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HAMEÇONNER [amsɔne]
v. tr.

  

Tenter d’escroquer qqn sur Internet, notamment par courriel, ou au téléphone, afin d’obtenir des renseignements personnels confidentiels ou de l’argent, entre autres par l’entremise d’un message ou d’un faux site Web, en usurpant l’identité d’une personne crédible ou d’une organisation de confiance (proche, banque, organisme gouvernemental, etc.).

Rem.1. Cet emploi d’origine québécoise est aussi connu en Europe francophone (voir Histoire). 2. En français, hameçonner a aussi le sens de « garnir d’hameçons; prendre à l’hameçon (un poisson) » et le sens figuré d’« attraper, allécher, séduire » (voir Robert (en ligne) 2022‑11), emplois connus également au Québec (voir Histoire).

Se faire hameçonner. Hameçonner qqn par courriel, par téléphone, par texto.

Ne vous faites pas hameçonner! [titre] […] La sécurité est le point le plus critique et le plus sensible des transactions bancaires en ligne. Les institutions prennent des mesures considérables pour protéger les transactions et éviter les fraudes. 2004, La Presse, Montréal, 26 septembre, affaires, p. 3.

Alors qu’autrefois, la population pouvait se sentir en sécurité dans ses pénates, la porte verrouillée, avec l’évolution d’Internet, les fraudeurs ont trouvé de nouvelles façon[s] d’entrer dans l’intimité des foyers. Pour ces voleurs en quête d’argent, les courriels frauduleux sont devenus un moyen d’hameçonner de gros poissons. Les arnaqueurs peuvent rejoindre un grand nombre d’internautes […]. 2008, La Seigneurie, Boucherville, 23 février, p. 8.

Quand c’est trop beau pour être vrai, il y a souvent anguille sous roche. La SQ confirme que le phénomène est en hausse, proportionnellement à la popularité grandissante des sites Web de petites annonces et l’augmentation du bassin de victimes potentielles. Plus un site est populaire, plus il y a de risques que des fraudeurs ou des usurpateurs y fassent de « bonnes affaires ». S’ils parviennent à hameçonner une personne sur mille, bingo! 2009, Le Journal de Québec (site Web), accueil, 16 novembre.

Les réseaux sociaux sont souvent utilisés p[ou]r hameçonner les gens et il arrive souvent que des demandes d’amitiés Facebook soient acheminées dans le but ultime de soutirer de l’argent aux internautes. « Ils vont fouiller, trouver des gens qui peuvent être un peu naïfs ou en manque d’affection et les hameçonner. Ils vont peut-être arriver à accrocher une personne sur 100 », met en contexte le responsable des communications. 2014, Progrès-dimanche, Chicoutimi, 19 janvier, p. 10.

On connaît probablement tous une personne qui a été hameçonnée au cours de la dernière année. L’hameçonnage, qui est une technique qui consiste le plus souvent pour la victime à recevoir un courriel qui lui demande de vérifier certaines informations confidentielles, est effectivement de plus en plus fréquent. 2014, Le Journal du Barreau du Québec, 1er juillet, p. 32.

Des employés de magasins ont été hameçonnés au téléphone par des fraudeurs qui ont réussi à soutirer des codes d’activation de cartes prépayées iTunes et Google Play. Lundi, la Sûreté du Québec (SQ) a voulu mettre en garde les commerces de toute la province à propos de ces hameçonnages perpétrés récemment dans des magasins en Mauricie. 2019, Le Soleil, Québec, 12 février, p. 11.

Un couple de Trois-Rivières s’est fait hameçonner par un texto frauduleux. […] Ces textos frauduleux existent depuis belle lurette. Des tonnes de spécialistes mentionnent dans tous les médias qu’il faut être particulièrement prudents à la suite du vol de données. 2019, Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 11 juillet, p. 12.

 Hameçonné, hameçonnée adj. Qui est visé(e) par un acte d’hameçonnage.

Toutes les personnes hameçonnées avaient un profil commun : un besoin pressant de liquidités pendant une phase difficile provoquée par un événement inattendu : licenciement, divorce, faillite personnelle, projet coûteux. 2008, Le Quotidien, Saguenay, 9 janvier, p. 6.

L’hameçonneur hameçonné [titre] Qui n’a jamais rêvé de rendre la monnaie de sa pièce à l’un de ces fraudeurs qui téléphonent à répétition en s’imaginant pouvoir nous duper? [Une Américaine], 24 ans, s’est payée [sic] la traite. La regarder taquiner l’arnaqueur pendu au bout de sa ligne qui essaie de lui soutirer son numéro de compte en banque est absolument jouissif. 2013, A. Krol, Le blogue de l’édito, La Presse (site Web), 19 août.

Rappelant [un] virus qui avait frappé des centaines de milliers d’ordinateurs en mai dernier, les cyberattaques font apparaître une demande de rançon de 300 dollars sur l’écran des ordinateurs hameçonnés. 2017, Société Radio-Canada, Ici Nouvelles (site Web), 27 juin.

Exercice de cybersécurité au ministère fédéral de la Justice : environ 2000 fonctionnaires « hameçonnés » [titre] Bon nombre d’employés du ministère fédéral de la Justice sont tombés dans le piège d’un courriel malveillant des plus courants. Un sondage interne démontre qu’environ 2000 membres du personnel ont cliqué sur un faux lien d’hameçonnage reçu par courriel, soulevant des questions sur la sécurité des informations confidentielles du ministère. 2014, Le Droit, Ottawa-Gatineau, 23 juin, p. 19.

Fraudes : hameçonnés par de faux employés d’Hydro-Québec [titre] C’est au tour du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) de mettre la population en garde contre les fraudes de type hameçonnage sur internet, trois dossiers ayant été ouverts à la suite de plaintes récentes. 2018, Le Journal de Québec (site Web), actualité (faits divers), 27 mars.

Histoire

Depuis 2004. Emploi proposé par l’OQLF dès mai 2004 comme équivalent français au verbe anglais to phish. La terminologue à l’origine de cet emploi (Yolande Perron) avait créé, un mois plus tôt, le terme hameçonnage (v. ce mot) pour servir d’équivalent à l’anglais phishing, tout en conservant l’image d’activité de pêche véhiculée par le mot anglais. Les termes hameçonner et hameçonneur, hameçonneuse, introduits par l’OQLF au cours de la même période, s’inscrivent aussi dans cet objectif terminologique (OQLF 2004, p. 11, et GDT; v. aussi La Presse, Montréal, 23 février 2005, p. 8, cahier Affaires). Comme hameçonnage, hameçonner s’est rapidement implanté dans l’usage au Québec dans les mois suivant sa diffusion par l’OQLF. On le relève aussi, dans une moindre mesure, en Europe francophone, d’après les journaux européens consultés. Cet emploi est toutefois absent des dictionnaires français usuels. En français général, le verbe hameçonner est relevé, depuis le début du XVIIe s., aux sens de « garnir d’hameçons » et de « prendre à l’hameçon (un poisson) » (v. TLF). Il est aussi attesté avec des sens figurés comme « attirer et séduire par une apparence trompeuse », depuis la fin du XVIe s. (v. TLF), et « allécher (un acheteur) », depuis le XIXe s. (v. FEW hamus 4, 380b). Or, ces sens figurés semblent trouver une nouvelle vitalité au Québec depuis l’introduction des termes hameçonnage et hameçonner dans le domaine de l’informatique; en voici un exemple : Pour hameçonner le client qui ne vient pas déjà à lui, [une chaîne de librairies] pousse le flirt jusque dans le sac d’épicerie. En effet, [elle] a annoncé hier la création d’une alliance avec [une chaîne d’épiceries], afin d’élargir sa clientèle de fidèles (Le Devoir, Montréal, 13 novembre 2009, p. A1). Hameçonné, hameçonnée, depuis 2008.

Nouvelle entrée de la deuxième édition

Dernière révision : février 2023
Trésor de la langue française au Québec. (2023). Hameçonner. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 24 mai 2024.
https://www.dhfq.org/article/hameconner