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PEANUT ou  PINOTTE [pinɔt]
n. f.

Rem.

Variante graphique : (notamment dans les glossaires) pea-nut.

I

Fam.

1

Syn. de arachide.

2017, Anonyme, Arachides (« peanuts ») en écales [photo], CC0, Pxhere. https://pxhere.com/fr/photo/793748

Peanuts salées. Peanuts en écales. Sac, paquet de peanuts. Manger des peanuts. S’acheter des peanuts. Donner des peanuts à (qqn, un animal).

Au coin de la 107me rue [à New York], il avise un éventaire de marchand de peanuts et se paie la fantaisie d’un cornet de cette friandise aussi indigeste que yankee. 1879, Le Nouvelliste, Québec, 28 février, p. 3.

Un brave citoyen, de passage au Jardin Zoologique, s’était approché de la cage des ours blancs; les croyant inoffensifs, il s’amusait à leur offrir des « peanuts », en passant son bras à travers les barreaux de la cage en fer solide. 1945, L. Alain, Le guide du trappeur et la vie du coureur des bois, 5e éd., p. 61.

Petit jeu de pinottes. On prend deux petits plats, un rempli d’arachides disons, pis un autre placé disons à vingt pas, vide. On prend un couteau, pis on prend une peanut, une arachide, ça fait pareil, pis on essaye de la rendre dans le petit plat vide, pis jusqu'au moment si on l'échappe on ramasse la peanut pis on continue jusque dans le petit plat jusqu'à temps qu'on les ait toutes ramassées. 1968, Rimouski, AFEUL, Y. Rhéaume 606 (âge de l’informatrice : n. d.).

Le samedi saint, à midi tapant, le bedeau va sonner ses cloches et ce sera la délivrance. Nous crierons, chanterons, danserons en nous bourrant de pinottes, de bonbons mélangés, de gomme balloune et de liqueurs. 1975, J.-P. Filion, Saint-André Avellin... le premier côté du monde, p. 139.

Puis il [le patron du bar] vient nettoyer la table en grognant sourdement. Patrick renverse tout, les peanuts salées, les verres mal vidés. 1976, Cl. Jasmin, Revoir Éthel, p. 90.

Fig. Petit pénis; (en partic.) pénis d’enfant. (GPFC).

Arg.(Au pluriel). Comprimés, barbituriques utilisés pour se droguer.

Être sur les peanuts (Colpron2 141).

2

Beurre de peanut(s) : syn. de beurre d’arachide(s).

Une sandwich, une toast au beurre de peanut. Une beurrée de beurre de peanut. Des biscuits au beurre de peanut. Pot de beurre de peanut.

Il n’y a pas besoin de biscuits de son particuliers si nous nous attachons à manger du pain complet qui a beaucoup de goût et si nous prenons quelquefois, avec ce pain, du beurre de peanuts. 1918, L’Almanach du peuple de la librairie Beauchemin, p. 240.

Gwendolyne arriva en retard, selon sa coutume, au moment où on faisait circuler les ice-cream à la framboise, l’orangeade et le ginger-ale, les sandwichs au beurre de pea-nut[,] les amandes salées et les noix du Brésil [...]. 1947, M. Le Franc, Ô Canada!, p. 165.

Guy Rouleau finit d’étendre une épaisse couche de beurre de pinottes sur sa toast avant de mordre dedans. Murielle glisse une tasse de Sanka devant lui. Tout en mâchant, il peut y mettre du sucre à son goût, y ajouter trois gouttes de lait, le brasser un peu et prendre vitement une gorgée. Le beurre de pinottes lui colle partout dans la bouche. Il aurait dû le mélanger avec des confitures ou de la mélasse. 1974, R. Plante, La débarque, p. 51.

En mangeant mes toasts au beurre de pinottes le matin j’ai pris douloureusement conscience du vide de ma vie puis j’ai fini mon déjeuner et pris un autre café pour en être bien sûr. 1975, M. Bolduc, Les images de la mer, p. 123.

Par contre ils savent que dans les huit derniers mois, il s’est consommé 575 millions de livres de beurre de peanut aux États-Unis [...]. 1989, La Presse, Montréal, 23 juin, p. A5.

II

Fig., fam.

1

Chose, quantité peu importante, qui représente deux fois rien par rapport à qqch. d’autre; affaire de rien.

C’est une peanut (à faire).

 Ne pas valoir une peanut : ne pas valoir grand-chose.

Primo! monsieur Dubras, ce que vous venez de faire là, c’est une peanut, rien qu’une p’tite peanut. C’est plein de bon sens que si vous voulez faire gros d’argent, des grosses boxes, il faut gager fort; il faut pas avoir peur. 1939, Cl.-H. Grignon, Le déserteur, 1er avril, p. 9 (radio).

Mon Jésus, vous avez enduré des souffrances épouvantables... que mes peines, à côté des vôtres, c’est des peanuts... 1962, R. Lemelin, La famille Plouffe, 13 août, p. 3 (radio).

Trois repas de moins à servir et trois enfants de moins à encourager, voilà qui aurait pû [sic] faire la différence. Mais, trois repas de moins pour elle, c’était « une peanut ». Elle avait l’habitude d’en faire quarante par jour et de les servir elle-même. 1978, G. Simard, La manne bleue, p. 63.

T’es fatiguée, tu dors pas, t’es inquiète. Tu laisses traîner ton linge, ton manger te lève le cœur, tu ris pis tu pleures un par-dessus l’autre, tu te choques après ton mari pour des pinottes, pis quand c’est le temps du sexe, qu’est-ce que tu fais? 1981, L. Roy et L. Saia, Bachelor, p. 58.

2

(Spécial., souvent au pluriel). Montant d’argent considéré comme peu important, comme dérisoire.

Avoir, acheter qqch. pour des peanuts. Travailler pour des peanuts. Coûter une peanut, des peanuts.

– Perdichaud : À quel prix vos billets? – Todore : Vingt-cinq cennes. Une pinotte comme dirait le forgeron Joe Greenwood. – Perdichaud : Donnez m’en vingt. 1958, Cl.-H. Grignon, Un homme et son péché, 7 février, p. 3 (radio).

À la salle de pool de Nick, on rencontre des gars. Nick est un Calabre d’homme. Un Polonais ou un Ukrainien. Il est venu au Canada dans les années 20. Avant d’acheter la salle de pool pour des peanuts, il a mangé de la misère, même s’il parle à peine le français. Sa deuxième langue, c’est l’anglais. Lui, il sait où est l’argent. 1973, J.-J. Richard, Centre-ville, p. 9.

Pourtant, dit Frappier, le cinéma est aussi essentiel que les autoroutes, les bibliothèques ou les orchestres symphoniques. Et il coûte des peanuts par comparaison! 1988, L’Actualité, mars, p. 132.

On travaille pour des « peanuts ». Si les comédiens étaient payés pour tout leur travail réel, les billets coûteraient $ 35 / $ 40 comme à New York ou Londres. Ce sont les comédiens qui subventionnent le théâtre. 1989, La Presse, Montréal, 1er avril, p. D1.

Les investissements identifiés par la Commission royale [sur les peuples autochtones] sont des « peanuts » comparés aux milliards qui rentrent dans les goussets gouvernementaux en redevances minières, forestières, hydrauliques, en impôts directs, provenant du développement des ressources de nos territoires. 1997, R. Diom Saganash, dans Recherches amérindiennes au Québec, vol. 27, no 2, p. 91.

III

loc. adj. Fam.Rien que, juste sur une peanut ou, par ellipse, sur une peanut. Débordant d’activité, d’énergie.

Être rien que, juste sur une peanut. 

 (En fonction adv.). Faire qqch. rien que sur une peanut, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, en un tour de main.

Partir, arriver rien que, juste sur une peanut.

Si j’étais sérieux comme toi, mon vieux, la vie m’apparaîtrait si laide que j’irais me bougrer à l’eau rien que sur une « peanut » au lieu de passer mon temps à vouloir tout démolir. 1920, La Presse, Montréal, 23 octobre, p. 10.

Écoute, toi, Joson, si tu fais l’frais, j’aime autant te le dire tout de suite, moi, j’fonde un parti de suffragettes et j’te détrône rien que sur une pinotte. 1936, A. Bourgeois, Voyage autour du monde de Joson et Josette, 22 novembre, p. 3 (radio).

Un peu de toilette : brossage en règle, cirage conventionnel de boutons et de chaussures, puis nous quittons la gare tout pimpants en route pour le Mexique qui n’est plus qu’à 150 milles d’ici. Sur le pouce, comme on dit, nous allons faire ça sur une peanut! 1950, G. Langlois, Sur le pouce ou Deux gars de Québec au Mexique, p. 47.

– Mathilda : Lucie est-elle entrée? – Génie : Oui, madame. Je vous dis que c’est pas des petites affaires! Elle est rien que sur une peanut! Elle est pressée en grand! 1959, O. Légaré, Zézette, 21 mars, p. 9 (radio).

– Narrateur : Ça promet! Ça promet! Sapré Ovide. Et Cécile, comme elle est joyeuse, sautillante... – Cécile : Oui, je suis rien que sur une peanut... Moi, j’attends pas à l’an 2000 pour me réaliser, comme Ovide. Je me marie bientôt avec mon Octave. Ça s’adonne que je me prépare... Puis mon trousseau est prêt. 1961, R. Lemelin, La famille Plouffe, 25 septembre, p. 2 (radio).

Dimanche arrivé, la vieille arrive sur [« chez »] le curé, pas besoin de vous le dire, hein, elle était rien que sur une pinotte! Elle dit : « Vous avez renvoyé mon garçon du catéchisme à cause qu’il savait pas quel jour que notre Seigneur est mort? Elle dit, pensez-vous, elle dit, quand on reste loin en arrière des autres […] qu’on reçoit les journaux du matin, du midi, pis du soir?1963, Château-Richer (Montmorency), AFEUL, J.‑Cl. Dupont 1 (âge de l’informatrice : n .d.).

Histoire

I1Depuis 1879. Emprunt de l’anglais (v. OED et Webster 1986). Peanuts « comprimés, barbituriques utilisés pour se droguer » (depuis 1978, dans L’Actualité, août, p. 16 : avaler des pinottes) vient également de l’anglais (v. MarksSlang et Harrap 1985). 2Depuis 1918 (dès 1913 dans un journal franco-américain, v. La Tribune, Woonsocket (Rhode Island), ler décembre, p. 1). D’après l’anglais américain peanut butter (v. par ex. WebsterW 1988).

II1Depuis 1939. Correspond à l’anglais américain peanut « something small, trivial, or unimportant; little esteemed », usité le plus souvent au pluriel, par ex. dans all this is peanuts compared to..., it’s peanuts (v. OED-Suppl 1982, WentwSlang3 et Webster 1986). 2Depuis 1929 (DeCParl 18). De même origine que le précédent (« a small sum of money, esp[ecially] when regarded as inadequate payment », OED-Suppl 1982; attesté notam. dans working for peanuts).

IIIDepuis 1920.

Version du DHFQ 1998
Pour poursuivre votre exploration du mot peanut, consultez notre rubrique La langue par la bande : être juste sur une peanut, travailler pour des peanuts.
Trésor de la langue française au Québec. (1998). Peanut ou pinotte. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 20 février 2024.
https://www.dhfq.org/article/peanut-ou-pinotte