se sont donnés! Que de rencontres y ont été faites! Que de repas pris ensemble! Que de longues placottes échangées! 1995, J. Provencher, Un citadin à la campagne, p. 14.

Je l’ai rencontrée sur la route. Entre deux coups de pédale. […] Je repassais deux, trois fois la semaine […]. Dans les jours précédant son départ, on a étiré la placote, j’ai même pris un café […]! 1995, H. Monette, Unless, p. 89.

 Facilité de parole, loquacité.  

Avoir (de) la placot(t)e : être volubile.   

L’enfant [ayant un TDAH] […] est surnommé « la placotte » ou encore le « moulin à paroles » […]. 2007, A. Vincent, Mon cerveau a encore besoin de lunettes, p. 20.

Après avoir exercé différents métiers, Jean-Baptiste se découvre une vocation de vendeur. Il excelle, semble-t-il, dans l’art de la placote et n’a pas son pareil pour convaincre son prochain d’acheter ses produits. 2013, J. Lanctôt, Yves Michaud, p. 20.

Elle [une fillette] était enjouée, elle était présente, pis elle avait de la placote […]. Elle parlait toujours […], vous auriez pu avoir une conversation d’une heure avec elle. Elle était débrouillarde, aidante. 2017, Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 28 juillet, p. 3.

« La particularité avec mes associés, qui sont mes enfants, c’est qu’on a la placote facile. On négocie tout par la parole et les échanges restent toujours respectueux », raconte Gérard, le père des enfants. Carl, le principal gestionnaire de la ferme depuis 2003, ajoute : « Il peut y avoir des désaccords, mais des engueulades, jamais. » 2018, La Terre de chez nous, Longueuil, 22 août, p. 3. 

Justin a « la placote », comme il dit lui-même, lorsque nous le rencontrons avec ses parents, qui habitent dans une rue tranquille de Roxton Pond. « Il n’a pas de filtre lorsqu’il s’adresse aux gens », ajoute son papa. Ayant reçu un diagnostic de trouble du spectre de l’autisme, Justin a « un cœur immense », selon ses parents. 2023, La Voix de l’Est (site Web), Granby, actualités (actualités locales) 27 août.

 Litt.Placotis n. m. pl. Propos sans intérêt.

[O]n jasait autour de moi : « fais attention aux français [sic], ils sont terribles »… ou « tu m’écriras une carte postale au moins, » ou encore : « ma fille y est déjà [en Europe], tu pourrais la rencontrer ici ou là… »[,] etc.[,] des placotis très plats qui me voguaient entre les oreilles. 1973, S.‑J. Lefort, Sortie-Exit-Salida, p. 37. 

 Néol.Placot(t)oir n. m. En milieu urbain, espace public en bordure de rue qui consiste en une terrasse empiétant sur la chaussée, souvent agrémentée de verdure et aménagée pour permettre aux passants de s’asseoir, de se détendre et de socialiser. 

Placottoir urbain. Aménager, installer, mettre en place un placottoir.

Rem.Parfois écrit placot(t)oire.

En continuité avec la volonté de l’arrondissement d’animer l’espace public, les commerçants et les organismes pourront prochainement aménager des aires de détente et de rencontre sur le domaine public des rues commerciales : les placottoirs. À la différence des cafés-terrasses, ces aménagements sur chaussée seront ouverts à tous et la vente ou le service y seront interdits. 2014, Canada News Wire (français) [site Web], 3 juin. 

À temps pour le début de la saison estivale, les citoyens du Faubourg Saint-Jean auront accès à un espace public rafraîchi, en face de l’église Saint-Jean-Baptiste, ainsi qu’un autre, nouveau celui-là, près du cimetière Saint-Matthew. D’abord, le parvis de l’ex-lieu de culte connaîtra une seconde vie avec l’installation de modules permettant aux passants de relaxer, dans un environnement où fleurs et plantes seront à l’honneur. […] Plus à l’est, près du cimetière Saint-Matthew, un « placotoir » sera aménagé à partir d’une case de stationnement. Là aussi, il s’agira d’un espace agrémenté de verdure, avec des tables et des chaises. 2016, Le Soleil, 7 juin, p. 10. 

Dès cet été, les citoyens auront l’occasion de se réapproprier la rue Badeaux dans le centre-ville de Trois-Rivières. L’endroit, un peu glauque et négligé au fil des ans, promet d’être méconnaissable : des bancs, des bacs à fleurs, des œuvres d’art et beaucoup de couleurs vives occuperont bientôt une partie de ce tronçon. […] L’idée des placotoires urbains a germé dans le cadre du plan d’action stratégique mis en place par IDE Trois-Rivières afin d’attirer la population vers le centre-ville. 2017, M. Côté, L’Hebdo journal.com, Trois-Rivières, 19 avril, p. 6.

 Un vent de fraîcheur souffle sur Ville-Marie! Dans le cadre d’un projet pilote, trois placottoirs verront le jour cet été. En plus d’embellir nos quartiers, ces aménagements verdis vous invitent aux rencontres et à la détente au grand air pendant la belle saison. 2019Bulletin de l’arrondissement de Ville-Marie, vol. 10, no 2, p. 10.  

Donc j’ai testé les placotoirs de la Ville de Gatineau. Les quoi, dites-vous? Les placotoirs. Des endroits publics où il est possible de placoter entre citoyens. La municipalité a aménagé 4 placotoirs sur le bord de rues passantes, cet été. Histoire de tester le concept. 2019, P. Duquette, Le Droit, Ottawa-Gatineau, 20 juillet, p. 2. 

Comme les résidents [du quartier Saint-Sauveur de Québec] aiment se réunir, plusieurs places publiques ont été aménagées afin de créer des lieux de rencontre et d’échange dans un cadre urbain original : un îlot de fraîcheur au cœur du bitume, des bacs de jardinage, terrasses et « placottoirs » pour discuter, et le parc Victoria pour se dégourdir en famille ou entre amis. 2020, Office du tourisme de Québec, Québec/Ville et région, p. [190].

4

v. intr. et tr. ind. Fam.Parler de façon indiscrète, souvent médisante ou calomnieuse.

Passer son temps à placoter. Placoter de, sur qqn, qqch. Placoter contre qqn, dans le dos de qqn, sur le compte de qqn. Ça placote, ça fait placoter. 

 v. tr. dir. Fam.Raconter (qqch.) de façon indiscrète, colporter (une information, une rumeur). 

Il est allé placoter tout ce qu’il a entendu

Rem.Répandu en Acadie (voir CormAcad).

Y aurait rien qu’un moyen pour que j’m’décide à travailler pour toi, c’est que tu découvres qui placote contre moi. 1915, Le Canadien, Thetford Mines, 29 juillet, p. [6].

On prétendit que Mme Paquin n’était pas mariée, que sa fillette était illégitime, oh! un tas de choses comme les commères savent si bien en inventer dans les paroisses. Mais monsieur le curé mit ordre à cela; ce ne fut pas long. Il dit à tout le monde pendant sa visite paroissiale que Madame Paquin était une sainte femme et que ceux qui placotaient contre elle étaient de vilaines personnes. Les cancans arrêtèrent. 1926, A. Huot, La ceinture fléchée, p. 13.

Chacun sait ce qui se passe chez tout le monde. On sait si vous avez fait vos Pâques, ce que vous payez pour votre « bonne » ou votre lessive[,] votre chiffre d’affaires, le montant de votre revenu… […] On connait la somme de vos dettes, votre crédit en banque, etc.[,] etc... et on jase, on jase!... on placote puisque le mot est passé à l’usage, et qu’il dit si bien cette manie d’épier le prochain[,] de colporter tout ce qu’on sait, ce qu’on devine, ce qu’on imagine, ce qu’on invente! 1930, Journal de Waterloo, 11 avril, p. 7.

– L’avez-vous revu plus tard? – Oui, chez Marie-Louise. Grondin était là, Grondin a dit : « Le monde placotte, mais qu’il placotte, je resterai tant que je voudrai. » Marie-Louise a dit qu’elle garderait avec elle qui elle voudrait. 1938, Le Soleil, Québec, 11 novembre, p. 31.

– Damien : J’crois que j’vais aller boire du thé au village, l’Cyprien… chez une demoiselle qu’tu connais bin, l’Cyprien… Elle va savoir quelle espèce de malcommode que t’es, l’Cyprien. – Cyprien : Si vous avez l’malheur d’aller plaquoter1941, A. Brassard, La métairie Rancourt, 31 décembre, p. 2 (radio).

– En l’engageant comme chauffeur, ça l’aurait payé plus… Je la connais, elle fait pas ça par charité. – Arrête donc de placoter. A moins que t’aies vu quelque chose? – J’ai rien vu. – Casse-toi donc pas la tête avec des inventions. 1955, R. Ouvrard, La veuve, p. 30-31.

Berthe ne fut qu’un mois et demi à l’hôpital. Mais pour elle le plus difficile fut d’affronter les gens. Mon père et ma mère étaient pas mal découragés, car Berthe ne pouvait plus travailler pendant un an. Ce ne fut pas long que les bonnes femmes se mirent à placoter, et il est probable qu’il s’est dit bien des choses dans notre dos sans que nous en ayons eu connaissance. 1981, J.-Ph. Michaud, Kamouraska, de mémoire…, p. 180.

L’amour est aveugle, dit-on. Que la tendre moitié soit fleurie ou ridée, qu’il soit jeunet ou gris, l’amour a ses raisons, que la raison elle-même ignore. Mais les voisins eux, gardent les yeux bien ouverts. Et certaines amours les font jaser plus que d’autres, notamment quand madame a l’air d’avoir plus d’années à son actif que l’objet de son affection. Regard sur un phénomène qui fait placoter. 2002, S. Galipeau, La Presse, Montréal, 23 mars, p. [A25].

– […] Ça jase du nouveau qui est arrivé hier soir […]. – Tu me niaises? Voyons don’! Ils ont rien de mieux à faire? – Ben non, justement […]. C’est toutes des p’tites veuves qui vivent seules, qu’y arrivent à l’ouverture du bureau d’poste pis qu’y partent des rumeurs jusqu’à midi. Ça placote, ça placote, jusqu’à fermeture d’la place. 2012, G. Antil, Sur la 132, p. 167.

[…] je n’ai jamais été victime de sarcasme, jamais les gens n’ont eu un comportement inacceptable envers moi [une personne trans]. Je ne dis pas que les gens ne placotent pas dans mon dos, mais de toute façon, qui a déjà réussi à faire l’unanimité sur la terre? Alors je m’accepte comme je suis et je suis bien ainsi. Les autres, je m’en fous totalement! 2021, L’Express, Drummondville, 4 août, p. 4.

Histoire

Placoter est un mot régional peu répandu en France. D’après Wartburg, il s’agirait d’un dérivé du français plaquer « revêtir (un mur, etc.) de crépi, de mortier, d’enduit » (v. FEW m. néerl. placken 16, 626b et 628a). 

Étant donné la rareté de placoter dans les parlers de France, et compte tenu de son relatif isolement, du point de vue du sens, dans la famille de plaquer, il vaut sans doute mieux y voir le résultat d’une métathèse des [k] et [p] de clapoter, lequel se rattache à un radical onomatopéique (v. Few klapp 2, 733a; v. aussi GeoffrZigz 3, p. 62-63). Clapoter a lui-même connu en France des développements sémantiques comparables à ceux de placoter en français québécois (v. l’article clapoter*) et s’est imposé en français de référence dans le sens de « s’agiter, produire un bruit monotone (de l’eau) » (depuis 1832; v. FEW id.). La métathèse, tout à fait plausible par le jeu des seules lois phonétiques, a pu bien sûr être favorisée par des représentants de la famille de plaquer, de même que par des formes paronymiques de sens voisin comme pacoter « remuer l’eau avec ses mains » en Franche-Comté, ou encore flacoter « clapoter » et flagoter « id. », en Anjou et dans le Centre de la France (v. FEW pakk 7, 475b, et flak- 3, 598a; v. aussi l’article flacoter*). 

Le mot placoter, général au Québec et en Acadie, est attesté surtout en Champagne, dans l’Est de la France, région qui a peu participé au peuplement de la Nouvelle-France. On peut penser que le mot était plus largement répandu dans la moitié ouest de la France à l’époque de la colonisation. 

1Depuis 1844 (en emploi transitif). Héritage des parlers de France : a été relevé tel quel en champenois ainsi que, sous la variante piacoter, dans des parlers de la Bretagne française (v. FEW m. néerl. placken 16, 628a). Au sens de « clapoter » ou (par ext.) « faire un bruit rappelant celui de l’eau qui clapote », depuis 1963. Au sens de « tripoter la nourriture », depuis 1957 (Bélisle1). Cet emploi a sans doute été hérité de France; à rapprocher de placoter « manger lentement, avec peine », relevé dans un parler manceau (v. FEW id.). Placote « neige détrempée », depuis 1946 (J.-M. Laurence, dans Le Devoir, Montréal, 16 mars, p. [2] : [pour remplacer le mot slush], je suggérais flaquette ou placote). Placotis « glaçons sur la mer », depuis 1971. Placotement, depuis 1863 env. 2Depuis 1908. Probablement par analogie avec le sens 1. 3Depuis 1919. Héritage de France. A été relevé dans des parlers champenois (v. FEW id. : « bavarder »), plus particulièrement dans le département de l’Aisne (v. Société historique et archéologique (Château-Thierry, Aisne), Annales de la société historique et archéologique de Château-Thierry 1926‑1927, 1926, p. 122 : « bavarder »). L’association des idées de « patauger » et de « bavarder » est familière aux langues romanes (v. SainÉt 1, 224-230). Au sens de « s’exprimer abondamment dans son propre langage (en parlant d’oiseaux) », depuis 1971 (d’après PPQ 1470). Au sens de « dire, raconter », en emploi transitif direct, depuis 1927 (GeoffrZigz 3, p. 60 : « Placoter, pris figurément, est d’un usage si varié, présente un sens si élastique, qu’on l’emploie même transitivement au lieu de : dire, faire. C’est ainsi que, si l’on désire savoir ce que raconte quelqu’un, on demandera : “Qu’est-ce qu’il placote là?” »). En français québécois, on emploie d’ailleurs souvent des verbes intransitifs (placoter, jacasser, jaser, etc.) dans une tournure interrogative où l’on trouverait plutôt un verbe transitif (dire, raconter, etc.). Au sens de « parler entre soi », en emploi pronominal, depuis 1976. Placote, depuis 1963Placotis, depuis 1973. Placottoir, depuis 2014. Mot-valise formé à partir du verbe placoter (sens 3) et du nom trottoir. Innovation québécoise. Créé et utilisé à l’origine par l’administration municipale de la Ville de Montréal et ses arrondissements, ce terme a rapidement été adopté par les autres centres urbains du Québec. 4Depuis 1909 (Dionne : « parler à tort et à travers »). Héritage de France. A été relevé dans des parlers champenois (v. FEW id. : « médire »), plus particulièrement dans le département de l’Aisne (v. Société historique et archéologique (Château-Thierry, Aisne), ouvr. cité, p. 122 : « caqueter »).

 placotage; placoterie; placoteux; placoting.

Nouvelle entrée de la deuxième édition

Dernière révision : juillet 2025
Trésor de la langue française au Québec. (2025). Placoter. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 9 février 2026.
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