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COUVERTE [kuvɛʀt]
n. f.

Rem.

Variante graphique : couvarte.

1

Fam.Grande pièce d’étoffe que l’on place sur les draps, destinée à tenir le lit au chaud.

2023, TLFQ, Couverte [photo].

Couverte de laine, de flanelle (ou de flanellette). Couverte blanche, barrée, carreautée. Couverte de bébé, couverte d’enfant (autrefois aussi couverte à ber, à berceau). Se cacher, s’abrier, s’envelopper avec, dans les couvertes.

 (XVIIe et XVIIIe s.).

Couverte de Normandie, de Bordeaux, de Montpellier, de Toulouse. Couverte de Catalogne. Couverte de ville. Couverte de drap. Couverte de droguet. Couverte de poil de chien, de poil de chèvre, de porc‑épic. Couverte à l’iroquoise. Couverte de deux (trois, quatre, etc.) points.

 (Servant à d’autres usages).

Couverte à cheval. VieilliCouverte de carriole, couverte de voiture.

Rem.Couverture est bien attesté avec le même sens depuis le XVIIe siècle, dans les mêmes locutions, p. ex. : couverture de Normandie, 1690; couverture de Bordeaux, 1693; couverture de ville, 1697; couverture de berceau, 1695; etc. Dans l’usage courant, voire dans l’usage commercial, en particulier celui de la traite des pelleteries, couverte a néanmoins toujours été plus usuel.

Là aussi viennent de bien loing plusieurs autres peuples. Ils troquent leurs peaux de castors, de loutres, d’eslants, de martres, de loups marins, &c. contre du pain, pois [...], haches, fers de fleche, aleines, poinçons, capots, couvertes, & toutes autres telles commoditez, que les François leur apportent. 1616, The Jesuit Relations and Allied Documents, vol. 3, p. 68.

Hors les observances, la demeure ordinaire pour lire, escrire et estudier est de nécessité auprès du feu, ce qui est une incommodité et assujettissement extrême, particulièrement à moy, qui ne me chauffois jamais en France. Nos couches sont de bois qui se ferment comme une ormoire; quoy qu’on les double de couvertes ou de serge, à peine y peut-on eschauffer. 1644, Marie de l’Incarnation, dans G. Oury (éd.), Correspondance, 1971, p. 220.

Comme Son Excellence a Jugé à propos de gratifier ceux qui ont servi à l’Armée les Campagnes de 1776 et de 1777, de la maniere qui suit, à Sçavoir; […/] un Equipement consistant en Une Couverte, Une Paire de Souliers François, Une Paire de Mitaines, Une Verge de Drap, Trois Verges et demie de Toile […]. 1778, Québec, Circulaire (lettre au nom du gouverneur général à l’attention des capitaines, officiers et miliciens de la province).

Avant que d’y arriver, je vis une piste d’orignal qui traversoit le chemin; elle étoit frèche de la nuit. Je retournai à la maison et j’envoyai chercher l’Aile du Bec de Sçie qui vint aussitôt, à qui je contai l’affaire. Il prit mon fusil et partit aussitôt. Il n’y avoit plus de 20 minutes qu’il étoit parti que nous entendîmes un coup de fusil. Il revint un moment après avec la langue de l’animal. Je l’envoyai chercher par les hommes; il me le donna tout rond; je lui payai par une couverte de deux pts 1/2 [= points et demi]. Ce qui nous fit faire bonne chère le reste de l’hiver […]. 1830 env., L.‑P. Cormier (éd.), Jean‑Baptiste Perrault, marchand voyageur, 1978, p. 87.

[…] rendue dans la cabane, elle s’était aperçue que la pauvre petite respirait encore. Elle l’avait alors enveloppée dans de bien chaudes couvertes, à force de soins et avec le concours de la famille, ils étaient parvenus à la ranimer; en ouvrant les yeux elle avait demandé sa mère et parut effrayée de voir ces figures étranges, mais qu’elle n’avait pas tardé de s’y habituer. 1863, Ch. Deguise, Le Cap au Diable, p. 31.

Enfin nous voilà arrivés au sault Sainte-Marie. [...] Bon nombre d’Indiens circulent, enveloppés dans l’inséparable « couverte »; ils forment le tiers de la population urbaine et les deux tiers de celle de la banlieue. Leur seule occupation est la pêche. 1890, A. Buies, Récits de voyage, p. 97‑98.

Elle dit : « Je me suis préparé un beau coffre de linge, elle dit, comme tu... m’aviez dit, pour envoyer à maman. On est pauvres chez nous, puis, elle dit, maman va être contente, des couvertes, puis tout. » 1954, Chicoutimi, AFEUL, C. Laforte 104 (âge de l’informatrice : n. d.).

(Acadie). Le soir, la femme se couche dans une vieille couchette de bois. Il y avait pas de lit là‑dessus, ni de draps ni de couverte, rien. Elle se couche là‑dessus, rien que sur les planches. 1954, Gloucester (Nouveau-Brunswick), AFEUL, L. Lacourcière 1890 (âge de l’informatrice : n. d.).

On embarquait dans notre lit, bien emmitouflés dans des couvertes de laine du pays. 1963, AFEUL, Saint-Séverin (Robert-Cliche), J.Cl. Dupont 143 (âge de l’informateur : n. d.).

Mais, il disait : « Rapportez-vous le soir. Je veux pas que vous restiez dehors. Je veux pas que vous construisiez de cabane l’hiver dehors. Venez-vous-en au club, il y a des poêles, il y a un poêle, il y a des couvertes, il y a un lit. » 1980, Saint-Élie-de-Caxton (Saint-Maurice), AFEUL, S. Fournier 180 (âge de l’informateur : n. d.).

Batèche qu’il faisait bon sous les couvertes... (Oui je sais, on dit couverture, mais une couverte c’est une québécoiserie plus douillette et plus réconfortante. La couverte est plus proche de la doudou. La couverture, elle, ne sert qu’à couvrir. Je privilégie de vieux mots comme ça. Une marotte.). 2000, La Voix de l’Est, Granby, 15 février, p. 2.

La région de l’Outaouais compte quelque 95 bénévoles qui apportent du réconfort aux sinistrés, qui offrent du matériel comme des couvertes ainsi que des toutous en peluche pour les enfants, qui remettent des bons d’achat pour l’épicerie et qui s’occupent de l’hébergement d’urgence à l’hôtel. 2017, Le Droit, Gatineau-Ottawa, 13 février, p. 6.

DisparuTissu taillé à même une couverture et qui servait le plus souvent à la confection de manteaux d’hiver, mais aussi de souliers.

Capot de couverte. Manteaux en couverte. Habit en couverte. Chaussé en souliers de couvertes.

  catalogne (sens 2).

NOTICE ENCYCLOPÉDIQUE

La couverte représente un bien de première nécessité en Nouvelle-France. Elle est mentionnée dans pour ainsi dire tous les inventaires de biens du Régime français. On y apprend notamment que les premiers colons possédaient des couvertes confectionnées en France. À partir des années 1670 jusqu’à la veille de la cession du Canada, on trouve en effet dans les chaumières canadiennes des couvertes de Normandie, de Bordeaux et d’autres grandes villes de France. Selon N. Genêt et al., l’appellation couverte de ville s’appliquait à la couverte de Bordeaux. À l’époque coloniale, la couverte était d’autant plus indispensable que « [l]es maisons de pierre, inspirées de Bretagne ou de Vendée, répondaient mal aux exigences locales » (Deffontaines). « Comme couvertures de lit, on cherchait à avoir des couvertes de France, mais leur prix était exorbitant; on confectionnait sur place de lourdes couvertures grises ou brunes, tissées à la main, dont les femmes se couvraient parfois quand elles devaient sortir, n’ayant pas toujours pour elles assez de manteaux de fourrure. Sur le lit, pour faire plus lourd, audessus des couvertes de laine, on mettait une grosse catalogne. » (ibid.). La couverte était également une pièce d’équipement obligée pour les militaires et les voyageurs et un article très en demande chez les membres des peuples autochtones, qui se le procuraient en échange de pelleteries. Dès la fin du XVIIe siècle, un système de marquage des couvertes de traite en fonction de leur taille a même été adopté en Nouvelle-France. Consistant à broder sur un rebord de chaque couverte une ou plusieurs petites barres (appelées points) selon la taille et, par conséquent, la valeur de celle-ci, cette façon de faire a par la suite été reprise et popularisée par la Compagnie de la Baie d’Hudson. Jusqu’au XXe siècle, la couverte a fait partie du bagage de ceux qui s’aventuraient dans les bois l’hiver. Louis Hémon en fait mention de façon explicite quand il décrit le départ de l’imprudent François Paradis pour un voyage à travers la forêt dont il ne reviendra pas : « François est parti seul, à raquette, avec ses couvertes et des provisions sur une petite traîne… ».

Sources : P. Deffontaines (1957), L’homme et l’hiver au Canada, p. 54 et 109; N. Genêt et autres (1974), Les objets familiers de nos ancêtres, p. 98‑99; L. Hémon (1916), Maria Chapdelaine, p. 135; VézVoy, p. 773‑775.

2

Fig., hist.(Dans le contexte des relations avec les Autochtones dans les pays d’en haut). Sous la couverte : sans cérémonie, sans formalité légale.

            Mariage sous la couverte.

 Cour.Sous, en-dessous de la couverte, des couvertes : en cachette; clandestinement.

            Verser des salaires sous la couverte.

Quand on voulait se marier, dans le Nord-Ouest, il fallait demander, au père et à la mère, la fille qu’on voulait avoir; et s’ils consentaient, on demandait ensuite au bourgeois la permission de se marier, et c’était là toute la cérémonie; et après cela nous nous considérions comme mari et femme légitimes comme ici, comme si nous étions mariés à l’église. Dans le Nord, je me suis marié sous la couverte, comme on dit; et quand je suis descendu, j’ai fait baptiser mon mariage, c’est-à-dire bénir mon mariage par la main du curé à St. Philippe. 1869, La Revue légale, Montréal, vol. 1, p. 284‑285.

D’après la preuve, Angélique Meadows, la femme sauvage, était connue partout, sous le nom de madame Alexandre Fraser, madame Fraser, la femme de M. Fraser. On n’a jamais rien entendu dire contre sa respectabilité; elle passait, dans le public, pour s’être mariée, dans le Nord-Ouest, avec Alex. Fraser, à la mode des pays d’en haut, sous la couverte; et ce dernier avait grand soin d’elle ainsi que de ses enfants. 1885, La Revue légale, Montréal, vol. 13, p. 544.

Lorsqu’un sauvage parvient à se procurer du whisky ou de la bière, il finit presque toujours par échouer au corps de garde, et il ne se fait généralement pas prier pour dénoncer son fournisseur; mais une boîte ou deux de cartouches se glisse [sic] sous la couverte et personne n’y voit que du feu. 1892, Rapport annuel du surintendant S. B. Steele, commandant de la circonscription de MacLeod, 1891, Documents de la session du Parlement du Canada, vol. 25, no 10, Annexe D, documents de la session no 15, p. 33 (passage concernant le contrôle du trafic d’alcool par la police à cheval du Nord-Ouest).

À combien s’élève le total de cet argent détourné du trésor provincial et dirigé directement vers la caisse électorale Duplessis-Martineau? Seuls quelques occupants du troisième Olympe le savent, car l’opération se pratique en‑dessous de la couverte. 1956, E. L’Heureux, L’Avenir du Nord, Saint-Jérôme, 23 août, p. 5.

Malheureusement pour les compagnies bien organisées, il n’est pas possible d’agir de cette façon. « On demande à nos employés de faire du temps supplémentaire et ils trouveront mille et une raisons pour refuser. La raison réelle, c’est justement qu’ils travaillent ailleurs et que dans ces cas, ils sont payés en dessous de la couverte » de commenter un des participants. 1980, R. Levasseur, Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 13 novembre, p. 22.

Or, des voisins se plaignent d’avoir été maintenus dans l’ignorance. « On n’est pas contre le projet, jure la porte-parole du groupe d’opposants […]. On est contre la façon dont tout cela est mené. Pourquoi tout est toujours fait en catimini, sous la couverte? » 2016, Le Peuple (site Web), Lotbinière, 11 septembre.

3

Fig., Fam.Tirer (toute) la couverte de son côté, de son bord, plus raretirer la couverte à soi : chercher à prendre plus que sa part, à accaparer les avantages ou les profits d’une opération, à faire passer ses intérêts en priorité.

Rem.1. On trouve aussi tirer la couverture de son côté. 2. En France, on dit plutôt amener, tirer la couverture à soi, qui est attesté aussi au Québec.

C’est au comité des bills privés que les montréalais se chamaillent et lavent leur linge sale municipal. Chacun cherche à tirer la couverte de son côté et se croit plus sage ou plus habile que son voisin. 1893, Le progrès de l’Est, Sherbrooke, 7 décembre, p. [2].

Toujours estil, pour revenir à ce que je disais rapport aux élections, que Néron, Louis XV et les autres particuliers dont la propriété foncière était située sur un trône, étaient des gens pas mal safres [= avides]. Ils tiraient toute la couverte de leur côté; le peuple, lui, se contentait de se faire passer les beignes. 1912, La Presse, Montréal, 11 mai, p. 8 (chron. humor.)

Une étroite collaboration entre le capital et le travail constitue le principal remède [à la crise économique]. Reconnue ou non, cette collaboration, comme question de fait, n’est pas toujours mise en pratique dans le monde et, pour cette raison, il arrive parfois que les deux éléments se suspectent et s’éloignent l’un de l’autre, quand c’est précisément l’inverse qui devrait se produire. On a alors d’un côté l’égoïsme et de l’autre la haine; chacun tire la couverte de son bord et c’est le cahot [sic]. 1932, Le Quotidien, Lévis, 9 avril, p. [1].

Il y a le principe de la subsidiarité de l’État en matière d’éducation. Il ne s’agit pas de tirer la couverte d’un bord ou de l’autre, il y a un principe et il faut l’appliquer. 1963, Le Soleil, Québec, 4 octobre, p. 2.

Plusieurs aspirants à sa succession [du premier ministre] font partie du cabinet et ils vont tirer la couverte de leur côté afin de favoriser leur propre candidature plutôt que d’avoir une vision pour l’intérêt général de la population […]. 2002, La Presse, Montréal, 22 août, p. A3.

J’apprécie le fait que personne ne tire la couverte de son bord, constate-t-elle. On s’entraide. On fait la promotion des produits locaux et c’est très bien ainsi. 2019, La Terre de chez nous, Longueuil, 20 février, p. A28.

Histoire

1Depuis 1616. Attesté en français de France depuis le XIIIe siècle, encore usuel au XVIe, mais disparaît progressivement de l’usage parisien au XVIIe (FEW coopĕrīre 2, 1144a; Huguet; ne figure pas dans Richelet 1680 ni dans Académie 1694; Furetière 1690, s.v. couverture : « Quelquesuns disent couverte »; Trévoux 1771, s.v. couverte : « Dans quelques Provinces, couverte se dit pour couverture de lit »). Littré et Larousse 1866 signalent qu’à leur époque couverte ne se dit plus qu’en parlant de la couverture de laine des militaires. S’est maintenu jusqu’à récemment dans les parlers régionaux de France, de Belgique et de Suisse (v. FEW 2, 1144b; PohlBelg; GPSR, notam. en parlant de couvertes de lit, de berceau, de cheval). Général. dans les parlers français d’Amérique du Nord, prononcé [kuvɛʀt] ou [kuvaʀt] (Mass no 1242, CormAcad, BénDétr, DLF). Couverte fait ainsi partie de ces nombreux mots qui étaient usuels en français du XVIe siècle et qui ont été conservés au Québec et ailleurs au Canada alors qu’ils ont été écartés de l’usage parisien au XVIIe. Il ne fait pas de doute que ces cas s’expliquent par la provenance régionale de la majorité des immigrants de l’époque coloniale; ceuxci ont apporté au Canada les mots qui avaient la préférence des locuteurs dans leurs provinces d’origine (v. PoirProv). 2Depuis 1869. Cet emploi particulier n’est plus attesté à partir de la fin du XIXe siècle, époque à partir de laquelle se généralise le sens de « clandestinement ».  3Depuis 1892 (dans Le Progrès de l’Est, Sherbrooke, 2 février, p. [3] : Ceux d’ici trouvent que l’autre bout du comté tire un peu trop la couverte de son côté […].). Cet emploi figuré est un héritage de France. Attesté tel quel en moyen français (v. Huguet : tirer à soy la couverte; v. aussi Cotgrave : Tirer la couverte de son costé) et relevé dans le parler de la Suisse romande (v. GPSR). L’expression s’est conservée aussi en français de France, mais avec le mot couverture (v. PRobert 2021, s.v. couverture : amener, tirer la couverture à soi). La variante tirer la couverture de son côté, depuis 1898 (L’Art médical, Montréal, août, p. 246).

Dernière révision : novembre 2023
Pour poursuivre votre exploration du mot couverte, consultez notre rubrique La langue par la bande.
Trésor de la langue française au Québec. (2023). Couverte. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 20 février 2024.
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