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GRATIGNER [ɡʀatiɲe]
v.

  

v. tr. VieilliÉgratigner.

Rem.Paraît avoir été d’un usage relativement limité au Canada français (un seul point d’enquête, au sud de Montréal, dans PPQ 2140).

   grafigner (sens I.1).

Se marier… c’est triste et c’est drôle. Quand on possède un petit mari fin comme de la soie; avec des yeux pleins de tendresse et une belle petite moustache blonde ou brune et qui vous donne de jolis noms comme Toutou d’amour; mon petit char dor [sic]; mon oiseau bleu en or…C’est drôle. Mais si vous êtes attachée pour la vie à un monstre que vous n’aimez pas, qui a la barbe rude comme un chardon et qui vous gratigne avec ses joues, avec… C’est triste. 1920, Le Canard, Montréal, 4 avril, p. 2.

Beignets d’orange [titre]. Prenez de beaux quartiers d’orange, bien nets. Faites bien attention de ne pas en gratigner la peau. Il ne faut pas que le jus coule. Plongez[-]les dans une bonne pâtes [sic] à frire légère, et jetez‑les dans l’huile bouillante. 1936, Le Droit, Ottawa, 2 avril, p. 5.

La police s’amène, se fait sauter dessus et bataclan et pataraf. Elle réussit enfin à transporter le matamore en prison, de peine et de misère. Hier matin, il était très calme, accusait [la police] de l’avoir « gratigné » un peu […]. 1959, Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 5 octobre, p. 2.

Ton bas-fond! […] T’en parles comme si c’était un accident d’parcours, un léger dérapage dans une courbe mal négociée. (Durcissant le ton) Écoute ben là : Tu t’es pas ramassé dans rue par hasard mon Peewee! Moé l’bas-fond comme tu dis ça fait 20 ans que j’nage dedans! J’ai assez gratigné l’trottoir pour te dire que tu te contes des peurs. 1997, L’Itinéraire, Montréal, septembre, p. 13. 

(Hapax; Ontario). v. tr. ind. Gratter (qqch.) pour en arracher des morceaux.

Il [Ti‑Jean] dit : « Tu les fais cuire dures tes pétaques! » Toujours, ils [les convives] grattignent un peu après ça; ils viennent à bout de manger. 1958, Hagar, dans G. Lemieux, Les vieux m’ont conté, t. 12, 1979, p. 143.

 Gratigné, gratignée adj.

Elle avait seulement une ou deux contusions sur sa personne, et ne paraissait pas avoir [été] frappée à coups de pied, mais le dessus de ses mains était gratigné et l’on se demandait si cela avait été fait [avec] les ongles. Al[o]rs M. Jaggers démontra qu’elle avait passé au milieu d’une très-grande quantité d’épines qui n’étaient pas aussi hautes que sa tête, mais qu’elle ne pouvait les avoir traversées sans qu’elles eussent déchiré ses mains […]. 1891, La Justice, Québec, 1er mai, p. [3].

 Rare, vieuxGratignure n. f. Égratignure; griffure.

   grafignure (sens 1).

Depuis hier soir, il a poussé des griffes à mon mari au bout des doigts aussi longues qu’il a les doigts [...]. Il m’a sapré une gratignure qui m’a quasiment tuée. 1916, Les Éboulements (Charlevoix-Ouest), AFEUL, Ch.‑M. Barbeau, ms. 21, p. 2.

(Hapax). Gratigne n. f.

   grafigne (sens 2).

C’est, à mon goût le plus totalement subjectif, le meilleur disque des deux derniers mois. Sur des paroles très belles […], l’âme québécoise avec ses grafignes et ses gratignes1975, Mainmise, Montréal, février, no 44, p. 58.

Histoire

Depuis 1880 (Dunn). Héritage de France. Le mot a été relevé en français sous la forme gratiner, du XIIe au XVIe s., puis gratigner, aux XVIe et XVIIe s.; il s’est maintenu jusqu’au XXe s. dans des parlers du Nord-Ouest, de l’Ouest et du Centre de la France (v. FEW germanique *krattôn 16, 373a). La variante gratiner « égratigner » a été relevée dans le parler franco-américain de Détroit (v. AlmÎl 1442). Gratignure (depuis 1909, Dionne), qui est attesté également en Acadie (ComAc) et en Louisiane (v. HurstStCh 48, s.v. gratinure), a été signalé dans un parler de la Normandie (FEW id.). Gratiner et gratigner sont issus de gratter, auquel s’est ajouté le suffixe ‑iner/‑igner, qui marque la répétition de l’action (v. RobMéth, s.v. 3 in‑; v. aussi FEW id., 377a). Ils ont donné les dérivés égratiner (d’abord esgratiner) et égratigner (d’abord esgratigner); le second a cours en français depuis le XIIe s. et l’a emporté dans l’usage de référence sur son concurrent grafigner, autrefois largement répandu en France (v. TLF, s.v. égratigner; v. aussi l’article grafigner).

Nouvelle entrée de la deuxième édition

Dernière révision : novembre 2021
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Trésor de la langue française au Québec. (2021). Gratigner. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 17 juillet 2024.
https://www.dhfq.org/article/gratigner