CLAPOTER [klapɔte]
v. intr.
Variante graphique : clapotter.
(En parlant de la surface d’une étendue d’eau). Être agité par de légers mouvements d’ondes créant de petites vagues courtes qui font entendre un bruit de murmure en s’entrechoquant.
Mer, lac, fleuve, rivière qui clapote.
Par anal. Faire un bruit rappelant l’eau qui clapote.
Pluie qui clapote contre les vitres, liquide qui clapote dans un contenant.
Rem.Correspond à l’emploi du mot dans le français de référence (voir Robert (en ligne) 2025‑01; voir aussi Histoire).
(En parlant d’une embarcation). Être balloté par les vagues qui s’entrechoquent.
flacoter (sens 1); placoter (sens 1, emploi secondaire).
Quelle félicité pour tous deux, ma bien-aimée! Nous nous aimons tant… Être à nous, rien qu’à nous… Nous voyez-vous, le soir, tendrement assis l’un près de l’autre, à côté d’un bon feu pétillant, alors que tout est froid au dehors, que la tempête gémit dans le tuyau de la cheminée et que la pluie clapote à petit bruit contre les vitres de notre fenêtre hermétiquement close. 1853, La Ruche littéraire et politique, novembre, p. 583.
La nature sommeille autour du rêveur attardé; à ses pieds l’eau clapotte doucement et l’écho harmonieux n’est réveillée [sic] de temps à autre que par le bruit des rames et les chants des bateliers qui ramènent au quai leurs légères embarcations. 1877, Faucher de Saint Maurice, De tribord à bâbord, p. 390.
Pendant que je m’amuse à rappeler les hauts faits de Rob Roy, notre bateau mouche va toujours son train. Il se débat dans l’eau comme un canard, il clapote, il bourdonne, et il se met à nous traverser [avec] un empressement dont je ne lui sais aucun gré. 1881, A. B. Routhier, À travers l’Europe, t. 1, p. 76.
– Baptiste, voilà le moment de nous servir notre vin blanc. Est-il bien frais? – Voilà M’sieu! [/] Et Baptiste apporte un seau d’écurie dans lequel clapote un liquide jaunâtre. 1896, Le Samedi, Montréal, 24 octobre, p. 6.
Afin de se donner meilleure contenance, le jeune homme arracha un roseau et s’en fut sur le rivage où Didace Beauchemin achevait de réparer le quai. Son pas vigoureux sur les planches fit clapoter l’eau en des vagues courtes qui allèrent se briser contre les flancs de la chaloupe. Tout était calme. Un ciel tranquille se reflétait dans la rivière lisse et brillante. 1942, G. Guèvremont, En pleine terre, p. 42.
En disposant les couverts, […] j’ai un petit moment d’euphorie à l’idée que les cours sont finis, que les longs beaux jours commencent […]. Du coup, je pense à la rivière, ma rivière de Saint-Agapit, à l’échauffement de mes paumes au maniement des rames. Je réentends le clapotement de l’eau contre la barque. Clapotez, flots du soir! Les flots du soir sont noirs. Venez battre contre mes flancs de bois. Dans le couchant, les clochers s’irréalisent, flèches de feu. 1993, A. Brochu, La vie aux trousses, p. 196.
Cette île minuscule est enjolivée de deux gentils petits ruisseaux limpides qui roucoulent, clapotent et placotent au rythme des galets pour enfin s’unir au haut d’une descente vertigineuse vers la rivière St-Charles qui emporte leurs eaux vers des horizons inconnus… 2014, Le Soleil de Salaberry-de-Valleyfield (site Web), opinion, 27 juin.
Le sentier de la John Muir Trail […] a la réputation d’être le plus beau sentier des États-Unis, ce qui est loin d’être surfait : ciel d’un azur profond, comme s’il avait reçu trois couches de couleur; lacs turquoise dans lesquels s’agitent les truites et se reflètent les montagnes; rivières limpides qui clapotent ou rugissent, comme un chant d’accueil; cols dénudés qui offrent une vue panoramique. 2015, M. S. Désautels, La Tribune, Sherbrooke, 14 novembre, p. W31.
Fig.
(En emploi transitif). Les lumières sont maintenant éteintes. Le vent s’élève, et sur les roches du rivage[,] le petit lac lisse clapote sa plainte. 1932, Le Canada, Montréal, 16 décembre, p. 2.
(En emploi transitif). Sa bonne maman et sa chère petite sœur vivent là, dans une jolie maisonnette toute dorée de soleil, près de l’eau qui clapote sa chanson. 1941, Ch.‑H. Beaupray, Les beaux jours viendront…, p. 19.
(Variante). VieuxClaboter v. intr.
Rem.Cette variante est attestée depuis 1744 (voir PotierH 52 et Histoire).
Les deux copains donnèrent du fil à retordre aux pauvres gars qui les suivaient. Ne voulant pas perdre leur avance, ils n’osaient pas s’attarder à vider leur canot, obligeant ainsi leurs adversaires, qui espéraient toujours les dépasser, à continuer dans des embarcations où clabotait une couche d’eau de près de deux pouces. 1939, Le Droit, Ottawa, 31 juillet, p. 14.
(Dérivés). VieilliClapotage n. m. Mouvement de l’eau qui est légèrement agitée en surface, créant un bruit de murmure continu.
Rem.Ce mot existe en français de référence; toutefois, en France, il a été enregistré plus tardivement qu’en français québécois (voir Histoire).
flacotage (s.v. flacoter, sens 1).
Nous partimes de Tado[us]sac, à 10 heures, pour nous rendre à Québec. En traversant, de l’Ilet, l’embouchure du Saguenay, nous fumes exposés à la houle, appelée par les marins « Rangs de marées ou clapotage », causée par la rencontre du courant de la rivière et du flux de la mer. 1829, Rapport des Commissaires pour explorer le Saguenay, p. 169.
Le jour se lève et l’on commence à entrevoir la barricade qui ferme le défilé de Près-de-Ville, ainsi qu’un hangar qui se dresse au sud du sentier et se détache encore indécis sur le fond noirâtre du fleuve. Chacun amortit le bruit de ses pas et l’on continue d’approcher. À cinquante verges de la barrière, Montgomery commande la halte. On s’arrête, on écoute. Rien que le clapotage des vagues et les sifflements du vent contre les saillies du roc. 1875, J. Marmette, La fiancée du rebelle, p. 163.
L’abbé Bernard, un peu fatigué de sa promenade, s’assit sur un banc de jardin, dans l’attitude d’une profonde méditation. Les flots venaient mourir à ses pieds, et leur clapotage semblait être l’écho d’un hymne d’adoration, qui montait de son âme poétique et pieuse. 1917, A. Bourgeois-Lacerte, Némoville, p. 10.
Par ext. Grande agitation, bouillonnement d’un cours d’eau.
[…] c’est un endroit où l’eau, par une pente forte se précipite, et forme en bas de sa chûte un clapotage qui pouvoit faire périr des canots qui ne seroient pas bien gouvernés […]. 1838, Courville, Louis-Léonard Aumasson [sieur de], Mémoires sur le Canada depuis 1749 jusqu’à 1760, p. 141.
Par anal. Petit bruit que produit un liquide ou une substance que l’on agite manuellement ou mécaniquement.
SYN. clapotement
flacotement (s.v. flacoter, sens 1); placotement (s.v. placoter, sens 1).
SYN. clapotis
placotis (s.v. placoter, sens 1).
Elles [des écrémeuses] ne font pas rejaillir l’huile, et le réservoir d’alimentation à l’épreuve du giclage, empêche le lait de s’échapper. Elles ne font pas de clapotage. Ce sont des machines fonctionnant proprement. 1912, La Presse, Montréal, 9 mai, p. 9 (annonce).
VieilliClapoteux, clapoteuse adj. Qui clapote, qui est caractérisé par le clapotage.
Fleuve, lac clapoteux. Eaux, vagues clapoteuses. Mer clapoteuse.
Rem.Variantes graphiques : clapoteux, clapoteuse, clapotteux, clapotteuse.
flacoteux (s.v. flacoter, sens 1).
Le temps étoit très-beau le jour que nous arrivâmes sur le grand banc, aussi ne ressentîmes-nous pas la mer grosse & clapoteuse qu’on trouve ordinairement à ses acores, pour peu de vent qu’il fasse, & qui est monstrueuse dans les gros temps, du moins suivant l’opinion de la pluspart des Officiers […]. 1753, Marquis de Chabert, Voyage fait par ordre du roi en 1750 et 1751, p. 35.
La navigation du lac Ontario est assez périlleuse et fort pénible. Le moindre vent le rend clapoteux; les lames y sont courtes et fréquentes et dans les gros tems on y est plus fatigué qu’en pleine mer. D’ailleurs il n’y a presque point d’havres ni d’abris. 1756, le comte de Bougainville, Journal de l’expédition d’Amérique commencée en l’année 1756, le 15 mars, Rapport de l’archiviste de la province de Québec 1923‑1924, p. 215.
J’avais beau serrer les rênes, rien n’y faisait, et nous rasions toujours la surface verte et clapoteuse du fleuve, lorsqu’enfin, après une course apoplectique, faite comme si j’avais été entraîné par un sorcier de vent, je réussis à m’accrocher les pieds dans le faîte d’un sapin. 1872, Faucher de Saint‑Maurice, À la brunante, L’Opinion publique, Montréal, 4 juillet, p. 322.
Notre embarcation de quatre-vingt-cinq livres était lourdement chargée et le centre du canot n’émergeait que de quelques pouces la surface de l’océan. Lentement, mais sûrement[,] nous nous éloignâmes du quai de la Baie des Anglais et il était facile d’avironner bien que la mer fût un tantinet clapoteuse. 1929, Le Progrès du Saguenay, Chicoutimi, 31 octobre, p. 5.
Il avait l’air d’être là uniquement pour rêver tout en contemplant les montagnes, puis le fleuve clapoteux et, au loin, l’horizon de la rive sud toujours quelque peu embrumé par jours chauds. 1972, G. Roy, Cet été qui chantait, p. 43.
VieilliAgiter l’eau, la boue ou la neige détrempée avec les mains ou les pieds; barboter, patauger.
Clapoter dans l’eau, dans la vase.
Rem.Relevé presque partout au Québec au début du XXe siècle (d’après FSPFC; voir aussi Clapin : « se dit le plus souvent en parlant des enfants »; Dionne, GPFC et Bélisle1-3). Toutefois, il semble que cet emploi était déjà moins attesté à l’époque des enquêtes de Gaston Dulong, au tournant des années 1970, les mots usuels étant alors patauger, placoter et flacoter (voir PPQ 1065).
flacoter (sens 2); placoter (sens 1).
Le chemin de barrière jusqu’au village des Tanneries est généralement en très bon ordre et a de bons trottoirs dans presque toute la distance; mais quel bien cela fait-il aux habitans de ce village, qui, en arrivant à la barrière, ont à clapoter dans la boue un quart de mille […]? 1852, Journal d’agriculture, et transactions de la Société d’agriculture du Bas-Canada, Montréal, décembre, p. 382.
Les travaux n’avancent à rien et le public se perd dans la boue depuis bien longtemps. […] Un entrepreneur ordinaire eût fait faire ce travail en deux ou trois jours. La corporation préfère laisser les citoyens clapoter indéfiniment dans la boue, et semble prendre plaisir à obstruer les rues les plus passantes. 1868, Le Canadien, Québec, 20 avril, p. [2].
Nos trottoirs sont, pour la plupart, dans un état inqualifiable; il s’y forme, sous l’action du beau soleil dont nous jouissons depuis quelques jours, de véritables marais, amas de neige, de terre et d’eau, où le passant est obligé de clapoter chaque fois qu’il a la hardiesse de poser en tremblant son pied dans ces cloaques. 1876, La Gazette de Sorel, 4 avril, p. [2].
Puis le fleuve, à cet endroit large de deux milles, sollicitait constamment la lunette. Des vaisseaux, gros transatlantiques, paquebots du service fluvial, go[é]lettes, remorqueurs, traînant de longues files de barges, étaient constamment en vue. Le rivage s’animait de cris d’enfants qui clapotaient dans l’eau et des barbotements d’un troupeau de vaches, glaisées jusqu’aux genoux, qui flânaient paresseusement sous le chaud soleil. 1925, A. Dugré, La campagne canadienne, p. 70.
Dans une mine, m’avait-on prévenu, marchez toujours la tête penchée, regardez à vos pieds. Nous clapotions en effet dans l’eau et ma botte au bout ferré butait sans cesse sur une aspérité ou le rail des wagonnets. 1938, É. Benoist, L’Abitibi, pays de l’or, p. 170.
Les orteils serrés dans ses bottines trempées qui clapotaient dans la neige fondante et sale, il commençait à se sentir au chaud dans le bourdonnement des rues, malgré le froid humide et l’impression d’errer tout au long d’un corridor débouchant sur d’autres corridors. 1974, A. Major, L’épouvantail, p. 75.
Elle lui avait enlevé sa chemise sans un mot, ils s’étaient aimés debout, appuyés contre un des poteaux soutenant la tente où clapotait le lamantin dans son bassin d’eau tiède. 2010, D. Fortier, Les larmes de saint Laurent, p. 122.
Fig.
Non, à quoi bon tous ces enfantillages : que l’Étendard avoue donc de bonne foi qu’il a agi en cette circonstance, comme il fait d’habitude, en s’en rapportant à de simples commérages, pour lancer contre ses adversaires de lâches insinuations. [/] C’est là le mauvais penchant du confrère, qui est devenu une seconde nature. [/] Et M. Trudel clapote dans un milieu qui ne lui permettra pas de se corriger de ce vilain défaut. 1888, La Presse, Montréal, 18 avril, p. [2].
Ce n’est pas un petit ménage à faire dans cette cambuse-là. […] Tant de gens qui ont clapoté dans la fange et la boue des affaires louches, sont rentrés les pieds plus gros que la tête, laissant l’empreinte de leurs souliers, qu’il va falloir passer une couche de peinture partout, coller de nouveaux papiers aux murs, boucher les trous de rats, redonner une virginité à l’hôtel de ville […]! 1914, Le Pays, Montréal, 28 mars, p. [3].
Comme on le voit, la contradiction ne fatigue pas l’auteur, bien au contraire, il y clapote avec plaisir. 1991, J. Folch-Ribas, La Presse, Montréal, 24 mars, p. C4.
C’était les années soixante-dix, le temps du vinyle. L’époque bénie d’une industrie qui clapotait dans l’argent. Les albums avaient remplacé les 45‑tours au sommet des ventes. 1994, S. Cormier, Le Devoir, Montréal, 18‑19 juin, p. [C1].
(Dérivés). VieilliClapotage n. m. Action d’agiter l’eau, la boue ou la neige détrempée avec les mains, les pieds ou un objet; barbotage, pataugeage.
Bruit qui découle de cette agitation.
Rem.Relevé presque partout au Québec au début du XXe siècle (d’après FSPFC).
flacotage (s.v. flacoter, sens 2); placotage (sens 1).
Au milieu de la nuit suivante, un canot se détacha de la goëlette mouillée au large, et approcha doucement du rivage. Au même moment, O’Brien, prévenu de l’arrivée de ses libérateurs, se dirigeait vers le canot. Mais les sentinelles voisines ayant entendu le clapotage des avirons, firent feu vers l’endroit d’où venait le bruit, et l’alarme étant ainsi donnée, les troupes du poste accoururent et arrêtèrent O’Brien au milieu du jusan[t], ayant de l’eau à moitié corps. 1851, Le Journal de Québec, 1er mars, p. 2.
Pour donner une idée de l’ardeur et de l’impétuosité dont ces poissons [des saumons] font preuve dans ces circonstances, il suffira de dire que l’on pouvait entendre distinctement à une trentaine de verges du ruisseau les élans rapides qu’ils se donnent et le clapotage terrible qu’ils font dans l’eau […], et les marques et écorchures que l’on voyait le lendemain sur leurs corps témoignaient, à ne pas s’y méprendre, du rude labeur qu’ils s’étaient imposé la veille. 1876, Documents de la session, vol. 9, no 5, p. 242.
Ne prolongez pas trop la durée du bain, souvent les mamans s’amusent à regarder la petite mine épanouie de bébé, son clapotage joyeux, et les minutes passent… le bain de bébé doit n’être qu’un bain de propreté. Après le bain[,] prenez votre bébé avec précaution, et craignez le froid! Puis séchez, poudrez, habillez, et servez chaud. 1924, La Revue moderne, juillet, p 56.
Le groupe de M. Huard venait à peine de prendre le déjeûner [sic] qu’il entendit le bruit d’un clapotage dans l’eau semblable à celui que peut faire un orignal qui entre ou sort du lac ou que produit le départ sur l’eau de quelques canards. Un des garçons réalisa immédiatement que c’était les deux messiers Larouche et M. Poirier qui se débattaient près de leur embarcation chavirée. 1960, Le Lingot, Arvida, 2 juin, p 24.
VieilliClapotement n. m. syn. de clapotage (voir emploi précédent).
Rem.Parfois écrit clapottement.
Je n’avais pas fait cent pieds, que j’entendis le clapotement des pieds d’un cheval dans la boue. Il faisait très obscur, le temps était couvert, je ne courais donc aucun risque d’être vu. 1862, F. Poutré, Échappé de la potence, p. 16.
Quand je m’engageai sur la batture, Ouellon avait fait assez de chemin, pour que je ne pus rien entendre du bruit de sa marche. Je précipitai le pas… après avoir marché quelque temps, je prêtai l’oreille et ne tardai pas à distinguer, au milieu du silence qu’aucun bruit ne troublait, le clapotement des pas du cheval de Ouellon dans les flaques d’eau. 1863, J.‑Ch. Taché, Forestiers et voyageurs : étude de mœurs, Les Soirées canadiennes, vol. 3, Québec, p. 77.
Une partie de la surface du bassin était en pleine lumière […]. Dans les herbes écartées doucement, on entendait de petits clapotements : c’étaient des rats-musqués en quête de leur souper. Des truites or et pourpre s’élançaient de l’eau comme un trait pour happer les mouches imprudentes; les canards barbottaient, et les oies faisaient entendre au loin leurs trompettes éclatantes. 1876, A.‑N. Montpetit, Neuf jours chez un trappeur, L’Opinion publique, Montréal, 13 juillet, p. 330.
Entre St-Isidore, Scott et St-Bernard[,] je tendais ma ligne et le poisson blanc, parfois l’achigan, s’y laissait prendre. Mon père ne permettait pas que nous disions un seul mot quand le bouchon dansait. Soudain un tressaillement du feuillage suivi d’un clapotement dans les flaques d’eau. Nous levions les yeux. Le père Ephrem Poliquin, le père Louis Prémont et […] l’abbé Placide Roy venaient voir eux aussi si ça mordait. 1935, L’Événement, Québec, 20 août, p. 4.
[…] Mère avait pensé qu’un bain dans la piscine lui ferait du bien, elle y serait aussi enfin seule, elle qui ne voulait pas que l’on vît les maladroits clapotements de ses exercices de natation, […] elle agitait les bras et les jambes dans de maladroits clapotements, qu’en eussent pensé Daniel et Mélanie s’élançant vers la faune sous-marine de la côte de Corail […]? 1995, M.‑Cl. Blais, Soifs, p. 136.
(Hapax). Clapotis n. m. Syn. de clapotage et de clapotement (voir emplois précédents).
La vieille fée entend le clapotis d’un cheval, elle sort[…]. 1955, Rimouski (Rimouski-Neigette), AFEUL, P.‑A. Desjardins (âge de l’informateur : 75 ans).
(Par anal., en parlant d’une chose qui s’agite). VieilliBallotter (sous l’effet du vent); claquer, frotter, frapper qqch. en faisant un léger bruit.
Drapeau, voile qui clapote.
flacoter (sens 3).
À l’arrière, la Corvette, un peu en dehors de la portée de canon, se balançait lourdement et s’élevait sur les lames, ayant toutes ses voiles dehors. Le Zéphyr aussi portait toutes ses voiles, qui clapotaient sur les mâts à chaque roulis du vaisseau. 1849, G. Boucher de Boucherville, Une de perdue, deux de trouvées, L’Album littéraire et musical de La Minerve, Montréal, avril, p. 111.
Le Napoléon [un bateau] était à son poste, tout pavoisé de pavillons multicolores. Bravo! voilà qui va à merveille. Mais, ô vicissitude des choses d’en bas! je venais de voir les drapeaux et oriflammes clapoter joyeusement sous la brise, un regard de côté, et presto; voilà les pavillons dégringolés de leurs mâts – qu’est-ce que c’est que çà [sic]? 1862, La Minerve, Montréal, 26 juillet, p. [2].
Impossible de décrire l’impression que produit cette armée de machines qui tournent et travaillent chacune dans sa sphère sous l’action d’un seul agent, que vous devinez, la vapeur. On dirait que tout se mêle, se heurte, dans un chaos indescriptible. Les volants immenses roulent avec un bruit sourd en faisant clapoter leurs courroies. 1885, Le Courrier de Saint-Hyacinthe, 24 octobre, p. [1].
Devant une assistance de plus de 3,000 personnes, par une température idéale, pendant qu’une légère brise faisait clapoter drapeaux et banderoles, Mgr Roy, de Québec, venu spécialement pour la circonstance, fit la bénédiction du monument; ce fut aussi lui qui prononça le sermon de circonstance. 1916, Le Devoir, Montréal, 22 août, p. 5.
L’ombre s’étendait sur terre et sur mer et la pleine lune montait, énorme et rouge, derrière l’Ile Bonaventure. Le vieux bateau glissait sans rouler sur une mer à peine ridée. Pas une parole n’avait été prononcée quand Antoine éleva la voix : – C’est pas prudent d’aller plus loin. Descendez dans la chaloupe. [/] Il largua les voiles qui se mirent à clapoter sans fracas avec cette toute petite brise. 1934, Fadette, La fin du « Goéland », dans Le Devoir, Montréal, 14 août, p. 5.
Taper (sur qqch.).
Clapoter sur un piano, un clavier, un ordinateur.
Aujourd’hui l’éducation d’une jeune fille n’est pas complète, si elle ne sait point clapoter sur le piano. Le piano, au grand regret de quelques uns [sic] de mes amis, tend à devenir un meuble d’utilité domestique, quelque chose qui appartiendrait à ce qu’on a appelé le superflu indispensable. 1869, Le Constitutionnel, Trois-Rivières, 2 juillet, p. [2].
Assez de bavardages! […] Maintenant que me voilà définitivement au but, je ne sais plus quand je me remettrai à clapoter sur les touches de la machine à écrire pour vous parler de mon intéressante personne. Je compte ne pas me faire attendre trop longtemps. 1953, C. Dubé, La Gazette des campagnes, Sainte-Anne-de-la-Pocatière, 17 et 24 décembre, p. 2.
[…] l’arrivée des micro-ordinateurs sur les bureaux d’écoles demeure beaucoup plus qu’une nouvelle mode à suivre et représente, non pas l’outil de travail des sociétés de demain mais bien celui des sociétés d’aujourd’hui. […] l’arrivée de l’ordinateur pourrait tout aussi bien représenter la venue du loup dans la bergerie où le prof, presque relégué à un rôle de surveillant, pourra débrayer tant et aussi longtemps qu’il le voudra puisque, pendant ce temps, l’élève continuera à clapoter joyeusement sur le clavier de son ordinateur. 1983, I. Lamontagne, Le Guide, Sainte-Marie (Beauce), 5 avril, p. 4.
Ici, c’est la salle de rédaction, avec mon poste de travail agglutiné avec les cinq autres qui forment le pupitre. Dans le coin, près des fenêtres, ce sont les journalistes aux arts. Plus près à gauche, ceux des sports. Et au milieu, une vingtaine de personnes qui parlaient au téléphone, relisaient leurs notes ou clapotaient sur leur clavier sans faire de cas des visiteurs. 2023, S. Denis, La Tribune, Sherbrooke, 30 décembre, p. 6.
(En parlant d’une partie du corps). (Hapax). Battre, palpiter.
Nous apprenons […] que la chambre d’assemblée vient d’admettre le principe que les pertes éprouvées par suite de la rebellion [sic] doivent être remboursées ou garanties à même le trésor provincial. Le cœur nous clapote dans la poitrine depuis cette nouvelle comme il n’a pas fait depuis bien long-tems [sic], car nous espérons que les dommages que nous avons essuyés nous seront remboursés aussi bien que ceux des loyaux du Haut-Canada […]. 1845, Le Fantasque, Québec, 9 mars p. 69‑70.
(Dérivé). VieuxClapotement n. m. Mouvement d’une chose qui ballotte, qui craque ou qui claque, ou qui est frottée ou frappée, ce qui engendre un certain bruit.
Clapotement d’un piano, d’un clavier. Clapotement d’un drapeau.
Rem.Variante graphique : clapottement.
flacotement (s.v. flacoter, sens 3).
Nos sens sont souvent affectés d’une manière fort désagréable, savoir : […] – L’ouïe, par les hurlements des pompiers se rendant à un incendie; à la ville, par le clapotement du piano de la fille de votre lingère, qui joue : [/] Ah! vous dirai-je maman! trois douzaines de fois chaque matinée […]. 1857, Le Pays, Montréal, 17 novembre, p. [2].
La brise de terre gonflant la grande voile de la « St-Pierre » [une goélette], celle-ci […] s’éloigna doucement du rivage hospitalier. Son pavillon régional, qui flottait au grand màt [sic], dans ses clapotements même, nous souhaitait un long au revoir, au printemps prochain. 1903, Cl. Paysan [pseud. de Jules S. Lesage], Notes et impressions de chez nous, p. 44‑45.
Le premier ministre King a été accueilli à Orillia [Ontario] hier soir au clapotement de milliers de petits drapeaux britanniques. […] Lorsque la foule entra, on distribua des Union Jacks et lorsque M. King fit son entrée[,] la foule se leva et agita ses pavillons. 1925, La Patrie, Montréal, 16 octobre, p. 9.
Depuis que cette bonne [Berthe] était arrivée, elle n’avait pas pu lire ou écrire tranquille. Berthe ne respectait ni le grincement de sa plume, ni le clapotement du clavigraphe, elle parlait plus fort pour les dominer. 1946, Le Devoir, Montréal, 2 février, p. [1].
(En parlant du bruit généré par une partie du corps mise en mouvement).
Clapotement de mains, de bouche.
Le babil de chacune des conférences est limité à dix minutes […] et chaque orateur vient débiter son boniment du haut de l’estrade. […] Dans tous les cas[,] l’entière délégation ne manque pas d’encourager par un gentil clapotement de mains la chère sœur qui est en train de s’exécuter sur la sellette. 1894, Le Courrier du Canada, Québec, 14 avril, p. [4].
Près d’une cage pleine de Karnichis, espèce d’échassiers, portant l’éperon, criant sans cesse (on les appelle crieurs), on a placé une innocente cigogne blanche, qui n’a d’autre cri, elle, que le clapotement qui résulte du choc de ses mandibules l’une contre l’autre. 1900, Le Naturaliste canadien, Chicoutimi, février, p. 21.
(Dérivé). VieuxClapoteuse n. f. Pianiste peu talentueuse.
Une clapoteuse à prétention est au piano : – Un amateur enthousiaste : N’est-ce pas que c’est bien exécuté? – Un artiste, présent : Vous appelez cela exécuté! Le mot assassiné rendrait mieux l’idée. 1889, Le Samedi, Montréal, 27 juillet, p. 8.
VieilliParler beaucoup, de choses et d’autres, s’entretenir familièrement en prenant son temps; bavarder.
Finissez donc de clapoter!
Parler de façon indiscrète, souvent médisante ou calomnieuse; médire.
Rem.Relevé dans quelques régions du Québec au début du XXe siècle, surtout à partir de Québec en allant vers l’Est (d’après FSPFC; voir aussi Dionne, GPFC et Bélisle1-3).
placoter (sens 3 et 4).
Or cette année, ce discours [du Trône] est d’un vide encore plus complet, d’une insignifiance encore plus absolue que ceux des années dernières; et certes ça n’est pas peu dire. […] En lisant ces phrases-caoutchouc, péniblement allongées à l’aide de mots vides de sens, on comprend tout de suite, qu’on clapote [= parle] dans le vide, et que faute d’avoir rien de sérieux et de solide à présenter au pays, on lui a jeté quelque[s] phrases aussi creuses que banales. 1850, L’Avenir, Montréal, 18 mai, p. [2].
Normand et Yvon sont frères. Les deux frères d’une famille qui réside à Batiscan et, lors d’une soirée récemment, les deux frangins se sont rendus au bar […], histoire de « clapoter un peu » autour d’une bière. Puis, les choses concernant l’alcool étant ce qu’elles sont, plusieurs heures ne se sont pas écoulées que les troubles ont commençé [sic]. 1972, J.‑P. Arsenault, Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 6 avril, p. 2.
Le photographe s’expose. Il va voir là où cela va mal, il se bat avec son appareil et son art, surtout son art. Il est en danger. Le paparazzo, non. C’est ma matante placoteuse, de son fauteuil elle ne risque rien et placote (ou clapote, comme vous le voudrez) sur ce qui arrive aux autres, surtout si c’est privé, et souvent ce n’est pas vrai. 1999, J. Folch-Ribas, La Presse, Montréal, 22 août, p. B3.
(Dérivés). VieilliClapotage n. m. Bavardage; commérage.
placotage (sens 3 et 4).
Rem.Relevé dans quelques régions du Québec au début du XXe siècle, surtout à partir de Québec en allant vers l’est (d’après FSPFC).
Ces trois charmantes anti-Gogluses et Cliqueuses « grassieuses » dirigent au Club de Réforme les destinées du Club Libéral Féminin de Bavardage, Commérage et Clapotage. 1930, Le Goglu, Montréal, 25 avril, p. 6 (légende sous une caricature représentant trois femmes).
Une rumeur fausse, porteuse d’une nouvelle décourageante[,] court la rue, voire les couloirs de l’Hôtel du Gouvernement, à Québec. D’après certains chuchottements [sic], le gouvernement demanderait à la législature de voter un budget de colonisation limité à quelque chose comme six cent mille dollars. A peine de quoi payer les fonctionnaires. D’où part ce clapotage, ce souffle empoisonné qui tente de détruire par le mensonge préventif l’attention qu’apporte le gouvernement à cette question de la plus haute importance […]. 1934, L’Avenir du Nord, Saint-Jérôme, 13 avril, p. [4].
VieilliClapoteux, clapoteuse n. et adj. (Personne) qui aime bavarder, ou qui tient des propos indiscrets ou calomnieux.
placoteux (sens 3 et 4).
Clapoteux – adj. Homme-commère qui bavasse comme deux vieilles pies. 1931, Le Goglu, Montréal, 17 avril, p. 5.
Vous la trouvez [une voisine indiscrète] curieuse, malveillante, clapoteuse, et médisante. [/] Vous vous demandez ce que le bon Dieu pense de pareille conduite. [/] Vous déplorez, dans une famille en vue, chez la mère chrétienne de nombreux grands enfants, une pareille chasse au scandale. 1941, L’Écho de Saint-Justin, 27 juin, p. 8.
Chicklet, la nouvelle résidente de la presque-ville de Grande-Rivière, sauta sur le téléphone. – […] J’sé en verrat qu’on aura été mieux d’aller s’installer tu-suite en ville! (Clapoteuse et chuchotante.) J’donne pas in an à Jean-Joseph… (Ce qu’elle allait lui faire endurer.) 1981, R.‑G. Bujold, La sang-mêlé d’arrière-pays, p. 239.
(Hapax). Homme qui fait toute espèce de métiers (voir BPFC 5/6, 1907, p. 234).
Histoire
Le mot clapoter appartient à un groupe de verbes à radical onomatopéique et à suffixe fréquentatif (marquant la répétition de l’action) qui servent à exprimer l’agitation légère et le bruit de l’eau en mouvement ou que l’on remue. Il s’agit des verbes clapoter, flacoter et placoter ainsi que de variantes qui, dans le français québécois comme dans les parlers de France, se prêtent à diverses significations analogiques, comme « barboter », « bavarder », « perdre son temps », etc. Les dérivés de ces verbes partagent également ces emplois analogiques.
1.Depuis 1853, mais dès 1744 sous la variante claboter (v. PotierH 52). Cet emploi de clapoter correspond à celui du français de référence. Toutefois, il y est attesté depuis 1832 seulement, soit à une date plus tardive qu’en franco-canadien si l’on tient compte de la variante claboter (v. FEW klapp 21, 733a). Clapotage, dérivé de clapoter, est aussi attesté plus anciennement au Canada qu’en France, soit depuis 1744 (v. PotierH 52 : Clabotage ou clapotage : petites Lames Courtes et Sautillantes), alors qu’on le relève seulement depuis 1777 dans le français de référence (v. TLF et RobHist). Clapoteux, depuis 1753; depuis 1730 dans le français de référence (v. RobHist; Robert (en ligne) 2025‑02). 2.Depuis 1852. Bien attesté en Normandie, en Wallonie, en Saintonge et en Suisse romande (v. FEW id.; MoisyNorm, RobNorm, MussSaint et GPSR, s.v. clapoter). Clapotage, depuis 1851; héritage des parlers de France (v. MoisyNorm : « action d’agiter l’eau avec les mains ou de patauger »). Clapotement, depuis 1862. 3.Depuis 1849, mais dès 1845 dans un emploi secondaire (« battre, palpiter »). Il s’agit probablement d’une innovation sémantique du français québécois (par analogie avec les sens précédents), cet emploi n’ayant été relevé dans aucune des sources françaises consultées. Clapotement, depuis 1857. Clapoteuse, depuis 1889. 4.Depuis 1850. Héritage des parlers de France; relevé en Normandie, en Wallonie, en Saintonge et en Suisse romande (v. FEW id.; GPSR : « clabauder, faire des cancans »). Clapotage, depuis 1906 (d’après FSPFC). Héritage des parlers de France (v. RobNorm : « clapotages : cancans, médisances »; MoisyNorm; MussSaint « commérage »; GPSR, s.v. clapoter : « bavardage, commérage »). Clapoteux, clapoteuse « (personne) qui aime bavarder, ou qui tient des propos indiscrets ou calomnieux », depuis 1907 (BPFC 5/6, p. 234).