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PATNÈ ou  PATNAIS [patnɛ]
n. m.

Rem.

1. À l’écrit, les graphies patnè et patnais entrent en concurrence, même si c’est la graphie patnè qui est perçue comme la plus authentique par certains locuteurs ou locutrices; parfois aussi écrit patnai ou pathnai(s). 2Au pluriel, les variantes graphiques patnè et pathnai, qui commanderaient normalement un s final selon la règle générale du pluriel des noms communs, sont parfois laissées invariables. 3. Usité surtout chez les jeunes (voir Histoire).

  

Fam. Ami, copain, partenaire; gars.

Mon meilleur patnè. Des patnè(s). Mes patnais.

Rem.A été relevé quelquefois au féminin dans les réseaux sociaux, de façon isolée, au sens de « amie, copine, camarade ».

« On va continuer à améliorer notre prestation, afin de pouvoir gagner là-bas [au Sommet jeunesse de la musique]. Disons qu’on n’a pas fini de se battre », affirme le groupe. Et il a plein de projets, « on s’est rendu compte qu’il y avait un marché en Outaouais pour le Hip Hop et c’est évident qu’on va continuer dans ce domaine. C’est pas fini patnès ». 1999, Le Régional, Hull, 24 novembre, p. 18.

 Au jour le jour, c’est le destin! Ce qui est fait est fait. C’est laid, je sais, mais j’espère que t’es bien là où tu es. Je n’t’oublierai jamais pathnai et ça c’est dit. Pathnai c’est pathnai, 4 ever, yeah! Pour la vie! 1999, Sans Pression, Pathnai à vie (chanson), 514‑50 dans mon réseau.

Saloperie de vie d’chienne, de guerres quotidiennes, de blessures qui saignent [/] Les dettes qui viennent et le kob qui se compte à la mitaine [/] Les bouteilles qui traînent, les vaines douleurs d'une mère haïtienne [/] Les patnès qui feignent, les jours qui passent sans voir le week-end [/] Y a longtemps qu’j’ai touché le fond[.] 1999, Muzion, Rien à perdre (chanson), Mentalité Moune Morne... (Ils n’ont pas compris).

De plus en plus de gens vivent une vie artificielle [/] De moins en moins de monde meurent d’une mort naturelle [/] De plus en plus de gens professionnels sont criminels [/] Une bonne partie de mes pathnai sont dans le système correctionnel [/] Gaspillent leur potentiel, d’avoir l’essentiel[.] 2000, Y. Krevé, C’est rendu F.U. (chanson), L’accent grave.

 Tout ce que tu avais à faire, c’était de prendre l’argent ou, vu qu’elle ne l’avait pas, de lui dire qu’elle allait le regretter et de la planter là. Tu me déçois, patnè! 2004, S. Meunier, Lovelie d’Haïti, t. 2, p. 339.  

Yo, fuck ça man, ça fait même pas trente secondes que j’leu parle pis y m’appellent pathnai. Astie qu’chus massif! 2008, A. Goyette, King Dave, p. 10.

Tu la détestes tant que ça, ton agente? […] Anyway, on s’en fout que tu la détestes ou non, parce que l’important, c’est que le texte soit bon. Et c’est bon, ton affaire, c’est bon en crisse! Tu m’as jeté sur le cul, patnè! 2009, F. Leblanc, Quinze secondes de célébrité, p. 168.

Quand il fait vraiment trop chaud comme aujourd’hui, madame Yuan du dépanneur me laisse prendre deux Mr. Freeze pour vingt-cinq cennes. J’en prends un blanc pour moi et un bleu pour Mackenley, lui il n’a plus le droit d’entrer depuis que madame Yuan l’a surpris à prendre quatre Mr. Freeze et deux Party Mix sans payer. Même si c’est mon meilleur patnai, Mackenley est stupide, des fois. 2016, M.‑M. Lalonde, Je suis un homme, dans N. B.‑Pilon (dir.), Sous la ceinture : unis pour vaincre la culture du viol, p. 42.

« Le patnais » [un joueur de hockey canadien aux racines créoles] a compté un but à 7 minutes 46 du premier engagement, en avantage numérique. Les Preds ont finalement vaincu les Blackhawks par la marque de 3‑2. 2016, Le Journal de Québec (site Web), sports (hockey),15 octobre.

Quand j’étais [Mike Shabb] kid, je faisais beaucoup d’allers-retours entre Magog et Montréal, où habitaient respectivement ma mère et mon père. Et c’est vraiment via mon père, qui écoutait beaucoup de rap, que j’ai découvert SP, Rainmen, Buzzy Bwoy, Rainmen [sic], Blok B, Muzion, Yvon Krevé… J’allais là la fin de semaine et, lui, il chillait à son appart avec ses patnais à écouter toutes sortes de musique. Il était super à jour. 2020, iHeart Radio (site Web), Montréal, En vedette, 7 août.

Histoire

Depuis 1999. Mot emprunté au créole haïtien patenè (aussi écrit patnè), signifiant « ami, copain, camarade, partenaire, petit ami » et autres sens apparentés, comme « collègue » ou « partenaire (d’affaires) » (v. JosHaïti, s.v. patenè, et DECA, 1ere partie, p. 1095, s.v. partenaire). Ce type lexical est aussi attesté sous différentes formes dans d’autres créoles à base lexicale française, tels que les créoles de la Martinique et de la Louisiane, où il serait un emprunt à l’anglais partner, et les créoles de la Guadeloupe et de la Guyane, où il viendrait du français partenaire (v. TournGuad 304, s.v. patènè; FaineDict 332, s.v. partenaire; ValdmCréole 345‑346, s.v. padna; DECA, 1ere partie, p. 1095, s.v. partenaire, et 2e partie, p. 286, s.v. padna). Le mot a pénétré l’usage québécois, surtout celui des jeunes, d’abord dans la région de Montréal, où vit une forte communauté d’origine haïtienne; par la suite, ce mot se serait diffusé ailleurs au Québec par l’entremise des artistes de hip-hop et de rap de toutes origines (p. ex. FouKi, Alaclair Ensemble, Loud et Lary Kidd) (v. M. Sarkar et D. Allen, 2007, p. 117‑130; M. Sarkar, 2008, p. 27‑44; K. Tessier, 2008).

Nouvelle entrée de la deuxième édition

Dernière révision : novembre 2023
Trésor de la langue française au Québec. (2023). Patnè ou patnais. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 12 juin 2024.
https://www.dhfq.org/article/patne-ou-patnais