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GRAPPIGNER [ɡʀapiɲe]
v.

Rem.

Variante graphique grapigner.

1

v. intr. VieilliGrimper en s’agrippant, en s’accrochant (à); (chercher à) s’accrocher, s’agripper (à).

 v. pron. Se grappigner : s’agripper.

 grafigner (sens III.1).

Tout-à-coup, au moment où il s’y attendait le moins, il sent deux grandes mains, sêches [sic] comme des griffes d’ours, qui lui serrent les épaules : – il se retourne tout effarouché et se trouve face à face avec la Corriveau qui se grappignait amont [= sur] lui. – Elle avait passé les mains à travers les barreaux de sa cage de fer et s’efforçait de lui grimper sur le dos [...]. 1862, Ph. Aubert de Gaspé, Les anciens Canadiens, Les Soirées canadiennes, p. 28.

Nous confiant en notre bonne chance, nous « grappignons amont » [= en haut de] le volcan. L’ascension n’est pas longue... À deux cents pieds du sommet, il faut descendre de l’ascenseur et terminer la route à pied, c’est alors que l’on peut contempler un spectacle de mort. 1914, Le Progrès du golfe, Rimouski, 13 février, p. [1].

« Poélu, si tu viens qu’à être embarrassé, tu la frott’râ apra’ in roc, tu dirâs : Ma mârraine, à mon secours! Je l’serai! » Ti‑Poélu gu’i pensa’t pâs jama’s! P’is là, en s’débattant, dans ses désespoèrs, apras qu’i â été r’venu, en s’lamentan apras l’roc, en travaillant pour asseyé’ à s’grapigner pour asseyé’ à monter, sa bagu’ frotta’t; sa mârraine a fait in effort. 1956, G. Lemieux, Les vieux m’ont conté, 1984, t. 21, p. 294.

Il y avait du foin plate [...]. Le petit renard, lui, il est prêt à se faire une queue. Queue de foin. Tortille, tortille une queue, tortille une bonne grande queue de foin. Il s’attache ça après la queue, pauvre bête, puis il se recule. Il s’allonge dans le trou : « Es‑tu bon pour la pogner? » Il [ti‑Jean] la pogne. Là, le petit renard crie. Il grappigne sur le bord du trou, puis tient bien. Il [ti‑Jean] monte donc aux trois-quarts. La queue casse. Boum! Il [ti‑Jean] prend le bord d’en bas. 1968, Saint-René-de-Matane (Matane), AFEUL, J.‑Cl. Marquis 383.

Je n’ai qu’à me grappigner des deux mains après le sexe de Belle Blonde pour que tout l’épeurant paquet d’images s’épaille dans la nature. 2001, V.‑L. Beaulieu, Bouscotte, t. 3, p. 25.

 (Dérivé). RareGrap(p)igneux adj. Qui grappigne.

Rem.Le féminin n’est pas attesté dans la documentation consultée.

[…] c’est la ville la plus cosmopolite de ce qu’on appelle le Dominion, qui ne domine pas du tout, mais qui est dominé, de loin, par un grand bras qui a une large main dont les doigts sont longs, crochus et grapigneux, je te l’assure Didâse. 1915, Le Franc‑Parleur, Québec, 25 septembre, p. [1].

Je t’invite à une joyeuse partie de frotte-bédaines. Je t’offre un casseau plein de bobépines en or. Alite‑toi vite. Promenons-nous dans le bois tandis que le loup grappigneux... 1974, J.‑M. Poupart, C’est pas donné à tout le monde d’avoir une belle mort, p. 104.

2

v. tr. et intr. (Au propre et au figuré). VieilliGrappiller.

(Fig.). Comme vous avez pu voir, ça rapporte jamais rien d’être trop grippeux [= grippe-sou], puis de grappigner toute sa vie et d’avoir un coffre-fort à la place du cœur! Dans la vie, il y a tant d’autres choses qu’on peut ramasser à part de l’argent, tant d’autres choses qui sont des trésors ben plus précieux [...]. 1944, É. Coderre, Le vagabond qui chante, 6 février, p. 2 (radio).

Ce sont des mains de cuisinière et de paysanne, faites pour affronter la dure vie et tordre le cou à l’amour comme aux lapins apprêtés pour les maîtres. Aussi ne songe-t-elle plus maintenant qu’à « grapigner », à se servir le meilleur de ce qu’elle prépare en laissant aux patrons les restes. 1961, Le Devoir, Montréal, 3 novembre, p. 6.

En fait, ce que 400 citoyens grimpés lui ont exprimé cette semaine, par grands moments de façon même rustre, c’est que s’il doit s’inspirer du maire […], ce serait dans la manière de ce dernier de grapigner dans les dépenses de la ville, du moins dans l’impression qu’il en laisse d’user des sous publics avec une parcimonie pugnace. 2019, Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 9 février, p. 4.

 (Dérivé; hapax). Grap(p)ignage n. m. Grappillage.

Il y a bien eu des tiraillements, qui tenaient peut-être de conflits de personnalité entre la mairesse […] et le bouillant directeur général […]. La première apparaissant un peu trop chiche aux yeux de l’autre dans son grapignage des deniers publics et le second, un peu trop demandant d’un bord et opaque de l’autre dans son administration […]. 2010, Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 16 décembre, p. 5.

Histoire

1Depuis 1862. Issu des parlers régionaux de France, où on l’atteste toutefois dans des variantes : grappiner « grimper; aller à 4 pattes », dans un parler jersiais; grapiner « grimper avec quelque difficulté, voire quelque maladresse », et grapinâ « ce que fait un jeune chat qui essaie de grimper le long d’un rideau en s’aidant de ses griffes comme de grappins », en poitevin (v. FEW germanique *krappa 16, 362a, DubPoit s.v. grapiner et GachPoit s.v. grapinâ). Cp. en outre s’agrapinai « grimper en employant les pieds et les mains », en poitevin (v. FEW id., 362a). Grap(p)igneux, depuis 1915. 2Depuis 1912 (BPFC 10/8, p. 313); variante de grappiller, lequel a cours en français depuis le XVIe s. (v. FEW id., 360b).

Dernière révision : décembre 2022
Trésor de la langue française au Québec. (2022). Grappigner. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 20 février 2024.
https://www.dhfq.org/article/grappigner