Recherche avancée

FLEUR DE LIS ou  FLEUR DE LYS [flœʀdəlis]
n. f.

Rem.

1. Parfois écrit avec des traits d’union (surtout avant le XXe s.). 2. Depuis le Régime français, les graphies fleur de lis et fleur de lys coexistent dans l’usage, même si, de nos jours, la grande majorité des dictionnaires n’enregistrent que la forme fleur de lis. Selon quelques sources, la popularité de la graphie fleur de lys pourrait être liée au fait que la lettre y évoquerait, aux yeux de certains, la distinction, la noblesse et l’élégance (voir DupréEnc et CatOrth, s.v. lis).

1

(Sous le Régime français). VieuxEmblème de la royauté chrétienne française.

Le XXIIIIme jour dudict moys nous fismes faire une croix de trente piedz de hault qui fut faicte devant plusieurs d’eulx sur la poincte de l’entree dudit hable soubz le croysillon de laquelle mismes ung escusson en bosse à troys fleurs de lys et dessus ung escripteau en boys engravé en grosse lettre de forme où il y avoit Vive le Roy de France. 1536 env., J. Cartier, dans M. Bideaux (éd.), Relations, 1986, p. 116.

(Sous le Régime français). VieuxMarque indiquant la direction du nord sur les boussoles anciennes.

Vous remarquerez que l’Aiman varie vint & trois degrez vers le Nordoüest sur le Banc de Terre-Neuve, c’est à-dire que la fleur de lis du compas ou de la boussole, qui doit naturellement se tourner droit vers le vrai Nord du monde ou l’étoile Polaire, ne regarde lorsqu’on est sur ce Banc que le Nord-Nord-Oüest & un degré vers l’Oüest; c’est-ce que nous avons observé avec nos compas de variation. 1703, Nouveaux voyages de Mr le baron de Lahontan, p. 4.

(Sous le Régime français). VieuxMarque au fer chaud infligée à certains criminels.

[…] le dict Lavallée pour un vol nocturne par luy faict dans le Jardin des dictes Religieuses a esté condamné a recevoir l’impression d’une fleur de lys avec le fert chaux […]. 1667, Jugements et délibérations du Conseil souverain de la Nouvelle-France, vol. 1, 1885, p. 396.

(Sous le Régime français). VieuxMarque gravée sur l’écorce des arbres pour délimiter un territoire.

Voici le papier journal ou je décriray toutes les dites observations depuis le poste de chicoutimy jusqu’aux limittes de la hauteur des Terres lesquelles seront par nous marquées, par des fleurs de Lys sur des arbres. 1732, Journal de Joseph Laurent Normandin en 1732, BAnQQ, Collection Centre d’archives de Québec (P1000, S3, D2760), fo 1.

(Dans une croyance populaire ancienne). VieilliAvoir la fleur de lis : posséder un don inné de guérisseur (voir PPQ 2013).

Le capitaine Achille Bussière a l’honneur d’informer les électeurs du quartier Jacques-Cartier qu’en sa qualité de septième enfant mâle de sa famille il a été, doté de la « fleur de lys ». Les personnes qui voudraient des preuves de ce qu’il avance, n’auront qu’à s’adresser à son colonel qui se fera un devoir de leur montrer de nombreux certificats constatant qu’à Charlebourg et à L’Ancienne Lorette, le capitaine a rendu la vue a [sic] ceux qui n’étaient pas aveugles et [l’ouïe] à ceux qui n’étaient pas sourds. 1859, L’Observateur, Québec, 24 novembre, p. 126‑127.

Dans mon endroit natal, autrefois, le septième garçon consécutif avait la fleur de lys, ce qui lui valait le don de guérir tous les maux, comme le baume du Bon Samaritain. Dans certains quartiers on croit encore à cette vertu de la fleur de lys de guérir tous les maux, surtout ce mal affreux qu’on appelle les tendances modernes. 1903, L. Fréchette, Satires et polémiques, vol. 2, 1993, p. 813.

L’accouchement avait été difficile. La mère était fatiguée par son long travail et le bébé paraissait en avoir souffert. Thomas ne voulait pas courir le risque de perdre son dernier-né sans que celui-ci ne soit baptisé. Il était son septième garçon consécutif et, dans la tradition beauceronne de cette époque, cela signifiait qu’il avait la « fleur de lys », c’est-à-dire un don ou un pouvoir de guérir. 2006, H. Jolicœur, Un clocher dans la forêt, p. 18.

2

(Spécial., chez les intellectuels canadiens-français de la seconde moitié du XIXe s. et de la première moitié du XXe s.). VieilliSymbole des racines françaises de la population du Québec, traduisant un attachement et une fidélité indéfectibles à l’égard de la France ou de l’héritage français.

Au centre d’une couronne de feuilles d’érable […] vous voyez se détacher sur le fond blanc du drapeau, l’écusson que nous [la société Saint-Jean-Baptiste du collège Sainte-Marie de Montréal] avons adopté. Il est à deux champs : le Ier est d’azur portant fleurs de lys qui sont pour nous la marque de notre origine française car elles ont présidé au berceau de notre foi et de notre civilisation […]. La France en nous donnant la vie nous légua la noblesse de ses traditions sacrées pour lesquelles tout notre attachement et notre fidélité se trouvent exprimés par la couleur azurée du champ. 1873, Le Franc-parleur, Montréal, 4 juillet, p. [2].

Aujourd’hui, après que d’un trait de plume un roi français a changé la carte de l’Amérique, le drapeau anglais a remplacé les fleurs de lys de la France de nos pères, mais n’importe! Toujours nous avons conservé l’amour de la France, tout en restant loyaux à l’Angleterre après la cession du pays. 1890, H.‑J.‑J.‑B. Chouinard, Fête nationale des Canadiens-français célébrée à Québec 1881‑1889, p. 172.

En franchissant le seuil de la porte principale du château [de Spencer Wood, à Québec], les princes purent remarquer, à droite et à gauche, des ornements semés de fleurs de lis. Partout, dans notre Canada français, de pieuses mains font éclore de ces fleurs emblématiques; partout on se souvient. 1891, Ern. Gagnon, Le comte de Paris à Québec, p. 18‑19.

La fleur de lis d’or, chère à nos cœurs de canadiens [sic], demeure toujours le symbole héroique [sic] de notre origine nationale. 1936, M. Brodeur, La Nation, Québec, 16 juillet, p. 2.

Le choix d’un drapeau national a fait couler beaucoup d’encre au Canada […]. Chacun tient à ses préférences, tout en fermant l’oreille aux revendications du voisin. Le Canadien-français veut la fleur de lis parce que son ancêtre l’apportait de France il y a trois cents ans, tandis que le Canadien de langue anglaise en tient pour les lions d’Angleterre et d’Écosse avec la harpe d’Irlande […]. 1939, V. Morin, Pour un drapeau, Les Cahiers des Dix, no 4, p. 37.

Les fleurs de lis blanches, rappellent, pour nous, la fondation d’une France nouvelle en Amérique, des batailles, des victoires, des espoirs en Amérique du Nord. Les quatre fleurs de lis blanches semées aux quatre coins de notre drapeau ne semblent-elles pas signifier la volonté de nos pères, de semer aux quatre horizons du continent, la vie qu’ils portaient en eux? C’est le témoignage du fait français en Amérique. 1949, L’Émerillon, vol. 18, no 1, p. 10.

NOTICE ENCYCLOPÉDIQUE

1. La fleur de lis ou l’appropriation d’un symbole hérité de la France. La fleur de lis, toujours fièrement arborée à l’occasion des célébrations de la Saint-Jean-Baptiste  la Fête nationale des Québécois et des Québécoises tenue chaque année le 24 juin , occupe une place centrale dans l’imaginaire québécois. Cet engouement de la population québécoise pour la fleur de lis, emblème par excellence de son identité et de sa culture, ne date pas d’hier : en effet, ce symbole a des résonances particulières au Canada français depuis la seconde moitié du XIXe siècle. Il traduit alors, chez les intellectuels, un fort sentiment d’attachement et d’appartenance à la France.

2. La découverte marquante du présumé drapeau de Carillon. À partir des années 1850, plusieurs événements historiques vont contribuer à investir la fleur de lis d’une portée symbolique, le plus important étant sans contredit la découverte du drapeau de Carillon, en 1848. Cet étendard bleu royal, qui était traversé d’une croix blanche et orné d’une fleur de lis aux quatre coins, avait été découvert dans un grenier de Québec et avait causé tout un émoi lors de son dévoilement. C’est qu’on croyait, à l’époque, que ce drapeau ayant échappé miraculeusement à l’usure du temps était un authentique vestige de la bataille de Carillon (1758), un combat mémorable qui avait opposé les armées française et anglaise, et qui avait été couronné par la victoire des troupes françaises. Bien que l’authenticité du drapeau de Carillon soulève aujourd’hui de sérieux doutes chez les experts, la découverte de ce vieil étendard à fleurs de lis marqua considérablement les intellectuels du XIXe siècle. Ce pavillon, célébré par les plus grands poètes canadiens-français (notamment Octave Crémazie et Louis Fréchette), allait devenir le symbole nostalgique et sacré des grandes heures du Régime français; il était considéré comme une relique d’une valeur inestimable, d’autant plus que l’image de la Vierge portant le Christ était discrètement peinte sur le revers du drapeau, ce qui fut interprété comme le signe de la puissance de la foi chrétienne en Amérique. Les fleurs de lis figurant sur le drapeau rappelaient, quant à elles, les glorieuses origines françaises du peuple canadien-français, source de fierté nationale.

3. L’arrivée héroïque du vaisseau La Capricieuse à Québec. Quelques années après, un autre événement, tout aussi riche sur le plan symbolique, allait soulever les passions au Canada français et mettre la fleur de lis à l’avant-plan : l’arrivée de la corvette française La Capricieuse dans le port de Québec, le 13 juillet 1855. Ce navire était le tout premier vaisseau français à pénétrer dans les eaux du fleuve Saint-Laurent depuis la Conquête anglaise. Son arrivée, célébrée avec éclat, resta longtemps gravée dans l’imaginaire des intellectuels de l’époque, car cet événement, jugé providentiel, marquait la fin de la séparation des Canadiens français et des Français, qui remontait au début du Régime anglais. L’arrivée inattendue de La Capricieuse allait exacerber l’engouement grandissant des Canadiens français pour la France, courant d’enthousiasme patriotique qui, du reste, n’inquiétait nullement la couronne anglaise. Il faut savoir que l’Angleterre venait de s’unir à la France pour remporter la guerre de Crimée (1854‑1855), et qu’en gage de reconnaissance envers le pays allié, les autorités anglaises encourageaient les Canadiens français à arborer partout le tricolore et la fleur de lis. Pour toutes ces raisons, la fleur de lis commença peu à peu à éclipser le symbole de la feuille d’érable* dans l’imaginaire collectif, et ce, même si l’érable* était l’emblème chéri des Canadiens français depuis la première moitié du XIXe siècle (voir à ce sujet l’article érable*, sous Notice encyclopédique). Le recul graduel de la feuille d’érable au profit de la fleur de lis s’observera concrètement au cours de la première moitié du XXe siècle, alors qu’on assistera à une présence de plus en plus marquée de la fleur de lis (notamment lors des défilés de la Saint-Jean-Baptiste).

4. La fleur de lis : symbole incontesté du Québec. Étant parvenue au fil du temps à rallier l’ensemble de la collectivité, la fleur de lis s’est graduellement hissée au rang de symbole distinctif des Québécois et des Québécoises. La preuve la plus éloquente de cette consécration est l’adoption du drapeau fleurdelisé* (voir ce mot) en 1948 : cette mesure a été acclamée par l’ensemble de la population québécoise.

Sources : G. Joncas, Dites-moi quels sont vos symboles et je vous dirai qui vous êtes… Québec français, no 126, p. 102‑105; G. Joncas, Dites-moi quels sont vos symboles et je vous dirai qui vous êtes… Québec français, no 127, p. 102‑105; G. Joncas, L’appropriation de la fleur de lis par les Québécois : analyse des connotations rattachées à un symbole emprunté à la France, dans M.‑J. Dalbera-Stefanaggi et M.‑R. Simoni-Aurembou (dir.), La langue française : vecteur d’échanges culturels, 2012, p. 111‑123; Y. Lamonde, Histoire sociale des idées au Québec, vol. 1, 2000, p. 383‑400.

3

(Depuis le milieu du XXe s.). Mod.Symbole de la nation québécoise.

 n. m. Le drapeau à/aux fleur(s) de lis, (en appos.) le drapeau fleur de lis, ou par ellipse le fleur de lis : le drapeau québécois, appelé officiellement drapeau fleurdelisé*.

 fleurdelisé (sens 1).

Rem.Bien qu’elle figure sur le drapeau québécois, la fleur de lis n’est pas l’emblème floral officiel du Québec (voir Notice encyclopédique, ci-dessous).

La rue Montmagny offrait son visage des jours de procession. Des colliers de pavillons multicolores étaient accrochés aux facades [sic] des maisons, des banderoles couvertes des slogans les plus divers formaient des arcades au-dessus de la chaussée. On y lisait en grosses lettres rouges, bleues ou dorées : « Saint Jean-Baptiste, protégez la race », « Saint Joseph, donnez-nous des familles nombreuses », « Sacré-Cœur, éclairez-nous », « Dieu des armées, accordez-nous une bonne mort », « Sainte Jeanne d’Arc, sauvez la France », etc. Des drapeaux de toutes sortes, du Bleu Blanc Rouge, en passant par le Fleur de Lys au Union Jack, offraient à l’œil des points de repère dans l’orgie des oripeaux […]. 1948, R. Lemelin, Les Plouffe, p. 153. 

Que la fleur de lis, emblème du Québec, rallie tous les Canadiens français à l’idéal que symbolise notre fête nationale! 1963, La Presse, Montréal, 22 juin, p. 47.

Qu’il était beau le gâteau! Tout blanc comme de la neige. C’était écrit en bleu tendre : « Bienvenu [sic] Alphée ». Au centre on avait planté un petit drapeau de soie. Dans la cuisine, chez nous, un peu de la province recevait un Canadien errant, un revenant qui, tout adolescent, s’était aventuré à l’extrême frontière ouest du pays. Là, sur notre table régnait le « Fleur de lys ». 1971, J.‑L. Gagner, Un cri d’adolescent, p. 176.

La famille au grand complet était au rendez-vous du père, du patriarche […] disparu de la scène Montréalaise [sic] depuis trois ans, dépité par la défaite référendaire […]. J’avoue que j’allais [le] revoir à reculons, peu désireuse d’entendre parler de pays, patrie, patrimoine, folklore et fleur de lys. Je ne devais pas être la seule. Le Québec au complet a le goût ces jours-ci de s’enfuir avec E.T. 1983, N. Petrowski, Notes de la salle de rédaction, p. 98.

Élisabeth chantait à tue-tête, espérant que ceux qui défilaient sous la chaleur et la fleur de lys puissent l’entendre. […] Le dernier char [allégorique] arriva enfin. La Vierge Marie, l’Enfant Jésus et sainte Anne escortaient le petit saint Jean Baptiste. L’enfant était blond et frisé et tenait une croix dans sa main droite. À ses côtés, un mouton, probablement assoiffé, ne cessait de bêler. 1992, A. Cousture, Ces enfants d’ailleurs, t. 1, p. 469.

Pour reprendre l’expression éloquente et fort à propos [d’un certain politologue], les années 1960 auront marqué la « québécisation du nationalisme des Canadiens français » […]. C’est ainsi que le « nous » national est devenu « québécois » et non plus « canadien-français », même si cet héritage est demeuré la culture politique commune de ses citoyens dans l’usage d’une langue commune (le français), des représentations particulières du passé, par ses symboles (le drapeau aux fleurs de lys), ses coutumes, ses rituels et ses fêtes. 2016, J.‑F. Caron, Être fédéraliste au Québec, p. 13.

On vient tous de profiter de notre fête nationale qu’est la Saint-Jean. On a fait nos devoirs de patriotes en se dessinant une fleur de lys sur les joues. On est allés voir les shows de musique […] ou, encore, on s’est retrouvés autour d’un feu de camp à côté de quelqu’un qui grattait la guitare. Ça sentait le BBQ et la poutine à travers le Québec et, disons les vraies choses, une journée de congé en plein milieu de la semaine, c’est toujours plaisant. 2017, M. Martin, Dans la tête d’un gars, p. 121.

Vous vous rendez dans un commerce local et vous voulez savoir si le produit est vraiment fait au Québec. Depuis l’an dernier, les produits conçus et fabriqués au Québec sont facilement identifiables grâce à un logo d’une fleur de lys. Il existe trois niveaux de certifications : « Produit du Québec », « Fabriqué au Québec » et « Conçu au Québec ». 2023, Protégez-vous (site Web), nouvelles (affaires et société), 10 octobre.

NOTICE ENCYCLOPÉDIQUE

Les débats entourant le choix de l’emblème floral québécois. Le 23 janvier 1963, le Parti libéral de Jean Lesage adopta officiellement le lis blanc (Lilium candidum) comme emblème floral du Québec, sous prétexte qu’il s’agit de la plante qui ressemble le plus aux fleurs de lis héraldiques figurant sur le drapeau québécois. Cette décision controversée, qui fut prise à un moment où le gouvernement fédéral était sur le point d’imprimer une série de timbres arborant les emblèmes floraux des différentes provinces, a aussitôt soulevé l’indignation de nombreux spécialistes québécois, notamment du célèbre botaniste Jacques Rousseau. Celui-ci déplorait d’abord et avant tout le fait que le lis blanc n’est pas une plante indigène du Québec; en effet, provenant du sud de l’Europe et de l’Afrique du Nord, et difficilement cultivable au Québec, le lis blanc fut d’emblée considéré comme un choix inapproprié. Pour remplacer le lis blanc comme emblème floral du Québec, des spécialistes ont suggéré d’adopter plutôt l’iris versicolore (Iris versicolor) sur la base de plusieurs arguments. D’une part, des experts en héraldique d’ici et d’ailleurs surent démontrer que les fleurs de lis apparaissant sur le drapeau québécois ne sont pas la stylisation de lis, contrairement à la croyance populaire, mais bien d’iris. D’autre part, des botanistes firent valoir que l’iris versicolore, contrairement au lis blanc, est une espèce florale indigène qui s’épanouit presque partout au Québec; en outre, la floraison de l’iris versicolore se produit autour du 24 juin, jour de la Fête nationale du Québec, ce qui apparaissait ainsi comme un choix d’emblème floral tout désigné. Malgré les arguments des botanistes et des héraldistes, il faudra attendre plus de trente ans avant que l’iris versicolore ne supplante le lis blanc par décision du gouvernement du Québec : le 28 octobre 1999, l’iris versicolore est finalement devenu l’emblème floral officiel du Québec en vertu de la Loi sur le drapeau et les emblèmes du Québec.

Sources : J. Rousseau, La fleur-de-lis et l’emblème floral du Québec, Les Cahiers des Dix, n31, 1966, p. 27‑78; MVictFlore1, s.v. iris).

 Par méton.Fig., rareProvince de Québec.

Sauf au Japon, la fleur de lys a connu une année dure partout en Asie, notamment en Chine, à Hong-Kong, à Singapour et en Inde. Globalement, les exportations baissent (8 %) alors que les importations augmentent (5 %). Résultat, le déficit commercial avec l’Extrême-Orient atteint presque 3 milliards. 1994, Commerce, vol 96, no 3, p. 18‑19.

4

n. pr. (Surtout dans des chroniques et commentaires sportifs). Vieilliou rareLe Fleur de lis (aussi écrit avec la minuscule) : surnom donné autrefois aux Nordiques, une ancienne équipe de hockey ayant évolué à Québec de 1972 à 1995, et dont les joueurs arboraient un uniforme orné de fleurs de lis.

Le Fleur de lis de Québec. Match entre le Fleur de lis et le Canadien. Affrontement entre le Fleur de lis et le Tricolore. Défaite, victoire du Fleur de lis.

Rem.Parfois employé au pluriel (les Fleurs de lis).

 fleurdelisé (sens 4).

Le p’tit Tigre des Draveurs […] vient d’en lâcher une bonne à […] l’instructeur des Nordiques du Québec. [L’entraîneur des Draveurs] et ses jeunes poulains affronteront les « Les Fleur [sic] de Lys » de la Vieille Capitale vendredi à la vieille grande (lire : le Colisée). 1977, Cl. Loranger, L’Hebdo Cap-de-la-Madeleine, Trois-Rivières, 21 septembre, p. 34.

En parlant de Henri on peut dire qu’il est le plus chaud partisant [sic] des Nordiques dans les Laurentides il a même payé 22 $ pour 21 fanions des Nordique [sic] signés par les joueurs des Fleurs de Lys lors de l’encan au profit du club de patinage artistique de Ste-Anne. 1983, La Revue, Terrebonne, 9 mars, p. 30.

Depuis son arrivée à Québec, [un directeur général d’équipe de hockey] semble se faire un malin plaisir à écorcher le Fleur de Lys. En plein Lac Meech, il a embauché pour la première fois de l’histoire des Nordiques, un coach unilingue anglophone. 1991, La Presse, Montréal, 11 juillet, sports, p. 5.

[Un joueur repêché] a eu le front de refuser le port du gilet des Nordiques lorsqu’il s’est présenté à la séance de repêchage. Tout le CLAN et certains médias anglophones nous ont même fait sentir que ça valait 3 millions $ et plus que de s’abaisser à porter un uniforme avec le Fleur de Lys! 1991, L. Simard, Je me souviens! Et j’accuse…, p. 28.

L’évaluation des forces en présence invite, pour le moins, au discernement et à la pondération. Car, bizarrement, elle est loin d’être évidente, l’issue de ce duel printanier flanelle [= le Canadien de Montréal]-fleur de lys, même si sur papier les Nordiques sont nettement supérieurs, à l’offensive principalement, personne ne le nie, y compris les joueurs du Canadien eux-mêmes. Des francs-tireurs hyper-talentueux, […] le Canadien n’en a tout simplement aucun. Clair, limpide, incontestable : le gros du talent est dans le clan québécois. 1993, G. C. Marcotte, Le Devoir, Montréal, 17‑18 avril, p. B12.

 Vieilliou rareNom donné à diverses équipes ou ligues sportives québécoises.

 fleurdelisé (sens 4).

À Match sur Roulettes, les coups de coude sont permis […]. Les amateurs de sports pourront voir ce sport spectaculaire [sport de contact sur patins à roulettes] à l’aréna de Saint-Jérôme le 16 juin, lorsque le Fleur de Lys de Montréal affrontera les Royalistes de Toronto. 1967, L’Avenir du Nord, Saint-Jérôme, 7 juin, p. 12.

Les équipes de Lac-des-Érables et Wabasso ont bien commencé la saison dans la Ligue de balle-lente « Fleur-de-Lys », en remportant les honneurs de la victoire. 1976, Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 18 mai, p. 20.

J’étais fier d’avoir mon jacket d’équipe. Je me rappelle mon blouson pee-wee CC, le Fleur de lys de Baie-Comeau. Ça voulait dire que j’appartenais à l’élite de Baie-Comeau. Je me sentais comme le king de Saint-Georges. 2005, M. Brunet, Mémoires d’un dur à cuire, p. 19.

Histoire

Le mot fleur de lis pose certains questionnements sur le plan étymologique. En effet, à supposer que, sur le plan héraldique, la fleur de lis soit bel et bien la stylisation d’un iris et non celle d’un lis, en s’appuyant sur le consensus des experts du domaine (v. Encycl., sens 3), comment expliquer le fait que l’on ne désigne pas cette réalité sous l’appellation de fleur d’iris, ce qui répondrait à la logique? Plusieurs hypothèses – plus ou moins fantaisistes – ont été formulées, au fil des siècles, en ce qui a trait à l’origine nébuleuse du mot fleur de lis (v. p. ex. Fur 1690 et Dupiney 1864, s.v. lis; Larousse 1866, s.v. fleur; MVictFlore1, s.v. iris; Quillet 1937, s.v. fleur de lis). Or, l’hypothèse la plus plausible semble avoir été mise de l’avant par la linguiste Jacqueline Picoche, qui soutient que la forme fleur de lis pourrait être le calque du mot francique lieschbloeme : fleur résulterait de la traduction de bloeme, et liesch – un mot francique qui signifierait en fait iris, selon Picoche – aurait été erronément traduit par lis, une erreur sans doute imputable à la ressemblance entre les deux formes (v. PicÉtym, s.v. lis).

1Depuis 1536 env. Au sens de « marque indiquant la direction du nord sur les boussoles anciennes », depuis 1613 (S. de Champlain, Les voyages du Sieur de Champlain, p. 322 : Ils se serv[e][n]t aussi d’un compas touché Nort & Su, qui est mettre la poincte de la guide-aymant droit sous la fleur de lis). Au sens de « marque au fer rouge infligée à certains criminels », depuis 1667. Au sens de « marque gravée sur l’écorce des arbres pour délimiter un territoire », depuis 1732. L’expression avoir la fleur de lis « posséder un don inné de guérisseur » est attestée depuis 1827 (La Minerve, Montréal, 1er novembre, p. [2] : On sait qu’il circule un bruit parmi les habitans de la campagne, et même dans les villes, qu’un enfant qui est le septième du même sexe, nait avec la fleur de lys, et qu’en conséquence, il a la prérogative auguste de guérir de toute espèce de maladies). Cette légende, qui remonte au Régime français, fut diffusée au Canada français jusqu’au XXe s. par le biais de la tradition orale. Il s’agit d’un héritage de certaines régions de l’Ouest de la France, notam. l’Anjou (v. à ce sujet VerrAnj 445, s.v. garçon; GeoffrZigz 2, p. 184). 2Depuis 1873. 3Depuis 1948, par extension du sens précédent (v. Encycl., sens 2). 4Depuis 1977, par référence aux fleurs de lis apparaissant sur l’uniforme des joueurs de cette formation.

Nouvelle entrée de la deuxième édition

Dernière révision : février 2024
Trésor de la langue française au Québec. (2024). Fleur de lis ou fleur de lys. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 15 avril 2024.
https://www.dhfq.org/article/fleur-de-lis-ou-fleur-de-lys