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PISSER [pise]
v. intr.

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VieilliEnvoyer (qqn) pisser, vieuxenvoyer (qqn) pisser à (sur) la gelée : l’envoyer paître, l’envoyer au diable.

 Va pisser (sur la gelée) : va au diable.

Rem.Relevé surtout dans des glossaires (GPFC : envoyer pisser, envoyer pisser à la gelée; Bélisle1‑2 : envoyer pisser).

 envoyer quelqu’un aux beans (s.v. bean).

Neuvième question : pourquoi avoir laissé de côté tant d’auteurs qui ont souvent plus d’importance que ceux qu’on y trouve? […] Pourquoi ont-il été omis? […] Victor-Lévy Beaulieu, Jean-Marie Poupart, Paul Villeneuve, Pierre Turgeon, Jean-Louis Major, Eugène Roberto, Roger LeMoyne, vous pouvez aller pisser sur la gelée en attendant d’avoir l’honneur du dictionnaire de M. Barbeau. 1975, A. Thério, Des choses à dire : journal littéraire 1973‑1974, p. 139.

(Variantes). Va pisser au large, va pisser une bolt (« boulon »)! (LapMam 32).

 (Composés). VieilliPisse‑en‑lit, pissenlit ou pisse‑au‑lit n. m. Enfant qui mouille son lit.

Rem.Pissenlit était répandu sur l’ensemble du territoire du Québec au tournant des années 1970 ː pisse-au-lit a été relevé une quinzaine de fois, surtout sur la rive sud du Saint-Laurent, entre Nicolet et L’Islet, et au Saguenay–Lac-Saint-Jean (voir PPQ 1848 et Lavoie 2715).

 pisseux, pisseuse (sens I.1); pissou (sens 1).

 (Dans un surnom).

Fils d’un père violent, alcoolique et narcomane, [un bénévole] a été méprisé, malmené, humilié au point où il s’est crû [sic] responsable de la discorde familiale. Il étouffait, suffoquait, voulait mourir. Il a même mouillé son lit jusqu’à 18 ans, ce qui lui a valu le joli surnom de « Pisse-au-lit ». 2005, A. Bouchard, Le Soleil, Québec, 3 avril, p. B3.

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Fam.Pisser dans ses culottes : avoir très peur.

Rem.1. A été relevé dans une vingtaine de localités dans la partie ouest du Québec, à partir de Sainte-Anne-de-la-Pérade, au début des années 1970 (voir PPQ 2256B; voir aussi BeauchQuéb 87). 2. En français de référence, on trouve pisser de peur (voir TLF, Robert 1985); on dit aussi pisser dans sa culotte, mais en parlant du fait de rire (id.).

Si les Anglais décidaient d’nous déporter, nous autres aussi? On peut pas les laisser gagner, c’est pas possible! Avec le p’tit nombre qu’on est, on maintient des postes de traite jusqu’en Louisiane. Ça prend une race de pas-peureux pour faire ça en d’sous du nez des colonies anglaises! Si y nous battent, y vont nous enlever nos fusils d’chasse pis on va faire une race de peureux; on va pisser dans nos culottes quand y vont nous parler dans leur langue qu’on comprend pas! 1978, U. Maurice, L’anse à la lanterne, p. 224.

Il savait que Marc voulait exploser mais que, s’il le faisait, il risquait d’aller trop loin, trop fort et de le regretter le reste de sa vie. Tout ça à cause de la règle non écrite voulant qu’un homme est supposé être un homme et ne pas pisser dans ses culottes face à la mort. 1998, J. Jacob, Lili Rimbaud, p. 231.

– Jos, lança l’un des hommes, tu sais que les Shiners jouent du couteau… C’est‑y pas vrai? – Toé, tu joues ben d’la hache, répondit Montferrand, assez ben pour qu’y pissent dans leurs culottes! 2008, P. E. Ohl, Montferrand, t. 2, p. 226.

Dans dix minutes, tout ce que Daniel verra sur son ordinateur, ce sera un Bégin terrifié, attaché sur une chaise, qui se fera livrer un avertissement par des hommes masqués, et ce sera tout. Ou alors, on obligera Bégin, sous la menace, à renoncer à tous ses contrats. Ou quelque chose du genre. Daniel rigolera, jouira du spectacle de son rival pissant dans ses culottes, mais ça n’ira pas plus loin. 2009, P. Senécal, Hell.com, p. 311.

Depuis deux ou trois ans, comme vous avez pu le constater, on parle de plus en plus souvent de refaire le pont Champlain parce qu’il se dégrade. Il est encore sécuritaire, mais il se dégrade. Et, tôt ou tard, on n’aura pas le choix : il faudra le reconstruire. […] Ottawa devra bien se rendre à l’évidence : il nous faut un pont! La seule idée d’être au pouvoir le jour où il s’écroulerait en pleine heure de pointe a de quoi faire pisser dans ses culottes n’importe quel politicien! 2016, Y. Beauchemin, Les Empocheurs, p. 186‑187.

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Fam.Pisser, pisser dans ses culottes ou vieillipisser dans le violon : faire preuve de lâcheté, reculer devant un ou une adversaire, une difficulté; renoncer à une entreprise.

Et Zéphirin montra le poing à Narcisse, qui de son côté sentait la rage déborder. – Fais pas [de] bêtises, répondit Narcisse. – Ah! tu pisses, reprit le bedeau d’un ton dédaigneux.  Tu crés? Alors, viens derrière la grange et j’men vas t’montrer ce que c’est qu’un Canayen qui a du poil au pattes. 1904, R. Girard, Marie Calumet, p. 198.

Allons, bon, voilà ce brave Bourassa qui recule. Il pisse dans ses culotte [sic], dirait un électeur de la campagne. 1911, Le Canard, Montréal, p. 8.

Si dès le début Bertrand s’était montré ferme au lieu de pisser dans ses culottes, Trudeau aurait peut-être hésité à passer sur le dos de la province pour favoriser ses visées centralisatrices […]. 1969, Le Clairon Saint-Hyacinthe, 3 septembre, p. 20.

Édouard, insulté : Le vieux! M’a t’en faire toé mon p’tit morveux. Té l’premier, pi l’dernier qui m’appelle de même su ’a job. J’ai peut-être pas ton âge, mais t’apprendras que j’me tiens encore debout, j’fais ma job, pi j’veux rien savoir. Armand : C’est ben, fais-la ta p’tite job, continue à t’laisser monter su l’dos, pisse dans tes culottes, Picasso, té dans ta période jaune… 1976, A. Simard, Cinq pièces en un acte, p. 22.

Je sais pertinemment que ce que je me permets de critiquer et de dénoncer, de même que les correctifs suggérés ne sont pas rentables politiquement parlant, et que c’est là une des raisons qui a fait et qui continue de faire que nos gouvernants « pissent dans le violon » régulièrement et plient sous les pressions des milieux organisés, pour la seule et bonne raison qu’ils recherchent finalement des votes pour se maintenir au pouvoir ou pour l’acquérir s’ils ne l’ont pas. 1979, Y. Drouin, Ch’tanné de m’faire manger l’Q par les mites…, p. 30.

Candide, Cabert et Canelle Lafrimousse étaient bien connus au village de l’Anse-aux-Canards et dans les environs comme des gorlots qui n’avaient pas coutume de pisser dans l’violon et de chier sul’bacul, beau temps mauvais temps. En d’autres termes, ils n’avaient pas frette aux yeux. 1989, S. Rivière, La s’maine des quat’jeudis, p. 55.

Le jour même de l’arrivée de Louise, j’ai pris mon courage à deux mains. À deux mains, c’est un peu exagéré, je l’admets; j’ai pissé dans mes culottes. Sans rire. Pour de vrai. […] J’ai pris mon courage à deux mains et j’ai tout raconté à Sylvie. 1996, A. Lanctôt, Felquiste sans mon consentement ou la loi du silence, p. 108.

[…] à l’OTAN, la France et la Belgique ont opposé un veto à la demande des États-Unis et de la Turquie pour examiner des mesures visant à protéger la Turquie d’éventuelles frappes irakiennes. L’Allemagne, la Russie et la Chine ont approuvé ce veto. Le Canada dans tout ça? Il pisse dans ses culottes. 2003, R. Morin Rossignol, L’Acadie Nouvelle, Caraquet, 12 février, p. 13.

Je relis le plan. Plausible. Un peu tiré par les cheveux, mais pas si pire. Rapide dans le temps aussi. Une seule journée pour tout mettre au point. Un point d’interrogation : Tristan. Sera-t-il à la hauteur? Va-t-il pisser dans ses culottes le moment venu de piquer les clés? 2013, D. Brouillette, Bienvenue dans la chnoute, p. 67.

Tu n’es pas au bout de tes peines, Fiston! Le primaire, c’est la place ou tu vas commencer à manger des coups de pied dans les gosses, à te battre et à te faire un nom. Si tu as à pisser dans tes culottes, c’est au primaire que ça va se faire. 2015, J. Roberge, Fiston, p. 45.

VieilliPisser fin. Être intimidé. (GPFC).

(Manitoba) Il l’a accotté au mur pis y a dit d’faire des excuses. Ben, j’te dis que l’autre pissait fin, y’en a bégayé une coche. 1976, R. Légal et P. Ruest, Le pensionnaire, p. 109.

 Être honteux, filer doux.

Une personne qui est honteux [sic], qui essaie de passer inaperçue, qui a fait quelque chose puis qui est honteux. Ah! il pisse fin, lui-là! Il a peur, il est craintif. 1980, Trois-Pistoles (Rivière-du-Loup), Fichier lexical du Trésor de la langue française au Québec (enq.).

 Être bien élevé, distingué.

Cette fille-là, elle pisse fin comme une maîtresse d’école. 1975, Témiscamingue, Fichier lexical du Trésor de la langue française au Québec (enq.).

 Pisse-fin adj. Timide (LapMots).

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Fam.Pisser dans ses culottes : se tordre de rire.

Drôle à pisser dans ses culottes.

Rem.En français de référence, on trouve rire à pisser dans sa culotte (voir PRobert 2019).

Le Gros Manitou, pour la circonstance, s’était fait placer un fauteuil touchant la scène et les 2 mains sur sa bédaine, il écoutait atentivement [sic] le programme qui se déroulait, tout en toussant quelquefois et riant à ne plus voir clair, ses deux bajoues lui fermant les veux. Les comiques vont le faire pis[ser]… dans ses culottes, fait un poilu [« soldat »]. 1920, Le Canard, Montréal, 16 mai, p. 13.

Se tordre de rire ou rire à mort, c’est sans doute ce qu’ils [un groupe d’humoristes] veulent. Mais ils se contentent que certains en pissent dans leurs culottes (de rire) ou que d’autres aient la gorge déployée. 1971, Le Droit, Ottawa, 14 mai, p. 22.

Quand à l’a dit : « C’est cette saveur que je cherchais! » j’ai quasiment pissé dans mes culottes. Maudite folle! A s’est assis à côté de moé pis on a ri pendant cinq bonnes menutes [= minutes], j’pense. 1973, M. Tremblay, C’t’à ton tour, Laura Cadieux, p. 22.

Marcel est mort de rire.  Marcel : Tu vas me faire pisser dans mes culottes1974, J. Barbeau, La coupe Stainless, p. 30.

Du côté de nos valeurs sûres, [un humoriste], qui fait un excellent animateur, est décidément un comique de party de famille du Lac Saint-Jean, le genre capable de nous faire « pisser » dans nos culottes, pour rester dans le ton qu’il emprunte lui-même. 1992, J. Lepage, La Presse, Montréal, 3 août, p. B4.

Le numéro de Rousseau, du bouffon en vélo qui frappe un mur de briques, est à mourir de rire. Son numéro de prime de départ à 450000 $ est à pisser dans ses culottes. Et que dire de son numéro « C’est pas notre faute, c’est la faute au marché »? À se rouler par terre, à se taper sur les cuisses. 2013, P. Falardeau, Résistance, p. 161.

Hier, mon confrère […] a écrit que la présence de ces policiers lui a complètement enlevé le goût de rire. Personnellement, rien ne m’aurait empêché de rigoler. Pourquoi? Parce que le spectacle [d’un humoriste québécois] est à pisser dans ses culottes. Un des spectacles les plus drôles – et les plus courageux  que j’ai vus depuis fort longtemps. 2017, R. Martineau, Le Journal de Québec (site Web), opinions, 9 novembre.

À défaut de briser la vision romantique que vous vous faites peut-être d’une salle de rédaction, la nôtre est remplie de gens sérieux… qui ne se prennent pas du tout au sérieux. […] Et souvent, ça se relance en empruntant tous les styles d’humour disponibles : humour absurde, parodie, mots d’esprit, ironie, humour noir, voire scatologique ou encore des tournures de phrases faisant allusion à la sexualité. Faut se dire les vraies affaires : une bonne blague de caca bien placée peut en faire pisser plusieurs dans leurs culottes! Et pas que les enfants. 2018, I. Gaboriault, La Voix de l’Est, Granby, 23 octobre, p. 7.

Histoire

1Depuis 1918 (CF 1/1, p. 71 : envoyer pisser à la gelée). Expression d’origine française. Envoyer quelqu’un pisser figure dans des dictionnaires français des XIXe et XXe siècles (v. Larousse 1866 : « Envoyer quelqu’un pisser, lui marquer qu’il ennuie, qu’il obsède; se débarrasser avec brusquerie de sa présence », DelArg 1896 « envoyer promener » et Quillet 1937‑1974 « id. »). Pisse‑en‑lit, pissenlit ou pisse‑au‑lit, depuis 1888 (v. Ch. Baillairgé, Nouveau dictionnaire français : système « éducationnel », p. 426 : Pissenlit (enfant)). Pissenlit en parlant d’un enfant est attesté dans le français de référence depuis Oudin 1660 jusqu’à récemment (Fur 1690 : « pissenlit, est aussi une injure que les enfans se disent les uns aux autres, quand ils ont pissé au lit »; figure dans Littré, Larousse 1866, DG ainsi que dans Quillet 1937‑1974); pisse‑au‑lit (et variantes de prononciation) a été relevé en Picardie, dans les Ardennes et en Suisse (v. FEW *pissiare 8, 591a). 2Depuis 1918 (CF 1/1, p. 71). Découle de pisser de peur, attesté en français depuis 1640 (v. FEW id., 587b; TLF, Robert 1985). À rapprocher également de faire (caca) dans sa culotte, de même sens, attesté en français depuis 1745 (v. DDL 2/38, s.v. culotte). Pisser dans ses culottes au sens propre est attesté au Québec depuis 1778 (La Gazette de Québec, 1er janvier, p. 3). 3Depuis 1880 (Dunn); v. aussi Clapin : « Montrer de la couardise. Reculer, céder devant un adversaire […]. On dit aussi, dans ce sens, pisser dans ses culottes ». Relevé également en Louisiane (v. DitchyLouis 166 : pisser). Dérive du sens précédent. Ce sémantisme est déjà perceptible dans l’expression du français de référence pisser à l’anglaise « disparaître, s’en aller sans prévenir (généralement pour éviter des désagréments) », aujourd’hui vieillie, remplacée par filer à l’anglaise (v. TLF, s.v. pisser, sens A.1; Robert 1985, s.v. anglais, sens 4, qui la relève chez Zola). Pisser fin, depuis 1909 (Dionne). 4Depuis 1920. L’expression pisser dans ses culottes « se tordre de rire » n’est pas attestée dans les grands dictionnaires français consultés, mais a été relevée telle quelle dans ce sens chez certains auteurs francophones (v. p. ex. J. Anglade, Gens d’Auvergne, 1992, p. 1353 : Puis ils éclatent de rire une seconde fois, se tordent de rire, se roulent par terre, pissent dans leurs culottes; A. Kingué, Pour que ton ombre murmure encore…, 1999, p. [24] : Tout le monde éclate de rire, on en pleure, on en pisse dans nos culottes). À rattacher aux locutions suivantes du français de référence : pisser de rire et rire à en pisser dans sa culotte (Robert 1985), se pisser dessus de rire, ou rire à se pisser dessus (ou dessous) « rire aux larmes » (cette dernière étant attestée depuis 1836; v. BernQuot2, s.v. pisser).

 pisse-minute; pissette; pisseux, pisseuse; pissou.

Dernière révision : novembre 2023
Trésor de la langue française au Québec. (2023). Pisser. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 20 février 2024.
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