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ENTAILLER [ɑ̃tɑje]
v.

  

v. tr. (Dans le voc. de l’acériculture; souvent employé absol.). Pratiquer une entaille (dans un érable*) pour en recueillir l’eau* sucrée.

Entailler les érables, les plaines. Par méton. Entailler une sucrerie*, une érablière*, les érables d’une érablière. VieuxEntailler à la goudrille*, au chalumeau, en faisant une incision profonde (pour la technique de la goudrille*) ou un petit trou (pour la technique du chalumeau).

 v. intr. Mettre en œuvre les opérations visant à la fabrication des produits de l’érable.

C’est le temps d’entailler.

Rem.On relève aussi tailler dans le même sens, mais très rarement (voir RoussAb 170).

Quand on entaille ces Herables au Printēps [printemps], il en dégoute quantité d’eau, qui est plus douce que de l’eau détrempée dans du sucre; du moins plus agreable à boire. 1664, P. Boucher, Histoire véritable et naturelle, p. 44‑45.

Sur les plaintes qui nous êté faittes par le sieur de Rigauville seigneur de Bellechasse que plusieurs habitans a son insû vont tous les printems sur les terres de la ditte seigneurie non concedées et même sur celles de son domaine entailler les arbres d’erables pour en tirer de l’eau pour faire du sucre ce qui ruine entièrement les dits bois, les faisant seicher et mourir au bout de deux a trois ans […], Nous faisons defenses à toutes personnes d’entailler les arbres d’erables tant sur le domaine de Bellechasse que sur les terres de la ditte seigneurie […]. 1716, Québec, Édits, ordonnances, déclarations et arrêts relatifs à la tenure seigneuriale, 1852, p. 62.

Plaine batarde [= érable à épis] […]. Cet arbre, dont la hauteur excède à peine 15 pieds avec un diamètre de 3 pouces, est commun partout. Dans le district de Gaspé, on l’entaille, et on l’exploite pour le sucre. 1867, O. Brunet, Catalogue des végétaux ligneux du Canada pour servir à l’intelligence des collections de bois économiques envoyés à l’Exposition universelle de Paris, p. 17.

Mascouche, 24. – Hier, M. […]Roy, cultivateur, âgé de 81 ans, a entaillé deux plaines qui ont donné de la sève en abondance. Ceux qui étaient avec lui ont pu faire la traditionnelle « trempette ». M. Roy dit que c’est la première fois qu’il a pu faire cette expérience, bien qu’il « fasse les sucres » depuis de nombreuses années. 1930, La Presse, Montréal, 24 février, p. 11.

– Ben, oui, ’Charis, tu d’vais pas faire du sucre c’t’année? T’en as pas fait encore. Pourtant y paraît que les érables coulent en masse c’printemps. – Vois-tu, ’Phonsine, chaque année, j’me suis dit que j’en ferais : pi chaque année ça s’est pas adonné. Et pi, cré-tu que c’est ben la peine d’entailler. Je r’gardais ça quand je suis allé voir à la clôture. Depuis le nord d’la côte jusqu’au fond de not’ terre, j’sais pas si y a cinq douzaines d’érables de bonne grosseur. 1938, Ringuet, Trente arpents, p. 75‑76.

La première moitié de mars, il ne tient pas en place; il s’affaire à préparer tout le fourbi pour aller faire les sucres : outils, raquettes, vêtements, batterie de cuisine, nourriture. Quand le temps s’adoucit et qu’il juge que le moment est venu d’entailler, il se fait conduire à la sucrerie avec deux de mes frères. 1989, G. Filion, Fais ce que peux, p. 41.

Depuis la fin du verglas, la situation semble s’être grandement améliorée dans les différentes régions touchées par le sinistre. Pour les acériculteurs, le cauchemar ne fait que commencer. Peu avant la tempête de verglas, l’érablière était à l’ordre et prête à être entaillée pour la saison des sucres. Maintenant, tout est à recommencer. La pluie verglaçante a endommagé les arbres et l’équipement nécessaire aux sucres. 1998, N. Simoneau, Le Soleil, Québec, 5 février, p. B6.

À l’adolescence, j’ai même essayé de percer les secrets de la tire d’érable et tenté la grande aventure de fabriquer mon propre sirop avec l’aide de mon cousin. L’idée d’entailler les érables, derrière la maison familiale de Notre-Dame-des-Laurentides, me chatouillait l’esprit depuis un bon moment. Nous étions curieux, de nature exploratrice et dotés d’un sens de la débrouillardise plutôt développé… 2004, D. Vézina, La Presse, Montréal, 26 mars, cahier Actuel, p. 15.

Bientôt, nos vaillants acériculteurs iront entailler afin d’offrir aux nombreux adeptes leurs produits de l’érable. Souhaitons-leurs [sic] une année riche en coulées généreuses et sucrées! 2023, L’Informo, Saint-Cyprien, février, p. 3.

 (Dérivés).

 Entaillable adj. Qui peut être entaillé (en parlant d’un érable ou du diamètre de son tronc).

À une faible distance de la résidence de M. Dumas s’étend une érablière de 1,800 arbres entaillables qui donne d’excellents résultats et dont la production a déjà valu des premiers prix à son propriétaire aux expositions. 1932, L’Événement, Québec, 6 septembre, p. 16.

Il faut noter cependant que dans les Cantons de l’Est, l’érable à sucre croît plus vite qu’ailleurs. En conséquence, dans les autres régions de la province, comme dans les régions de Québec et Rimouski par exemple, l’érable à sucre prendra un peu plus de temps à atteindre le diamètre entaillable. 1952, L’Écho de Frontenac, Lac-Mégantic, 6 mars, p. 8.

L’Ontario se classe au deuxième rang par le volume de sa production. Celle-ci apparait toutefois insignifiante en regard des quelque 70 millions d’érables entaillables que la province possèderait. 1972, R. Delisle, L’exploitation de l’érablière (1re partie), p. 7.

Il faut savoir que les inventaires forestiers traditionnels ne fournissent pas d’information sur la quantité d’érables entaillables des peuplements. 2002, Info Forêt, no 75, p. 5.

Le hêtre à grandes feuilles tend à se développer rapidement dans ces érablières en dépérissement. Dans certaines régions, ce problème peut avoir des conséquences importantes sur la productivité des forêts et la pérennité de la ressource. La question inquiète particulièrement les acériculteurs, pour qui la production de sirop et la rentabilité de leur entreprise sont intimement liées au nombre et à la vigueur des érables entaillables. 2015, Avis de recherche forestière, no 68, p. [1].

 Entaillage n. m. Action d’entailler (les érables); résultat de cette action.

La température étant devenue favorable, on procéda d’abord à l’opération de l’entaillage. La cabane a été mise en ordre, les bassines et les chaudières visitées, le bois de chauffage préparé, les chemins tracés; on s’est muni d’une abondante provision de clous et de gouttières, petits bouts de bois de 4 pouces de long, légèrement effilés par un bout, et dont on a enlevé la moelle. 1880, L’Événement, Québec, 22 avril, p. [4].

L’entaillage est une des opérations les plus importantes dans l’exploitation des érablières et dont dépendent pour une grande part la qualité et la quantité de la sève récoltée. L’entaillage mal fait exerce une influence néfaste sur la santé et la vigueur de l’érable[.] 1952, J. R. Méthot et N. Rompré, L’érable à sucre du Québec, p. 32.

L’érablière du défunt Théotime se trouve entre celles de Tidof Houle et de Ti-Phrem Laroche. Elle passe pour la mieux organisée du troisième rang. [/] – On peut entailler deux cents érables dans un rayon d’un arpent autour de la cabane. [/] La situation commençait à se préciser. Il s’agissait d’un beau geste de la part de la tante. La bonne dame se trouvait à autoriser la coupe du merisier, du hêtre et du tremble, ainsi que l’entaillage des érables et l’utilisation de la cabane pour organiser une partie de sucre, en attendant de pouvoir semer des pommes de terre dans un coin de la partie défrichée. 1981, J. Pellerin, Au pays de Pépé Moustache, p. 178‑179.

Pour le reste, chaque érablière aurait une signature microbienne propre qui dépendrait des conditions locales et peut-être même de l’acériculteur qui pratique les entailles. En effet, la sève qui coule dans un érable sain est pratiquement exempte de microorganismes; l’inoculation se produit au moment de l’entaillage. 2012, Le Soleil, Québec, 17 mars, p. 52.

[…] on ne peut pas mettre des entailles comme on le veut sur un arbre, il faut respecter la charte qui nous donne le diamètre minimal pour mettre une et demie ou trois entailles. Il y a aussi une profondeur d’entaillage maximale à respecter. 2023, L’Écho de Compton, avril, p. 12.

 DisparuEntaillement n. m. Syn. d’entaillage.

Inutile de rappeler ici les diverses opérations de la récolte : l’entaillement des érables, la pose des goudrelles et des récipients, la transvasion de la sève et son transport dans la cabane, sa conservation dans des chaudrons, puis les divers degrés d’évaporation auxquels on la soumet pour en obtenir du sirop, de la toc, de la tire ou du sucre, tout cela est familier à nos lecteurs. 1885, La Presse, Montréal, 2 mai, p. 3.

Nous sommes à la veille de la saison au cours de laquelle on va faire l’entaillement des érables. La fabrication du sucre d’érable dans la province de Québec est une industrie assez importante ici. 1895, Le Quotidien, Lévis, 4 mars, p. [2].

 RareEntailloir n. m. Outil, appareil servant à percer des trous dans l’écorce des érables.

 entailleur, entailleuse (sens 2).

Plusieurs types d’entailloirs utilisent un moteur à essence. […] L’entailloir électrique connaît également beaucoup de popularité. 1984, Conseil des productions végétales du Québec, Érablière : entaillage des érables, p. 5.

Il existe différents appareils pour entailler les érables. Que ce soit le vilebrequin ou les entailloirs à moteur à essence ou électrique, ils requièrent une bonne attention de la part de l’opérateur pour obtenir une entaille de qualité. 1998, La Voix du Sud, Lac-Etchemin, 1er mars, p. 14.

Chaque entailleur a sa façon de travailler et exerce une pression différente sur l’entailloir. 2002, La Voix du Sud, Lac-Etchemin, 12 mai, p. 19.

Histoire

Depuis 1664. Issu, par spécialisation, du sens de « couper (une pierre, une pièce de bois) en y pratiquant une entaille », qu’a le mot en français depuis le XIVe s. (v. FEW taliare 13, 48a; pour une explication du développement sémantique particulier qu’a connu le mot au Québec, v. l’article entaille*, sous Hist.); l’emploi québécois est enregistré dans GuérinS (qui signale son utilisation en emploi absolu). Les dérivés du verbe entailler (entaillable, entaillage, entaillement, entailloir) paraissent avoir été créés spontanément au Québec, mais ils correspondent souvent à des emplois voisins attestés au cours de l’histoire du français. Entaillable, depuis 1932. Est sans lien direct avec entaillable « que l’on peut tailler, sculpter », qui a eu cours en français des XIVe et XVe s. (v. FEW taliare 13, 48b). Entaillage, depuis 1880. Par spécialisation du sens d’« action de faire une entaille », attesté en français depuis le XIXe s. (v. FEW id.). Entaillement, depuis 1885. Entailloir, depuis 1984. Le même mot est attesté en français depuis 1755 avec le sens plus large d’« outil servant à entailler » (v. FEW id.).

 entaille; entaillé, entaillée; entailleur, entailleuse.

Dernière révision : février 2024
Trésor de la langue française au Québec. (2024). Entailler. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 20 février 2024.
https://www.dhfq.org/article/entailler