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DENIER [dənje]
n. m.

1

Hist.Dans le système monétaire français, la douzième partie du sol, soit la deux cent quarantième partie de la livre.

La somme de 4 livres, 15 sols, 11 deniers. Payer trois deniers (tournois) de cens, de censive par an.

Rem.1. Emploi rarement attesté dans l’usage après 1760. 2. Peut être représenté par l’abréviation d. mise en exposant après le chiffre.

[...] avec permission de chasser sur sade [= sa dite] Concession a la charge de douze deniers de Censive pour chacun arpent qui sera defriché [...]. 1648, document reproduit dans B. Chassé (éd.), « Actes notariés du Régime français », dans RANQ 51, 1974, p. 8.

A vendre par ancan publique [...] une piéce de terre [...] suivant le proces verbal du plan figuratif annexé au contrat de concession faite à charge d’en payer une rente annuelle de 96 livres 8 sols et 8 deniers, et un denier de sens [= cens] par chaque arpent [...]. 1764, La Gazette de Québec, 8 novembre, p. [2].

[...] reçu des Messieurs du Seminaire de Québec [...] trente cinq livres sept sols et six deniers, ancien cours, pour cens et rentes depuis l’année 1811 inclusivement jusqu’à 1815 [...]. 1815, Québec, ASQ, Séminaire 121, no 3.

VieuxSomme de deniers : somme d’argent.

[...] les dits biens meubles [...] prisez & estimez au sommez de deniers cy apres declarées ainsy qu’il ensuit [...]. 1670, Beauport, BAnQQ, gr. P. Vachon, 30 juin, p. [2].

Rem.Fréquent dans les documents d’archives.

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Hist.(Surtout dans les comptes). Depuis la Conquête, la douzième partie du shilling, soit la deux cent quarantième partie de la livre anglaise (ou louis); rare pièce de cette valeur.

5 louis, 12 chelins, 10 deniers. Demi-denier. Rare(Pour faire une distinction nette avec le denier français). Denier sterling.

SYN. penny (moins fréquent).

Rem.Souvent représenté par l’abréviation d. mise en exposant après le chiffre (voir Histoire).

Tous les bouchers et boulangers anglais qui désirent se livrer à ces métiers devront prendre un permis pour ce faire chez le Secrétaire, et quiconque pratiquera ces commerces sans en avoir au préalable obtenu un permis, sera, pour la première offense, condamné à cinq livres d’amende [...]. [...] Le prix du pain du poids requis et bien cuit sera comme suit – Pain blanc... 5 deniers la livre. Pain ordinaire... 4 deniers la livre. 1760, proclamation du gouverneur Murray, dans Report of the Public Archives for the Year 1918, 1920, p. 42 (la version anglaise, où l’on trouve pound pour livre, confirme qu’il s’agit de la monnaie de compte anglaise).

Il a été ordonné par les dit Commissaires, que considérant les prix du Bled et Farine et les mauvais chemins au Moulins dans le district et environs de Montréal, le Taux et Assize du pain sera comme suit, sçavoir : Le pain blanc, pesant 4 lb. à six deniers ou douze sols. 1778, La Gazette de Québec, p. 3.

[...] le banc No 18, rangée du nord, dans la nef, dans l’Eglise de Saint-Valier, [...] a été par nous marguillier en exercice soussigné, adjugé à la criée [...] pour la somme de seize piastres, trois chelins et quatre deniers courant, la plus haute offerte à l’enchère [...]. 1865, Archives de la Fabrique de Saint-Vallier (Bellechasse), livre de comptes 1854-1884, 30 avril.

Le système des monnaies de cuivre a été si longtemps dans un si mauvais état qu’on sentit un besoin général de la circulation de centins; le Ministre des Finances pour rencontrer ce besoin du public, a par une circulaire autorisé tous les départements du gouvernement et les officiers de recevoir les monnaies de cuivre légalement autorisées, les sous et les demi-deniers pour des centins et les deniers pour deux centins, et a prié tous les banquiers, marchands et autres de faire de même. Toutes les autres monnaies de cuivre sont illégales. 1870, La Minerve, Montréal, 4 octobre, p. [2].

Un Crémazie empilant louis, chelins et deniers derrière son comptoir, un Crémazie riche et replet, avec pignon sur rue et table ouverte aux courtisans, eût-il imprégné ses poèmes d’une mélancolie caractéristique et laissé à la postérité les beaux et douloureux accents du Vieux soldat ou du Drapeau de Carillon? 1946, S. Marion, dans Le Canada français, vol. 33, p. 391-392.

Notice ENCYCLopédique

Les systèmes monétaires anglais et français découlent d’un même modèle; les valeurs proportionnelles entre les différentes unités de chacun de ces systèmes sont les mêmes (livre/sou/denier d’une part, pound/shilling/ penny d’autre part), le denier et le penny valant toujours la deux cent quarantième partie de l’unité principale et la douzième partie de l’unité précédente dans la chaîne. En imposant leur système monétaire aux lendemains de la Conquête, les Anglais décident d’y adjoindre, en établissant des équivalences, les unités du système français qui avait cours jusqu’à cette époque. La valeur de la livre française est ainsi établie à un vingt-quatrième de la livre anglaise (pound), le sol demeurant la vingtième partie de la livre française, comme sous le Régime français. Mais, contrairement à ce qu’on aurait pu s’attendre, le mot denier s’insère dans le nouveau système comme équivalent de l’anglais penny et l’abréviation d. devient courante. Cette situation s’explique par deux causes principales : a) l’appellation denier, désignant le penny, n’était pas inconnue en anglais et l’abréviation d. (pour denarius) y est courante depuis le Moyen Âge dans les comptes (voir Histoire); b) en raison de la faible valeur de la monnaie française, le denier français ne valait plus que le un vingt-quatrième du penny anglais, de telle sorte que le mot denier redevenait en pratique disponible (au besoin, on pouvait préciser au moyen de l’appellation denier sterling). L’intrication des appellations françaises et anglaises dans la désignation de la monnaie sous le Régime anglais est bien illustrée par les séries louis, chelin, denier d’une part, et piastre, chelin, denier d’autre part, qui étaient usuelles au XIXe s., même dans les textes officiels (voir un exemple de 1859 s.v. piastre, sens II.A.1). 

Sources : R. Sédillot, Toutes les monnaies du monde, 1955, p. 26, 123-124, 307-308, 380; F. Ouellet, Histoire économique et sociale du Québec 1760-1850, 1966, p. 59.

Histoire

1Depuis 1648 (dans denier de censive, locution relevée encore en 1668), jusqu’au milieu du XIXe s.; denier de cens, de 1655 à 1759. Le mot denier est attesté en français depuis le XIIe s. en parlant de la monnaie française (v. TLF). Somme de deniers, attesté au Québec de 1670 jusqu’au début du XXe s.; en France, depuis Estienne 1539 (s.v. somme) jusqu’à Académie 1878. 2Depuis 1760. Extension sémantique sous l’influence du mot denarius, lequel est employé en anglais dans les comptes comme équivalent de penny depuis le XIVe s., notamment sous la forme de l’abréviation d. (v. OED, s.v. denarius et s.v. d, sens III; v. aussi BDE, s.v. denarius : « The letter d was used in Britain as a symbol of denarius for penny and for pence [...] from 1387 until 1970 »); le mot denier lui-même est attesté en anglais avec cette même valeur aux XVIe et XVIIe s. (v. OED, s.v. denier, sens 2). L’appellation denier sterling figure dans les dictionnaires de France depuis le XVIIIe s. en parlant du penny anglais (v. Trévoux 1752, s.v. penny : « C’est ainsi qu’on appelle en Angleterre le denier sterling »; v. aussi Enc, Laveaux 1820 et Besch 1847-1880, s.v. penny). L’emploi du mot denarius en anglais a été signalé par Diderot au XVIIIe s. (v. Enc, s.v. denier; v. aussi RobHist, s.v. penny) et l’usage de l’abréviation d. dans les comptes en anglais est mentionné encore dans Larousse 1982 (s.v. penny).

Version du DHFQ 1998
Trésor de la langue française au Québec. (1998). Denier. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 15 avril 2024.
https://www.dhfq.org/article/denier