MANCHE2 [mɑ̃ʃ]
n. m.
Partie d’un instrument, d’un objet, par laquelle on le tient.
VieilliManche de plume : porte-plume.
Ce soir, vendredi, 5 mars, aux magasins du soussigné, sera vendu un assortiment de Livres nouveaux et vieux, Cartes Géographiques, Plumes d’Acier, Manches de Plumes, avec tuyaux, Presses à copier […]. 1847, L’Aurore des Canadas, Montréal, 5 mars, p. [3] (annonce).
Lui, il façonnait de petits morceaux de bois en svelte et gracieuse chaloupe. Un bout de ruban rose faisait la voile; quatre brins de soie représentaient les cordages; un beau manche de plume en ivoire remplaçait le mât, et parmi les cris d’admiration de nos deux petites fées nous livrions au vent la frêle nacelle. 1874, F. de Saint-Maurice, À la brunante, p. 166.
Ils répondaient brièvement aux questions des étudiants; soit pour les renseigner, soit pour leur dire qu’ils ne le pouvaient pas, quand la question en était une à laquelle l’élève devait trouver la réponse lui-même. L’un des examinateurs, cependant, s’arrêtait quelque fois devant un élève plus en peine que les autres, et, pour ne pas lui voir ronger plus longtemps son manche de plume, il lui soufflait un bout de réponse. 1908, J.‑M.‑A. Mousseau, Les Vermoulures, p. 51.
En ce jour de mai où le soleil brille presque autant que votre fluorescente sincérité, je mets avec bonheur la main à mon manche de plume pour vous donner de mes nouvelles qui sont très bonnes, je vous remercie. 1949, Le Devoir, Montréal, 23 mai, p. 1.
Essaie de te procurer ces matériaux. 1. Un ou deux manches de plume; des pointes aussi de tailles différentes : petite, moyenne, large; 2. Le correcteur blanc, dont on se sert pour la correction des textes dactylographiés, est souvent très utile pour camoufler des taches d’encre ou de crayon-feutre. 1984, Le Soleil, Québec, 28 septembre, p. 5.
Saint-Louis[,] où l’on aurait eu de la peine à trouver un manche de plume à acheter à la même époque, se paye aujourd’hui le luxe d’avoir un magasin de gros qui y fait de très bonnes affaires paraît-il. 1988, Le Quotidien, Saguenay, 25 février, p. 2.
VieilliTuyau d’un calumet, d’une pipe.
Manche de pipe. Pipe à long manche.
[…] Trois Calumets de pierre rouge a Six Chelins […] Trois Manches a Calumet a Trois Chelins […]. 1784, Montréal, dans RAPQ 1947-1948, p. 49.
Si je contrarie vos plans dans cette touche-ci, n’allez pas de dépit broyer le manche de votre pipe entre vos dents; nous finirons peut-être par nous entendre. 1880, Z. Lacasse, Une mine produisant l’or et l’argent, p. 64.
Y en avait comme ça [des imprécations] une rubandelle [= ribambelle] qui finissait pus; que ça nous faisait redresser les cheveux, je vous mens pas, raides comme des manches de pipes. 1898, L. Fréchette, Coq Pomerleau, dans A. Boivin et M. Lemire (éd.), Contes II. Masques et fantômes, 1976, p. 189.
L’on sait que le cancer des lèvres ou de la bouche provient de l’irritation causée par le manche de pipe. par de mauvaises dents, ou par la noix de betel [sic] […]. 1919, Le Droit, Ottawa, 19 décembre, p. 14.
Des s’nelles et des pommettes, [/] des as de pique, [/] des raves et des concombres, [/] des manches de pipe; [/] d’la fleur, des poches d’avoine, [/] les souliers de beu, [/] des filles et des garçons [/] heureux! 1955, Le Devoir, Montréal, 9 février, p. 4 (chanson).
(Hapax). Calumet.
Mon Parent, C’est avec grande joie que je fume dans ton manche et que je reçois ta parole. 1889, Fr. V. Malhiot, 1804, dans L. R. Masson, Les Bourgeois de la Compagnie du Nord-Ouest, t. 1, p. 249.
Crosse d’une arme à feu.
Manche de fusil, de carabine.
L’accident survint à 40 milles du Sault-Ste-Marie, dans le canton Morin quand le manche du fusil que tenait [un chasseur], de Duparquet, se prit dans une branche et le fusil se déchargea. 1945, Le Droit, Ottawa, 21 novembre, p. 11.
Ce photographe amateur a quelque peu donné la frousse aux agents de la Gendarmerie royale hier à l’Expo. En effet, il avait monté sa caméra sur un manche de carabine. Les agents de la gendarmerie [sic] royale, croyant en un tireur d’élite, se sont empressés d’intervenir, pour constater heureusement que le photographe n’avait rien d’un Oswald. 1967, Montréal-Matin, 13 mai, p. 4.
Un piano, dont le clavier a été fait à partir de manches de fusils, a même été envoyé en novembre 1994 au président d’Haïti, Jean-Bertrand Aristide, lors de la Journée de l’armée, une ancienne fête nationale commémorant l’importance de l’armée dans la gestion du pays. 1998, Progrès-dimanche, Chicoutimi, 3 mai, p. A37.
Le 23 mars 2002, jeudi matin, 7 h 00. Une demi-douzaine de soldats armés de la tête aux pieds frappent à cou [sic] de manche de fusil à la porte d’une petite maison. Ils annoncent au propriétaire et à sa famille qu’ils n’ont plus qu’une heure pour quitter leur domicile, et ce, sans l’autorisation d’apporter quoi que ce soit avec eux. 2003, Le Régional, Hull, 23 avril, p. A12.
Vieilliou région.Perche, longue perche de bois.
(Spécialement; souvent dans manche de ligne). Canne à pêche.
James Mitchell prend la liberté d’informer ses amis et le public qu’il a reçu partie de ses marchandises du printemps, […] consistant en […] lignes à saumons et pour pêcher la truite à la mouche avec les manches, et une variété d’autres articles dont il disposera à des prix très modiques, pour argent comptant ou à court crédit. 1805, La Gazette de Québec, 16 mai, p. [5] (annonce).
[…] c’était le moment pour nous […] de sortir nos lignes et de nous couper un bon manche dans les cerisiers. À cette heure chaude du jour, les grosses carpes dormaient au soleil, immobiles, remuant imperceptiblement leurs nageoires et leurs branchies. 1919, Frère Marie-Victorin, Récits laurentiens, p. 85.
Écoute-moi bien : Quand j’aurai rendu le dernier soupir, tu appelleras mon vieux compagnon de pêche Alfred Gibault, et tu lui demanderas de déposer dans mon cercueil un bon manche de ligne (en trois bouts, c’est plus commode pour le voyage), des hameçons, des ficelles et des plombs, un grand casseau [« contenant »] de vers, des gros et des longs; ceux de la tombe sont trop minces! 1932, Vieux Doc, En guettant les ours, 2e éd., p. 258 (absent de la 1re éd.).
– Père Pelletier : Avez-vous des bons manches de ligne? – Ti-Toine : J’ai la canne à pêche téléscope de mon père. – Pierre : Et moi aussi. […] – Père Pelletier : Pensez-vous que vous allez prendre plus de poisson parce que vous êtes greyés en Américains, mes petits gars? […] J’vas vous prêter des bons vieux manches en bambou… C’est aussi bon. J’aime pas le fancy, moi… – Ti-Toine : Merci, j’aime autant me servir de ma canne à pêche. – Pierre : Et moi de la mienne. 1938, A. Audet, Madeleine et Pierre, 22 novembre, p. 7 (radio).
Si l’on excepte plusieurs amateurs de pêche, la très grande majorité de nos concitoyens ignore que notre ville possède une industrie unique en son genre. C’est celle de la fabrication de manches de ligne avec les baguettes de pool que les fervents de ce jeu réussissent à briser, naturellement… involontairement. 1943, Le Clairon, Saint-Hyacinthe, 19 mars, p. 8.
On peut commander, pour un essai de 90 jours, 3 onces d’huile aromatisée Mouse d’espagne [sic] (normalement, c’est une quantité suffisante pour toute une saison de pêche). Il suffit d’en vaporiser sur les appâts – peu importe qu’on pêche la truite, le brochet, l’éperlan ou la ouananiche – et de tenir solidement son manche de ligne… 1976, Le Droit, Ottawa, 10 avril, p. 11 (annonce).
En ce qui concerne les manches de lignes, plusieurs étaient en fibre de verre, en bambou et même en bois. Faut dire que ces manches étaient très bons pour leur époque et certains « vieux » pêcheurs n’ont jamais voulu changer leur « vieux » manche pour les nouveaux modèles qui sont disponibles aujourd’hui. 1992, Le Canada français, Saint-Jean-sur-Richelieu, 26 août, p. A69.
Bien que la pêche ne soit pas très sportive, on mouline comme des treuils pour ramener des poissons à bord du bateau, la sensation est tout de même très agréable. On sent bien, au bout du manche à ligne, qu’une grosse proie se débat. 2009, Progrès-dimanche, Chicoutimi, 18 janvier, p. 95.
Dans ses temps libres, Henri avait découvert les joies de la pêche. Avec son petit frère, il s’était fabriqué un manche de ligne avec une branche d’arbre, une petite corde fournie par son père et un hameçon que son oncle lui avait offert avec plaisir. 2014, M. Bruneau, Sur le chemin des Fondateurs, t. 1, p. 71.
(Dans des comparaisons à valeur péjorative, superlative).
Vieilli(En parlant d’un couteau). Couper comme un manche de hache : couper mal, très mal.
Vieilli(En parlant de qqn). Avoir la face, la figure taillée comme un manche de hache, en manche de hache : être laid, très laid.
Vois-tu cette face taillée comme un manche de hache? Oui, c’est un de mes beaux-frères! 1945, Le Samedi, Montréal, 28 avril, p. 31.
Le bonhomme passait pour un baise la piastre. Ses critiques n'impressionnaient personne. – C’est taillé comme un manche de hache, disait mon père, et ça se mêle de juger les « bons hommes ». Sacré Peloche, va. 1981, J. Pellerin, Au pays de Pépé Moustache, Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 2 octobre, p. 25.
Fam.(En parlant de qqn, d’une partie du corps). Maigre, mince comme un manche à balai, ou gros comme un manche à balai : très maigre, très mince.
Rem.N’est pas inconnu en français de France, mais est absent de la plupart des dictionnaires actuels (voir Histoire).
La robe. – La première fois que l’on m’a essayée, madame m’a foulée avec rage à ses pieds parce que je faisais un faux pli sous le bras. Comme si c’est de ma faute si elle est maigre comme un manche à balai! 1918, Le Canard, Montréal, 7 avril, p. 2.
– Secret professionnel. Mais dites-moi maintenant ce que vous avez fait exactement à l’étage de la chambre de Lili Parzy, le soir du vol. – Mon Dieu qu’on a eu de la « misère », Viviane et moi! L’oreiller était trop gros pour le manteau de Lili Parzy qu’est grosse comme un manche à balai. On a été obligées de l’attacher avec des épingles. 1942, Radiomonde, Montréal, 1 août, p. 12.
« J’ai les jambes comme des manches à balai. Je n’ose pas me montrer en maillot de bain. J’en pleurerais… » En voilà des idées. Pleurer à douze ans parce qu’on n’a pas la jambe bien faite… Vous avez des manches à balai? Vivent les manches à balai. Et baignez-vous, et faites de l’exercice au soleil et au grand air, faites de la bicyclette, du patin, du ski, de la culture physique. Faites travailler vos manches à balai… 1960, La revue populaire, Montréal, octobre, p. 20.
Larry, habillé comme un cowboy du début du siècle, maigre comme un manche à balai, des pantalons de blue-jean trop courts laissant apercevoir des bottes usées et éculées, embarqua sur le Kalizma. 1974, J. Harvey, Burton-Taylor, les magnifiques, dans La Presse, Montréal, 26 janvier, p. F7.
Depuis l’été de ses neuf ans quand une encéphalite et une hépatite se sont conjuguées pour le garder au lit pendant quatre longues semaines. Les plus longues vacances de toute sa vie. « J’ai failli le perdre alors. Il était si maigre, qu’il avait les bras comme des manches à balai » […]. 1994, Le Droit, Ottawa‑Hull, 28 juin, p. 40.
Fig.
Vieux(En fonction attribut). Gros manche (avec qqn) : qui est en relation privilégiée, en très bons termes (avec qqn), qui ne fait qu’un avec lui.
Être, se mettre, se faire gros manche avec qqn.
Naturellement c’est Luc qui préside à l’installation. Écoutons les conversations. Luc. – Ça me prend, moi, pour vous mettre gros manche avec le pouvoir. Qu’en pensez‑vous, mes petits agneaux? 1878, Le Canard, Montréal, 11 mai, p. [2].
Tarte […] mettra de l’eau dans son vin. S’il parle contre moi, c’est par jalouserie. Il me voit gros manche avec les bleus et il voudrait bien avoir ma place. 1879, Le Vrai Canard, Montréal, 8 novembre, p. 2.
M. le rédacteur du Violon […]. Notre chien est mort. La feuille de M. Beaugrand a passé de vie à trépas, parce qu’il n’était pas assez gros manche avec M. Mercier. 1887, Le Violon, Montréal, 5 novembre, p. 2.
Quand j’ai montré mon argent il y avait un homme portant un chapeau de castor gris qui essaya de devenir gros manche avec moi. Il a fait tout son possible pour me tirer les vers du nez. J’étais un peu lancé et j’ai pu parler un peu trop. 1898, H. Berthelot, Les mystères de Montréal, p. 67.
La propriétaire du petit restaurant était dans son négligé du matin, laissant voir l’opulence de ses formes et la beauté plastique de ses contours. D’Artagnan était déjà gros manche avec la maitresse de la maison. 1902, Le Canard, Montréal, 12 juillet, p. 2.
J’entre dans l’hôtel et je V. C. le coup en payant la traite à tout le monde dans la barre. Quand j’ai montré mon argent il y avait un homme portant un chapeau de castor gris qui essaya de devenir gros manche avec moi. Il a fait tout son possible pour me tirer les vers du nez. 1918, Le Canard, Montréal, 3 mars, p. 4.
VieilliJumper, sauter le manche à balai, le manche du balai : devenir enceinte avant le mariage.
vieilli(N’)être pas un manche d’alène : ne pas être dépourvu d’aptitudes physiques, de capacités intellectuelles, ne pas être un incapable.
Il paraît que M. Léné Ganeau doit donner des cours à notre chef bien-aimé sur le fascisme italien et naziste et il ne restera plus qu’à choisir. Quant à notre très honorable et génial ministre des Mines, il est fasciste, il ne sait pourquoi, mais il défend le fasciste. Attendez qu’ils connaissent ça à fond comme ils connaissent la politique de l’Union et vous verrez que ça sera pas des manches d’alène. 1937, En avant, Saint-Hyacinthe, 3 décembre, p. 2.
– Vous savez pas? Y a Bourassa qu’a parlé à Montréal… – Bourassa!... Bourassa?... – Ouais! Pi i’ leur-z-a dit qu’i’s avaient pas d’affaire à se mêler des chicanes des vieux pays. Et pi i’ leur-z-a dit que les canayens iraient pas [à la guerre]. – Bourassa! dit Euthérius, c’est pas un manche d’alène! 1938, Ringuet, Trente arpents, p. 162.
Il ne faut pas oublier, mes amis, que Sainte-Adèle ç’a été une des premières paroisses du Nord. Les gens d’en haut viennent tous d’en bas. Ben durs sur la hache! C’étaient pas non plus des manches d’alène, dans le temps de la drave! 1938, Cl.‑H. Grignon, Le déserteur, 14 octobre, p. 3 (radio).
Narrateur : En plus de cela, la belle Nanette était instruite jusqu’au bout des ongles. […] Quant à notre Thomas Saindon, lui… – Interprète : C’était pas un manche d’alène non plus, laissez-moi vous dire rien que ça! Il faisait son grand cours à Ste-Anne-de-la-Pocatière. 1945, J. Narrache, Les contes de chez nous, 16 septembre, p. 3 (radio).
Johnny Johnny [/] c’était du sang pure laine [/] cœur de poney [/] race qu’est pas manche d’alène [/] gras à plein cuir [/] l’œil et le poil farouches [/] un dur à cuire [/] quand on parlait de souches. 1962, C. Gauthier, Mon vieux Johnny (chanson).
(Surtout dans le langage enfantin). VieilliManche de pelle : surnom dérisoire qu’une personne s’attribue, général. par simple refus de donner son nom véritable ou pour éviter d’engager la conversation avec une autre personne qui l’aborde en lui demandant son nom.
Rem.Aussi écrit Manche de Pelle.
La dame triomphante vous dit et vous répète que son fiston a un quotient mental de 160, le même que Napoléon, un génie, pensez-donc! – Comment t’appelles-tu, demandez-vous poliment au futur grand homme. – Manche de pelle, répond le gros calibre. Ce qui prouve qu’il n’est pas plus idiot en tout cas que les autres garçons de huit ans. Il est même typique. 1965, M. Vaillancourt, Montréal-matin, Montréal, 7 juillet, p. 28.
Manche de pelle! Manche de pelle! C’est mon nom de bâtard! Moi l’enfant du désert sans Maman sans Papa […]! 1975, R. Bouchard, « And Now, Ladies & Gentlemen, Reynald Bouchard! », p. 46.
Je m’appelle Alexandra G…, a dit la femme d’une voix inspirée […]. [/] Un long silence a suivi. Est-ce que j’aurais dû connaître ce nom? Ce nom signifie-t-il que j’ai une dette envers celle qui le porte? Moi, je m’appelle Manche de Pelle, mon nom ne vous dit rien? 1986, S. Jacob, dans La Gazette des femmes, juillet-août, p. 35.
– Comment tu t’appelles? – Je m’appelle Manche de pelle pis, quand le manche est cassé, je m’appelle plus! 1989, Château-Richer (Montmorency 1), FTLFQ (enq.).
Bori existe pour vrai et il ne s’appelle pas Edgar. Il s’appelle manche de pelle, et ce n’est pas aujourd’hui qu’on en saura plus. Sachez tout de même que Changer d’air, son nouvel album, porte bien son nom : non seulement ça ventile les puanteurs ambiantes de la planète, mais la musique, pour changer, y a presque autant d’importance que les paroles. Nouvelle étape de la révolution borienne. 2002, S. Cormier, Le Devoir, Montréal, 28 septembre, p. E1.
(En parlant d’une personne ou d’un groupe de personnes). Branler dans le manche : tergiverser, hésiter, avoir de la difficulté à faire un choix; (en parlant d’une affaire, d’une situation) : être incertaine, ne pas progresser comme prévu.
Rem.L’expression branler dans le manche, au manche est attestée en France au sens d’« être instable, mal fixé » et au sens figuré de « manquer de stabilité, de solidité » (v. Robert (en ligne) 2024-05 et Histoire). Ces sens sont également connus au Québec.
C’est l’histoire de l’une de ses indécisions politiques [à Papa-Michel]. Si l’on savait tout! On disait tout haut dans ce temps-là que, si M. Joly gagnait, Papa-Michel tournerait casaque. Heureusement que M. Chapleau n’a pas eu de peine à le persuader qu’il était impossible à M. Joly de remporter vingt-trois comtés aux élections générales. On commença dès lors à parler de Papa-Michel comme futur ministre. M. Chapleau vint ici lors de l’élection et appela Papa-Michel : mon cher ami. Voilà ce que l’on gagne à « branler dans le manche. » Il est vrai qu’il n’est pas encore ministre, ce cher ami! 1881, La Gazette de Sorel, 22 janvier, p. [3].
Tous étaient convaincus qu’il ne s’en irait jamais, mais on aimait, par taquinerie, à lui montrer qu’on s’attendait à son départ prochain et on l’apostrophait : – Eh! Midas, ça branle toujours dans le manche, hein? – Pas tant que ça. Pas tant que ça. Vous allez voir que ça sera pas long. Mais il remettait toujours. 1922, A. Maille, Un déraciné, La Revue nationale, Montréal, juin, p. 176.
[Un député de l’Ontario] a annoncé le dernier son intention de changer de parti, à la prochaine session. On avait prévu cette décision dès la dernière. On le sentait déjà « branler dans le manche » à cette époque. [Un sénateur], organisateur actif des forces libérales, tournait autour de lui. [Ce sénateur] pourrait aujourd’hui faire d’intéressantes révélations sur les dessous de la volte-face de ce député de l’Ontario. 1923, Le Devoir, Montréal, 5 janvier, p. 1.
M. Coutu n’a pas caché qu’il trouve bon que l’on songe à faire accepter un vote de non-confiance quant à l’attitude du gouvernement provincial l’UN, lors de l’assemblée du 20 mai prochain, car dit-il, il faut admettre qu’à certains moments le gouvernement provincial a « branlé dans le manche » en ce qui concerne l’aéroport international. M. Coutu a souligné qu’il croit qu’il est bon que les gens se réveillent et acceptent de prendre leurs responsabilités. 1969, La Tribune, Sherbrooke, 10 mai, p. 2.
Il est également question de la participation de nos cousins, les Français. Les nouvelles, de ce côté, sont encourageantes pour les promoteurs de TdH [Terre des Hommes] mais il semblerait, comme l’indique un informateur, que « ça branle dans le manche »! On soutient que la France attend la décision définitive des États-Unis et de la Russie. 1971, La Presse, Montréal, 15 mars, p. A8.
« Le présent ministre des Transports, disent les agents de la paix, semble branler dans le manche alors que son prédécesseur […] s’était nettement prononcé pour le port d’arme, de même qu’un avocat, du ministère. Rien ne bouge plus. » 1980, La Presse, Montréal, 14 mai, p. D20.
Une offre pour les « demain-j’arrête-de-branler-dans-le-manche-juré-craché! » Vous avez besoin d’un cellulaire, mais vous ne cessez d’attendre la bonne affaire? Voici de quoi vous décider une fois pour toutes. 1997, La Presse, Montréal, 28 août, p. A12 (annonce).
– Je suis désolé de cette visite impromptue. Je songeais depuis une escousse à profiter pour venir vous voir de ce que vous seriez seule ce soir, mais je branlais dans le manche… Je viens tout juste de me décider. 2008, A.‑M. Sicotte, Les accoucheuses, t. 3, p. 633.
Voulez-vous des élections fédérales cet automne? [titre] Ça ne me dérange pas. Je vais suivre la vague et exercer mon rôle de citoyen en allant voter. Ce serait bien d’avoir un gouvernement majoritaire, sinon ça branle dans le manche. 2009, Le Canada français, Saint-Jean d’Iberville, 26 août, p. B5.
– T’es en état d’ébriété avancée, mon gars. T’as pas le droit de conduire. – Ben là, crisse, si je me suis rendu jusqu’icitte, je suis ben capable de me parker, calvaire. – Je vais commencer par te demander d’arrêter de sacrer. Pis je vais continuer en te demandant tes clés, pour que mon collègue stationne ta voiture pis qu’on en finisse, je commence à trouver que ça branle dans le manche, notre affaire. 2017 M.‑O. Gasse, Du cœur à l’établi, p. 79.
(En emploi subst., hapax). Un branle-dans-le-manche.
Les tribulations d’un « branle-dans-le-manche » ou la conscription à l’ère atomique! 1961, Le Devoir, Montréal, 6 novembre, p. 10.
Histoire
I.1.Depuis 1847 (dès 1844 dans un surnom affublé à une personnalité publique). Héritage des parlers de France; relevé en champenois ([mẽt dy plœm], v. FEW manĭcus 61, 219a). 2.Depuis 1784. Attesté également en créole haïtien (manch pip, v. ValdHaït 364), ce qui permet de penser qu’il s’agit d’un héritage des parlers de France. 3.Depuis 1941 (d’après LandryPap 201). Hérité de France; a eu cours en moyen français (v. FEW 61, 218b). Cp. en outre mange de canon en ancien franco-provençal (v. PierrNeuch, s.v. mange1).
II.Depuis 1805. Probablement hérité des parlers de France; cp. la variante manja « perche qui sert à porter des paniers » en ancien provençal (v. FEW 61, 225b-226a); cp. aussi [la mɑ̃s] « la petite fourche à l’aide de laquelle les enfants guident leur cerceau », en créole réunionnais (v. ChaudRéun 805-806).
III.1.Depuis 1910 (ChartFig 246). 2.Depuis 1913 (BPFC 11/8, p. 335, s.v. hache). 3.Depuis 1910 (ChartFig 246). L’expression maigre comme un manche à balai n’est pas inconnue en français de France (v. ReyExpr, s.v. balai), mais elle est absente de la plupart des dictionnaires de l’usage actuel (v. p. ex. GLLF, TLF et Robert (en ligne) 2024-06); cp. cependant manche à balai « personne maigre », bien attesté dans la langue familière (v. p. ex. ReyExpr, GLLF, TLF et Robert (en ligne) 2024-06, s.v. balai). On trouve par ailleurs une attestation d’une comparaison construite avec comme un manche à balai dès 1884 dans la presse québécoise, dans un feuilleton rédigé par un auteur français (G. Boutelleau, Une fille du peuple, L’Électeur, Québec, 30 juillet, p. [1] : Des jambes grosses comme mon manche à balai).
IV.1.Depuis 1878. 2.Depuis 1959 (DulChét 30). Selon G. Dulong, cette expression ferait référence à une ancienne coutume selon laquelle, en Acadie tout au moins, un jeune homme et une jeune fille pouvaient, à défaut de prêtre, se marier devant deux vieillards pris à témoins et devant qui ils sautaient symboliquement ensemble par-dessus un manche à balai (ibid.). 3.Depuis 1938. 4.Depuis 1965. 5.Depuis 1748, dans une source rédigée dans la région de Détroit : Les abnakis n’ont pas jamais Branlés dans le manche : ont toujours ete fideles aux françois (PotierH, p. 115). L’expression est un héritage de France, où branler au manche est attesté depuis 1611 au sens de « to be loose in the helve » et au sens figuré de « to stagger, waver, shake, or flinch, upon a triall » (Cotgrave, s.v. bransler, v. aussi Académie 1718 et TLF, s.v. branler). Ce dernier sens semble correspondre à celui signalé par Oudin (1640) : Bransler dans le manche. i. estre irresolu (v. aussi Fur 1690, s.v. bransler et FEW manĭcus 61, 219b), lequel se rapproche fortement de l’emploi québécois. Un emploi similaire est consigné dans Académie 1835‑1935 : « n’être pas ferme dans le parti qu’on a embrassé, dans la résolution qu’on a prise ». Cette définition a été retirée de la neuvième édition. De nos jours, en France, branler dans le manche signifie, en parlant d’une personne, de sa position, « manquer de stabilité, de solidité, de fermeté » (v. Robert (en ligne) 2024-05, v. aussi ReyExpr, qui indique que la variante branler au manche s’employait au XVIIIe siècle, mais ne se dit plus de nos jours). Cet emploi figuré est aussi attesté au Québec. Le sens de « tergiverser, hésiter » est fondé sur la même image que le sens figuré français, soit celle d’un outil dont le manche et le fer ne sont pas ajustés solidement, de sorte qu’il demeure un jeu qui rend le maniement de l’outil incertain, instable.