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MOUILLER [muje]
v.

I

v. impers.

1

Fam. Pleuvoir.

2022, TLFQ, Il mouille [vidéo].

Il commence à mouiller. Il a mouillé toute la nuit, toute la journée, toute la semaine. Il va mouiller, se mettre à mouiller. Il mouille encore!

Vieilli Ça mouille : il pleut.

(Dans des formules marquant l’intensité, l’abondance d’une pluie). Mouiller fort. Mouiller à torrents. Mouiller à boire debout (ou debou(t)te, selon une prononciation pop.). Mouiller à verse (ou à varse, selon une prononciation pop.). Très fam.Mouiller à s(c)iau(x) (ou, vieilli, à s(c)eau(x)). VieilliMouiller à plein (temps).

Rem.Mouiller au sens de « pleuvoir » est enregistré dans certains dictionnaires français comme régionalisme ou en tant que canadianisme (v. TLF, PLar 2008; v. aussi Larousse (en ligne) qui le relève avec la mention « Dans certaines régions de France » (voir Histoire)).

Après que j’eusse écrit hier, le beau temps est venu et nous avons fait dix poses avec la moitié du baggage [sic]; aujourd’hui, il mouille beaucoup […]. 1805 env., F.‑V. Malhiot, Journal du fort Kamanaitiquoya à la rivière Montréal, dans L. R. Masson, Les Bourgeois de la Compagnie du Nord-Ouest, vol. 1, 1889, p. 262.

La température est chaude à l’extrême depuis le commencement du mois. Lundi la journée sous ce rapport a été tout particulièrement lourde surtout pour les travailleurs. Mardi le temps indécis depuis la veille au soir, tout à coup vers 1 h. p. m., s’est mis à la pluie et il a mouillé à boire debout comme on dit. 1892, L’Étoile du Nord, Joliette, 17 juin, p. [3].

Le fanal allumé, les adieux faits, il s’arrêta un instant sur le seuil pour sonder la nuit du regard. [/] – Il mouille! fit-il. [/] Ses hôtes vinrent jusqu’à la porte et regardèrent à leur tour; la pluie commençait, une pluie de printemps aux larges gouttes pesantes, sous laquelle la neige commençait à s’ameublir et à fondre. 1916, L. Hémon, Maria Chapdelaine, p. 37‑38.

– Amable! Le tonnerre gronde au nord! [/] Amable renifla. Puis, indifférent, la voix enrouée de sommeil, il dit tout bas : – Laisse-le gronder. Tonnerre… en octobre… présage d’une belle… automne… – Une belle automne sûrement! s’impatienta Phonsine. Il mouille à verse presquement à tous les jours. 1947, G. Guèvremont, Marie-Didace, p. 9.

– Bonjour, madame Leroux! Vous avez pas eu peur que vot’e maison se mette à flotter cette nuit? lança [Nicolas], un sourire malicieux en coin. […] – Gros malin! Tu sauras que ma maison est bien ancrée sur ses assises! Il n’y avait pas de danger qu’elle parte à la dérive, elle est presque aussi solide que moi. – En tout cas, ça mouillait fort. J’aurais jamais pensé que [le soleil] se montrerait la binette aujourd’hui, renchérit Frédérique […]. 1996, F. Larouche, Dangereuse insouciance, p. 96.

Le lendemain matin, les Dionne s’entassèrent dans la Pontiac dès la fin de la messe et Maurice prit la direction de Drummondville sous un ciel nuageux. [/] – Dis-moi pas qu’il va se mettre à mouiller, grommela-t-il d’assez mauvaise humeur. Il manquerait plus que ça! 2005, M. David, La poussière du temps, t. 2, p. 300.

Attends de voir le jour de tes noces, Audrey Tremblay : i va mouiller à siaux pis encore à siaux, je t’en passe un papier. 2008, H. Potvin, Chez Mimi, t. 1, p. 83.

Cette fois, Gertrude en a assez entendu. Ce n’est pas vrai qu’elle va laver les vêtements crasseux de Rolland. Comme si Joseph l’entendait penser, il dit : – Eh bien, ce sera pour sa prochaine visite, parce que demain il va mouiller à boire debout, le soleil s’est couché les fesses dans l’eau. 2015, R. Laberge, Souvenirs d’autrefois, t. 1, p. 69.

 (Dans des expressions).

 Vieilli, fam.Il mouille dans sa grange (ou dans son grenier, sa couverture, etc.) : cette personne est légèrement déséquilibrée.

[–] On fera pas d’affaires! Alle [= elle] est pas laide, alle a un peu d’argent, moé aussi j’en ai, autant qu’elle. A veut que je l’avantage : pas un sacre! Chacun le sien, le guiable [= diable] aura rien. À part de ça, alle est pas ben ben fine, tu sais? – En effet, je crois qu’il manque un bardeau à sa couverture, hein, le père? – Oui, pis y mouille dans la maison. 1930, E. Grignon, En guettant les ours, p. 147.

[«] – T’es pas sérieuse, il mouille dans ta grange ma fille; c’est des accrères [= accroires] que tu te fais, Cunégonde ». 1953, J.‑L. Lacroix, Cunégonde, La Patrie, Montréal, 18 octobre, p. 31.

 RareCette personne a (déjà) vu mouiller : elle a vu couler de l’eau sous les ponts, elle a une longue expérience de vie.

Ça tombe, ça tombe, pour quéqu’un qui a déjà vu mouiller, pas de surprise à y avoir… Simon ferme les lumières en-dedans [sic], essaye un piton, un autre, ça marche, a s’allume dehors : ton musicien a jusque laissé à pochette de la galerie! 1973, J.‑M. Poupart, Chère Touffe, p. 239.

prends ta pilule mon grand calvaire [/] elle a vu mouiller [/] elle a vu neiger [/] elle en a vu d’autres [/] trous du cul comme toué […]. 1986, G. Godin, Soirs sans atout, p. 23.

Roderick Stewart a vu mouiller. En 1964, au moment où les Beatles frappaient le gros lot au pays de Lyndon B. Johnson […], il roulait sa bosse dans les clubs enfumés avec Long John Baldry. […] La suite sera marquée de hauts et de bas avant que Stewart ne vole enfin de ses propres ailes. 1996, M. A. Joanisse, Le Droit, Ottawa-Hull, 27 février, p. 24.

On est des retraités avec beaucoup d’expérience dans chaque domaine. On n’est pas tous des cons. On a vu mouiller avant aujourd’hui. Des jeunes qui débutent, qui veulent se péter les bretelles, on a vu ça […]. 2023, Le Nouvelliste (site Web), Trois-Rivières, actualités locales, 30 mai.

2

(Par anal., généralement en tournure négative). Fig., fam.Exister en grand nombre, en grande quantité (en parlant d’une personne ou, plus rarement, d’une chose concrète ou abstraite).

Des filles comme elle, il n’en mouille pas! 

On a eu bien raison de le dire : maintenant que le dieu Ravel est mort, il ne reste que quelques héros et surtout des gnômes [sic]. La mort de Ravel est un événement des plus importants dans l’histoire de la musique : la mort d’un génie, et comme on dit en canayen : des génies il n’en mouille pas. 1938, J. Vallerand, Le Quartier latin, Montréal, 25 mars, p. 5.

[…] pour ce qui est d’être des peureux ça nous connaît! on a même peur d’être soi-même, l’idéal pour éviter la peur et tout motif d’avoir peur c’est d’être des riens ignorés et sans patrie… des héros il en a jamais mouillé, il en mouille pas plus aujourd’hui alors que chaque Québécois devrait en être un… 1975, Br. Samson, Une histoire sans nom, p. 99.

J’ai jamais pu sortir avec des filles à mon goût. I’ me regardaient toujours du haut de leu’ talons hauts, pis me faisaient comprendre de repasser. […] j’ai jamais été porté sur une fille de ma taille ou ben plus petite que moi. Pourtant y en avait. Y en mouillait pas, mais y en avait. Mais moi le fou, j’courais toujours après les grandes juments. 1982, B. B. Leblanc, Tit-Cul Lavoie, p. 36.

Bure est l’un des joueurs les plus excitants que j’aie vus ces dernières années. Des bons comme lui, qui ont le don de faire bondir les amateurs de leurs sièges, il n’en mouille pas. Mais essayez donc de comprendre cette ligue-là qui ne protège pas mieux les joueurs dont raffole le plublic [sic]. On les accroche, on les retient, on les empêche de prendre leur élan. 1994, G. Lafleur, Le Soleil, Québec, 12 juin, p. S‑9.

– Cette médaille, je l’ai pu [= plus]. On me l’a volée. Tu sais qu’il n’en mouille pas à toutes les portes des médailles comm’ça. T’as pas une petite idée où je pourrais la retrouver? lance [sic] les yeux enflammés d’Anselme, à son copain d’infortune. 1996, C. Fortier Keays, La rapportée : de l’adversité à la fortune, p. 179.

(Acadie). Les élèves, pour la plupart, occupent des emplois de caissiers ou de pompistes dans le garage. « Nous ça aide. On s’entend que la main-d’œuvre, il n’en mouille pas. On a besoin de ces élèves », admet la propriétaire. Elle reconnaît que sans cette jeune main-d’œuvre, elle serait peut-être dans l’obligation de fermer son commerce plus tôt dans la journée. 2023, Acadie Nouvelle (site Web), Caraquet (Nouveau-Brunswick), actualités, 6 novembre.

II

v. tr. et pron.

1

v. tr. Vieilli, fam.Célébrer (une victoire, un événement heureux) en trinquant.

On va mouiller ça! Mouiller un anniversaire, des noces.

Rem.On emploie aussi le verbe arroser, comme en France.

Après la cérémonie, les farceurs et leur candidat se rendirent chez Roch Valière, où les discours recommencèrent pour durer jusqu’au matin. Le lendemain, on alla mouiller ça chez Joe Riendeau, et ce n’est que le surlendemain que des personnes charitables réussirent à faire cesser la farce. 1897, Le Canard, Montréal, 13 mars, p. 4.

Le matin du Jour de l’An, la campagne canadienne prend tout de suite un aspect inaccoutumé, et l’on sent que le jour qui vient de se lever n’est pas un jour ordinaire. […] Et les souhaits annuels s’échangent, ponctués de la rare mais vigoureuse poignée de mains canadienne […]. Et puis, comme il faut bien « mouiller ça », la bouteille de vin apparaît sur la table et l’on prend rapidement le petit verre en disant poliment « À votre santé! » 1915, E. Bilodeau, Un Canadien errant…, p. 98‑99.

Le juge Guérin a rendu un jugement oral hier, acquittant ce bataillon de jolies créoles, sénégalaises [sic] et leurs copains. Ce décret élaboré donne d’excellentes directives à la Commission des liqueurs, surtout lorsqu’il s’agit de mouiller un anniversaire de naissance. 1948, A. Nantel, Le Canada, Montréal, 11 mars, p. 11.

Comédie avec du champagne, une idylle, et le lancement d’un porte-avions. À quoi sert le champagne? À mouiller la noce ou le bateau? Question qui a remplacé, à notre âge de fer, l’autre question, trop oubliée, « À quoi rêvent les jeunes filles? ». 1964, Le Droit, Ottawa, 8 août, p. 9.

Dehors, la nuit est chaude comme le blues. La bouche pâteuse, la tête lourde, le pas incertain, la sueur aux tempes… Une vision sur Saint-Denis : mais c’est Tom Waits avec Willy Dixon! Faut mouiller ça. Deux autres bières… 1995, M. Cloutier, Le Devoir, Montréal, 7 juillet, p. A10.

Librement inspirée du personnage de Michel Tremblay, la Laura Cadieux du cinéma, telle que mise en scène par Denise Filiatrault et campée par Ginette Reno, est une grosse farce ambulante qui, pour cette suite, prend le bateau pour une croisière sur le Saint-Laurent. Car sa gang a décidé de fêter son anniversaire, de « mouiller ça ». 2000, R. Tremblay, Le Soleil, Québec, 1er septembre, p. C3.

 Rare Mouiller son (le) chagrin : s’enivrer pour oublier ses tourments, ses revers, ses déceptions.

Mais revenons à nos amoureux, à qui l’approche d’une séparation si longue et si cruelle faisait éjaculer de la gueule des propos si doux. Le père Laroupie voulait à tout tresse [= à tout prix] mouiller le chagrin. Aussi avait-il commandé chez l’épicier A. O. Gauthier, de la rue St. Laurent, un flask de gin, qui contenait toutes sortes de compositions chimiques, excepté du gin cependant. 1880, Le Canard, Montréal, 31 juillet, p. [2].

« J’ai voulu mouiller le chagrin que me causait la défaite de M. Poirier. Je ne dis pas ça pour vous flatter, monsieur le juge, mais si vous vouvez [sic] me pardonner, pour cette fois-ci, je vais vous montrer que je connais le chemin pour sortir d’ici. » 1888, L’Événement, Québec, 28 septembre, p. [4].

C’était pour lui une perte énorme. Mais il lui restait pour l’en consoler les trois tonneaux déjà esquivés, qu’il estimait après tout à une valeur considérable. Bien décidé à mouiller son chagrin, dès son retour il descendit au caveau muni d’outils et d’une belle cruche neuve qu’il avait achetée, le jour même, tout exprès. 1932, H. d’Iturbide-Carbonneau, Le vieux coquetier, Le Canada français, 2e série, vol. 20, no 3, p. 226.

Je ne suis pas un apôtre de l’abstinence, et moi aussi j’aime mouiller mon chagrin de temps à autre, mais, de là à perdre la tête comme un vulgaire ivrogne, il y a une marge. 1964, Photo-journal, Montréal, 27 juin-4 juillet, p. 6.

Carter ne cessait de répéter dans la chambre des Expos : « Nous aurions dû gagner. Nous aurions dû l’emporter ». Et Dick Williams tentait de mouiller son chagrin dans un verre de scotch en pensant que les Dodgers avaient obtenu tous leurs coups sûrs et tous leurs points après deux retraits. 1980, J.‑P. Sarault, Le Soleil, Québec, 20 août, p. C‑1.

2

v. pron. Vieilli, fam.Se mouiller (la luette, le gosier, le gorgoton, les pieds, le bec, la rate, le canayen, etc.) : boire, en particulier avec excès.

John David, 29 ans, matelot de la barque J. M. Murels, s’est mouillé le gosier. Il n’y a pas de mal à ça, dit John, mais la Police n’a pas tenu compte de cette parole du marin et l’a condamné à $1 et les frais ou 5 jours de prison. 1872, La Minerve, Montréal, 21 août, p. [3].

Elzéar Binet n’est pas précisément sobre; habitué de la prison, quand il en sort il aime à se mouiller la luette, et souvent les effets dépassent le but. 1883, Le Quotidien, Lévis, 10 août, p. [2].

[…] à peine étions-nous sortis de la neige que voilà Baptiste qui commence à sacrer comme un possédé et qui déclare qu’avant de repartir pour la Gatineau, il veut descendre en ville prendre un verre. J’essayai de raisonner avec lui, mais allez donc faire entendre raison à un ivrogne qui veut se mouiller la luette. 1900, H. Beaugrand, La chasse-galerie, p. 30.

Ils [les Autochtones] scalpaient leurs voisins avec des couteaux, chassaient le gibier avec des flèches et se rinçaient la luette avec de la bonne eau du Bon Yeu, sans jamais se mouiller les pieds, pas plus le samedi soir que les autres jours. 1946, La Presse, Montréal, 18 mai, p. 38.

Puis ce sera sûrement la rencontre générale au parc de la place où on vous invitera à vous trémousser au son des derniers « discos » à la mode, hurlés par des systèmes de haut-parleurs douteux… Et, évidemment, il y aura la bière. Y a pas de fête sans bière. Faut ben se mouiller le « canayen ». 1978, La Presse, Montréal, 16 juin, p. A5.

Quand vient le printemps, on a le cœur content [/] D’avoir de l’argent de gagné pour pouvoir se reposer. [/] C’t’en passant par Québec faut bien se mouiller le bec. [/] Au bout de trois jours passés, on est encore cassé. 1982, M. Béland, Chansons de voyageurs, coureurs de bois et forestiers, p. 199.

– Dans un coin retiré de la maison, que l’on avait transformé en cabaret, un ami débitait un flacon de gin à tant le verre. Les gens de la noce connaissaient ce coin et ne se privaient pas d’y aller se mouiller le gosier. Faut pas oublier que le vendeur y trouvait largement son profit. 2006, P. Gill, Docteure Irma, t. 1, p. 166.

 Fig., fam.Se mouiller les pieds.

 Se compromettre, prendre des risques.

Comme on le voit, la scène était prête pour une intervention spectaculaire en faveur du [parti politique]. Le journaliste […] du Devoir, y a vu apparaître, lui, nul autre que « [le président de la Confédération des syndicats nationaux] dans le rôle de Hamlet ». Vous savez bien : « To be or not to be », plonger on ne pas se mouiller les pieds1963, N. Pérusse, Le Monde ouvrier, Montréal, février, p. [4].

L’auteur anonyme de l’article (Monsieur X) écrit que j’ai « peur de me mouiller les pieds ». Par ma présence sur une tribune libérale, je me suis engagé ouvertement et sans réserve. Il n’en est pas de même pour l’auteur ou les auteurs qui couvrent la campagne électorale. 1970, M. Drapeau, Le Progrès du Golfe, Rimouski, 10 avril, p. 22.

Fin diplomate, l’ancien ministre de l’Agriculture dans le gouvernement français […] a évité fort habilement de se mouiller les pieds dans le débat référendaire. 1995, Le Soleil, Québec, 12 octobre, p. C2.

« Moi, je vais sur le terrain compter les morts, je ne me sers pas des versions officielles fournies par un camp ou l’autre pour écrire mes bilans et mes articles. » Il [un reporter de Radio-Canada] pestait contre les journalistes qui envoyaient leurs topos à leur rédaction, depuis le bar de l’hôtel Hilton, sans jamais se salir les mains ou se mouiller les pieds. 2019, J. Lanctôt, Le Journal de Montréal (site Web), perspective (nouvelles de Cuba), 22 novembre.

 S’impliquer, s’investir (dans la réalisation d’un projet, d’un objectif); tâter d’un nouveau métier, d’une nouvelle fonction.

Ne pas avoir peur de se mouiller les pieds.

On participe activement à des comités consultatifs sur tous les sujets et dans lesquels notre rôle est d’apporter des idées neuves, de les présenter et de les faire accepter par tous, de sorte que la direction n’a pas à affronter les éléments conservateurs et n’a pas à se mouiller les pieds pour faire avancer l’École. 1974, Le Polyscope, 8 avril, p. 3.

C’est un vestiaire sans chef de groupe. Peut-être y a-t-il des candidats intéressants, mais personne ne veut relever le défi. Un bon groupe de cols blancs. Mais, pour gagner, ça prend aussi des cols bleus, des gars qui n’ont pas peur de se mouiller les pieds. Qui répondent par leurs actes. Chez le Canadien, on ne vit pas cette passion. 1995, Y. Pedneault, Le Droit, Ottawa-Hull, 14 octobre, p. 65.

Madonna n’a pas peur de se mouiller les pieds. Elle a offert une de ses paires de souliers Christian Dior préférées à une œuvre caritative qui voit à l’éducation des enfants gitans. […] Madonna avait attiré beaucoup d’attention lors d’un concert en août, à Bucarest, quand elle avait déclaré que la discrimination à l’endroit des gitans en Europe de l’Est devait cesser. 2009, Associated Press, La Presse, Montréal, 14 octobre, cahier Arts et spectacles, p. 2.

« […] J’ai commencé la saison à titre d’adjoint au représentant, de façon à seulement me mouiller les pieds et à apprendre comment les choses fonctionnaient. [»] 2010, La Presse, Montréal, cahier Sports, 23 mars, p. 5.

Le 25e anniversaire d’existence de notre club est maintenant chose du passé et nous devrons penser à l’avenir et continuer ce que les conseils d’administration précédents ont accompli et faire preuve de dynamisme et d’imagination encore pour plusieurs années. N’ayez crainte de vous mouiller les pieds, il ne s’agit que de quelques heures de travail; plus les bénévoles seront nombreux, plus le partage des tâches sera facile à combler. 2013, L’Info-oiseaux, septembre-novembre, p. 3.

Non seulement le jeune arrière ne voit rien de mal à avoir un peu de panache dans son jeu, mais encore il entend bien retrouver cette dimension-là dans la LNH. « Pour l’instant, je ne fais que me mouiller les pieds, je n’en suis qu’à mon premier contrat, mais j’espère ramener ce côté cocky quand ça fera cinq ou six ans que je suis dans la ligue. » 2015, La Presse, Montréal, 31 janvier, cahier Sports, p. 4.

« […] C’est une récompense bien méritée. Paul, c’est un employé qui n’a pas peur de se mouiller les pieds. Il fonce et mène les projets avec une passion contagieuse. » 2016, Le Progrès de Coaticook, 9 novembre, p. 9.

C’est justement lorsqu’il a décidé de prendre une année sabbatique du hockey pour se mouiller les pieds dans le domaine du jeu [d’acteur] que Frédérick a rencontré le producteur d’[une émission de télé américaine]. 2023, Le Journal de Québec (site Web), spectacles (télévision), 26 septembre.

Histoire

Du latin molliare (FEW *mŏlliare 63, 48a).

I1Depuis 1744 (Potier). Ce sens a eu cours en français au XVIIe s. (Monet). Il s’est par la suite maintenu en français populaire (v. BauchePop1 251, CarArg) et dans les parlers de France, principalement ceux de l’Ouest et du Nord-Ouest (v. FEW id., ALF 1034‑1036, DRF, MourVend). C’est à partir de ces régions que mouiller au sens de « pleuvoir » a pénétré dans les français d’Amérique du Nord et s’est peu à peu répandu au Québec et dans le reste du Canada francophone (notam. en Ontario, au Manitoba et en Acadie), ainsi qu’en Louisiane (v. BénMots, Poirier, Mass nos 77 et 80; DitchyLouis, PhillLouis 95). Mouiller à s(c)iau(x) (ou à s(c)eau(x)), depuis 1887 (Le Violon, Montréal, 13 août, p. [2] : Il mouille à siaux.), et mouiller à verse, à varse, depuis 1926 (L.‑Ph. Geoffrion, Zigzags autour de nos parlers, La Presse, Montréal, p. 64), sont bien attestés au Québec et en Acadie et ont été relevés dans les parlers de l’Ouest de la France, notam. dans le Poitou et en Saintonge (Mass no 80). Il mouille dans sa grange, depuis 1930, est une innovation québécoise qui est peut-être à mettre en rapport avec il lui manque un bardeau, expression de même sens attestée en français québécois depuis la fin du XIXe s. (v. TLF, qui enregistre l’expression (s.v. bardeau) et qui la considère comme régionale). Le lien logique unissant ces deux expressions pourrait résider dans le fait que la pluie est susceptible de s’infiltrer dans le toit d’un bâtiment lorsque l’un ou plusieurs de ses bardeaux sont manquants. Avoir déjà vu mouiller, depuis 1950 (La Gazette du Nord, Val-d’Or, 30 novembre, p. 5 : Le vieux a déjà vu mouiller [titre]). 2Depuis 1929 (Le Goglu, Montréal, 6 décembre, p. 2 : Des Goglus, il en mouille.). Cet emploi est à mettre en parallèle avec une acception du verbe pleuvoir en français : en emploi intransitif, ce verbe a le sens d’« affluer, arriver en abondance » (p. ex. dans les honneurs pleuvent) (v. Robert (en ligne) 2024‑01).

II1Depuis 1859 (Pl. Vigneau, Journal de Placide Vigneau (1857‑1926), RAQ 1968, t. 46, p. 15 : Premier renard pris à la Pointe. C’est un croisé. C’est le père Xavier Cormier qu’il [sic] l’a pris. Il l’a fait voir à presque tous les habitants, et on peut dire que celui-ci a été mouillé avant d’être écorché.). Cet emploi est à mettre en rapport avec un usage du verbe mouiller qui a eu cours du moyen français au français du XIXe s., à savoir mouiller « boire (du vin) » (FEW id., 44a; v. aussi ColArg, qui indique que cet emploi s’est maintenu dans la langue argotique); il est également possible de voir une filiation avec l’emploi pronominal se mouiller « boire avec excès », relevé en France dans la langue populaire ou argotique (v. DFNC 1991, TLF). Mouiller son chagrin, depuis 1880, est construit selon le même modèle que la locution française noyer son chagrin (v. TLF, s.v. chagrin). 2Depuis 1872. Peut être rattaché à la locution mouiller sa gorge « boire du vin », attestée en moyen français (FEW id., 44a.). Il est également possible d’établir un parallèle avec des locutions voisines de même sens attestées en moyen français (arrouser [= arroser] sa gorge, le palais, etc.) et en français moderne (arroser le porte-mors, le gouzier [= gosier], la dalle, etc.), formées celles-là à partir du verbe arroser (FEW *arrōsare 25, 338a). La locution figurée se mouiller les pieds « se compromettre », depuis 1963, est à mettre en rapport avec se mouiller « se compromettre, prendre des risques », que l’on atteste en France depuis 1886 (v. TLF, qui rattache cet emploi à la langue populaire ou argotique, et Robert 1985‑2001, qui le relève avec la marque « fam. »). Se mouiller les pieds « s’impliquer », depuis 1974.

Nouvelle entrée de la deuxième édition

Dernière révision : mai 2024
Trésor de la langue française au Québec. (2024). Mouiller. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 18 juillet 2024.
https://www.dhfq.org/article/mouiller