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PATATE [patat]
n. f.

Rem.

Variantes graphiques : (d’après des prononciations populaires) pataquepétaquepétate (voir Histoire).

1

Fam.Montre qui fonctionne mal; montre de peu de valeur.

Une vieille patate.

Ma patate prend de l’arrière; par ext.plais.syn. de montre.

Rem.On connaît aussi patraque, qui a cours en France, mais ce mot est peu usuel (voir Histoire).

– Maxime : Quelle heure qu’il est, les gars? – Raoul : Quatre heures moins dix... – Fred : Quatre heures moins cinq... – Maxime : Pour l’amour du bon Dieu, tâchez d’accorder vos « patates ». 1940, A. Rousseau, Les amours de Ti-Jos et les mémoires de Max Potvin, 19 mars, p. 5 (radio).

[...] le v’là qui s’réveille encore avec l’impression d’avoir dormi au moins une heure, y vérifie sus à grosse montre de poche qui traîne toujours dans le coffre à gants, cinq minutes à peine [...]. Profite pour remonter au coton sa vieille pétaque, prend son respir, baîlle aux corneilles, s’recante, réfléchit. 1973, J.-M. Poupart, Chère Touffe, c’est plein plein de fautes dans ta lettre d’amour, p. 169.

– Gaston : Je mets ma montre dans la cagnotte... – Adèle, examinant la montre de Gaston : Qu’est-ce qu’elle vaut, ta patate? – Gaston : J’ai gagné ça à l’Exposition Provinciale. Ça fait trois ans. Elle a jamais perdu une minute depuis ce temps-là. 1975, J. Barbeau, Une brosse, p. 93.

RareMachine usée et de peu de valeur; vieille automobile.

Correct, Jos. Prends ma pataque pour aller la mener chez elle... J’l’ai parquée à dret de la gare à matin. » 1941, J. Desprez, C’est la vie, 23 mai, p. 17 (radio); v. aussi Rinfret et Blanch1, s.v. pétaque.

 (Hapax). Montre-patate n. f.

La Solange aux lunettes fumées serre, sur sa poitrine plate, une pile de paperasses, a porte une espèce de montre-patate accrochée au cou. 1965, Cl. Jasmin, Pleure pas, Germaine, p. 99.

2

Fig., fam.Cœur (en tant qu’organe).

Rem.En France, employé seulement dans l’expression en avoir gros sur la patate « en avoir gros sur le cœur » (voir Histoire).

– Jos : [...] C’est ça, vous avez la patate au coton. – Noël : Je vous demande pardon, mon cœur est correct. 1949, L. Jodoin, Les variétés 57, 24 février, p. 2 (radio).

– Ce sacré pouls, je ne parviens pas à le trouver. – Laisse-moi voir, dit Henri. Il se releva, optimiste : – Le voilà... la patate fonctionne bien. Avec un cœur pareil, il est bon pour vivre cent ans. 1973, J. Côté, On va les avoir les Anglais!, p. 125.

Pendant tout ce temps-là, la patate me débattait incroyablement vite. 1980, Le Soleil, Québec, 6 février, p. C1.

Après la poitrine, ç’a été au tour de la patate d’avoir son voyage. Et quand le cœur se met à sauter, c’est plus délicat. 1982, J.-P. Filion, À mes ordres, mon colonel!, p. 47.

 (Dans une comptine).

Un, deux, trois, quatre – Tique taque – Ma pétaque – Tique ton – Mon bedon – Capitaine – Ma bedaine – Pouf! (ou variantes). 1948, v. Les Archives de folklore, t. 3, p. 137.

Histoire

1Depuis 1896 (Rinfret, s.v. pétaque). Cet emploi n’est pas attesté comme tel en France, mais il s’explique sans doute par une confusion entre le mot patate « pomme de terre » (en raison de sa variante pataque) et le mot patraque, confusion qui s’est produite en France : cp. patraque « pomme de terre » signalé en français au début du XIXe s. et relevé à Metz et en Saintonge, pétraque « id. » dans le Poitou (v. FEW arawak batata 20, 58a; v. aussi patate1, sous Hist.). Les emplois québécois de patate2 correspondent en effet à ceux de patraque, lequel est attesté en français avec le sens de « machine vétuste, fonctionnant mal (notam. une montre) » depuis 1743 (aujourd’hui considéré comme vieux ou vieilli, v. Robert 1985 et TLF; relevé au Canada sous la variante patracle la même année par le père Potier : je ne voulus pas de cette patracle : Mauvaise horloge; cité d’après PotierH 55). Le mot, qui est un emprunt à l’italien du Nord *patracca « monnaie de peu de valeur » (v. TLF et JunLex 202), présente une variante pataque dès 1598 (v. DDL 2/10), ce qui rend plausible la confusion qui se serait produite par la suite avec les variantes à finale [k] de patate. 2Depuis 1949. Cp. patate au sens de « cœur » en France dans l’expression en avoir gros sur la patate, attestée depuis 1912, que TLF et FEW (20, 57b-58a) interprètent comme un emploi figuré de patate « pomme de terre » mais qui pourrait se rattacher plutôt à patraque, à la lumière des emplois québécois ci-dessus et de celui de Hugo (1867, cité dans TLF) : Je vous serre tous, George inclus, sur ma vieille patraque de cœur.

Version du DHFQ 1998
Trésor de la langue française au Québec. (1998). Patate2. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 24 mai 2024.
https://www.dhfq.org/article/patate-0