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GRAFIGNURE [ɡʀafiɲyʀ]
n. f.

Rem.

Variante graphique : graffignure.

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Fam.Syn. de grafigne (sens 1).

2023, TLFQ, Grafignure [photo].

Une grafignure sur la peau, les meubles, les lunettes.

Marche, marche, marche…Vous allez p’t’être craire que je mens, eh ben, ça faisait cinq jours que Ti‑Jean marchait, et pas seulement une grafignure. Partout du monde poli. Bonjour, bonjour! pis c’était tout. 1906, Le Samedi, vol. 17, no 41, Montréal, 24 mars, p. 2.

Presque tous avaient la falle basse et la façon courte, parce que se chicaner après avoir eu du plaisir, ça change la farce, c’est une autre paire de bottes. Le vieux garçon avait les babines enflées, le marié le gorgotton plein de grafignures, son père le nez démanché, le cousin un œil noir comme une patate pourrie, les autres les yeux poqués, de dents de casser [sic] et la figure barbouillée de sang, enfin tous les combattants en avaient grand d’équippé. 1907, Le Canard, Montréal, 30 juin, p. 6.

Amoureux – (Signes concernant les). – Un bout de fil blanc, sur votre robe, annonce un amoureux nouveau. – Une graffignure (éraflure) le long de la main ou du bras annonce aussi un amoureux nouveau, mais si l’éraflure est diagonale, cela signifie qu’on perdra son amoureux. 1909, Le Terroir, Montréal, juin, p. 217.

Là‑bas, un cri soudain éclate : un trait de fer en se brisant a frappé Pascal au poignet. On accourt de toutes parts : – « Ce n’est rien; une simple graffignure, » dit le blessé, qui cherche à étancher un jet de sang vermeil… 1916, J.‑H. Courteau, Terre-neuve et fiançailles, dans [Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal], La corvée, p. 86.

A [une chatte] m’saute en pleine face, a m’bouche les yeux avec sa queue, [/] Su’l front a m’fait ses signatures, toutes en belles grosses grafignures [/] Avec ses p’tites pattes [...]. 1972, J. Barrette, Réincarnation, Ça‑dit-qu’essa-à-dire, p. 29 (poème).

Un vrai miracle que Fidèle pis sa fiancée soient vivants [après l’ouragan]. Sur la tête, Blanche. Toute la maison sur la tête pis pas une grafignure. 1986, A. Cousture, Les filles de Caleb, t. 2, p. 285.

Quand l’enfant commence à ramper, il y a également risque que des mouvements brusques déclenchent des réflexes d’avertissement ou de défense de la part du chien ou du chat de la famille. Parfois, des bébés sont victimes de morsures et de « graffignures ». 1993, Le Soleil, Québec, 31 décembre, p. Z2 (supplément).

À la fin de l’après-midi, la jeune fille crut entendre la voix d’André Cyr, de l’autre côté de la clôture qui ceinturait la petite cour des Morin. – Sacrement! l’entendit-elle jurer, as-tu vu ce que ces maudits sauvages‑là ont fait à mon char? Ils m’ont fait une grosse bosse dans la porte et regarde la grafignure sur le hood! 2009, M. David, Chère Laurette, t. 4, La fuite du temps, p. 340.

Le vivant, ça bouge et ça frotte. Peut-on ramener au goût du jour la notion que les risques et les accidents sont inévitables? Par chute, collision, bataille, agression, morsure, grafignure... Entre piétons, cyclistes, automobilistes, conjoints, étrangers, en vélo, à pied, en camion, par chien, chat... 2018, Métro, Montréal, 7 août, p. 12 (opinions).

Il était alors 4 h 20, les gyrophares et sirènes de plusieurs autopatrouilles se faisant voir et entendre tel que le veut la pratique quand les policiers traquent un suspect qu’ils savent caché à l’intérieur du périmètre de recherche, en assistance aux agents et maître-chien à l’œuvre sur le terrain. L’équipe du Service de police de Laval (SPL) a repéré et intercepté le suspect en piètre état (nombreuses grafignures au visage) dans un petit boisé dense en branchages […], non loin d’un dépanneur et d’autres commerces. 2019, Courrier Laval (site Web), actualités, 27 novembre.

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Fig. Syn. de grafigne (sens 2).

Ah la toute[]puissance des grands. Avec leurs lois figées, leurs prescriptions immuables, leur complicité accablante, leur guet inlassable. Leur amour – car ils nous aimaient – autorisait ces violences. Petites violences entassées comme autant de grafignures au milieu du cœur. Ne plus être soi, devenir tel[s] qu’ils nous voulaient. Autant se soumettre aux normes, s’y annuler. 1979, Focus, Saguenay–Lac-Sant-Jean, mai, p. 54.

Dans l’nord d’la ville, d’une ville du nord [/] Y a un ti-cul qui cherche encore le fil de sa mémoire [/] Et la lune d’automne brillera ce soir [/] L’odeur d’encens dans les églises [/] Comme au trottoir, des années grises [/] Mes pas perdus [/] Avec au cœur la grafignure de la plus belle, de la plus pure [/] Ma fée des rues […] 1992, M. Rivard, La lune d’automne (chanson), Le goût de l’eau... et autres chansons naïves.

Dans un monde follement individualisé, le Diable est de plus en plus personnel. La modernité lui convient. Il envoûte le Moi, il se saisit du Je, il improvise et verse dans le cas par cas. Chacun cache ses éraflures et grafignures, témoignages des griffes du Diable qui tentent sans cesse de nous saisir. 2000, S. Bouchard, Le Devoir, Montréal, 27 novembre, p. A7.

Angèla ne sera pas de bonne humeur parce que j’élimine la messe et le curé perd une quête mais, dans mon cas, je suis prêt à lui glisser un petit 500 $ sous la chasuble pour éviter ces grafignures supplémentaires au cœur. 2005, Le Journal de Montréal, 6 mai, p. 4 (nouvelles).

 (Variantes).

 VieuxÉgrafignure ou égraffignure (VigerBlais 68, passage cité s.v. grafigner, sous Histoire; voir aussi Dunn, Clapin, Dionne, GPFC).

 VieuxGrafinure (BPFC 10/8, 1912, p. 308; GPFC).

Histoire

De grafigner et du suffixe ‑ure. Hérité de France; a été relevé en français du XIIIe s. (dans la variante grafineure) ainsi que dans de nombreux parlers régionaux de la moitié nord de la France (v. FEW ancien nordique krafla 16, 351a et 761b, et germanique *krappa 16, 365a). Grafignure est aussi relevé en Acadie et en Louisiane (v. CormAcad, Mass no 1539 et DLF). La variante égraf(f)ignure (depuis 1810, Viger) a eu cours en français de France du XVIe s. jusqu’au début du XXe, mais elle est donnée comme populaire ou vieillie à partir de la seconde moitié du XIXe s. (d’abord esgrafigneure, FEW ancien nordique krafla 16, 351b; Godefroy s.v. esgraffignure; Larousse 1866‑1953 s.v. égraffignure); relevée également dans les parlers régionaux de la moitié nord de la France (v. FEW id.). Grafignure figure comme canadianisme dans GuérinS et Encxxe.

1Depuis 1855 (DictBarb). 2Depuis 1979.

Nouvelle entrée de la deuxième édition

Dernière révision : novembre 2021
Trésor de la langue française au Québec. (2021). Grafignure. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 24 mai 2024.
https://www.dhfq.org/article/grafignure