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MITAINE [mitɛn]
n. f.

I
1

Pièce de l’habillement recouvrant entièrement la main et ne comportant pas de séparations pour les doigts, excepté pour le pouce, que l’on porte pour se protéger du froid.

2022, TLFQ, Mitaines inuites en cuir retourné de caribou avec bordure en fourrure [photo], Collections de l’Université Laval.

Mitaines de laine, de cuir, vieillide peau. Grosses mitaines, épaisses et chaudes. Mitaines doublées. Mitaines de ski. Paire de mitaines. Tricoter des mitaines.

 mitasse2.

Rem.Moufle, qui est le mot usuel en France, est plutôt rare au Québec (se rencontre surtout dans la langue soignée) (voir Histoire).

Cette rigueur demesurée n’a duré que dix jours ou environ, […] quoy que le froid surpasse de beaucoup les gelées de France, il n’y a rien d’intolerable, & je puis dire qu’on peut icy plus aisément travailler dans les bois, qu’on ne fait en France, où les pluyes de l’hyver sont fort importunes. Mais il se faut armer de bonnes mitaines, si on ne veut avoir les mains gelées […]. 1634, The Jesuit Relations and Allied Documents, vol. 5, p. 124.

Les froids y sont-ils grands l’Hyver? Il y a quelques journées qui sont bien rudes, mais cela n’empesche point que l’on ne fasse ce que l’on a à faire; on s’habille un peu plus qu’à l’ordinaire; on se couvre les mains de certaines moufles, appellées en ce pays icy des mitaines […]. 1664, P. Boucher, Histoire veritable et naturelle des mœurs & productions du pays de la Nouvelle-France, vulgairement dite le Canada, p. 141.

Devant la vitrine de Glover il y avait un curieux, un homme âgé de plus de cinquante ans, pas gros, pas grand, cuivré, sans barbe, le blanc de l’œil un peu jaune et la bouche large fendue. Il portait un capot de couvertes avec une raie noire dans le bas, une ceinture flèchée [sic], des mitaines de caribou, un casque de chat sauvage. 1884, P. LeMay, L’affaire Sougraine, p. 34.

Le petit garçon de neuf ans, il tremblait, pis il pleurait. Ils l’avaient fait mettre dans le milieu, pis ils avaient rien que des petites frocs sur eux autres, de laine, de laine du pays, là, et puis des mitaines, pis des, ils appelaient ça des turques [= tuques], des bonnets, là, pis tricotés. 1948, Sainte-Marie (Beauce), AFEUL, L. Lacourcière 620 (âge de l’informatrice : 88 ans).

Mme Anna Toutant aimait la musique et les vieux refrains. Tout en chantant […] ses doigts de fée jouaient sur les mailles de son tricot qui tantôt prenait la forme d’une mitaine, tantôt d’une chaussette ou d’un bonnet. 1970, M.‑A.‑A. Roy, La Montagne Pembina au temps des colons, p. 167.

C’était une soirée d’une remarquable douceur, comme souvent après une grosse tempête de neige. […] La neige scintillait et je me mis à penser à l’époque où je croyais qu’on pouvait ramasser chacun des diamants qui brillaient pour en faire des colliers, et à la fois où j’avais essayé avec mes mitaines d’abord, puis avec mes mains; la colère, la frustration, la crise… 1992, M. Tremblay, Douze coups de théâtre, p. 103.

Voici quelques conseils pour vous adonner à la marche durant l’hiver : Habillez-vous chaudement en portant plusieurs couches de vêtements, ce qui permettra à votre corps de conserver sa chaleur. Par contre, il ne faut pas avoir trop chaud! Préférez les sous-vêtements longs, les chandails en laine et les vestes à l’épreuve du vent. Le chapeau, le foulard, pour couvrir le visage au besoin, et les mitaines ou les gants sont également des accessoires essentiels qui contribuent à éviter les pertes de chaleur. 2019, Profitez de la vie… Soyez actif!, L’Éveil campagnard, vol. 19, no 3, p. 23.

Juliette supporte de moins en moins de vivre dans la gêne. Les foulards et les mitaines que leur mère leur confectionne à partir de bouts de laines récupérés à gauche et à droite leur donnent l’air de pauvresses. 2020, M. Lesage, Colombes et corneilles, p. 158.

(Dans des comparaisons).

Secouer qqn comme une vieille mitaine. Rejeter qqn comme une vieille mitaine.

 Aller comme une mitaine à qqn : aller comme un gant à qqn.

(Dans des chansons folkl.). Mitaines pas de pouce, leitmotiv évoquant le manque de prévoyance, ou la misère.

En souliers d’bœuf, le nez morveux, dans l’bois tout l’temps, [/] Beau temps, mauvais temps, [/] Mon Dieu qu’c’est donc d’la misère, [/] Pis des chaussons, pis des chaussettes, [/] Pis des mitain’s pas d’pouce en hiverre. 1972, Des mitaines pas d’pouce (chanson), Les chansons d’Ovila Légaré, p. 15.

Fig. Ôter, enlever ses mitaines : travailler plus rapidement, se hâter; faire preuve de plus de dextérité, d’habileté.

Il y a quelque temps le Club Notre-Dame lançait un défi à tout venant, soit de St‑Hyacinthe ou de Montréal, pour une partie de jeu de Crapeau. […] Maintenant le Club Hallé est prêt à rencontrer le Club Notre-Dame, en n’importe quel temps, soit sur le terrain du Notre-Dame ou sur le sien. […] Donc, en avant les bons amis, enlevez vos mitaines, car vous aurez partie chaude. 1921, Le Clairon, Saint-Hyacinthe, 16 septembre, p. [6].

Un jour, un homme fut obligé d’aller chercher le docteur, à trois heures du matin, pour sa femme. Comme c’était proche et que c’était trop loin pour aller à pieds, il prit sa charrette et s’attela lui-même et partit. Rendu chez le docteur, il sonne et lui explique le but de sa visite. [/] – Prends mon « satchell » et mets-le dans la voiture. [/] Le docteur met son paletot, ses gants et sort. [/] – Où as-tu mis le cheval? demande le docteur à l’habitant. – Allons! allons! ne « kike » pas[,] ote [sic] tes mitaines, mets-toi en arrière et pis pousse fort tu vas voir si ça va vite attelé en double. 1935, Le Canard, Montréal, 3 février, p. 3.

Il présente à Jeannette la boîte enveloppée d’un papier de fantaisie et d’une ficelle à fils d’or. Les doigts de Jeannette s’empêtrent dans la boucle de la corde. [/] – Enlève tes mitaines, dit Jacqueline, qu’on voit [sic] ça au plus vite. 1951, R. Viau, Au milieu, la montagne, p. 132‑133.

Il ressort de tout ceci que les As de Joe Crozier devront enlever leurs mitaines s’ils entendent conserver leur couronne de champions du circuit Higginson. 1958, L’Écho du St‑Maurice, Shawinigan, 23 avril, p. 19.

Les autres ont fait ce que nous attendions d’eux. C’est maintenant à nous d’enlever nos mitaines. 1967, Le Soleil, Québec, 17 juillet, p. 28.

[…] c’est justement le problème actuel de la rivière Bulstrode. Une eau trop chaude. Ou juste à la limite! Comme quoi il faut agir vite! Et c’est ce que fait la CGRB [Corporation de gestion des rivières des Bois-Francs] via des travaux expérimentaux effectués en plein hiver. Le temps n’est plus à se ronger les ongles, il faut enlever ses mitaines. 1989, Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 1er février, p. 20.

 RareEmmitainer v. tr. Mettre des mitaines (à qqn).

 v. pron. Mettre ses mitaines; par ext. s’habiller chaudement. 

 RareSe démitainer v. pron. Enlever ses mitaines.

2

Pièce de vêtement semblable servant à protéger la main lors de l’exécution de certaines tâches, de certains travaux.

Mitaines en toile. Mitaines à, de four.

2023, TLFQ, Mitaines de four [photo].

Rem.En France, on dit plutôt gant (p. ex. gants de cuisine, pour saisir des plats chauds); mitaine s’emploie cependant en parlant d’un gant qui ne couvre que la moitié de la main, laissant les doigts libres pour le travail.

[…] & puis tout d’un temps il renverse la moluë le ventre sur l’étably, & prend la teste à deux mains, la renverse sur le dos de la moluë & luy romp le col, il prend la teste d’une main la jette dans un trou qui est à ses pieds par où elle tombe dans la mer, & de l’autre main pousse la moluë à l’habilleur, qui la prend par l’oreille avec une mitaine qu’il a à la main gauche, autrement il ne la pourroit pas tenir ferme […]. 1672, N. Denys, Description geographique et historique des costes de l’Amerique septentrionale, t. 2, p. 160.

Pour sa part, Vincent taillait les pièces de cuir que les hommes s’appliquent aux genoux pour lier les veilloches, les mitaines de ceux qui fabriquaient des liens, les souliers de bœuf dont il fallait une ample provision. 1931, L.‑P. Desrosiers, Nord-Sud, p. 67.

Il fallait prendre de grandes précautions dans la manipulation des morceaux de potasse. Bien que froids, ils pouvaient, comme le caustique, brûler les tissus, surtout les mains rendues humides par la transpiration. On avait donc soin de toujours porter une blouse, un grand tablier carré à bavette et de longues mitaines, en toile du pays. 1950, D.‑M. Doyon, La fabrication de la potasse au Canada, Les Archives de folklore, t. 4, p. 40.

Un couple qui commence prend normalement maison pour la première fois. Pour ce faire et afin de vivre convenablement, il a besoin d’un équipement ménager de base se superposant aux meubles […]. En voici une liste indicative […]. […] serviettes de bain, débarbouillettes, ensemble de serviettes, nappes, napperons, mitaines à four, etc. 1981, Le Soleil, Québec, 24 janvier, p. E10.

Une façon ingénieuse de joindre l’utile à l’agréable : par souci de symétrie, on voulait deux portes sur le côté adjacent aux tiroirs. Résultat : un pratique endroit où ranger les mitaines pour le four. 1994, Coup de pouce, septembre, p. 159.

Le récit est appuyé par divers procédés « magiques », que ce soit le sucre qui tombe du ciel ou le sac de farine qui danse, et par des marionnettes qui n’ont absolument rien de traditionnel. Un tablier couvert de taches et des mitaines de four sont suffisants pour évoquer le souvenir d’une tante cuisinière, tandis que de toutes petites marionnettes dans un poste de radio rappellent les parents du personnage principal. 2011, Le Droit, Ottawa-Gatineau, 13 mai, p. 28.

Des mitaines de four tachées sont une véritable horreur dans une cuisine. Cependant, avant de les jeter, passez-les une dernière fois dans le lave-linge. Puis ardez-les dans votre garage où elles pourront vous servir pour toucher les pièces chaudes d’un moteur comme le silencieux, les tuyaux ou le radiateur. 2019, 7 façons utiles de réutiliser les objets de tous les jours, L’Éveil campagnard, vol. 19, no 1, p. 12.

Les feux de cuisson sont une des principales causes des incendies résidentiels. Voici quoi faire si une marmite ou une casserole prend feu sur la cuisinière : […] À l’aide d’une mitaine de four, éteindre le feu en plaçant un couvercle sur le récipient. 2020, Quoi faire lors d’un feu de cuisson?, Blainville en couleurs, vol. 16, no 5, p. 17.

Enveloppe que l’on met aux mains des bébés pour leur protection.

Les « mitaines » ressemblaient à de petits gants sans doigts que portait le bébé, pendant six mois ou un an, ce qui lui évitait de s’érafler la peau avec les ongles. 1979, J.‑Ph. Gagnon, Rites et croyances de la naissance à Charlevoix, p. 67.

Gardez les ongles courts pour éviter de créer des lésions qui pourraient se mettre à saigner ou s’infecter. Pour les bébés, des mitaines sont utiles, notamment durant les périodes de sommeil. Certains adultes apprécieront de mettre des petits gants durant la nuit, puisque plusieurs se grattent souvent sans s’en rendre compte. 2021, Le Béring, vol. 16, no 2, p. 10.

II

(Dans le voc. des sports).

1

Au baseball, gant du receveur, ou gant du joueur de premier but, qui ne comporte de séparation que pour le pouce; par ext. gant utilisé par n’importe lequel des joueurs.

 Passer un frappeur dans la mitaine, le retirer sur trois prises, l’éliminer.

Rem.Souvent utilisé dans les glossaires québécois pour définir mitt.

 gantmitt.

Mitaines pour jeu de base-ball, fortes et bien faites, prix spéciaux durant la vente de juillet, 29, 38, 48 cents chacune. 1898, La Presse, Montréal, 22 juillet, p. 4 (annonce).

Mitaines de jeu de baseball pour petits garçons, prix spécial… 11c. 1899, La Presse, Montréal, 28 juillet, p. 4 (annonce).

J’peux vous nommer ramasseur de billets à la porte de nos séances. Oui… La place est libre parce que Nénel Couture est à l’école de réforme pour trois mois. Il a une belle profession là-bas : il fait des balles de baseball puis des mitaines de catcher. 1937, Gr. Gélinas, Le carrousel de la gaieté, 30 septembre, p. 2 (radio).

Voyons maintenant l’équipement des joueurs défensifs. Ils portent tous un gant, à l’exception du premier but et du receveur. Il n’y a pas de loi qui interdise au 1er but de porter un gant […] mais la majorité préfère la mitaine. Elle diffère du gant quant à la forme. Elle a un pouce mais les quatre autres doigts sont emprisonnés sous une seule pièce de cuir. 1970, B. B. Leblanc, Baseball Montréal, p. 74.

La fièvre du jour allait-elle l’atteindre enfin, […] le tourner à l’envers pour qu’il ne fasse plus qu’un avec ce qui se vivait à l’extérieur, dans la rue où les automobiles faisaient des nuages de poussière, où les enfants marchaient bientôt, vêtus en joueurs de baseball, avec les mitaines enroulées sur les battes tenus à bout de bras […]! 1972, V.‑L. Beaulieu, Un rêve québécois, p. 140‑141.

Menant 4‑3 en septième et dernière manche, le Québec s’est soudainement retrouvé dans le pétrin avec deux coureurs de Vancouver sur les sentiers et aucun retrait. […] La suite? […] Un, deux, trois… Lavigne [le lanceur] a passé les trois frappeurs suivants dans la mitaine. 1990, Le Soleil, Québec, 12 décembre, p. S8.

Il [Javier Vazquez, joueur des Expos] a retiré 14 frappeurs sur des prises, établissant un nouveau sommet personnel, en sept manches. Il avait obtenu 11 retraits au bâton quatre fois auparavant. Deux fois, il a passé dans la mitaine trois frappeurs dans une manche. 2003, Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 10 avril, p. 24.

À quelques pas des uniformes des équipes et de vieilles mitaines des années 1940 qui ornent les murs du quartier général des Ligues majeures à New York, le maire, grand fan de baseball s’il en est, n’a pas caché son enthousiasme. 2015, Le Droit, Ottawa, 29 mai, p. 38.

En défense, le partant Chris Murphy a offert un départ solide à sa formation pour signer sa troisième victoire de la campagne. Le grand droitier a offert six bonnes manches de travail à son gérant, au cours desquelles il a espacé sept coups sûrs, accordé deux points mérités et retiré quatre frappeurs dans la mitaine. 2017, Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 28 août, p. 29.

2

Au hockey, gant du gardien de but, muni d’un grand panier et servant à attraper la rondelle.

 gantmitt

 (Par méton., général. dans bonne mitaine). Habileté (du gardien de but), facilité à se servir de sa mitaine pour attraper la rondelle.

Avoir, posséder une bonne mitaine.

Rem.Dans le vocabulaire spécialisé du hockey, on distingue la mitaine d’attrape de la mitaine de revers, cette dernière (souvent appelée biscuit, en raison de son apparence) servant plutôt à protéger la main qui tient le bâton.

Ce ne fut que dans la première période que les Canadiens réussirent à déjouer alors que Tony Demers égalisa le score sur une passe de Jack Adams, lorsque son lancer foudroyant sortit de la mitaine du gardien de buts. 1940, L’Illustration nouvelle, Montréal, 22 novembre, p. 23.

Au début de la troisième, Pat Egan prit le gardien Benny Grant en défaut sur un lancer de 50 pieds quand la rondelle glissa sur la mitaine du gardien. 1943, Le Devoir, Montréal, 5 novembre, p. 11.

Aussi habile avec ses jambières qu’avec ses mitaines, le gardien de buts des Torontois, exécuta en effet trois arrêts, dont deux instinctivement, pour empêcher l’adversaire de prendre les devants dans la série. 1951, Le Canada, Montréal, 19 avril, p. 8.

Sur ces mêmes lancers dans le coin de la patinoire, lorsque la rondelle bondit et qu’il est imprudent de la jouer avec votre bâton, ramassez-la avec votre mitaine et retenez-la pour une mise au jeu, si vous êtes en avant de la ligne des buts. 1972, J. Plante, Devant le filet, p. 61.

Dans le premier cas, je l’avais à ma merci, mais il a réussi, dans un geste de désespoir, à arrêter la rondelle. La seconde fois, j’ai décoché un tir parfait du revers, dans le coin du filet, mais, à la dernière seconde, il a gobé la rondelle avec sa mitaine. Lorsqu’un gardien de but est en forme, il n’y a rien à faire pour le vaincre […]. 1979, Le Journal de Québec, 10 décembre, p. 63.

Michel Dion m’a réellement impressionné […]. Il est vraiment solide devant sa cage. Il couvre bien ses angles et reste debout. Il possède une bonne mitaine. Je n’ai que du bien à dire de ce gars-là. 1980, Le Soleil, Québec, 17 janvier, p. C1.

[…] sa blessure […] est survenue de façon bien banale : « C’était une niaiserie lors d’un entraînement. Je narguais Chad Penney après un arrêt de la mitaine. Il s’est fâché un peu et a lancé une autre rondelle, que j’ai plongé pour arrêter. J’ai réussi, mais mon genou n’a pas suivi », a-t-il relaté. 1995, Le Droit, Ottawa-Hull, 2 février, p. 54.

Le gardien du Tricolore a effectué un bel arrêt de la mitaine, avant de sauter sur le retour. 2013, Le Droit, Ottawa-Gatineau, 26 avril, p. 43.

La rondelle s’est immédiatement retrouvée sur la lame du ton de Mikkel Boedker qui l’a remise à la pointe droite à Dylan DeMelo. Son tir a emprunté une trajectoire inattendue et la rondelle s’est faufilée au-dessous de la mitaine du gardien du Canadien. 2018, La Presse canadienne, Metro (site Web), Montréal, sports, 4 décembre.

III

Fig., péjor.Personne qui manque de caractère, qui fait preuve de lâcheté, qui se laisse facilement influencer; personne sans énergie, sans combativité.

Être une mitaine, par renforcement une mitaine pas de pouce. (Comme terme d’insulte). Espèce de mitaine. Traiter qqn de mitaine.

 (En fonction attribut, avec valeur d’adj.).

Être pas mal mitaine.

M. Raphael Fontaine, qui, le dimanche précédent, après la résignation de M. Morison, avait proposé M. Louis Côté comme candidat à la mairie, prit la parole et demanda à ce même M. Morison raison de la conduite qu’il tenait en ce moment. Il qualifia cette conduite de comédie. Il espérait que ce monsieur ne le prendrait pas pour une espèce de mitaine, ou un pantin qu’on fait mouvoir en tous sens. 1882, Le Courrier de St-Hyacinthe, 5 janvier, p. [1].

J’crois qu’si les vieux r’venaient su’ terre. [/] Y nous flanqu’raient leu pied quequ’ part. [/] On est tout un peupl’ de mitaines; [/] on s’laiss’ m’ner par le bout du nez. [/] On veut mêm’ pas s’donner la peine [/] de défendr’ c’qui nous ont donné. 1932, J. Narrache, Quand j’parl’ tout seul, p. 91‑92 (poème).

La famille a désigné, pour effectuer la collecte au service [funèbre], Adrien pis son cousin Robert, un gars plutôt mitaine, plutôt quécaille, un flanc-mou. 1974, J.‑M. Poupart, C’est pas donné à tout le monde d’avoir une belle mort, p. 124.

« Je réagirais comme lui si j’avais perdu mais il n’est pas une mitaine et il va se replacer. » C’est ainsi que le nouveau chef du Crédit social […] voit les choses au lendemain du congrès au leadership qui l’a porté au pouvoir avec 610 voix des 1,252 délégués présents. 1976, Le Soleil, Québec, 9 novembre, p. C1.

Le personnage [le capitaine Haddock] se contente de traiter Alcazar de « mitaine pas de pouce » ou encore les marins d’un autre navire de « sans-génie », « suce-la-cenne » et autres « pic-bois ». « C’est normal, résume Yves Laberge, l’œuvre de tintin n’a jamais été vulgaire. Elle a été écrite dans un niveau de langage simple et abordable, que cette adaptation a respecté. ». 2009, Le Devoir, Montréal, 15 octobre, p. A8.

« Si c’est pour le mieux, si c’est pour permettre que Harper rentre majoritaire, oui, je suis d’accord pour des élections. Je trouve que les Québécois sont un peu mitaines, qu’il se passe beaucoup d’affaires croches et que Harper pourrait mettre la vis plus serrée. Puis, si on avait une couple de ministres à lui ici, peut-être que les demandes du Québec seraient plus acceptées, comme le Colisée de Québec. ». 2011, La Voix de l’Est, Granby, 24 mars, p. 20.

IV

(Dans des emplois où mitaine évoque, par métonymie, l’idée de « main » ou d’« action manuelle »). loc. adv. Fam.À la mitaine.

1

De façon manuelle, ou artisanale, sans recourir aux techniques de pointe; avec des moyens de fortune.

Travailler, faire qqch. à la mitaine.

 De façon grossière, sans prendre le soin habituel.

Se laver à la mitaine, rapidement, sans avoir le temps ou la possibilité de prendre un bain ou une douche.

[…] on organisait, en fin de veillée, une petite sauterie, après le réveillon. Le violoneux […] commençait à nous enjôler par de petits airs sournois. On se faisait la jambe avec des gigues simples, puis un quadrille en règle mettait toute la maisonnée sur pied […]. Pour boucler la soirée, avant de saluer la compagnie, le violoneux nous sortait un réel [= interprétait un reel, une musique vive d’origine écossaise] joué à la mitaine. 1932, A. Bernard, La Gaspésie au soleil, 2e éd., p. 284‑285 (absent de la 1re éd. de 1925).

Aujourd’hui, Arthur Bédard fait voir 82 acres en culture. Cette superficie est on ne peut mieux égouttée et clôturée et le maître souligne que la très grande partie de ces travaux ont été faits « à la mitaine ». 1957, ministère de la Colonisation, Rapport de l’Ordre de mérite du défricheur, p. 39.

Ils charriaient du bois de pulpe vois-tu à main, pis après ça ils déchargeaient ça au Grand Tronc à la mitaine. Pis ils se faisaient 50 piastres, mais ils donnaient pas cinquante piastres de taxe. 1962, Isle‑aux‑Coudres (Charlevoix-Ouest), AFEUL, P. Perrault 845 (âge de l’informateur : n. d.).

Ce sont ses organisateurs qui ne font tout simplement pas le poids; ils fonctionnent « à la mitaine » et lui imposent un supplice qui n’a aucun sens; aussi incroyable que cela puisse paraître, ils ne sont même pas capables d’organiser une petite réception. 1973, Le Soleil du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Chicoutimi, 11 juillet, p. 14.

L’industrie du sucre d’érable n’en est pas une. Elle est morcelée en quelque 9 000 petites exploitations artisanales disposant de 1 500 à 2 000 arbres en moyenne. […] La plupart des sucriers québécois fonctionnent à la mitaine (75 p. cent utilisent encore les seaux), leurs installations sont archaïques et situées loin des voies d’accès. 1977, L’Actualité, vol. 2, no 3, p. 22.

Dans bien des cas, l’informatique est venue systématiser certaines opérations faites auparavant « à la mitaine ». « Tout est informatisé […], des caisses à la comptabilité. Ça nous permet notamment d’établir l’indice de popularité des mets et de les retirer de la carte s’ils ne sont que rarement commandés. ». 1990, La Presse, Montréal, 28 février, p. D1.

Les machines électroniques qui devaient compter les votes dans la nuit de jeudi à vendredi se sont plutôt mises à rejeter un nombre anormalement élevé de bulletins. Une enquête a été ouverte à ce sujet, et le décompte a finalement dû se faire « à la mitaine ». 2007, La Presse, Montréal, 5 mai, p. A32.

Quand votre médecin vous cible des objectifs précis de nutrition, ce petit logiciel vous met vite les données statistiques sous les yeux. Disons que ça fait vite prendre conscience… qu’il y a mieux pour la santé que des Frosted Flakes. Vous avez les chiffres sous les yeux. Et c’est plus rapide que de le faire à la mitaine comme avant, à partir de petits dictionnaires d’aliments où l’on ne trouve jamais ce qu’on voulait dans la liste. 2010, P. Jury, Le Droit, Ottawa-Gatineau, 15 septembre, p. 12.

Elle [une mère monoparentale] n’a plus aucun recours. Elle vit dans sa maison avec son fils, mais n’a pas de douche ni de toilette. Toute la plomberie est fichue, elle doit se laver à la mitaine et se servir d’une chaudière pour leurs besoins. 2018, Courrier Frontenac, Thetford Mines, 12 septembre, p. 10.

« Les déneigeurs qui ont 100 clients peuvent encore tout gérer à la mitaine, mais quand tu arrives avec 1000 clients, ça prend des outils », estime le consultant spécialisé. Selon la technologie choisie, le déneigeur économisera sur le plan des opérations et/ou sur le plan de l’administration et du service client. 2020, La Terre de chez nous (site Web), Longueuil, actualités, 26 novembre.

2

Conduire, chauffer à la mitaine : conduire un véhicule automobile muni d’une boîte de vitesses à commande manuelle (non automatique).

 (En fonction adj., en parlant d’un véhicule).

Char à la mitaine.

S’il veut impressionner, et surtout gagner le cœur des demoiselles qui circulent dans la rue Saint-Jean, il doit posséder une puissante 300 chevaux, de préférence « à mitaine », avec un silencieux hollywood et des pneus capables de souffrir des départs dignes de Daytona. 1967, Fl. Plante, Le Soleil, Québec, 3 juillet, p. 18.

Si j’étais le gouvernement, j’obligerais les constructeurs d’automobiles à produire seulement des véhicules avec des transmissions à la mitaine. Ce serait la fin de tous nos problèmes de crise de pétrole […]. 1974, Le Quotidien du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Chicoutimi, 3 décembre, p. 4 (chron. humor.).

Je suis pour le moment aus-i [sic] à la recherche d’une coéquipière pour ce petit périple; c’est à dire [sic] d’une bonne femme aimant la vie, la liberté et un peu les voyages; débrouillarde, délurée et sevrée, sachant conduire un véhicule à « mitaine » et pouvant, dans la mesure du possible et de ses moyens, participer aux frais de « séjour ». 1975, Mainmise, no 51, p. 6 (annonce).

Samedi, Ben Doyon de Québec a fêté ses 65 ans. La veille, il avait effectué son dernier voyage en autobus entre Québec et Sherbrooke. […] Vendredi, pour le taquiner, ses collègues lui avaient fait croire qu’il devait faire sa dernière route dans un vieil autobus « à mitaine ». 1980, Le Soleil, Québec, 16 septembre, p. A16.

On vous a raconté, il y a quelques semaines, que notre jeune confrère François […] s’était procurer [sic] une voiture toute neuve. Un « char-à-mitaine », comme on dit. Eh bien, cette semaine, en revenant de la métropole, les essuie-glaces du « grand » François ont lâché. 1987, R. Martin, Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 24 novembre, p. 27.

Pour la Golf régulière, la transmission à mitaine perd un rapport pour se contenter de 5, tandis que l’automatique reste à 6 mais sans DSG [= boîte à double embrayage]. 2014, Le monde juridique, vol. 21, no 9, p. 19.

Non seulement cette combinaison moteur-boîte consomme (et pollue) davantage – en milieu urbain surtout –, mais elle présente également un risque additionnel au moment de la revente. En raison de la faible popularité de cette conduite « à la mitaine », pour reprendre une délicieuse expression entendue dans certaines régions de la Mauricie, la revente s’annonce plus compliquée. 2021, É. Lefrançois, La Presse (site Web), Montréal, auto (guide auto), 11 février.

Histoire

De mite « mitaine » et de la finale -aine, présente dans des substantifs de l’inanimé (v. TLF, s.v. -ain3, aine). Mite avait cours en ancien français (attesté dès 1350 environ) pour désigner un gant qui recouvre entièrement la main, mais qui comporte une division pour le pouce (v. TLF, s.v. mitaine). Il s’agit probablement d’un emploi métaphorique de l’ancien français mite, nom affectif donné à la chatte, sans doute en raison de sa fourrure (v. ibid.); mite serait d’origine onomatopéique et résulterait d’une « imitation de la voix du chat » (RobHist 2012, s.v. mitaine; v. aussi TLF, s.v. mitaine et mistigri).

I1Depuis 1632 (G. Sagard, Dictionaire de la langue huronne, sous Ha (pour habits) : Gands, mitaines); héritage de France. Attesté en français depuis le XIIe s., mais donné comme vieux, vieilli ou régional par les dictionnaires qui le relèvent encore de nos jours (v. FEW mit- 62, 177a; TLF; Robert 1985). En France, le mot moufle a supplanté progressivement mitaine (v. p. ex. Larousse 1982 qui donne mitaine comme synonyme ancien de moufle). Au Canada, mitaine est répandu depuis le début de la colonie, moufle (attesté depuis 1664) étant confiné à un usage marginal. Cet état de faits reflète sans doute la situation dans les régions de France au XVIIe s.; mitaine y est d’ailleurs encore relevé à époque récente (v. FEW mit- 62, 177a, DepFrance, MinVienne2, s.v. mitane, ALJA 1262; signalé également en Suisse, v. NicSuisse et DSR). Pour l’expression ôter ses mitaines (depuis 1910, ChartFig 243), cp. en français argotique enlève tes mitaines « se dit à un joueur qui distribue maladroitement les cartes, à un musicien qui commet des erreurs de notes, etc. » (v. ColArg). 2Depuis 1672 en Acadie; depuis 1779‑1795 au Québec (ASQ, S‑221, p. 20 : pour des mitaines de cuir pour couper l’avoine). Héritage de France. Déjà dans Richelet 1680 : « Sorte de gans fourrez qui n’ont que le pouce & la main & qui ne servent d’ordinaire qu’aux chartiers, laboureurs & autres gens de cette sorte ». Relevé dans divers parlers de France, notamment dans le Nord-Ouest et l’Ouest, pour désigner une moufle conçue pour effectuer certains travaux (« gant qu’on met quand on coupe des épines », « gros gants pour couper le bois », « moufle de cuir épais pour couper des épines et fagoter », v. FEW mit- 62, 177a; RézOuest2).

II1Depuis 1898; dès 1909 dans un journal franco-américain (v. La Tribune, Woonsocket (Rhode Island), 3 mai, p. [2]). Probablement d’après l’anglais nord-américain mitt (v. mitt, sous Hist.). 2Depuis 1940. Aussi d’après l’anglais mitt (v. mitt, sous Hist.); mitaine « habileté du gardien de but » est peut-être à mettre en rapport avec l’anglais glove « fielding ability », relevé dans le vocabulaire du baseball (he’s got a good glove, v. WebsterC 1989).

IIIDepuis 1882. Relevé dans un parler franc-comtois (v. FEW 62, 177a). Cet emploi figuré pourrait avoir été inspiré de l’image de la main faisant bouger une mitaine comme une marionnette, laquelle peut évoquer une personne facilement manipulable.

IV1Depuis 1932. Peut-être attribuable à l’anglais; cp. mitt « (Gen[erally] the mitt) Hand-work, work by hand » (v. PartrSlang5); cp. en outre mitten (ou sa forme abrégée mitt) « hand » (‘slang’, v. OED, s.v. mitten, et Webster 1986, s.v. mitt). 2Depuis 1967.

Dernière révision : mars 2024
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Trésor de la langue française au Québec. (2024). Mitaine1. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 23 mai 2024.
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