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HABIT [abi]
n. m.

Rem.

Souvent au féminin dans la langue populaire.

I

Vêtement d’homme.

1

(Parfois dans habit complet). Ensemble vestimentaire masculin qui se portait autrefois par-dessus le linge de corps (selon l’époque, pourpoint et haut-de-chausses, justaucorps avec veste et culotte, redingote avec gilet et pantalon, etc.).

Habit de drap, de droguet, de soie, de toile. Façon, raccommodage d’un habit. Tailleur d’habits.

 (Emploi critiqué). Tenue masculine moderne de coupe soignée, composée d’un veston et d’un pantalon général. taillés dans le même tissu, auxquels peut s’ajouter un gilet assorti.

Habits pour hommes, pour garçons. Habit d’homme. Habit (fait) sur mesure, tout fait. Habit d’été. Habit de ville. Habit sport, de sport. Fam.Blouse, pop.coat d’habit : veston. Veste d’habit : gilet. Pantalon, fam.pantalons, fam.culottes d’habit. Porter son habit de noces.

Rem. 1. Dans la langue soignée, on dit plutôt complet; on dit aussi costume mais plus rarement, ce mot faisant généralement référence, au Québec, à une tenue féminine. Ces deux mots sont usuels en France, mais le second y semble aujourd’hui d’emploi plus courant (voir RobHist, s.v. costume). 2. En France, de nos jours, habit sert essentiellement à désigner la tenue masculine de cérémonie caractérisée par une veste à queue.

 habillementsuit.

M. J. P. Marois, tailleur expérimenté, a la charge importante du département de la coupe et de la confection d’habits pour hommes [...]. 1885, La Presse, Montréal, 8 mai, p. 1 (annonce).

[...] Alexis, qui a fini de souper, s’habille lentement. Il endosse son « habit du dimanche » et il va porter une cravate noire avec une belle chemise blanche comme s’il s’en allait à un enterrement de première classe. 1939, Cl.-H. Grignon, Un homme et son péché, 8 novembre, p. 9 (radio).

Y a aussi Jean-Marie, mon cousin puis mon ami qu’a mis sa belle habit avec ses petits souliers vernis. Le voilà mis comme on dit comme un commis-voyageur. 1967, G. Vigneault, Les gens de mon pays, p. 64 (chanson).

La femme porte un costume de tweed trop chaud pour la saison et des escarpins vernis trop étroits. [...] L’homme est sans intérêt; il est en habit foncé d’homme. Il appert qu’ils sont les patrons de la place ou les concierges, quelque chose du genre. 1987, Fr. Noël, Myriam première, p. 469.

L’examen de fin d’année revêtait un caractère particulièrement solennel, parce qu’il se passait en présence des parents. Les mères dans leurs toilettes du dimanche, les pères, le cou engoncé dans un col de toile empesé, les bottines reluisantes de cire toute neuve, l’habit de noces fraîchement pressé, s’amenaient solennellement pour assister aux prodiges de savoir de leur progéniture. 1989, G. Filion, Fais ce que peux, p. 70-71.

2

VieuxVeste de coupe soignée, élégante, général. portée avec un pantalon assorti.

2023, TLFQ, Habit [photo].

Collet, basques, poches, revers d’habit.

Rem. En France, habit a servi à désigner des vestes de cérémonie ou des vestes militaires à basques longues et généralement échancrées par-devant, notamment la traditionnelle veste de cérémonie noire aussi appelée habit à queue.

Quand les cultivateurs viennent à la ville [...], ils ne se doutent guère qu’un certain nombre de ceux qu’ils rencontrent, et qui quelquefois les traitent avec arrogance, sont au fond beaucoup moins riches qu’eux. À les voir si prétentieusement vêtus, bottes luisantes, pantalon collant, chapeau de soie, veste [ʻgiletʼ] et habit de la coupe des premiers tailleurs de la ville [...], ils les prendraient pour de petits Crésus. 1864, A. Gérin-Lajoie, « Jean Rivard, économiste », dans Le Foyer canadien, t. 2, p. 142.

Je ne sais pas si c’est la mode ailleurs, mais chez nous, [...] un bon violonneux joue autant des pieds que des mains. [...] La pose classique consiste à mettre habit bas, avoir la tête légèrement penchée en arrière, et tenir le violon moitié appuyé sur la bretelle, moitié retenu par les plis bouffants du gilet. 1874, Faucher de Saint-Maurice, À la brunante, p. 251.

Son costume n’avait rien de canadien. Il se composait d’un pantalon jaune gris, très large du bas, d’une veste [« gilet »] blanche, d’un habit de velours noir et d’un chapeau gris à grands bords. 1893, A. Fortier, Les mystères de Montréal, p. 205-206.

Rarement, on avait vu pareille journée de mai. Une chaleur douce et pénétrante réchauffait les gens qui circulaient sur les trottoirs, l’habit sur le bras. 1951, G. Proulx, Chambre à louer, p. 82.

3

Hist.Habit rouge : veste de couleur rouge que portaient les soldats de l’armée britannique en poste au Canada aux XVIIIe et XIXe s.; (plus fréq. et général. au pluriel) nom donné à ces soldats, notam. en parlant des affrontements qui les ont opposés aux Patriotes pendant les troubles de 1837-1838.

Les Habits rouges.

Ce jeune homme [un Canadien français] privé des connoissances purement essentielles pour élever l’homme jusqu’à la réflexion, passa près des compagnons de son enfance et de ses amis séculiers, sans daigner les favoriser d’un regard; et comment l’auroit-il fait, il étoit à la compagnie d’habits rouges? 1809, Le Canadien, Québec, 23 décembre, p. 13.

Je repris moi-même, un peu rouge et fâchée [...] : – Des petits Canayens, comme vous dites, monsieur le curé, si vous saviez combien j’en pourrais avoir... [/] Et une buée de sabres, de galons dorés, d’éperons avec un beau capitaine au milieu, voltigea devant mes yeux. Gaston la devina [...], car il ajouta avec une arrière-pensée prête à s’échapper de ses lèvres : – On ne peut pas tous être des officiers en habits rouges, vois-tu. 1898, E. Choquette, Les Ribaud. Une idylle de 37, p. 73-74.

En l’année 1762, selon les chiffres officiels, environ 3,500 hommes [...] occupaient le Canada. [...] Les Canadiens voient donc les soldats du conquérant remplacer dans leurs paroisses et à leurs foyers les troupes françaises. Les habits rouges succèdent aux uniformes blancs. 1920, L. Groulx, Lendemains de conquête, p. 65-66.

Les habitants de Saint-Denis avaient fui. [...] Le village appartenait aux patriotes. La jeune fille eut un instant d’hésitation. Elle se demandait de quel côté elle se dirigerait. La réalité lui sembla tout-à-coup fondre sur elle. La rébellion lui parut une chose terrible et héroïque. La liberté, la République canadienne! La réalité, c’était les habits rouges, le canon, le colonel Gore et, là-bas, à Montréal, le général Colborne... 1923, R. de Roquebrune, Les habits rouges, p. 213.

Ce marais [...] est depuis peu asséché. Ce fut sur ses bords [...] que le beau Viger et ses hommes s’embusquèrent, le long du chemin de Chambly, pour attaquer les Habits rouges et déclencher la révolte de 1837. 1962, J. Ferron, Cotnoir, p. 32.

II

(En composition, servant à désigner des vêtements conçus pour un usage particulier.). (Emploi critiqué). Vêtement d’extérieur approprié à certaines conditions climatiques, à certains sports hivernaux, général. composé d’une veste et d’un pantalon assortis (parfois réunis en une seule pièce).

Habit de neige. Habit de pluie (incluant les imperméables de types cape, veste ou manteau). Habit de motoneige, fam.habit de ski-doo. Habit de ski.

2023, TLFQ, Habit de ski-doo [photo]. 2023, TLFQ, Habit de neige [photo].

Rem. Dans la langue soignée, on dit plutôt ensemble ou tenue (de neige, de ski, etc.) lorsque ce vêtement comporte deux pièces distinctes, et combinaison lorsque la veste et le pantalon sont d’une seule pièce, conformément à l’usage qui a maintenant cours en France.

 suit (sens 2).

Aussi habit de neige complet pour bébé grandeur 2 ans, couleur vert-pâle garni de lapin blanc. 1950, Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 5 octobre, p. 26 (annonce).

Parmi des milliers d’objets utiles, un pêcheur aimerait peut-être recevoir une nouvelle canne à pêche, [...] un habit de pluie, des cuissardes ou des bottes-culottes, un couteau à fileter les poissons, un canot, un petit moteur électrique, etc. 1979, Le Soleil, 8 décembre, p. D4.

[On] sort dehors, toujours, avec nos habits de ski-doo parce que loin pour aller chercher de l’eau sur le lac l’autre bord, d’ici à la maison l’autre bord, pis s’en revenir, si on n’avait pas notre chose, notre cagoule, on se gelait les joues, pis c’était pas long. Allons pas là en costume de bain, christ, parce qu’on reste là. 1980, Saint-Élie-de-Caxton (Saint-Maurice), AFEUL, S. Fournier 180 (âge de l’informateur : n. d.).

L’hiver était revenu, encore une fois sans qu’elle le pressente. [...] Heureusement, elle n’eut point froid et les enfants purent dormir dans leurs vêtements de nuit et non dans leurs habits de neige. 1985, A. Cousture, Les filles de Caleb, t. 1, p. 485.

Comme plusieurs de ses confrères [des travaux publics], Alain bénéficie d’un horaire de travail plein en été. [...] « L’été, c’est l’fun parce qu’on travaille sur les rues et on voit du monde : j’aime voir du monde. En plus, il fait beau; on n’a pas à supporter un habit de motoneige et des grosses mitaines et bottes comme en hiver. » 1989, Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 28 avril, p. 15.

La petite fille avance d’un pas décidé sur la neige qui crisse sous ses bottes blanches au col en minou. [...]. Son habit de neige la retarde. À croire qu’il est fait en tôle. Tous les enfants du Québec prennent des allures de robot dans ces habits d’hiver. De plus, il faut faire très attention de ne pas tomber, parce qu’après on n’arrive plus à se relever. C’est toute une gymnastique. La seule utilité à ce « snow suit », c’est la possibilité de faire les plus beaux anges du monde dans les bancs de neige. 1994, Fr. Ruel, dans Le Soleil, Québec, 24 décembre, p. D16.

 VieilliHabit de bain : maillot de bain.

2022, TLFQ, Habit de bain [photo].

 costume (sens 1).

Histoire

I1Depuis 1639 (BAnQQ, gr. M. Piraube, 21 octobre : un vieil habit noir pourpoinct hault & bas de chausses). Découle, par spécialisation, du sens plus large d’« ensemble des vêtements (masculins ou féminins) qui couvrent le corps », attesté en français depuis le XIIIe s., d’abord au singulier puis au pluriel (v. FEW habitus 4, 371a, TLF, Littré). Cette spécialisation vers le vêtement de dessus masculin n’a pas été signalée en français de France avant le XXe s. (v. Robert 1985), mais sans doute y était-elle déjà répandue au XVIIe s., époque à laquelle est apparu le sens particulier de « veste masculine de cérémonie » (v. ci-dessous, sens I.2). Par ailleurs, l’emploi de habit désignant la tenue masculine moderne n’est attesté qu’en français québécois, le français de France ayant plutôt opté dans la seconde moitié du XIXe s. pour complet qui semble issu, par ellipse, de habit complet (v. TLF et RobHist, s.v. complet). 2 Depuis 1753 (ANQM, gr. H. Bouron, 13-15 décembre : une culotte [...] fort vieille ainsy que l’habit et la veste [« gilet »]); découle du sens (auj. vieilli) de « veste de cérémonie », attesté en français depuis le XVIIe s. (v. RobHist et PRobert 1993). 3Depuis 1809 (déjà en 1775 dans un texte traduit de l’anglais et faisant référence à l’Angleterre, v. La Gazette de Québec, 14 septembre, p. 2 : un honneur pour un habit rouge); d’après l’anglais redcoat « a soldier of the British army » (v. OED, Webster 1986 et DictCan). Également attesté en français de France depuis 1839 pour désigner le soldat anglais ou sa tenue (v. GLLF et Robert 1985, qui donnent le sens de « soldat anglais » comme fam. et vieux).

II Depuis 1950 (habit de neige). Se rattache au sens général d’« ensemble des vêtements de dessus propres à une personne, à un groupe social ou à une activité, une circonstance » qui a cours en français depuis le XIVe s. et qu’illustrent notamment les composés habit de chasse et habit de cheval servant eux-mêmes à désigner des vêtements propres à des activités déterminées (v. TLF, RobHist). Toutefois, le français de France ne semble plus avoir recours au mot habit de nos jours pour créer de nouveaux composés servant à désigner ce type de vêtement (v. Rem.). Quant aux composés qui sont apparus en français québécois depuis le milieu du XXe s., il est clair qu’un certain nombre d’entre eux ont été calqués sur des composés anglais formés à partir du mot suit : c’est le cas notamment de habit de neige et habit de ski (respectivement d’après snowsuit et ski suit; v. Webster 1986; v. aussi OED-Suppl 1986, s.v. snow et ski); c’est le cas également du composé plus ancien habit de bain (depuis 1866), calqué sur bathing suit (v. Webster 1986).

Version du DHFQ 1998
Trésor de la langue française au Québec. (1998). Habit. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 20 février 2024.
https://www.dhfq.org/article/habit