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PLACOTAGE [plakɔtaʒ]
n. m.

Rem.

Parfois écrit placottage ou (rare) plaquotage.

1

VieilliAction de barboter, de patauger (dans l’eau, la boue). 

Rem.Surtout relevé dans des répertoires du français québécois (Dionne, GPFC, Bélisle1‑3, DulCanad2). 

 clapotage (s.v. clapoter, sens 2); flacotage (s.v. flacoter, sens 2).

Les jours sombres de mars où la pluie vient appesantir la neige de la veille est d’une tristesse aux tristes effets sur le monde; le placotage de pattes dans l’eau, la glace liquide qui vous tombe dans le cou, le ciel couvert et noir qui semble vous menacer comme le plafond d’un appartement trop bas, tout semble conspirer pour vous renfrogner et vous mettre de mauvaise humeur. 1935, Le Quartier latin, Montréal, 7 mars, p. 4. 

 (Hapax). Clapotement. 

 placotement (sous placoter, sens 1).

Élise rêve d’après-midi passés à se gaver de lecture, engourdie de soleil sur une plage de galets… avec, tout près, le placotage des vagues et des goélands. 1985, D. Turcotte, Les os de l’Anse-aux-Mouques, p. 60‑61.

2

VieuxOuvrage fait sans méthode, sans résultat; flânerie, musarderie. 

Rem.Relevé uniquement dans des sources métalinguistiques (Dionne, GeoffrZigz 3, p. 60).

3

Fam.Action de parler beaucoup, de choses et d’autres, de s’entretenir familièrement en prenant son temps; ensemble de propos abondants, souvent légers, futiles, oiseux. 

Placotage au téléphone, en classe

 Verbiage, bavardage inutile, agaçant; discussions interminables, débats stériles. 

Séances, sessions, réunions de placotage, au cours desquelles on échange beaucoup, sans grands résultats. Arrêtez votre placotage! 

 clapotage (s.v. clapoter, sens 3); placote (s.v. placoter, sens 3); placoterie; placoting.

Écoutez papoter ces jeunes dames au 5 o’clock, en soirée, […] partout où les entraînent l’oisiveté et le « placotage » (pour parler québécois). Quel baguenaudage insipide! Elles minaudent et se pâment à qui mieux mieux sur le dernier scandale à la mode. 1917, Le Pays, Montréal, 17 mars, p. 3.

À quoi servent nos congrès? Ils ne sont certes pas organisés dans le but de procurer à nos membres l’occasion de faire un petit voyage, encore qu’un voyage à Chicoutimi, au début des vacances, soit loin d’être sans agrément, et qu’il ne soit nullement défendu d’y prendre plaisir. […] Vous voyez, Mesdemoiselles, que nos congrès ne sont pas inutiles. Et ceux qui seraient tentés de les prendre pour des assemblées de « placotage » (passez-moi l’expression) devront ouvrir les yeux et reconnaître que si les institutrices parlent, elles ne le font ni pour rien, ni pour ne rien dire. 1940, Le Progrès du Saguenay, Chicoutimi, 6 juin, p. 6.

[Une compagnie de télécommunications] donne du fil à retordre à ses abonnés. Et la compagnie sait trop bien que les Canadiens sont tellement bavards au téléphone qu’ils ne boycotteront jamais ce très cher instrument de placotage. Parler devient de plus en plus un luxe. C’est bien vrai que la parole est d’argent, pour la compagnie en tout cas. 1974, La Tribune, Sherbrooke, 17 août, p. 4.

Il n’y avait, dans le café, que des hommes qui la regardèrent longuement quand ils entrèrent. […] L’odeur du café pénétrait Maryse qui eut soudain l’impression d’être soûle. Réconfortée! La folie du printemps pouvait l’envahir à nouveau; elle n’était plus sur la défensive car les hommes étaient retournés à leurs placotages d’hommes. Ils parlaient italien et parfois une expression anglaise ressortait curieusement du flot de leurs paroles. 1983, Fr. Noël, Maryse, p. 136‑137.

Patrick est venu et comme cela fait presque un an qu’Adélaïde ne l’a pas vu, ils ont un sérieux « rattrapage de placotage » à faire. Patrick a terminé ses études et enseigne sans enthousiasme dans un collège pour garçons une histoire de l’art qui ne le passionne pas vraiment. 2001, M. Laberge, Le goût du bonheur, t. 3, p. 137.

Jacqueline a choisi le banc près de la fenêtre, moi celui près des plantes. Assises l’une en face de l’autre, nous nous berçons, chacune à son rythme, et retrouvons spontanément nos soirées de placotage, nos secrets partagés, nos confidences. 2010, M. Claudais, Un jour la jument va parler…, p. 479.

Votre point de vue : vous aimez créer des liens avec vos collègues sur votre lieu de travail, ça facilite les rapports et ça crée une complicité professionnelle qui vous aide énormément dans vos fonctions et rend plus agréable votre présence au bureau. Point de vue de l’employeur : vous aimez le « placotage » inutile. […] Entre collègues, vous devez collaborer, pas jaser. 2011, B. Paquin, Les secrets du bonheur au travail, p. 63.

Même si l’épicerie est un lieu banal pour plusieurs, pour les habitants du village de Saint-Thomas-Didyme, c’est beaucoup plus. Les Didymiens n’avaient pas d’autre lieu pour se réunir, alors qu’il n’y a pas de restaurant ou de centre commercial dans le village. « C’était l’endroit pour se procurer un bon café, prendre un petit-déjeuner et faire son placotage », a admis [une] dame. 2018, Le Quotidien (site Web), Saguenay, actualités, 26 août.

[La présidente du conseil d’administration] espère que les membres [du Cercle des Fermières de Plessisville] auront à nouveau le plaisir de se réunir en 2021 à leur local du centre communautaire qui a été fermé en mars dernier. « […] nous avons toutes bien hâte de nous revoir et de retourner à notre local pour le tissage, la broderie, la couture, le tricot, le bricolage et, bien sûr, le placotage, nous en aurons beaucoup à rattraper », conclut-elle. 2020L’Avenir de l’Érable, Victoriaville, 2 décembre, p. 5.

 RareCris d’oiseaux.

[…] au poulailler, il y a un placotage du diable! Vous n’avez jamais vu de poules si affairées, ni de coq plus fier que lui. 1939, F. Gaudet-Smet, Au revoir!, Paysana, Drummondville, août, p. 7.

 RareClavardage.

La rage dans le cyberespace, ces temps-ci, ce sont les « chats » ou, si vous préférez, l’Internet Relay Chat (IRC), ces salons de « bavardage », comme l’a traduit l’Office de la langue française. Après quelques semaines d’observation, de « placotage », d’échanges avec les internautes, je constate que ce service Internet fait les belles heures ou les belles soirées des internautes (surtout ceux de moins de 30 ans) qui voient le mégaréseau comme un lieu de rencontres virtuelles où se divertir avec des gens de partout dans le monde. 1996, Y. Bernier, Le Soleil, Québec, 1er septembre, p. B5. 

Le Web, c’est un peu comme une vaste bibliothèque. Un endroit où l’on peut obtenir de l’information sur à peu près tous les sujets imaginables, en solitaire et en silence. [Un logiciel] introduit le « placotage » dans la bibliothèque… En effet, ce logiciel vous permet de bavarder – par clavier interposé – avec tous les internautes se trouvant en même temps que vous sur un site Web […]. 1999, Affaires +, Saint-Laurent, octobre, p. 92. 

Attention, les Belges, fini le placotage coquin sur Internet. Ou en tout cas, soyez prêts à en subir les conséquences. Maintenant, la participation d’un conjoint à des forums érotiques en ligne constitue un « motif valable » pour demander le divorce, indique une dépêche […]. 2005, La Presse, Montréal, 29 septembre, p. 2.

 (Locution). Région.(surtout Saguenay–Lac-Saint-Jean). Mettre, remettre son placotage à jour, à date : se communiquer les dernières nouvelles, se raconter les plus récents potins. 

Vous savez ce que c’est : rencontre un chum, une connaissance, une poignée de main, une gorgée de bière et vous voilà partis pour une ronde dont vous ne voyez plus la fin. […] Après quelques heures passées à mettre mon placottage à date[,] il fallait rentrer à la maison (lire bureau). 1980, Cl. Lussier, Le Quotidien du Saguenay–Lac-Saint-Jean, 28 août, p. [1].

J’ai perdu des amis. Auparavant, à l’occasion des 5 à 7, on avait l’occasion de prendre une petite bièrette ensemble, histoire de mettre notre placotage à jour. On parlait d’actualité, de sport, de nos blondes, des enfants et du travail. Bref, on s’amusait à régler le sort du monde derrière une bière. 1998, R. Blackburn, Le Quotidien, Chicoutimi, 15 juillet, p. 12.

L’occasion était belle, pour plusieurs fondeurs, de « mettre leur placottage à date », comme le veut l’expression, lors du brunch d’ouverture du club de ski de fond Dorval d’Alma, la semaine dernière. 1999, P. Fellice, Le Progrès-dimanche, 19 décembre, p. A72.

Ma sœur Édith venait en Floride chaque hiver. Au début, elle demeurait chez mes parents, et […] elle partageait mon lit. J’aimais bien ce temps où nous remettions notre placotage à jour. Nous nous rappelions des souvenirs communs. Quel bon temps entre deux sœurs! 2010, S. Bouchard, Quand une porte se ferme, une fenêtre s’ouvre, p. 318.

Tous les gens de Shédiac venaient mettre leur placotage à jour au Snack Bar à Dalia. 2011, M.‑R. Marcoux, Fannie Baby, p. 4. 

Le 500 est ce jeu de cartes que tout le monde semble aimer ici [région de Charlevoix]. Oubliez la gentille Dame de pique ayant bercé mon enfance saguenéenne et qui permet de jouer tout en mettant son placotage de l’année à jour et de s’intéresser au contenu de la bonbonnière de chocolat. Non, ici les cartes, c’est du sérieux! 2019, B. Lavoie, Le Charlevoisien, Baie-Saint-Paul, 11 décembre, p. 14.

 (Variante; hapax) Placotinage n. m.

En fin de matinée, le FM […] diffuse un aimable placotinage […]. L’idée, c’est mettre une célébrité en valeur en lui posant des questions flatteuses. 2003, D. Fessou, Le Soleil, Québec, 25 avril, p. B2.

4

Fam.Action de parler de façon indiscrète, médisante, voire calomnieuse, de colporter des rumeurs; ensemble de propos ainsi exprimés, commérage. 

Faire du placotage. Placotage de (bonnes) femmes.

 placoting.

Je vous dois en outre ce témoignage que vos lettres sont beaucoup mieux écrites, […] ce qui permet de dire que vous avez acquis du procédé, des ressources de style dont vous étiez dépourvu il y a huit mois. Vos lettres sont aussi plus solides et mieux nourries; vous y brassez des idées au lieu de jongler avec les mots; vous m’écrivez maintenant, et depuis quelques mois déjà, comme on cause, entre amis qui ont horreur du « placotage » et de la médisance. 1916, F. Saint-Jacques [pseud. de l’abbé Victorin Germain], Lettres à Claude, p. 161.

– Je dis ce que je dis et ne dis que ce que je sais. – Et tu sais quoi? – C’est pas mon habitude de « placoter ». – Quand on commence un « placotage » de ce calibre, on n’a pas le droit d’en rester aux sous-entendus. Allez, qu’est-ce que tu sais de Paulette? 1942, C. Richard, Le pavillon sur la colline, La Revue moderne, Montréal, juillet, p. 15.

La première fois que Norbert m’a amenée chez nous, pour les convenances, je l’ai envoyé loger, le soir, chez Armandine. Tu comprends, les senteux de gens de la campagne, s’ils en avaient un prétexte à placotage! Après la cinquième visite, ils voulaient tous savoir si nous étions à la veille de nous marier! Ça fait huit ans que tout le monde me demande : « Quand est-ce que tu te maries? » 1950, Fr. Gaudet-Smet, Racines, p. 64.

Notre péché mignon à nous, Canadiens-français, c’est ce qu’on appelle couramment, dans le Québec, « le placottage ». On passe son temps à rapporter à tort et à travers tout ce que l’on entend dire, montant ainsi les gens les uns contre les autres. […] Les « placotteurs » et les « placotteuses » sont de bien bons catholiques qui ne manqueraient pas la messe, le dimanche, pour rien au monde. 1950, Le Clairon, Saint-Hyacinthe, 3 mars, p. 3.

Qui, au cours de son existence, n’a pas été victime des mauvaises langues, des commérages et du placottage. […] Pour se donner une certaine importance, une allure de « Tit-Jos Connaissant », on affirmera avec grands gestes à l’appui que Monsieur Untel s’est enrichi de façon pas trop orthodoxe et que Madame Chose a été vue en compagnie d’un homme qui n’était pas celui à qui elle avait juré fidélité au pied de l’autel. Et presque toujours, ces nouvelles sont fausses sur toute la ligne. 1965, L’Écho de Louiseville, 6 mai, p. [2].

Le « placotage » est un bien précieux du patrimoine québécois, fruit de nos longs hivers blancs, propices à broyer du noir et à manger du prochain. Il est une sorte de provision de bouche, plus venimeux que le simple commérage, plein de sel, de vinaigre, d’épices et de fiel. Le placotage, c’est le racontar sur la moralité des absents et que pratiquent avec virtuosité tous les troubadours de petits comités. 1978, A. Brie, Le mot du silencieux, p. 185.

Ma mère avait cessé de se préoccuper de mon sort depuis que ma tante Omérine avait sombré dans la dépression. Sa maladie alimentait les conversations familiales, les tantes étant visiblement inquiètes qu’une d’entre elles ait basculé dans la folie. […] Ma mère n’appréciait guère ces placotages car elle aurait préféré taire le drame. 1999, D. Bombardier, Aimez-moi les uns les autres, p. 106.

Babine ne venait presquement plus au village. De rumeurs en placotages, puis de langues sales en mauvaises intentions, à force de se crinquer, la paroisse en vint même à se mettre d’accord pour punir Babine. – C’est un homme dangereux! [/] – Il porte attente au repos éternel! 2001, F. Pellerin, Dans mon village, il y a belle Lurette, p. 59.

Début des années 2000, le père de Michel a quitté sa femme et a annoncé à sa famille qu’il était homosexuel. Dans le placotage des cours arrière, il est rapidement devenu la risée du quartier à cause de cette révélation. 2024, J.‑P. Pleau, Rue Duplessis, 52.

Histoire

Innovation du français québécois. Dérivé de placoter, suff. -age.

1.Depuis 1909 (Dionne). De placoter (sens 1). 2.Depuis 1909 (Dionne). De placoter (sens 2). 3.Depuis 1914 (Blanch1 : « bavardage »). De placoter (sens 3). Au sens de « cris d’oiseaux », depuis 1939. Au sens de « clavardage », depuis 1996. Mettre son placotage à jour, à date, depuis 1980. 4.Depuis 1909 (Dionne : « racontars ridicules »). De placoter (sens 4).

Nouvelle entrée de la deuxième édition

Dernière révision : décembre 2025
Trésor de la langue française au Québec. (2025). Placotage. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 21 avril 2026.
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