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FILIÈRE [filjɛʀ]
n. f.

1

(Emploi critiqué). Chemise, boîte, ou (plus usuel de nos jours) meuble à compartiments servant à classer des documents.

2022, TLFQ, Filière [photo].

Filière à deux, à quatre tiroirs.

Mettre, garder un dossier en filière, dans un classeur, dans des archives.

Avoir en filière des lettres, des documents.

Nous venons de recevoir un assortiment complet d’articles de bureau, tels que : [...] Filières à Lettres [...]. 1910, La Tribune, Sherbrooke, 9 mai, p. 2 (annonce).

D’autres inspectaient les tiroirs du chef pour s’assurer qu’ils étaient bourrés de papiers. Après on en mettait dans des filières, sous la table et dans des casiers de fer, sur les tablettes, dans les fenêtres, sur les tapis. 1955, F. Leclerc, Moi, mes souliers..., p. 59.

Secrétaire chez Merril Finch Insurance, la compagnie d’assurance automobile, Marise tapait des lettres sur papier guenille [...]. Elle couchait avec l’assistant-gérant, Maurice Riendeau, elle vivait dans des jupes de laine et des blouses de nylon, dans un monde de tapis en twist doré et de filières de métal gris. 1967, J. Godbout, Salut Galarneau!, p. 114.

Face à la Commission des droits de la personne, notre vulnérabilité tient aux centaines de candidats dont les dossiers dorment dans nos filières depuis des années sans qu’ils n’aient jamais eu la chance d’être soumis à notre processus de sélection. 1989, Le Soleil, Québec, 7 février, p. Al.

2

VieilliPapiers, documents classés qui constituent un dossier; dossier.

 (Dans une administration). Lieu où sont classés, archivés les documents; service qui s’occupe du classement des documents.

Les demandeurs déclarent qu’ils sont les seuls et uniques propriétaires du droit de pêche [...]. Ils produisent à l’appui les titres suivants : [...] Ces titres sont parfaits et sont complétés par les admissions des défendeurs. [...] La filière des titres est complète. 1893, Kamouraska, BAnQQ, Cour d’appel (Québec), cause no 17, factum des intimés, p. i-ii.

Le procureur de la Couronne a expliqué que la sentence maximum était imposée parce que les filières de la police démontraient que Labranche avait été déjà inculpé en 1927. 1950, Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 1er mai, p. 14.

(Ontario). Bonjour, c’est bien le bureau des avocats Lemaire, Lefebvre et St-Aubry... c’est-tu Monsieur Gabriel ça?... Auriez-vous l’obligeance de me passer le jeune homme qui travaille aux filières... 1981, R. Marinier, La tante, p. 25.

En tant que membre du conseil d’administration de ta grosse compagnie dont tu es le président, j’avais accès en plein jour à toutes les filières que tu considères top secret1989, Le Devoir, Montréal, 24 janvier, p. 5.

Histoire

Mot dérivé du verbe québécois filer (v. tr.) au sens de « classer » ou de « produire, enregistrer », lui-même issu de l’anglais to file, qui a les mêmes sens (v. OED et Webster 1986). Ce verbe filer est attesté en français québécois depuis le XIXe s., notamment dans la langue des avocats, par exemple dans filer un document, des lettres (Rinfret, Bélisle3; FTLFQ), et filer un rapport, un plaidoyer, une réclamation (Gingras1, Dunn, Clapin, GPFC, FTLFQ). Le fait qu’il existe en français un mot filière, bien qu’il ait un tout autre sens (« succession d’états à traverser, de degrés à franchir, de formalités à accomplir avant de parvenir à un résultat », v. PRobert 1993), est certainement un facteur qui a facilité l’implantation de ce dérivé dans l’usage; on a pu considérer qu’il s’agissait du même mot.

1Depuis 1910. 2Depuis 1893.

Version du DHFQ 1998
Trésor de la langue française au Québec. (1998). Filière. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 13 juin 2024.
https://www.dhfq.org/article/filiere