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ÉPIVARDAGE [epivaʀdaʒ]

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Action d’aller s’aérer ou se détendre; action de se secouer, de se dégourdir (voir épivarder, sens 3); excursion, voyage à des fins de loisir.

On peut faire du vélo sur sa rue, sur des pistes cyclables de plus en plus nombreuses ou par les chemins poussiéreux et les grandes routes. Tous les terrains – ou presque – s’y prêtent, les plaines comme les collines et montagnes. D’un coup de pédale, l’homo erectus allonge son pas. Et son rayon d’épivardage. 1994, N. Cazelais, Le Devoir, Montréal, 23 juin, p. B6.

Victor est le boucher le plus aimable, le plus compétent et le plus macho en ville. […]. En plus de tout cela, Victor est Portugais; alors, il est un peu plus aimable, compétent et macho que les autres. Il lit aussi Le Devoir. La semaine dernière, il y a appris que Noirette était revenue toute chose de son dernier petit épivardage au Portugal. 2000, J.‑P. Tastet, Le Devoir, Montréal, 26 mai, p. B3.

Maman nous fait traverser la rue et c’est la récitation d’un chapelet et prières mariales adéquates. […] La piété partout en ce temps‑là même en ce lieu « d’épivardage », Pointe-Calumet, où l’on passait nos journées en maillot de bain sur les plages, sur les radeaux et les quais du grand Lac des Deux-Montagnes. 2002, C. Jasmin, Claude Jasmin, écrivain (site Web),16 août.

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Divertissement, parfois immodéré; effervescence, fébrilité.

Aujourd’hui, on prononce le mot : journaliste, et tout le monde est inquiet et se tait. C’est ce qui est arrivé à Terrebonne dans un auditorium où quelques élèves chahuteurs ont démoli une ambiance par des cris et des hurlements bien de leur âge malgré que le sujet ne portait pas à l’épivardage : « Vous avez l’air fin… il y a des journalistes dans la salle ». C’est bizarre, tout est rentré dans l’ordre. 1988, La Revue, Terrebonne, 6 décembre, p. 3.

Nini Patte-en-l’air, c’est l’histoire reconstituée d’une danseuse de French-cancan de la belle époque où les vedettes du Moulin Rouge, cabaret-dancing à la mode, attiraient les vieux messieurs, les jeunes hommes, puis même les madames et jusqu’aux rois en visite officielle au programme de laquelle les chefs de protocole eussent perdu leur emploi s’ils n’avaient pas inclus, d’office, quelques heures ou quelques nuits « d’épivardage » avec les danseuses. 1990, J. Folch-Ribas, La Presse, Montréal, 7 juillet, p. I3.

Au matin, le père […] est découvert mort dans son lit, aux côtés d’une mère éplorée […]. René reste cependant convaincu qu’il a été, la veille, témoin d’une mise à mort. Dès lors, il refuse de grandir, de glisser vers l’âge adulte. Les amants successifs de sa mère […], les épivardages de son frère et de sa sœur, l’affection qu’il éprouve pour sa voisine apparemment pure […]. 1996, M. Bilodeau, Le Devoir, Montréal, 25 mai, p. A1.

Épivardages [titre] […] On a joué avec les allumettes, flambé les quenouilles, mis le feu aux nids d’hirondelles, cassé les œufs du poulailler, mis des grenouilles dans la moulée, lancé des flèches aux corneilles, construit des pièges à renard […], enfermé le chat le chien dans la niche, noyé les sauterelles, grillé les araignées (briquet, loupe), dansé sur les poussins tendres, bardassé les poules, déplumé les oies, ligoté les veaux, libéré les vaches, effarouché les bœufs (lance-pierre, carabine à plomb), on a piétiné les plates-bandes, inondé le jardin, les trous d’siffleux, scié l’érable, cassé la scie […]. 2018, M.‑H. Voyer, Expo Habitat, p. 21.

La mise en scène de Justin Laramée contribue à cette énergie folâtre, à cet épivardage théâtral. Sur un décor psychédélique, des costumes kitsch, colorés (signés Philippe Massé), alliant motifs pied-de-poule et paillettes sur fond mauve, les artistes brisent continuellement le 4e mur, jouent avec le public, chantent, dansent et mélangent habilement réel et imaginaire. 2019, M. Fradette, Le Devoir (site Web), Montréal, 3 juillet.

Mais j’hésitais, je n’étais pas vraiment attiré par des études supérieures en mathématiques et je craignais d’avoir trop de temps libre, propice à trop de « déconnage », « épivardage » ou désordre, sur le plan personnel. 2020, J. Lefebvre, Trois quarts de siècle sur Terre, p. 83.

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Dispersion, éparpillement.

Dans 10 ans, j’espère que Quebecor sera beaucoup plus importante. Il faut préserver ce que nous savons le mieux faire. Ce n’est plus moi qui prendrai les décisions à ce moment‑là; j’espère que ce seront les décisions de mes successeurs. Je suis tout à fait opposé à l’épivardage, dans des domaines qui n’ont aucun rapport les uns avec les autres […]. 1992, Commerce, 1er juin, p. 32.

Alors, je vous demande d’être sages, je vous demande d’être plus fins que le gouvernement, je vous demande de résister aux tentations de l’épivardage. Restons focus et montrons-leur que c’est par des moyens démocratiques qu’on va continuer à mener la bataille et qu’on va la gagner, cette bataille-là. 2012, B. Drainville, Journal des débats de l’Assemblée nationale : 39e législature, 2e session, vol. 42, no 109, 17 mai, p. 6348.

 (Au pluriel, hapax). Dépenses de toutes sortes.

J’vous l’dis, a’ va faire explôner [= exploser] la parouése, on a pas les reins assez solides pour tous cé épivardages‑là! 1980, R.‑G. Bujold, Le P’tit Ministre-les-pommes, p. 52.

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(Au pluriel). Propos libres, immodérés ou en vrac.

 (Au sing.). Discussion débridée, discours échevelé.

Chroniqueur suivi de près, ses « épivardages » font jaser […]. 1969, Télé-Radiomonde. Montréal, 15 février, p. 23.

Quelques épivardages [titre] Les Chiefs de Kansas City ont limogé le seul instructeur qu’ils aient eu en 15 années d’existence. […] Au tennis, la ruse [sic] Olga Morozova a triomphé aux dépens de la française [sic] Frédérique Thibeault dans le tournoi pour le championnat d’Australie. Au même tournoi, la tchécoslovaquie [sic] Martina Navratilova a triomphé […]. 1974, Le Quotidien du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Chicoutimi, 28 décembre, p. 13.

On aura beau dire que « La procédure n’est pas la maîtresse du droit » c’est quand même une servante bien utile pour circonscrire un débat et éviter un « épivardage » couteux. 2006, L. Carrière, Violation non littérale du droit d’auteur, p. 9, note 42.

Un ami de Québec […], avec qui j’entretiens une correspondance suivie, se dit atterré par notre comportement suicidaire vis-à-vis de notre propre langue. Dans un récent « épivardage » (c’est le joli mot qu’il emploie pour qualifier sa longue lettre), il fait ce constat, que j’aimerais vous faire partager […]. 2018, Défense de la langue française, no 269, p. IX.

Le délirant épivardage des militants et militantes de la Vague bleue sur les médias sociaux nous a déjà habitué-e-s à leur maîtrise approximative du français, mais on ne saurait leur en tenir rigueur. 2019, La Vague(lette) bleue 2, Montréal Antifasciste (site Web), 28 juillet.

Histoire

De épivarder et du suffixe ‑age. Il s’agit d’une innovation québécoise.

1Depuis 1994; dérive de s’épivarder « aller s’aérer, se détendre; se secouer, se dégourdir » (v. épivarder, sens 3). 2Depuis 1988; dérive de s’épivarder « s’agiter, s’exciter en public », « s’émoustiller pour se faire remarquer », « s’affranchir des conventions, des règles, etc. », « faire la fête » (v. épivarder, sens 4). 3Depuis 1992; dérive de s’épivarder « se disperser, s’éparpiller » (v. épivarder, sens 5). 4Depuis 1969; à rattacher à s’épivarder « s’exprimer très librement sur (un sujet); s’étendre inutilement sur, développer trop longuement (un sujet) » (v. épivarder, sens 6).

Nouvelle entrée de la deuxième édition

Dernière révision : mars 2023
Trésor de la langue française au Québec. (2023). Épivardage. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 24 mai 2024.
https://www.dhfq.org/article/epivardage