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ENNIMER [ɑ̃nime]
v.

Rem.

Variante graphique (dans les glossaires) annimer.

1

v. tr. VieuxEncourager, inciter (qqn) à l’action.

 ambitionner (sens I.1).

Le lendemain, je dis à mouman que je voulais me marier et je lui parle de ça. Elle me dit : « [...] Parle à ton père de ton idée. – Ah! ben, parlez-en, vous! – C’est toi qui se marie; eh ben, demandes-y, ou ben, reste de même. – Ah! ben, tant qu’à en parler à poupa, j’aime mieux pas me marier... » Toujours, mouman m’ennime, et me décide à en parler à poupa. 1935, Saint-Gédéon (Lac-Saint-Jean-Est), dans Les Archives de folklore, t. 1, 1946, p. 127.

VieilliRudoyer (un cheval) avec le mors. (Lavoie 1501).

 VieuxAttiser (un feu). (GPFC, s.v. annimer).

2

v. pron. Vieilliou région.Se donner du courage, de l’énergie; mettre une ardeur sans cesse renouvelée (à faire qqch.).

On va chanter pour s’ennimer. S’ennimer à ramasser des fraises.

Rem.Répandu au Canada français au début du XXe s.; de nos jours, relevé surtout dans Montmorency, dans Charlevoix et au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

 ambitionner (sens I.2).

– [...] on en prend pas [des marsouins]. – [...] Faut pas se décourager, faut s’ennimer. Ça, les vieux du temps passé, ils connaissaient ça itou; c’est dans le temps qu’ils étaient découragés, là, que l’abondance arrivait. 1962, île aux Coudres (Charlevoix-Ouest), AFEUL, P. Perrault 1046 (âge de l’informateur : n. d.).

VieuxPrendre de la vivacité.

Sa figure s’annime. (GPFC, s.v. annimer).

 (Variantes). VieuxAnlimer v. tr. et pron. (GPFC).

 VieilliAlimer v. tr. (1974, dans N. Lafleur, La vie quotidienne des premiers colons en Abitibi-Témiscamingue, 1976, p. 39).

 (Mot de la même famille). VieuxAnnimation n. f. Ardeur, excitation. (GPFC).

 (Variante). Anlimation. (GPFC).

Histoire

Ennimer est une ancienne variante phonétique de animer. Bien attestée en France dans la langue du XVIe s. ainsi que dans les parlers du Nord et du Nord-Ouest (v. FEW anĭmare 24, 594, VassPic, s.v. animeu, et RobNorm, s.v. annimer), elle s’explique par le maintien d’un ancien stade nasal de la voyelle devant consonne nasale intervocalique, trait de prononciation de l’ancien et du moyen français qui s’est maintenu par la suite dans le parler populaire ainsi que dans de nombreux parlers d’oïl (v. StrakaVoy 248 et 262-263, GougGramm 24, et JunPron 99-100).

1Depuis 1905 (FSPFC); relevé en moyen français ainsi qu’en picard (v. FEW id., GodCompl, s.v. animer, Huguet, et VassPic id.). Animer est attesté dans le même sens en français depuis Estienne 1549 mais ne s’emploie plus guère aujourd’hui qu’avec un sujet inanimé (la violence, la foi l’anime) ou en tournure passive (être animé du désir de bien faire; v. FEW id., et Lexis 1979); cp. aussi la construction animer qqn à (faire) qqch. « encourager, inciter qqn à (faire) qqch. », attestée en français depuis 1358 mais considérée de nos jours comme appartenant à la langue classique (v. FEW id., DubClass3; TLF : « vieux »). Pour ennimer « rudoyer (un cheval) avec le mors », cp. animer « stimuler, exciter (un cheval) quand il ralentit ses mouvements », attesté en français depuis le XVIIIe s. comme terme de manège ou d’équitation (v. FEW id., et TLF; donné comme vieux dans Robert 1985). Pour ennimer « attiser (un feu) », cp. animer « id. » en français des XVIe et XIXe s. (v. FEW id.). 2Depuis 1905 (FSPFC); relevé en picard et en jersiais (v. VassPic, s.v. animeu : « s’exciter »; LeMJers, s.v. s’annînmer). Cet emploi rappelle s’animer « s’encourager, s’exciter (à faire qqch.) », qui a eu cours en français depuis la fin du XVIe s. jusqu’à Littré (v. FEW id.; figure encore dans certains dictionnaires actuels mais est illustré par des exemples d’auteurs du XIXe s., v. TLF et Robert 1985). Pour s’ennimer « prendre de la vivacité », cp. s’animer « id. » en français moderne (v. par ex. PRobert 1993 et TLF). Les variantes anlimer et alimer résultent de l’hésitation entre [n] et [l] à l’intervocalique, tendance bien connue en français québécois ancien ainsi que dans de nombreux parlers de la France d’oïl (v. JunPron 175-177); alimer a du reste été relevée en saintongeais (v. FEW id.). Annimation « ardeur, excitation » est également un héritage des parlers de France : cp. [ãnimasjɔ̃] « entrain, vie; émulation » en picard, ainsi que annînmation « animation (par ex. d’une fête) » en jersiais (v. FEW 24, 597b); il s’agit d’une variante de animation « vivacité, chaleur qu’on met à faire qqch. », attesté en français depuis Besch 1847 et lui-même emprunté du latin animatio (v. FEW 24, 597a).

 ennimé, enniméeennimant, ennimante.

Version du DHFQ 1998
Trésor de la langue française au Québec. (1998). Ennimer. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 13 juin 2024.
https://www.dhfq.org/article/ennimer