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MALCOMMODE [malkɔmɔd]
adj. et n.

Rem.

Variante graphique mal commode.

I

adj. et n.

1

Vieilli(En parlant d’un animal, notam. d’un cheval ou d’un chien). Difficile à conduire, rétif, désobéissant, indocile.

 commode1.

J’ai peur de la casser [la fiole] Monsieur, dit-il, je vas embarquer car la jument est mal commode, voudrez-vous me la donner dedans la voiture [...]. 1837, Ph. Aubert de Gaspé (fils), L’influence d’un livre, p. 32.

– On va-t-y laisser le chien dans la cuisine? – Pour c’te nuite, laisse-le faire, sa mère; on va toujours voir si y est malcommode! 1946, Sylvain, Le long de la route, p. 86.

Je m’étais rendu à l’écurie pour y travailler; mon malcommode [un cheval] avait l’air bien tranquille dans son coin et rien ne me faisait soupçonner chez lui de noirs desseins. 1951, Cl. Mollier, Au pays du ranch, p. 58.

Ce n’est pas le ferrage proprement dit qui m’inquiète, mais de savoir quelle sorte de bête il a, parce que si c’est un cheval qui est malcommode, ben il va falloir que je fasse attention. Pis j’aimerais autant qu’il soit ni agité ni malcommode. 1975 env., Les Éboulements (Charlevoix-Ouest), dans B. Genest, Arthur Tremblay, forgeron de village, 1978, p. 116.

2

Fam.(En parlant d’un adulte). Désagréable, détestable, difficile à vivre en raison de son caractère ou de son comportement.

Sa maladie l’a rendu malcommode. Des voisins malcommodes.

 Un vieux malcommode.

 marabout.

[...] il pouvait, lui qui avait une réputation de malcommode et de bougon, les tenir [ses petits-enfants] sur ses genoux et les embrasser, les serrer doucement contre sa poitrine, comme il faisait jadis avec ses enfants à lui. 1930, H. Bernard, La ferme des pins, p. 7-8.

Hélas! elle n’était pas comme le vin qui s’abonnit avec les années. Au contraire l’âge la rendit de plus en plus malcommode [...]. 1943, G. Guèvremont, « Le tour du village », dans Le Devoir, Montréal, 15 juillet, p. 5.

J’vas vous dire, du temps du vieux, je venais tous les matins faire son ménage. [...] – Bon, ben, écoutez, Marie, si vous voulez faire pour moi comme pour le vieux, je vous les donnerai vos deux piastres par mois. Peut-être plus. Vous avez pas l’air malcommode. Vous connaissez l’ouvrage... 1946, Ringuet, L’héritage et autres contes, p. 16-17.

– Curé : Eh ben, alors, j’accepte, monsieur Gratton. Vous êtes franchement ben aimable. – Gratton : [...] Pas souvent que je me fais dire ça, que je suis aimable! J’ai plutôt la réputation d’être malcommode! [...] Ah, ça me dérange pas. J’aime mieux passer pour marabout, mais dire tout haut ce que je pense. 1951, R. Choquette, Le curé de village, 1er mars, p. 2 (radio).

Il lave que des magasins parce que les femmes sont trop malcommodes dans les maisons privées. I’ [=elles] veulent toujours avoir un petit supplément, une petite vitre de toilette ou bien un petit miroir à laver. Pis en fin du compte, il perd du temps, pis il perd de l’argent. 1964 env., Montréal, AFEUL, P. Perrault 1224 (âge de l’informateur : n. d.).

Cette jeune fille ne me reverra jamais, si bien qu’elle gardera de moi le souvenir d’une femme impossible, capricieuse et malcommode. 1990, M. Claudais, Comme un orage en février..., p. 58.

3

Fam.(En parlant d’un enfant ou, plaisamment, d’un adulte). Turbulent, dissipé, espiègle.

 (En emploi subst.).

Un petit malcommode. Faire son, sa malcommode.

 ange (sens 1).

– Vous a-t-il dit, lui, que ces enfants-là étaient malcommodes? – Oui, Monsieur. – Qu’Amédée était malcommode? – Oui, qu’il se chicanait quand il allait à l’école. Il maganait les petites filles. 1907, Saint-Charles-de-Bellechasse, cité d’après BovProc 85.

Près de Joseph mangeait avec l’appétit d’un jeune loup affamé, Arthur qui avait dix ans mais à qui on en eut donné quinze. Espiègle, malcommode, disait sa mère, Arthur était mêlé à tous les événements du Rang; ses yeux vifs furetaient partout pendant qu’il mangeait goulument [sic] le contenu de son assiette qu’il demandait souvent à renouveler. 1925, D. Potvin, Le Français, p. 175.

J’avais alors dix ans. Curieux, turbulent, taquin, tapageur, on me surnommait le malcommode. 1926, C. Touvrai, « La Gribiche », dans Le Terroir, septembre, p. 321.

Une fois, c’était un vieux bûcheron avec sa femme et puis i’avaient sept petits garçons. Sept beaux petits garçons comme des anges mais malcommodes comme des yables. 1972, Saint-Joseph (Beauce), AFEUL M. Gagné 1034 (âge de l’informatrice : n. d.).

 Par ext.

Rémi Paul, Claude Wagner, Jérôme Choquette nous ont imposé leur image : le Québec est une société malcommode, son ministre de la Justice doit être un dur à cuire, carré et inflexible, un incorruptible qu’on imagine armé et prêt à faire feu à tout moment. 1978, R. Tremblay, dans L’Actualité, juillet, p. 35.

II

adj. (En parlant d’une chose, le plus souvent en tournure impersonnelle). Qui n’est pas ou qui est peu pratique, commode; qui présente des difficultés, des inconvénients.

Rem.N’est pas inconnu en France (voir Histoire).

– Q. Savez-vous pourquoi Monsieur Clément ne réside plus sur cette île-là? [...] N’était-ce pas par rapport à l’eau haute? – R. Ce n’est pas cela, parce que le printemps et l’automne c’est malcommode, la glace avant qu’elle prenne et quand elle part, tout cela. 1892, Trois-Rivières, BAnQQ, Cour d’appel (Québec), cause no 2, factum de l’intimé, p. 15 [appendice].

Dans ce temps-là, pour faire ses Pâques, pour se marier ou bien pour faire baptiser les petits enfants, fallait aller à l’église du Cap. Comme vous le voyez, c’était bien mal commode; puis, ce n’était pas une petite affaire, allez! avec des chemins épouvantables comme il y en avait [...]. 1919, Cap-Saint-Ignace (Montmagny), dans JAF 33/129, 1920, p. 278-279.

– Donalda : J’aurais aimé ça avoir un chapelet. [...] – Séraphin : Un chapelet! Veux-tu me ruiner, ma vieille? – Donalda : C’est malcommode, pas de chapelet dans la maison. C’est pas chanceux, non plus. 1939, Cl.-H. Grignon, Un homme et son péché, épisode 15, p. 5 (radio).

Veux-tu fermer ma malle, mon beau Bertrand? [...] C’est une malle malcommode, la serrure a été forcée... 1952, J. Bernier, Je vous ai tant aimé, 8 février, p. 4 (radio).

Basile, vas-tu finir par réparer la sonnerie de la porte, c’est malcommode... 1969, M. Gamache, Cré Basile, 8 avril, p. 4 (télév.).

Histoire

I1Depuis 1837. Non attesté en France (v. cependant commode1, sous Hist.). 2Depuis 1894 (Clapin). Emploi relevé notamment dans les parlers du Nord-Ouest et du Centre, ainsi qu’en Suisse romande (v. FEW commodus 2, 958a, VerrAnj, DavTour, JaubCentreS, PierrNeuch et HadRom). Consigné depuis peu dans quelques dictionnaires qui le donnent comme rare ou régional en France (v. TLF, Robert 1985 et RobHist; v. aussi GLLF qui le relève sans marque). 3Depuis 1907. Compte tenu que cet emploi est relevé également en Acadie (v. Mass no 1802, PPQ 1836), on peut penser qu’il s’agit d’un héritage de France.

IIDepuis 1855 (DictBarb : malcommode « incommode »). Relevé au XIXe s. dans les parlers de France ainsi qu’en Suisse romande (v. notam. VerrAnj, JaubCentreS, HécRouchi3 sous la forme malcomote, SaubRém et PierrNeuch), attesté dans un texte littéraire (en 1920) ainsi qu’en français populaire (v. TLF et BauchePop4 203), malcommode dans ce sens est entré depuis peu dans les dictionnaires français (Robert 1953 le recense comme néologisme; Robert 1985, GLLF et HachDuf le relèvent sans marque) et quelques-uns le présentent déjà comme vieilli (v. PRobert 1993 et Logos 1976). Cet emploi est également relevé en français d’Afrique (v. DictAfr, s.v. commode2).

Version du DHFQ 1998
Trésor de la langue française au Québec. (1998). Malcommode. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 20 février 2024.
https://www.dhfq.org/article/malcommode