Recherche avancée

FIN, FINE [fẽ, fin]
adj. et n.

I

adj.

A

Fam.

1

Qui inspire de la sympathie par sa gentillesse, sa douceur, sa bienveillance, sa serviabilité, son charme; (spécial., en parlant d’un enfant) mignon, sage.

Trouver qqn fin. Être fin avec qqn. Être pas fin.

Être fin comme de la soie, comme une soie : être d’une grande gentillesse, d’une grande délicatesse.

 soie.

 Par ext. (En parlant d’un animal). Qui est d’agréable compagnie; qui n’est pas farouche, qui est docile.

Un petit chien si fin!

 (En parlant d’un geste, d’une parole). Qui fait plaisir, réconforte.

Dire des choses fines à qqn.

C’est fin (de) : c’est gentil (de).

C’est fin d’avoir pensé à moi, d’être venu me voir. C’est fin de votre part de nous inviter chez vous.

À entendre Françoise, Pierre Gagnon n’avait pas son pareil. Il était fin, drôle, amusant; elle allait même jusqu’à le trouver beau, en dépit de la petite vérole dont sa figure était marquée. 1864, A. Gérin-Lajoie, Jean Rivard, économiste, Le Foyer canadien, t. 2, p. 60.

– Connais-tu notre oiseau bleu? demanda-t-elle à Jean. – Celui qui vient chercher des noisettes? – Penses-tu qu’il est fin, et pas farouche! L’autre jour, il s’est posé sur le bord de la fenêtre. 1925, H. Bernard, La terre vivante, p. 162.

Cet enfant-là, je l’ai aidé à venir au monde; ça fait que c’est quasi comme s’il était de ma famille. […] Le voilà qui me tend ses petits bras pour que je le prenne. Mon Dou [sic], qu’il est donc fin, qu’il est donc avenant. 1935, G. Bugnet, La forêt, p. 210.

– J’ai vu qu’il y avait de la lumière sous la porte. J’ai pensé que t’as probablement décidé de passer la nuit blanche et je me suis dit qu’un bon café te ferait pas de tort. J’ai mis un peu de brandy dedans. – T’es bien fin, Gabriel. 1987, V.‑L. Beaulieu, L’héritage, t. 1, p. 311.

« Veux-tu que j’te console? » […] L’autre le prit par l’épaule, l’attira doucement contre sa hanche. […] « J’aime ça quand t’es fin comme ça. » 1989, M. Tremblay, Le premier quartier de la lune, p. 112.

Ma mère, c’est la plus fine du monde et ma fête, c’était la plus belle du monde, et Nicolas a juste manqué le plus beau party de sa vie! 2009, I. Desjardins, Le journal d’Aurélie Laflamme, t. 6, p. 292.

L’infirmière qui nous vaccinait a pris le temps de discuter avec moi et elle était tellement fine. 2021, Nordinfo.com (site Web), Sainte-Thérèse, COVID-19, 7 mars.

2

Intelligent.

Tu dois être assez fin pour comprendre ça! Fais-le toi-même si tu es si fin!

 (Dans des expr.). Être fin pour deux cennes, pour cinq cennes : faire preuve tant soit peu de jugement, de finesse. (N’)être (pas) assez fou pour mettre le feu, (mais) pas assez fin pour l’éteindre : manquer d’intelligence, de jugement, ne pas mesurer la portée de ses actes. Il y en a pour les fins pis pour les fous, en grande quantité, en abondance. Fin comme une mouche : vif d’esprit, perspicace. Pas b(i)en fin, pas fin fin : pas très intelligent. 

 Iron.Se croire, se penser fin : faire le prétentieux.

Rem.En France, fin a aussi le sens d’« intelligent », mais avec une idée de ruse qui est généralement absente en français québécois.

Eh! bien, arriva enfin le jour fixé, et l’assemblée à Lennoxville fut une défaite totale. […] Il semblait que les gens n’étaient pas assez fins pour sentir la nécessité qu’il y avait de se rendre en toute hâte à Lennoxville, à la simple vue d’un avis à cet effet dans la gazette. 1833, La Minerve, Montréal, 16 mai, p. [1].

Pauvres Canadiens! comme nous sommes dupes des étrangers! nous prenons les gens à la mine. Encore un pas, nous sommes Espagnols. Des loups, que dis-je, des sangliers, se revêtant de la peau de nos moutons, viendront nous dévorer. Ils se rendront maîtres sans que nous ne puissions nous en appercevoir [sic], et leur finale sera, vous n’y voyez rien et n’êtes pas assez fins pour y voir. 1834, Lay-man, Le Canadien, Québec, 3 janvier, p. [1].
 

Nous ne sommes ordinairement qu’une poignée d’hommes, mais vous autres qui êtes si fins, mettez-vous donc à l’œuvre, cinq, dix et même vingt mille hommes, et nous verrons si vous le ferez déraper [le pont de glace]! 1863, Ph. Aubert de Gaspé, Les anciens Canadiens, p. 363.

Le recorder […] a libéré ce matin un jeune homme qui venait de s’avouer coupable d’avoir gêné la circulation au coin d’une rue. Il s’agit d’un de ceux dont on peut dire : « pas assez fou pour mettre le feu mais pas assez fin pour l’éteindre ». 1945, L’Action catholique, Québec, 18 juin, p. 9.

Ça fait qu’arrivé là, il leur a dit qu’il venait trotter avec les chevaux. Il était pas fin, Alexis, pas fou, fou, mais pas fin, fin. 1956, Chicoutimi, dans Nord, no 7, 1977, p. 187.

À part de ça, si [l’institutrice] était fine pour deux cennes, a les prendrait par la douceur, pis Toto pis Paul-Émile se couperaient la main pour y faire plaisir à la maîtresse. 1979, B. B. Leblanc, Y sont fous le grand monde!, p. 57.

En plus, il est en train de chanter la pomme à ma sœur Suzie! Elle, pas plus fine, se laisse embobiner! 1986, R. Tremblay, Lance et compte, p. 123.

Tu sais, je ne suis pas plus fine qu’une autre, dit Blanche, mais moi je n’ai jamais confondu l’amour et le mariage. 1987, Fr. Noël, Myriam première, p. 21.

Y a-t-il un seul de ceux qui chialaient publiquement hier qui a eu la brillante idée de demander à l’entraîneur si [un joueur] devait jouer mercredi? Assez fou pour mettre le feu et pas assez fin pour l’éteindre, peut-être? 1991, Fr. Houde, Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 1er février, p. 15.

« C’était une sorte de travailleur itinérant, il était pas méchant, mais pas fin, fin, dit M. Gobeil. Il prenait cinq, six jours pour faire un four, pendant ce temps-là, il était logé, nourri. Il paraît qu’il était ben sensible aux belles filles… » 2018, La Presse +, Montréal, actualités, 5 juin, écran 3.

Dans le monde virtuel, il y a de gros rabais sur la haine. Spécial sur la méchanceté : donnez-en une, recevez-en deux! Pas de pénurie pour le mépris, l’inventaire de la colère est infini pis les entrepôts sont remplis de malveillance et d’antipathie. Il y en a pour les fins, les fous, tous les dégouts, en tout temps, partout pis dans tous les formats. 2021, Chr. Vanasse, Le Courrier de Saint-Hyacinthe, 6 mai, p. 4.

3

(En parlant d’un objet, d’un service). Qui est bien fait, bien conçu, dont l’utilisation rend la vie plus facile, plus agréable.

C’est donc fin un micro-ondes, je ne pourrais plus m’en passer.

 (En parlant d’une circonstance, d’une situation). Qui est bon, agréable; qui est bien.

Ce qui est fin avec elle, c’est qu’on peut toujours discuter.

 fun (sens I.3).

Il n’y a qu’à lâcher un petit cri par le téléphone à A. C. Trempe, et immédiatement vous avez un de ses commis devant vous avec tout ce qu’il faut. N’est-ce pas que c’est bien fin le téléphone! 1890, Le Sorelois, Sorel, 18 juillet, p. [3].

Rendue un peu plus loin, Belzémyre s’arrête en extase devant des petites poupées en brayets et avec des rubans de cheveux sur la tête. – C’est-y fin un peu ces catins-là. Ça doit se vendre les yeux de la tête. 1919, La Patrie, Montréal, 16 août, p. 15 (chron. humor.).

– Alzire : C’est un poêle de qualité, vous savez. – Ferdinand : À votre place, je m’en serais débarrassé là-bas. Le gaz, c’est si fin et ça va si vite pour faire à manger. – Isidore : Vous autres, du moment que ça va vite, c’est fin. 1938, Cl.‑H. Grignon, Le déserteur, 21 octobre, p. 3 (radio).

– Donalda : Les enfants s’en donnent dehors? – Arthémise : Tu comprends avec les traîneaux pis une belle neige de même. – Donalda : C’est don [sic] fin de les voir glisser! 1939, Cl.‑H. Grignon, Un homme et son péché, 27 décembre, p. 3 (radio).

C’était pas ma destinée d’avoir un petit à moi! Eh, Seigneur! Ça aurait été ben fin, pourtant! 1943, A. Brisset-Thibaudeau, Ceux qu’on aime, 22 septembre, p. 4 (radio).

Elle vient me chercher en auto. Chez-elle [sic], il y a ça de fin, quand l’auto est libre elle peutêtre [sic] prise par qui en a besoin. Et elle m’emmène. 1985, G. Lefebvre, La Presse, Montréal, 14 avril, p. 68.

Vous ne voulez plus d’aménagement de rivières […], vous trouvez que les éoliennes c’est fin et ça n’a pas de défaut, alors allez-y. Hydro a trouvé la bonne formule. 2010, D. Bouchard, Le Quotidien, Saguenay, 21 avril, p. 10.

C’est pourquoi ça me fait du bien, à l’occasion, d’aller dans un restaurant sans prétention où le rapport qualité-prix – mais surtout quantité-prix – est excellent. C’est fin de bien manger, mais encore mieux de manger à sa faim. 2014, P. Faucher, La Voix de l’Est, Granby, 7‑8 juin, p. 11.

L’art numérique représente une avenue invitante, mais dans la mesure où la main de l’homme ne se pose pas uniquement sur une souris. « C’est fin, le numérique, mais très facile à reproduire. Je vais donc incorporer du travail manuel à ces créations », anticipe le peintre. 2018, D. Côté, Le Quotidien (site Web), Saguenay, arts, 7 septembre.

4

Avoir l’air fin : être distingué dans sa tenue, dans ses manières, bien paraître.

Rem.Peut en outre avoir le sens contraire d’« avoir l’air ridicule », comme en France.

La mère d’un fiston canadien-français jusqu’au trognon, s’exclamait […]. – Quelle belle jeunesse, monsieur; n’a-t-il pas l’air gentleman? on dirait un Anglais! [/] Il devait avoir l’air fin, le fiston, s’il ressemblait à un Anglais. 1900, Les Débats, Montréal, 3 juin, p. 1.

Depuis quelques jours, elle passe son temps à me parler des joueurs de hockey d’un club de ma paroisse… Qu’ils sont donc beaux, puis qu’ils ont donc l’air fin! 1938, A. Rousseau, Les amours de Ti-Jos, dans P. Pagé, Le comique et l’humour à la radio québécoise, t. 1, 1976, p. 169.

Florence n’a pas vu la photo tout de suite, elle regarde dans l’enveloppe et en sort la photo. Elle reste ébahie! – Ah! Qu’y a l’air fin!… 1980, J.‑M. Delisle, Un reel ben beau, ben triste, p. 150.

La dame a raconté avant le début du spectacle que son chanteur préféré avait « l’air fin ». 2001, Progrès-dimanche, Chicoutimi, 5 août, p. A6.

5

Faire, (plus rarement) avoir le bec fin, la gueule fine, (parfois) la fine gueule : faire le difficile, dédaigner un plat; par ext. considérer avec dédain, exiger plus que ce que l’on est en droit d’attendre.

 Un bec fin, une gueule fine : une personne qui agit ainsi.

Nous savourons avec délices les sauces piquantes préparées d’après les ordres du caporal d’ordinaire Drolet, sauces qui nous auraient fait faire plus d’une grimace au pays. « Lorsque nous fesons [sic] les becs fins – comme nos mères nous disaient jadis – nous allons au café, et pour quelques sous, nous fesons [sic] ripaille. […]. » 1868, É. Lefebvre de Bellefeuille, Le Canada et les Zouaves pontificaux, p. 207.

V’là la sorte de monde que c’est, les hommes. […] Bonne Sainte Bénite! Et ça ose faire les becs fins sur les créatures! Tiens!… tiens!… tiens!… tu ferais mieux d’aller me chercher une brassée de bois! 1934, La Presse, Montréal, 24 février, p. 59 (chron. humor.).

C’est entendu qu’y a des petites [sic] inconvénients. Un mari, c’est un mari. À ton âge, faut pas faire le bec fin. Faut pas cracher dessus, dirait ton père. 1961, R. Lemelin, La famille Plouffe, 25 septembre, p. 4 (radio).

Tu as tort de mépriser l’argent, et puis, tu sembles oublier que nous vivons tous à même ton héritage. Rien de plus gratuit qu’un héritage, n’est-ce pas? Et, à quoi bon faire la fine gueule? Sans l’héritage que fit notre mère Agnès, nous serions tous chez le diable, notre père François avec nous, à mendier, comme des saints humiliés. 1967, A. Hébert, Le temps sauvage, p. 19‑20.

– Maria : Restez icite, vous avez en belle! Nus autes, on a pas d’objections. – Beaugras : Mais préparez-vous à vous mette à ’a soupe aux pois, par ’zempe! Comme tout l’monde! […] – Mrs. Master : Nous demeurons. – Mr. et Mrs. Master : Et nous mangerons la soupe aux pois! – Maria : Mais vous êtes mieux d’pas faire les becs fins d’ssus! 1975, R. Lepage, La pétaudière, p. 132‑133.

[…] [il] n’aime pas beaucoup les plaisirs de la table, selon lui pertes de temps. […] Ça ne dure jamais plus de 15 minutes, soupe, dessert et café inclus. « Mais j’ai jamais levé le nez sur du manger, dit-il avec empressement. Quand y’a du monde qui crève de faim, on n’a pas le droit d’être becs fins. » 1987, L’Actualité, vol. 13, no 8, p. 42.

Plusieurs éléments de réponses sont avancés pour expliquer cette soudaine réticence du public. Par contre, le public shawiniganais n’est pas le premier à faire le bec fin depuis le début de la tournée québécoise du groupe [la nouvelle version de La Bottine souriante] il y a quelques semaines. 2003, S. Frappier, Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 17 décembre, p. 25.

[…] la langue qui nous distingue de tous les autres vivants, du lichen au chêne au chien savant, restera à jamais le don le plus imaginatif qu’un dieu farfelu et délirant pouvait inventer… puis nous confier à nous, les êtres parlants. Si vous pensez que j’ai l’intention de m’en priver, de faire le bec fin sur mon héritage! Surtout que le mien – et forcément le vôtre si vous me lisez – est descendu en droite ligne de la tour de Babel […]. 2012, A. Maillet, Le Devoir, Montréal, 14 novembre, p. A11.

D’autres plats reviennent très fréquemment au programme, tel l’écœurant pain de viande gélatineux, une plus que blafarde contrefaçon de galantine, genre colle à tapisserie frelatée dans une substance suspecte, insipide et non identifiable… Ouache!! Des orphelins préfèrent la laisser mourir dans leur assiette plutôt que la laisser surir dans leur estomac. Pas question de faire ici la gueule fine (faim oblige) et ceux qui daignent l’ingérer réclament rarement un rappel. 2016, N. Charbonnier, Une adolescence jouée à pile ou face, p. 33.

B

Exprimant un renforcement.

1

(Placé devant le nom). Qui constitue le point extrême (de qqch).

VieilliLe fin bout d’une affaire, le fin cœur de l’hiver. Le fin Nord québécois. Le fin haut des côtes.

De fin matin : très tôt le matin.

 VieilliFine glace ou glace fine : glace très dure, unie.

Rem.On dit plus couramment glace vive, glace bleue.

 À la fine course, à la fine épouvante : à vive allure, à toute vitesse (en parlant d’une personne ou d’un animal).

Partir à la fine course. S’en venir à la fine épouvante.

Au fin fond, dans le fin fond : en réalité, tout bien considéré.

Rem.Emploi plus large qu’en français de France où fin, dans ce sens, n’est plus usité qu’avec quelques mots (voir Histoire).

Dans la confusion qui suivit ce revers de médaille, le colonel Gauvin s’échappa à fine course, monté qu’il était sur un excellent cheval qu’il avait pris sans cérémonie dans les écuries de l’honorable Debartzch. 1837, La Gazette de Québec, 2 décembre, p. 1.

Vite me laver, changer d’habit, me raser aussi, puis le métro, tout cela à la fine épouvante pour faire le vide en moi, pour éviter les distractions qui me retarderaient. 1968, A. Major, Le vent du diable, p. 138.

C’est peut-être que dans le fin fond, vous ne voulez pas abandonner la cigarette. Parce que vous aimez fumer. Tout simplement. 1976, L’Actualité, vol. 1, no 2, p. 11 (annonce).

(Acadie). Pourtant le marin qui promenait sa goélette entre les îles du sud et par les mers du nord depuis sa fine jeunesse avait dû entendre souvent le chant des sirènes dans la nuit; il avait dû charrier dans son quatre-mâts plus d’une cargaison de beautés éplorées et reconnaissantes, ce seigneur du large. 1979, A. Maillet, Pélagie-la-Charrette, p. 117.

Mais il y a tellement de gélinottes huppées que j’ai quand même vu sept courageuses d’entre elles se remplir le jabot et le gésier de très fin gravier dans des chemins forestiers. Sauf qu’elles étaient tellement farouches qu’elles décollaient à la fine épouvante à environ 100 m de distance devant notre véhicule, totalement hors de portée des fusils. 2006, A.‑A. Bellemarre, Le Soleil, Québec, 2 novembre, p. 58.

Ça sent l’aquarium. Une odeur délicieuse jusqu’au tourment de mer, de varech et de poissonnerie proche. Une brume dense est accrochée au littoral. C’est le fin matin. Trois hommes grillent une cigarette et boivent un café devant [le dépanneur]. 2011, M. Durand, Le Devoir, Montréal, 16‑17 juillet, p. A1.

Une équipe internationale est parvenue à cette conclusion en remontant (très loin) la chaîne de transmission d’Ebola, grâce à des documents hospitaliers et à des entrevues de patients. On ne saura sans doute jamais si c’est bien là le fin bout de la chaîne, s’il n’y a pas eu d’autres cas d’Ebola qui ont été ignorés ou confondus avec autre chose. 2014, Le Soleil, Québec, 16 août, p. 17.

Ce rêve de la fermette ou de la maison de campagne dans le fin fond d’un rang du Haut-Pays, plus souvent qu’autrement, c’est précisément ce que certains « commentateurs » du Comité social voyaient en la p’tite bleue de Mont-Carmel. 2021, M. Paradis, Le Placoteux, Saint-Pascal, 24 février, p. 5.

2

(En fonction adverbiale). Tout fin seul, tout fin prêt : tout à fait seul, tout à fait prêt. VieuxTout fin dret : en ligne droite, sans détour.

Rem.Fin prêt se dit en France (voir Histoire).

 (Parfois précédé de tout). Fine haute, fine basse (en parlant de la marée) : à son niveau le plus haut, le plus bas.

T’nez, j’vas vous raconter tout fin draite comment qu’la chose est arrivée. 1842, P. Petitclair, La donation, L’Artisan, Québec, 26 décembre, p. l.

Pas besoin de vous dire si j’avais le visage long, tout fin seul sus c’te grève, avec mon soûlard sus les bras, et la moitié d’un petit pain pour toute consolation. 1898, L. Fréchette, Coq Pomerleau, dans A. Boivin et M. Lemire (éd.), Contes II : masques et fantômes, 1976, p. 193.

[…] c’est que l’père est mort tout d’un coup sans crier gare, et la mère est restée toute fine seule avec des marmots, sur les bras. 1900, R. Girard, Florence, p. 97.

Le vent a repris de plus belle, mais cette fois sans direction. On le croit au sud, il est nordais et sorois. Un vent mêlé. Un vent que le fou aime. Comme une immense couleuvre, il rampe dans les roseaux, se cabre et se recouche. La marée est fine basse. 1958, F. Leclerc, Le fou de l’île, p. 60‑61.

Et me voilà tout fin seul assis sur le bord du lit. Arrêté. Figé. Coupé de mon monde et de mon été. 1975, J.‑P. Filion, Saint-André Avellin… le premier côté du monde, p. 93.

Depuis 1994 que Jean-Guy Lavoie enseigne la danse en ligne : cha-cha-cha, rock and roll, triple swing, rumba, merengue, slow, tout y passe. Eh oui, il paraît que l’on peut aussi danser un slow tout fin seul. Me semble que ça doit être plutôt platonique comme sensation, mais M. Lavoie me jure que ce n’est pas le cas. 2002, M. Goupil, La Tribune, Sherbrooke, 11 juin, p. A2.

Que venait faire un livreur de pizzas dans une rue habitée par des juifs d’obédience orthodoxe, lesquels, c’est connu, mangent exclusivement kasher? Jugeant que la scène valait bien une photo, se servant de son portable tout fin prêt, Adrien la rajouta à sa collection d’images incongrues dont Sonia était si friande. 2017, P. Caron, Letendre et l’homme de rien, p. 271.

II

n.

1

Fam.Faire le fin, son fin : se montrer gentil.

 Iron.Faire le brave, l’intéressant.

 smatte (sens II.2).

Le chroniqueur [de la Gazette] en question défigure l’adresse du maire des Trois-Rivières et lui fait dire des niaiseries. […] L’adresse disait : « vous êtes (Sir Hector) l’ami intègre et conciliateur des différentes races. » La Gazette écrit : « vous êtes l’ami intègre et cultivateur des différentes races; » elle met ce mot en relief et croit avoir montré beaucoup d’esprit! Il eut été bien plus simple de publier l’adresse telle qu’elle est et d’éviter une sottise. Mais quand on veut faire le fin au bureau de la Gazette on s’y prend d’une autre façon. 1881, Le Journal des Trois-Rivières, 26 septembre, p. [2].

Mardi soir, […] je suis allé avec ma vieille au théâtre de la rue Guy, près de la montagne, où est-ce qu’un Écossais du nom de Harry Lauder devait danser des jigues [sic] et faire des farces. […] En petit jupon, les jambes en l’air, une tourmaline avec une plume d’oie sur la tête, il a essayé de faire son fin. 1919, La Patrie, Montréal, 11 janvier, p. 13 (chron. humor.).

À l’heure du dîner, alors que toute la famille venait de se mettre à table, papa a fait son fin, toujours la même histoire, les résultats scolaires de son fils Antoine. 1964, A. Major, Le cabochon, p. 34.

J’ai bien assez de faire la fine [/] Quand ma tante vient nous visiter : [/] – « Mon Dieu, Clémence, t’as pas bonne mine [/] Il s’rait grand temps de t’marier. » 1969, Cl. Des Rochers, Sur un radeau d’enfant, p. 175.

Il y a des boas. […] Il faut faire très attention quand on marche. J’ai encore voulu faire ma fine : je me suis couchée dans l’herbe. 1969, M. Richard, Michèle Richard raconte Michèle Richard, p. 120.

C’est en écoutant des fillettes de 10-11 ans faire des commentaires sur des garçons du même âge qu’elles, que j’ai dû me rendre à l’évidence génétique des comportements. « L’as-tu vu, faire son fin et son bon sur son skate, à sauter les buttes, à faire des pirouettes? » […] Évidemment, c’était pour épater la galerie. On ne refera pas le monde! Les gars faisaient leurs bons. 1997, A. Rainville, Le Quotidien, Chicoutimi, 4 septembre, p. 12.

La victime aurait refusé. Voyant que la jeune femme refusait de coopérer, M. Brunet l’aurait prise par le poignet et lui aurait dit de « faire sa fine ». 2009, Le Droit, Ottawa-Gatineau, 5 février, p. 6.

Je voulais être bonne et réussir les mouvements [de yoga]. J’ai eu envie de performer. D’aller plus loin que mes limites. J’ai surtout voulu faire ma fine pour montrer que je suis souple et en forme. Résultat? Je n’ai jamais été si courbaturée de ma vie. 2010, S. Bachand, La Seigneurie, Boucherville, 14 mai, cahier Sortir, p. 34.

Ce que les Noirs avaient dit en anglais était répété en anglais par la jeune femme, et elle traduisait à mesure, et d’autres disent qu’elle racontait d’abord en français, et après en anglais, pour faire sa fine, pour qu’on sache qu’elle avait étudié à Montréal et qu’elle savait l’anglais. 2019, G.‑P. Ouellette, Les dormants de la voie ferrée, p. 147.

2

Fam.Personne qui parle, qui agit avec prétention.

Un beau fin.

 Par antiphrase Personne à qui l’on reproche d’agir sans discernement, de manquer de jugement; qui mérite la désapprobation par son comportement, sa conduite.

Beau fin! T’es une belle fine, toi!

 fin-fin.

J’étais à lire le papier de Québec; elle [la mère] m’interrompt au beau milieu d’une phrase, « Est-ce un homme qui se dit catholique qui écrit de telles sottises [»]. […] [«] Il s’appuie sur le Droit Canon [»], [«] Droit Canon tant que tu voudras, il ne lui appartient pas de venir prêcher ce que le Catéchisme condamne. Un beau fin pour venir se prendre avec notre curé [»]. 1877, Le Franc-Parleur, Montréal, 21 août, p. [2].

– Pierre : Oh, dis donc, Betty, connais-tu ma grande sœur Josette? […] Je vais te la présenter… Elle aimerait bien te connaître. – Ti-toine : Mon imbécile!… Fais pas ça! Qu’est-ce que Josette va penser?… – Pierre : Josette! Josette! […] Viens donc ici. […] – Ti-toine : Je m’en vais… J’ai pas envie que mes deux blondes se rencontrent. – Madeleine : T’es un beau fin, toi, Pierre. 1939, A. Audet, Madeleine et Pierre, 25 janvier, p. 2‑3 (radio).

Beau Alexis. Un grand connaissant. Un beau fin. C’était pas difficile pour lui de faire à semblant de croire Ti-Mousse. 1943, Cl.‑H. Grignon, Un homme et son péché, 29 décembre, p. 2 (radio).

– Lucinda : Regarde donc le Courrier de Radiomonde [journal]. – Amanda (Lisant.) : « Miville Couture. 1- Est-il marié? 2- A-t-il des enfants? Réponse : il n’est pas marié. » – Églantine : Ils disent pas s’il a des enfants? – Amanda : Non, ils le disent pas : tu parles des fins! 1981, Gr. Gélinas, Les fridolinades 1941 et 1942, p. 174.

Le Premier Ministre […] a voulu faire le beau fin et glisser en douce trois éléments de son idéologie de la droite au cours de l’énoncé économique de son gouvernement, la semaine dernière. 2008, R. Cléroux, Hebdo Rive Nord, Repentigny, 3 décembre, p. 6.

3

Fam.Pas fin, pas fine : personne qui manque d’intelligence ou de jugement; personne attardée.

Une pas fine, des pas fins.

Eh! ce pas fin, aussi! N’avoir rien du tout devant soi, et s’en aller prendre une fille pauvre. Pourquoi pas une riche ou qui aurait eu, au moins, un p’tit brin de butin! 1900, W. Larose, Entre deux quadrilles, dans L’École littéraire de Montréal, Les soirées du château de Ramezay, p. 109.

Un pas fin qui avait vendu sa terre pour s’en aller en ville, me disait jusqu’à quel point il s’ennuyait de ses animaux. « Tous les matins, en m’en allant à mon ouvrage, je fais un détour d’un demi-mille pour pouvoir passer devant une grange. » 1953, E. Arsenault, Les loisirs d’un curé de campagne, p. 150.

On y disait : « T’es pas capab’ de fumer plus longtemps que l’crapaud! », on enfonçait un’ cigarette ent’ les babin’ d’un crapaud […] pis on en donnait une à Rosair’ qui halait la fumée comme un pas fin pis qui dev’nait violett’ pis qui s’mettait à brailler pis à vomir. 1975, P. Châtillon, Le fou, p. 20.

Bonne nouvelle pour les amateurs de rongeurs! Vous avez maintenant 43 nouvelles chances d’accueillir un rat domestique dans votre famille. C’est ce que la SPCA de Montréal a annoncé dans une publication Facebook mercredi. Un « pas fin » a laissé les 43 adorables créatures dans des boîtes devant la SPCA la semaine dernière. 2020, M.‑H. Lacroix, Le Sac de chips (site Web), animaux, 17 août.

4

VieilliSe mettre, s’habiller sur son (plus) fin : mettre ses plus beaux habits, apporter un soin particulier à sa toilette.

Rem.On dit plus couramment se mettre sur son plus beau, se mettre sur son trente-six.

Un bon jour, j’ai dit à mon bourgeois : « Demain, je travaille pas, je prends congé. » Alors, je m’habille sur mon fin, je mets […] ma petite tuque barrée rouge que mon grand-père m’avait donnée […] pis là, je vous dis, j’étais pas mal propre […]. 1971, Saint-Joseph (Saint-Hyacinthe), AFEUL, G. Dulong 332 (âge de l’informateur : n. d.).

Ce soir, on va passer le temps dans le château, puis demain matin, tu vas t’habiller sur ton plus fin, mettre la plus belle robe que tu as, puis je vais aller te ramener chez vous. 1976, Notre-Dame-d’Hébertville (Lac-Saint-Jean-Est), dans B. Bergeron, Les Barbes-bleues, 1980, p. 116.

5

loc. adv. VieuxAu fin (en parlant de l’exécution d’un travail ou de son résultat) : très bien, parfaitement.

Réparer un objet au fin. Travailler au fin.

C’fut un beau jour qu’l’jour où ce que mon frèr’ l’Curé fut fait prête [sic] dans la Cathédrale de Chicoutimi […]. Al’ [la cathédrale] était toute parée et pavoisée au fin, pleine de monde comme un œu […]. 1924, A. Langlais, Mon frér’ l’curé, Le Canada français, vol. 11, no 10, p. 793.

Il a réparé l’armoire, ça va faire au fin. 1930, La Société du parler français au Canada, Glossaire du parler français au Canada, p. 346.

Histoire

IA1Depuis 1864. Hérité de France. En parlant de qqn, cp. en ancien français des emplois voisins comme « délicat, tendre (en amitié, en amour) » ou « loyal, sincère » (v. FEW fīnis 3, 563a, GreimAFr, Godefroy, LaCurne). Par ailleurs, selon un commentaire de Pasquier (XVIe s.), fin recoupait à époque ancienne divers emplois de bon : « L’ordinaire de nos anciens estoit d’employer le mot de fin, pour bon en toutes les occurrences qui se presentoient » (cité dans LaCurne). 2Depuis 1833. Relevé dans les parlers de l’Est et du Sud de la France (v. BoillDoubs 162, GonPonc 89, CastNiç). Dans la langue générale, cp. les sens voisins de « savant, pénétrant, rusé », à l’époque classique (v. Fur 1727, Cayrou, DubClass3). En français moderne, l’emploi de fin au sens de « rusé » s’est maintenu surtout dans des locutions comme un fin renard, un fin matois, une fine mouche. (N’)être (pas) assez fou pour mettre le feu, (mais) pas assez fin pour l’éteindre, depuis 1945. L’expression a été relevée sous la forme pas assez fou pour mettre le feu, pas assez fin pour l’éteindre dans DesRExpr avec le sens de « se dit d’une personne abrutie, niaise ». 3Depuis 1890. 4Depuis 1900. Sans doute hérité des parlers de France. Cp. en picard c’est un fin, une fine, en parlant de qqn dont la mise est soignée, recherchée, les manières distinguées (v. VassPic, s.v. fin, -finne). Cp. aussi, en créole haïtien, fen « bien habillé » (BentKreyòl 166). 5Depuis 1868. Relevé dans le parler picard : bec-fin « celui qui n’aime que les mets choisis, les friandises » (v. VassPic, s.v. bec-fin); cp. aussi, dans les parlers de l’Ouest et du Nord-Ouest, goule-fine « individu difficile sur la nourriture » (v. FEW gǔla 4, 317a). Dans la langue générale, cp. des emplois voisins tels que faire la fine bouche « faire le difficile devant un mets ou devant toute œuvre ou proposition » (v. Larousse 1982, Robert 1985), ou encore les expressions vieillies faire le petit bec, faire son petit bec, de même sens (v. Littré, GLLF, Robert 1985). Cp. enfin fine gueule ou gueule fine, fin bec ou bec fin « gourmet » en français moderne (v. Robert 1985, TLF). La définition que donne Académie 1932 pour c’est un bec fin (« c’est un gourmet, il a le goût difficile ») montre bien le lien sémantique étroit entre le fait d’être gourmet (donc de ne pas manger n’importe quoi) et le sens que l’on donne à bec fin en français québécois. B1Depuis 1837. Emploi bien attesté en ancien et en moyen français ainsi que dans les parlers régionaux de France (v. FEW fīnis 3, 562b, LaCurne). Voir en outre dans Godefroy : « Fin s’employait devant beaucoup de substantifs pour exprimer une idée de superlatif, pour dire extrême, complet ». Également dans Huguet : le fin matin « la première lueur du jour », au fin cœur d’hyver « en plein hiver ». En français moderne, fin dans ce sens ne subsiste que dans de rares locutions (p. ex. le fin fond des bois, le fin mot d’une histoire, la fine fleur de la société). 2Depuis 1810 (VigerB 96 : tout fin seul). Fin ainsi que tout fin sont attestés avec cette valeur adverbiale (pour renforcer un adjectif ou un adverbe) en ancien et en moyen français de même que dans les parlers régionaux de France (v. FEW id., Godefroy, LaCurne, Huguet; v. encore GLLF qui cite Molière : Il parle tout fin droit comme s’il lisait dans un livre, et Madame de Sévigné : Je suis ici toute fine seule). Pour l’accord au féminin, v. Godefroy : « Dans cette manière de dire il pouvait s’accorder avec un adjectif féminin ». Le français moderne ne conserve de cet usage ancien que quelques expressions comme fin prêt ou fin saoul.

II1Depuis 1881. Au sens de « se montrer gentil », faire le (son) fin découle du sens I.A.1. Dans son acception ironique, il a sûrement été hérité de France également; cp. faire le fin « faire des façons » en moyen français et en français classique (v. Huguet, Cayrou). 2Depuis 1877. 3Depuis 1894 (Clapin). Héritage des parlers de France : relevé en auvergnat (pas fin « bêta », v. BonnAuv2 32). Cp. aussi point-fin et guère-fin « sot, imbécile, peu intelligent » dans les parlers de l’Ouest (v. DottMaine 419 et 580, DottBret 142, FEW fīnis 3, 566b). 4Depuis 1917 (JutrParl 152). 5Depuis 1903 (H.‑R. Casgrain dans BPFC 1/9, p. 157).

 fin-finfin finaud, fin finaude.

Dernière révision : avril 2024
Pour poursuivre votre exploration du mot fin, consultez notre rubrique La langue par la bande.
Trésor de la langue française au Québec. (2024). Fin, fine. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 16 juillet 2024.
https://www.dhfq.org/article/fin-fine