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ÉPINGLETTE [epẽɡlɛt]
n. f.

1

Bijou (général. porté par les femmes) muni d’une épingle, qui peut être orné d’une pierre précieuse.

2022, TLFQ, Épinglette [photo].

VieilliÉpinglette de dame.

SYN. broche (auj. plus usuel).

 VieilliÉpingle de cravate.

Épinglette pour homme, pour messieurs. Épinglette de cravate.

Rem.En France, épinglette est un mot technique (voc. des arts militaires et du textile) désignant un instrument, un outil en forme d’aiguille.

De son ordre payé a Coton orphevre [...] 7 fois [« sorte de bijou »?, v. FEW 3, 503b] d’argent et un epainglette [...]. 1737, Montréal, ABMM, J.-A. Lemoine dit Monière, no 966203, livre de comptes, 10 septembre.

À les voir si prétentieusement vêtus, bottes luisantes, pantalon collant, chapeau de soie, veste et habit de la coupe des premiers tailleurs de la ville, montre et chaîne d’or, épinglette et boutons d’or, ils les prendraient pour de petits Crésus. 1864, A. Gérin-Lajoie, « Jean Rivard, économiste », dans Le Foyer canadien, t. 2, p. 142.

– Avez-vous entendu dire que la belle Mérance à Glaude Couture était pour se marier, vous autres? [...] a se marie avec le capitaine Gosselin de Saint-Nicolas. [...] – A va prendre ce mécréant-là? – Ah! mais, c’est qu’il a de quoi, voyez-vous. Il lui a fait présent d’une belle épinglette d’or, avec une bague en diamant; et la belle Mérance haït pas ça, j’vous l’dis! 1900, L. Fréchette, La Noël au Canada, p. 257-258.

Le garçon avait pas l’air vargeux même habillé à l’américaine avec une montre pis une chaîne en or, des bagues plein les doigts pis une épinglette plus grosse qu’un œuf pis qui brillait comme un soleil. 1944, Cl.-H. Grignon, « Le père Bougonneux », dans Le Bulletin des agriculteurs, janvier, p. 5.

À droite : une robe en jersey de coton [...] mise en valeur par des accessoires noirs et bleus. Au cou et au poignet, des colliers d’onyx baroque noir [...], une épinglette ronde de plexiglass miroitant [...]. 1983, Clin d’œil, août, p. 41 (légende de photo).

Fig., vieuxPersonne maigre.

Il pousse comme un mat [sic]. Va falloir le mettre à la grosse ouvrage. [...] Ça sait seulement pas vider un trayon à fond, c’t’épinglette-là! 1950, Fr. Gaudet-Smet, Racines, p. 91; v. aussi PPQ 2176b.

2

Par ext., Cour. Petit insigne de forme variable muni d’une épingle que l’on fixe sur un vêtement et qui porte un emblème, un logo représentant un organisme, une cause, une discipline sportive, etc.

Une épinglette de la Croix-Rouge.

Rem.En France, on dit plutôt pin’s (n. m.), mot qui fait l’objet de nombreuses critiques; le mot pin est connu au Québec avec le même sens, mais comme nom féminin. En 1991, la « Délégation générale à la langue française, en France, a réagi [à l’emploi du mot pin’s] en adoptant le mot épinglette, longtemps utilisé au Québec et en Amérique du Nord francophone, pour désigner cet insigne dont le terme correct en anglais est ‘pin’, tout simplement. » (Universités, vol. 12, no 3, 1991, p. 46).

 badge.

Le sympathique Charles Bernier, de Trois-Rivières, fait la collection d’épinglettes depuis trois ans. Il en a présentement près de 3,000 dans de beaux encadrements et de magnifiques tableaux. Il a de belles collections d’épinglettes de municipalités du Québec et du Canada, de la police municipale, de la Sûreté du Québec, de la Gendarmerie canadienne, de la marine, de l’aviation, du monde ferroviaire et de l’armée. 1988, Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 17 octobre, p. 12.

Désormais, [en France] tout organisme grand public qui se respecte a au moins fait préparer un pin’s à ses couleurs, quand ce n’est pas une série. [...] Même McDonald’s est entrée dans la ronde en lançant récemment sa série d’épinglettes, qu’elle met en marché de la même façon qu’on nous vend des bébé-muppets [sic] au Québec : « un différent chaque semaine! » 1992, Le Soleil, Québec, 12 avril, p. B1.

Histoire

1Depuis 1737; héritage de France. Attesté d’abord en moyen français au sens de « petite épingle », où épingle désigne vraisemblablement un bijou (v. Godefroy, s.v. espinglette, qui cite Eustache Deschamps, XIVe s. : J’ay mantiaus fourrez de gris, J’ay chapiaus, j’ay biaus proffis, Et d’argent mainte espinglette; v. aussi Besch 1847, Dochez 1860, et FEW spīnǔla 12, 184b); relevé également en Suisse romande (« broche, bijou muni d’une épingle », v. GPSR). Au sens d’« épingle de cravate », figure dans GuérinS et dans EncXXe. L’emploi de épinglette en parlant d’un bijou est sans doute à mettre en relation avec l’ancienne coutume des soldats français qui fixaient à leur habit l’aiguille, appelée épinglette, qui servait à déboucher la lumière de leur arme. Tout en étant de nécessité, cet objet, souvent orné d’une forme quelconque, était une parure (c’est cet emploi qui est attesté dans Mérimée et que TLF assimile à l’emploi québécois). Par la suite, l’épinglette est devenue une sorte d’insigne donné comme récompense de tir (v. à ce sujet Larousse 1866, GLLF et Quillet 1974). 2Depuis 1988. En France, relevé uniquement dans Robert 1985 (« insigne qui se fixe au moyen d’une épingle ») qui paraît rendre compte ainsi, sans le préciser, de l’usage québécois (v. l’explication dans RobHist).

Version du DHFQ 1998
Trésor de la langue française au Québec. (1998). Épinglette. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 15 avril 2024.
https://www.dhfq.org/article/epinglette