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GÉNIE [ʒeni]
n. m.

Rem.

Aussi prononcé [ʒəni] dans l’usage populaire.

1

Fam.Tête (considérée comme siège de l’intelligence, de la raison), cerveau, esprit.

Se servir de son génie. Parler avec son génie. S’aérer, se reposer le génie.

Se creuser le génie, les méninges. Avoir du génie : avoir de l’intelligence, du jugement, en faire preuve.

Avoir assez de génie pour comprendre. N’avoir pas de génie, pas grand génie.

N’avoir pas son génie, pas tout son génie : ne pas être en possession de toutes ses facultés intellectuelles, n’avoir pas toute sa tête. Perdre le génie, son génie : perdre la tête.

 dessein.

[...] loger et chauffer en sa maison [...] sa sœur, fille infirme et foible de génie pendant sa vie durante [...]. 1757, Montréal, ANQM, gr. A. Foucher, 21 mars, « Démission de biens ».

– As-tu été sage pendant que je n’étais pas là, Alma-Rose? [/] Ce fut la mère Chapdelaine qui répondit : – Alma-Rose n’a pas été trop haïssable; mais Télesphore m’a donné du tourment. Ce n’est pas qu’il fasse bien du mal; mais les choses qu’il dit! On dirait que cet enfant-là n’a pas tout son génie. 1916, L. Hémon, Maria Chapdelaine, p. 28-29.

La paresse pis la boisson, ça se corrige. Si i ont pas assez de génie pour comprendre qui [= qu’il] faut se corriger, qui [= qu’ils] crèvent. 1943, Cl.-H. Grignon, Un homme et son péché, 30 décembre, p. 3 (radio).

Mais si t’avais été un homme, c’est toi qui me l’aurais dit [que j’étais atteint d’un cancer], pour que je prépare mes papiers pendant que j’ai encore mon génie à moi. T’aurais pas laissé ma femme, ma pauvre petite femme m’apprendre ça tout seule. 1976, B. B. Leblanc, Moi, Ovide Leblanc, j’ai pour mon dire, p. 199.

(Acadie). Plus d’huile! V’là ben le restant! [.../] Célina se tourna vers le Fou. Qu’il se gratte le génie encore un coup, lui, l’inventeur de l’épingle à brûler les dents, qu’il invente, découvre, imagine n’importe quoi. De l’huile, ça se trouve quelque part dans la nature, dans les plantes, dans la terre... 1979, A. Maillet, Pélagie-la-Charrette, p. 156.

 (Hapax). Tournure d’esprit, caractère.

Peu de jours apres s’estre enbarqué sur la mer, la sœur Bourgeoys, qui avoit soin de son linge, ramassa toutes ces dantelles et linge fin de son usage dont elle fit un paquet qui tomba dans la mer et fut perdu. [...] La sœur Bourgeoys qui ne connessèt pas encorre son genie vingt a luy [Monsieur de Chomedey] toute tremblante luy anoncer cette perte, mais il n’an fit que rire disant qu’il en estoit bien aise et que luy et elle en estois bien debarassé d’estre delivrés de tous ces ornemens de vanité, &c. 1697, M. Morin, dans Gh. Legendre (éd.), Histoire simple et véritable, 1979, p. 72.

loc. adj. VieilliPas de génie : qui fait preuve d’un manque d’intelligence, de jugement, qui en est dépourvu.

Être pas de génie. (En fonction subst.). Un pas de génie.

 sans-génie.

 (En parlant d’un cheval). De génie : docile.

 commode1.

2

Région.(Charlevoix, Saguenay–Lac-Saint-Jean). Génie d’ouvrage : personne travailleuse, qui ne craint pas l’ouvrage.

Après que nous eûmes fait religieusement le tour de son œuvre, il m’exposa ses projets : il prendrait deux autres lots pour ses garçons qui allaient être bientôt en âge. [...] C’étaient deux bons génies d’ouvrage et qui n’avaient pas peur de la terre. 1943, F.-A. Savard, L’abatis, p. 75.

Histoire

1Depuis 1757. Hérité de France; des emplois semblables ont été relevés dans la langue des XVIe et XVIIe s., par exemple chez Rabelais (L’escolier respondit. Seignor missayre, mon genie n’est point apte nate à ce que dict ce flagitiose nebulon, v. Huguet) et chez La Bruyère (Toutes choses qui élèvent le génie, v. PoirierG). Cp. en outre le sens voisin de « caractère, tendance naturelle de l’esprit » attesté depuis le XVIe s. mais qui n’est plus guère en usage de nos jours (v. FEW genius 4, 105b; v. aussi Robert 1985 : « vieux », et TLF : « classique et littéraire ») ainsi que celui d’« humeur » dans la langue du XVIIe s. (v. DubClass3), emplois qui correspondent à celui qui a été relevé chez M. Morin (citée ci-dessus). 2Depuis 1943.

 sans-génie.

Version du DHFQ 1998
Trésor de la langue française au Québec. (1998). Génie. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 13 juin 2024.
https://www.dhfq.org/article/genie