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ÉPIVARDÉ, ÉPIVARDÉE [epivaʀde]
adj. et n.

1

adj. Libéré, affranchi des contraintes, des conventions.

 Extravagant, anticonformiste.

Vue la semaine dernière au café des artistes [sic] une Suzanne Valéry, plus « épivardée » que jamais. Elle ne veut plus tourner de film en France, elle ne veut plus courir après la gloire. Elle veut être heureuse et faire carrière ici. 1967, Télé‑radiomonde, Montréal, 15 juillet, p. 21.

Si [Louise] Forestier a du mal à garder son sérieux, c’est parce qu’elle n’arrive pas visiblement à se prendre au sérieux. Son tempérament est épivardé, multiple. 1976, Le Soleil, Québec, 6 novembre, p. C3.

Charlebois a fait un choix délibéré et incinditionnel [sic] pour ce moment de sa carrière : il ne fait plus de rock, sans le renier, sauf ce magnifique Petroleum inspiré conjointement entre lui […] et ce farfelu épivardé qu’est dans la culture américaine, un dénommé Frank Zappa. 1977, Télé‑radiomonde, Montréal, 25 décembre, p. 14.

La divine Éva : beaucoup trop épivardée pour les chastes spectateurs du Québec. 1978, L’actualité, vol. 3, no 9, p. 42.

Eve, une journaliste américaine […] décide de s’arrêter à Belgrade histoire de revoir un copain d’université, Janko, un chirurgien […]. Elle tombe d’abord, en l’absence du premier, sur Marko, un coureur cynique, un « branleur des Balkans », le meilleur ami de Janko. Petite nuit d’amour avec le branleur, pour se faire les dents et, ensuite, le grand amour avec le beau chirurgien. Mais, attention! Eve n’est pas une gougoune épivardée. Elle est profondément intéressée par les différences sociales et économiques de ce pays déchiré. 1984, L.‑G. Lemieux, Le Soleil, Québec, 6 juillet, p. B10.

Déjà Vu ou le colonial épivardé [titre] Le magasin de mobilier Déjà Vu porte bien son nom, puisqu’il propose des meubles et des accessoires des années [19]30 à [19]70 rajeunis et transformés. Le style colonial s’épivarde dans les couleurs, le chrome et la fausse fourrure. 2011, Le Soleil, Québec, 17 septembre, p. M17.

 n.

Les autres mamans de la bande étaient des portraits recueillis parmi les souvenirs de Claude Jasmin : il y avait la « fraîche », la « commune », la « timorée » et aussi une « épivardée ». Femmes de contraste qui avaient forcément des démêlées épiques. 1982, Télé‑radiomonde, Montréal, 15 août, p. 8.

Seule une épivardée comme Violette, une fleur en quête de nouveau terreau peut souhaiter refaire sa vie, refaire son cœur et son extase, planter là le passé comme un vilain mari, comme une chambre aux couleurs d’urine et de merde. 1992, A. Brochu, L’esprit ailleurs, p. 81.

Les commettants québécois sauront bien de quel côté voter si le régime actuel fait acte de contrition et change de cible. De tir. Avec ses parts pesantes d’assistés sociaux, de jeunes (et moins jeunes) chômeurs, le gouvernement doit muer. Face aux licenciés précoces lâchés par les épivardés à rentabilisation pressée, ces voraces amateurs de performances du néocapitalisme débridé, ces psychosés de la productivité à tout prix, les courseurs effrénés des maillages incontinents, une majorité de voteurs comprendra, élira, un virage vers l’humain. 1999, C. Jasmin, La Presse, Montréal, 21 septembre, p. B3.

Au risque de passer pour un « épivardé », il continue. Il persiste et signe. Parce qu’il sent, en lui, des appels qui l’incitent à faire des choses. Sans peur, aucune, du travail pour rien, des pages non publiées et des longues répétitions qui n’aboutissent pas. Robert Lalonde est écrivain à temps plein, dans le vrai sens du terme. 2004, P.‑H. Roy, La Tribune, Sherbrooke, 10 avril, p. G1.

(Hapax). adj. Vêtue ou parée avec soin et coquetterie.

Rem.Le masculin épivardé n’est pas attesté dans la documentation consultée.

Aumachère (à Godon) – Qui est-ce qui nous disait que vous aviez, ici, une fille dont la beauté est célèbre à dix lieues à la ronde? Godon – On vous a peut-être ben dit que vous trouveriez icite une créature mieux épivardée que ces dames. Mais, vous le voyez (avec une révérence), c’est pas possible. 1953, Louvigny de Montigny, La cabane à sucre, L’Épi rouge et autres scènes du pays de Québec, p. 239.

2

adj. Bigarré, hétéroclite, disparate.

La gentillesse incarnée et la poignée de main franche, la chanteuse s’efforçait de répondre avec enthousiasme à des questions que lui garrochaient [sic] mollement la presse. […] Malgré le commérage de toute la tablée portée vers l’école buissonnière, quelques lueurs de Pauline Julien émergent de l’horizon épivardé des conversations. 1984, M. Simard, Le Devoir, Montréal, 14 janvier, p. 17.

Pauline Marois n’a pas l’intention de redéfinir les frontières à court terme. Ce n’est pas une priorité. Mais la Montérégie comprend 1,3 million de personnes et son homogénéité pose problème tant du côté du Suroît (Vaudreuil, Valleyfield et Napierville) que de la Rive‑Sud (580 000 personnes). […] Pauline Marois reconnaît que la région définie voilà une dizaine d’années « n’a pas de bon sens ». « C’est une région épivardée. Mais sur les territoires d’appartenance comme tels, la MRC s’est consolidée ces derniers mois » […]. 1997, Le Devoir, Montréal, 6 février, p. B1.

Entre la famille recomposée et la tribu d’élection, leurs aventures frôleront parfois le rocambolesque, surtout quand surviendra une histoire de vélos volés et de gang de rue (peu vraisemblable), épisode qui donne une couleur plus faible à la seconde moitié du livre – fantaisiste et épivardée. 2014, C. Desmeules, Le Devoir, Montréal, 26 juillet, p. E7.

De‑ci de‑là dans une sélection épivardée [titre] Retour sur la planète des films et la compétition cannoise. La meilleure sur le globe? Pas sûre! Éclectique jusqu’à l’incohérence, s’épivardant comme une boule de billard. On garde l’impression que les programmateurs ont jeté dans la course à la Palme d’or des mets pour tous les goûts : œuvres sociales, contes fantastiques, thrillers, romances, rames politiques, etc. Bons pas bons. 2015, O. Tremblay, Le Devoir, Montréal, 20 mai, p. B8.

Vieilli Égaré (au propre et au fig.); confus.

Il avait l’air épivardé.

Rem.Relevé dans BPFC 8/5, p. 179; GPFC.

L’idée du film, c’est de mixer la rébellion [des Patriotes] avec le monde [de 19]70, d’en dégager des renseignements valables pour les « patriotes » du jour. Ça aurait pu donner quelque chose s’il n’y avait pas cette satyre [sic] des postes de radio « toujours sur les lieux » […]. – Ce corps à corps entre « L’envahisseur » anglais et les patriotes. […] – Ce petit numéro épivardé de l’historien Jean-Charles Bonenfant, qui vient nous réciter son laïus via la télévision, avec ses gestes de carnaval. 1970, D. Lamoureux, Télé‑radiomonde, Montréal, 2 mai, p. 25.

Pour en revenir à ce microsillon […], il s’agit d’un projet mûri depuis plus d’un an et demi. Avec la collaboration technique de plusieurs personnes, il [Marc Favreau] a réalisé l’enregistrement avec son épouse, Micheline Gérin, qui incarne le personnage du perroquet Yoyo. « Micheline, confie-t-il, est mon premier critique. […] Dans ce microsillon, qui ne comprend que des dialogues, elle ramène souvent sur terre un Sol épivardé entre la réalité et la fiction. […] ». 1974, Montréal‑Matin, 28 novembre, p. 39.

Félix Leclerc et Claude Léveillée sont en spectacle, ensemble, l’un tout contre l’autre, au Théâtre de l’île […]. […] Que ce Léveillé est agréable dans une petite salle chaude et sympathique, lui qui peut paraître épivardé lorsque noyé, dilué, empêtré au Grand Théâtre! 1976, L.‑G. Lemieux, Le Soleil, Québec, 28 juillet, p. E8.

Histoire

1Depuis 1967. À rattacher à s’épivarder « s’affranchir des conventions, des convenances, des règles » (v. épivarder, sens 4). Cet emploi rappelle d’ailleurs un emploi substantival voisin signalé en Saintonge : « [on dit] d’une femme dont les vêtements se dérangent ‘qu’ale est in p’tit épivardée’ » (v. JônSaint, cité dans Bovet, Québec français, 2013, no 170, p. 23). On trouve le même substantif en Louisiane, mais au sens de « a big worthless girl » (v. DaigleJeff), qui découle sans doute du jugement négatif qu’on porte sur la fille qui s’épivarde. Le sens de « vêtue ou parée avec soin et coquetterie » découle de s’épivarder « se pomponner, faire sa coquette pour attirer l’attention » (v. épivarder, sens 2). 2Depuis 1984; « égaré », depuis 1910 (BPFC 8/5, p. 179). Ces emplois sont à mettre en relation avec s’épivarder « se disperser, s’éparpiller » (v. épivarder, sens 5).

Nouvelle entrée de la deuxième édition

Dernière révision : mars 2023
Pour poursuivre votre exploration du mot épivardé, visionnez notre capsule vidéo Dis-moi pas!?.
Trésor de la langue française au Québec. (2023). Épivardé, épivardée. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 24 mai 2024.
https://www.dhfq.org/article/epivarde-epivardee