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ÉCU [eky]
n. m.

Rem.

Variante graphique : (sous le Régime français) escu (voir Histoire).

  

Hist.Pièce d’argent valant général. trois livres (ou soixante sous) qui avait cours sous le Régime français et qui a continué de circuler sous le Régime anglais; valeur de cette pièce.

Petit écu. Écu (d’)argent. Écu blanc. Un billet de dix écus. Une somme de soixante écus. (Sous le Régime anglais seulement). Écu français. Dix chelins en écus blancs.

Rem.Les premiers écus d’argent de trois livres furent frappés en France en 1641, mais d’autres pièces d’argent ou d’or, appelées aussi écu, émises avant ou après cette période, circulent au Canada. Comme en France, on les distingue en précisant leur valeur ou par des appellations spécifiques : écu de six livres; écu d’or, écu à couronne, etc.

 Vieilli(Après l’instauration du système décimal en 1858). Cinquante cents; pièce de cette valeur.

Les pois y [en Nouvelle-France] valent un écu le minot, & quelquefois jusques à quatre francs [= livres françaises]. 1664, P. Boucher, Histoire veritable et naturelle, p. 137.

Item, un cordage prisé à un écu [£] 2, 6 [pence]. 1807, Québec, BAnQQ, gr. J. Bélanger, 21 mars, p. 4.

J’avais justement deux écus dans ma bourse; c’était tout ce que je possédais au monde, en richesse métallique. Je résolus d’en sacrifier la moitié. J’allais donner trente sous d’entrée et acheter quelque chose avec l’autre trente sous. 1862, A. Gérin-Lajoie, « Jean Rivard, le défricheur canadien », dans Les Soirées canadiennes, vol. 2, p. 216.

– Comment que ça coute [sic]? – Je vais vous laisser celui-là pour trois piastres. – Oh! qu’c’est cher, j’vas vous donner quat’ écus pour. – Non, deux piastres et demie. Et parce que c’est vous. – Quat’ écus. – Deux piastres et quart. [–] Quat’ écus. – Eh bien! soit! [/] Le ballon, cependant, ne valait qu’un dollar cinquante. 1904, R. Girard, Marie Calumet, p. 310.

Didace sortit des écus qui brillèrent au soleil : – [s’adressant à Pierre-Côme Provençal] [...] Ils [ces messieurs] te les paieraient jusqu’à trois trente sous le couple [de canards], mais pas une taule de plus. [/...] Du dos de la main, il fit reluire sur les écus le profil à double menton d’Édouard VI et remit son portefeuille en poche. Quel dommage, ce bel argent perdu pour la paroisse! 1947, G. Guèvremont, Marie-Didace, p. 149-151.

Par anal. Pièce de monnaie étrangère, de valeur équivalente ou de forme semblable à l’écu, en circulation au Canada aux XVIIIe et XIXe s.

RareÉcu d’Espagne ou écu espagnol, écu d’Allemagne, écu anglais.

(Plus fréq.). Écu américain : pièce de cinquante cents en argent américain.

Il y a dix piastres françaises, un trois chelins anglais, un écu espagnol, un écu américain, deux 25 centins, deux 10 centins [...]. 1865, Montréal, dans Procès de Barreau, p. 21.

NOTICE ENCYCLOPÉDIQUE

Les dénominations relatives à la monnaie qui avaient cours sous le Régime français se sont conservées dans l’usage après la Conquête. Comme des équivalences avaient été établies entre le système monétaire français et le système anglais, lequel s’impose à partir de 1759, rien n’empêchait de se servir des anciennes appellations dans la mesure où l’on dominait les rapports entre l’ancienne monnaie et la nouvelle (voir p. ex. louis, Histoire; voir aussi sou, Notice encyclopédique). Un billet privé, émis en 1837 illustre la complexité en même temps que la cohérence de ces rapports; on retrouve imprimées sur ce billet, disposées de chaque côté de l’appellation écu qui occupe la place principale, les équivalences suivantes : 3 francs (l’écu valait 3 livres françaises, aussi appelées francs), 60 sous (une livre française valait 20 sous), 30 pence (un penny valait 2 sous), 2 s[hillings] 6 d[eniers] (un shilling valait 24 sous et le denier avait la valeur du penny), half a dollar (le mot dollar étant synonyme de piastre (espagnole), nom d’une monnaie valant 120 sous). C’est cette dernière équivalence qui explique que le mot écu ait fini par se dire, à partir de la création du système décimal canadien (1858), d’une valeur de cinquante cents (ou d’une pièce ayant cette valeur), puisque les synonymes piastre et dollar désignaient désormais une unité valant cent cents

Source : Pour le billet de 1837, voir la collection du Musée de l’Amérique française, pièce no 1991.2479.

Histoire

Écu « pièce d’argent valant général. trois livres » est attesté au Canada depuis 1664. On relève cependant le mot dès 1613 (sous la forme escu, dans Les voyages du Sieur de Champlain, 1re partie, p. 107) sans doute au sens de « monnaie d’or frappée aux armes du souverain qui l’émet » (emploi attesté en France depuis 1336, d’après FEW scūtum 11, 355b). Petit écu (1763 et 1767), écu argent (1695-1709), écu blanc (1661-1767); ces appellations ont été relevées également en France (v. TLF, Robert 1985). Écu français « pièce d’argent valant général. trois livres », de 1807 à 1841 (on trouve aussi cette appellation en parlant d’une monnaie d’or, entre 1762 et 1798). Pour désigner une pièce valant cinquante cents, écu est attesté clairement depuis 1862. Écu d’Espagne (1740), écu espagnol (1762, 1865), écu d’Allemagne (1778), écu anglais (1717, 1811 et 1839). Écu américain (1828-1865).

Version du DHFQ 1998
Trésor de la langue française au Québec. (1998). Écu. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 13 juin 2024.
https://www.dhfq.org/article/ecu