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MOUCHER [muʃe]
v.

  

v. intr. (Dans le voc. de la pêche). Pêcher à la mouche.

Moucher sur un lac, une rivière. Canne à moucher. Ligne, soie à moucher.

 v. tr. Rare

Moucher une truite.

D’autres se morfondront à noyer un saumon qui résiste des heures durant, ou bien à moucher des truites gardées par des légions de moustiques; nous n’envions pas leurs plaisirs et nous nous contentons des jouissances faciles que la providence a mises à notre portée. 1885, N. Legendre, L’Électeur, Québec, 4 août, p. [2].

Le vrai sport de la pêche est de moucher la truite. Ainsi le pêcheur obtient les plus grandes satisfactions : le plaisir de déjouer la truite, l’émotion de la voir venir à lui; il peut la voir vivante dans l’eau avant de la prendre et ensuite Oh! c’est fait. 1942, L. Alain, Guide du trappeur et la vie du coureur de bois, p. 298.

La carpe et le mulet, la perchaude, la barbotte, envahissent des eaux où jadis abondaient l’achigan, le doré, le maskinongé. Il est plus d’un lac, à distance raisonnable des villes, où l’on ne pourrait moucher une truite en trois jours. Notre faune, l’une des plus belles du monde, est en danger. 1953, H. Bernard, Portages et routes d’eau en Haute-Mauricie, p. 138. 

S’il est vrai que n’importe quel bout de branche peut prendre du poisson, qu’on peut parfaitement moucher avec un manche à balai, l’instrument bien pensé, bien équilibré augmente considérablement vos chances de succès. Évidemment, encore là, tout dépend de celui qui manie la canne. 1972, S. Deyglun, La pêche sportive au Québec, p. 187.

Il y a une dizaine d’années, identifier une ligne à moucher n’était pas chose facile. Certains se souviendront des HDH-HDG, GBG-GBF, enfin de toutes ces combinaisons de lettres plus vagues les unes que les autres. C’était l’époque où seuls les experts pouvaient différencier les lignes ou soies à moucher. 1982, J. Pagé, Le guide Jean Pagé de la pêche au Québec, p. 67.

S’ils [les saumons] ne mordent pas pendant que la mouche descend avec le courant, ils le feront lorsque le pêcheur sportif ramène lentement sa ligne de réserve et sa soie vers l’embarcation. Aussi simple que ça! Ce qui permet à des personnes peu ou pas du tout habituées de « moucher » de connaître le plaisir de prendre des saumons avec une canne à moucher. 1989, Le Soleil, Québec, 4 mai, p. S‑8.

Trois jours à apprendre à moucher, à suivre les conseils d’un guide-moniteur attentif, à s’initier au protocole particulier en vigueur sur le bord d’une rivière à saumon, trois jours de plaisir partagé… sans prendre un poisson. Expérience de patience, de communion avec la nature, de contemplation, la pêche au saumon tient parfois beaucoup plus de la religion que d’un mouvement de soie au bout d’une canne. 2003, P. Gingras, La Presse, Montréal, 10 mai, p. H8.

« Je considère que la Rivière-à-Mars est la plus belle rivière école au Saguenay pour apprendre à moucher. La rivière est accessible des deux côtés et les pêcheurs disposent d’un bon espace pour moucher. De plus, les gens au poste d’accueil ne sont pas avares de conseils et nous vendons sur place les mouches les plus favorables pour la rivière. » 2018, Le Quotidien (site Web), Saguenay, La Vitrine, 3 mai.

 (Dérivés). Moucheur, moucheuse n. Personne qui pêche à la mouche.

 (Variante suff.). Fam.Moucheux n. m.

Les moucheurs auront leur club… Les voyages de pêche et les invitations se multiplieront par la suite… 1942, L’Événement-journal, Québec, 12 septembre, p. 9.

Une fois, i est arrivé un sport [= homme élégant] de la ville, un homme dans la quarantaine qui avait la passion d’la pêche. Pas d’autre chose que d’la [truite] rouge qu’on poigne à la mouche. Un homme smarte, beau parlant, bon moucheur, ben payant. 1943, Cl.‑H. Grignon, Le père Bougonneux, Le Bulletin des agriculteurs, octobre, p. 5.

Du côté des moucheux comme on les appelle[,] Roland nous dit qu’il n’a jamais pris d’aussi petites truites, 2 ½ pces, 3 pouces, à la mouche, ça veut dire que la fraie de l’année passée a été bonne, et qu’il y aura encore de bonnes pêches à faire dans l’Etchemin. 1968, Le Guide, Sainte-Marie-de-Beauce, 6 juin, p. 17.

Du même lancer, les « étudiants » que nous étions, nous avons compris la détente subtile d’un moucheur, d’une moucheuse, les deux préparant avec rafffinement [sic] leurs soies, choisisssant [sic] la mouche appropriée, selon l’humeur des éclosions environnantes, bref, vivant au rythme de la pêche comme cela se doit. 1980, J.‑P. Arsenault, Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 9 juin, p. 9.

Cependant, je peux vous affirmer que, malgré son approche désarmante, Danny est un très bon moucheur qui s’applique toujours à pêcher l’eau avec la même attention qu’il porte à son équipement. Son habitude de moucher scrupuleusement dans toutes les poches, courants, remous et fosses susceptibles de cacher une belle truite lui a souvent fait connaître le succès. 1985, S.‑J. Vincent, Pêche à la mouche, p. 33‑34.

Et la Maison des jeunes est ainsi devenue une pépinière de moucheuses et de moucheurs de moins de 18 ans, au point où on refuse du monde! Les jeunes passent l’hiver à s’initier à la fabrication des mouches et, en gymnase, au lancer. 2007, L.‑G. Francoeur, Passion : nature, p. 363.

Le fidéiste ichtyophile [/] Si ce moucheur professionnel possède son lot d’histoires de pêche, il se rappelle encore celle de sa révélation, de son épiphanie : une grosse truite, nageant le long des piliers de la route 117, qui n’a jamais voulu mordre son hameçon. 2023, Journal des citoyens, Prévost, 16 novembre, p. 25.

 Moucheuse n. f. Canne à moucher.

Aujourd’hui, les moucheuses peuvent être en fibre de verre ou en bambou avec actions différentes : en outre, les ficelles en soie naturelle n’existent plus : on les a remplacées par les ficelles en soie artificielle, en nylon, en dacron, en térylène, en orlon […]. 1961, Le Petit Journal, Montréal, 30 avril, supplément, p. 35.

La canne à mouche, appelée aussi moucheuse, est certainement la plus importante de toutes puisque c’est un instrument de délicatesse et de précision requérant un matériel supérieur et une fabrication soignée. 1966, M. Chamberland, La pêche au Québec, p. 69.

Ne le dites à personne, mais il m’est arrivé à plusieurs reprises (et avec quelques remords, bien sûr) d’insérer à cet effet une bobine de monofilament régulier dans mon moulinet à mouche et d’installer ma « moucheuse » ainsi équipée sur un downrigger, avec un gros streamer comme offrande. 1996, J. Ruel, Pêche à la mouche, p. 125.

Les adeptes de la canne à mouche […] feraient bien d’emporter leur équipement avec eux, car à marée basse, la pêche s’effectue à très faible profondeur le long de grands hauts-fonds sablonneux; dans ces conditions, la « moucheuse » est très efficace. 1999, Sentier chasse-pêche, vol. 28, no 4, p. 36.

« Quand tu en piques un [flétan de l’Atlantique], tu en as pour plusieurs heures pour être capable de le remonter. Quand le pêcheur en accroche un au bout de sa ligne, c’est le même principe que l’été un saumon avec une “moucheuse” », explique [un pêcheur] sur l’espèce reconnue pour sa puissance et qui peut peser jusqu’à 700 livres, ajoutant que tous ceux qui ont eu affaire avec un flétan atlantique veulent revivre cette « expérience exceptionnelle ». 2023, D. Ainsley, Le Quotidien (site Web), Saguenay, 16 février (cité d’après Eureka.cc).

 RareMouchologue n. Spécialiste de la fabrication de mouches artificielles et des techniques de pêche à la mouche.

Si vous avez l’intention de vous mettre à la mode, dans le domaine de la pêche sportive, le « mouchologue » […] vous donne une dernière chance, en 1987, d’apprendre à lancer à la mouche. 1987, Le Soleil, Québec, 30 mai, p. S‑12.

Histoire

Depuis 1885. Probablement dérivé directement de mouche « appât de pêche » (sens attesté en français, d’abord dans mouche artificielle, depuis 1801 selon TLF, mais seulement depuis 1846 selon Robert (en ligne) 2023‑11, v. aussi Littré); pourrait aussi se rattacher au verbe moucher, emploi technique signalé en français depuis 1907 en parlant de la truite qui attrape la mouche (v. GLLF et Robert (en ligne)  2023‑11), mais puisque celui-ci est peu attesté et semble d’apparition plus récente, cette hypothèse paraît moins probable. Moucheur, depuis 1942, et la variante moucheux, depuis 1958 dans le nom d’un club (L’Action catholique, Québec, 16 avril, p. 15 : […] les Moucheux de l’Arsenal […]); moucheur est employé également en France (où il existe même des clubs et des magazines destinés aux moucheurs), mais il paraît s’y être implanté plus récemment qu’au Québec (v. Larousse 1960‑1982, GLLF et Robert (en ligne) 2023‑11). Moucheuse « canne à moucher », depuis 1961. Mouchologue, depuis 1987; le terme paraît toutefois n’avoir été associé qu’à un seul et même spécialiste (v. Le Soleil, Québec, 26 novembre 1995, p. S 9 : Quand des adeptes de la pêche à la mouche du Québec parlent du mouchologue, tous comprennent que c’est de lui qu’il s’agit. Sa réputation dépasse même depuis longtemps les frontières du Québec). On trouve le mot en France, mais pour désigner une personne spécialisée dans l’étude des mouches : « L’homme ne connaît d’autre prédateur que lui-même. » Cet aphorisme est une contrevérité flagrante. Un défi au bon sens même pour n’importe quel « mouchologue ». L’homme a son prédateur[…] : la mouche. (M. Monestier, Les mouches : le pire ennemi de l’homme, 1999, p. 11). Inconnu au Québec, cet emploi demeure rare en France, où il semble relever de la langue familière.

Nouvelle entrée de la deuxième édition

Dernière révision : février 2024
Trésor de la langue française au Québec. (2024). Moucher. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 15 avril 2024.
https://www.dhfq.org/article/moucher