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CÉGÉPIEN, CÉGÉPIENNE [seʒepjẽ, seʒepjɛn]
n. et adj.

Rem.

Variante graphique : cégepien, cégepienne.

1

n. Personne qui poursuit des études dans un cégep.

 (En fonction adj., en parlant d’une personne).

Un ami cégépien. Une étudiante cégépienne. Quelques aspirants cégépiens.

Rem.Parfois écrit avec une majuscule dans cet emploi.

Les cégépiens contestent… [titre] Les élèves du CEGEP Lionel-Groulx, à Sainte-Thérèse, ont enregistré un taux d’échecs effarant aux examens du collège. Croyez-vous qu’ils ont consacré une minute de leur temps à évaluer leur degré de responsabilité dans cette déconfiture et à se demander s’ils ont suffisamment étudié l’an dernier? 1968, R. Lapointe, La Presse, Montréal, 30 août, p. 4.

En revanche, notre univers, celui que nous connaissions, c’était le séminaire; notre monde, c’était cela. Il avait des structures, une tête, un gouvernement qui imposait des lois auxquelles il fallait se plier. […] Aujourd’hui, mis dans une situation semblable, nos cégépiens feraient des journées d’étude, se révolteraient, et tout finirait par une grève générale avec manifestations, police, matraque, enlèvements, etc. 1972, R. Fournier, Gilles Vigneault, mon ami, p. 63‑64.

J’étais très agitée. Mes gestes étaient surveillés de près. Je courus au téléphone de la cuisine. Les policiers m’en interdirent l’usage. Je grimpai à toute allure au second étage où dormaient les deux plus jeunes, Dominique et Madeleine, et l’un de leurs amis cégépiens. 1981, S. Monet-Chartrand, Ma vie comme rivière, t. 1, p. 18.

Les nouvelles arrivées dans les maisons de femmes ne participent que de loin à ces courants idéologiques. Elles sont jeunes, universitaires ou cégepiennes, et ignorent les conditions de vie qui ont marqué le destin des ménagères. 1984, M. Beaudry, Les maisons des femmes battues au Québec, p. 84.

Mais l’année dernière en était une spécialement décourageante : on ne se faisait pas tirer l’oreille pour venir à mon cours, soit, mais on n’y travaillait pas beaucoup non plus, le français étant pour la plupart des cégépiens une matière superflue, une mécanique compliquée et ridicule dont il est bien vu de se moquer et d’ignorer les rouages, et cette classe en particulier étant parfaitement imperméable aux beautés du parfait du subjonctif et aux subtiles différences entre la litote et l’euphémisme. 1986, M. Tremblay, Le cœur découvert, p. 126.

On frappa de nouveau à sa porte. Elle ouvrit et se trouva cette fois devant un messager. Il s’agissait d’un ex-cégépien de dix-neuf ans qui avait décidé trois jours plus tôt de se lancer dans la vraie vie en louant ses forces bouillonnantes pour 4,75 $ l’heure. 1989, Y. Beauchemin, Juliette Pomerleau, p. 473.

À l’université, constat similaire : selon les statistiques récentes du Service régional d’admission du Montréal métropolitain (SRAM, 2000), les trois quarts des cégépiennes inscrites complètent avec succès leur programme préuniversitaire contre seulement 60 % des cégépiens qui y parviendraient. 2003, G. Lajoie, L’école au masculin, p. 80.

Lorsque le journal s’est pointé à son atelier pendant la première journée du Circuit des arts, samedi après-midi, [une artiste peintre] avait vendu presque toutes ses œuvres. Sur la vingtaine de toiles accrochées aux murs, plus d’une quinzaine avaient trouvé preneur. « Ç’a été premier arrivé, premier servi! » s’étonne la cégépienne, qui s’adonne aussi à la sculpture. 2023, Les Versants du Mont-Bruno, Saint-Bruno-de-Montarville, 27 septembre, p. 13.

 (Variantes suff.).

 Vieilliet rareCégépiste, (hapax, d’après la prononciation populaire du mot) cégépisse. n.

Rem.Parfois employé avec une valeur péjorative.

Le Café étudiant complètera la formation sociale de ceux qui le fréquenteront, particulièrement les cégépistes et leurs invités. 1967, Le Progrès du Golfe, Rimouski, 2 novembre, p. 12.

L’Éveil, l’organe officiel des étudiants du CEGEP de Victoriaville, vient de sortir son premier numéro de l’année 1969‑70; le directeur de l’Éveil […] écrit en éditorial, après avoir dit que les cégépistes peuvent s’enorgueillir d’être maintenant doté d’un moyen d’information : « […] je tiens à féliciter et à encourager les étudiants […] ». 1969, L’Union, Victoriaville et les Bois-Francs, 25 novembre, cahier 2, p. 31.

– Qu’est-ce que vous faites, vous, mademoiselle? Non. Dites-moé le pas. J’le sais… J’le sens… Vous êtes étudiante… « cégépisse »… Ç’a encore la couche aux fesses… 1974, J. Barbeau, La coupe Stainless, p. 37.

 (Hapax). Péjor.Cégepeux. n. m.

T’es curieux là, le prof. De qui tu penses de quoi que je parle? Ça prend pas un univarsiteux, ni un cégepeux pour comprendre ça! Moi, m’a voter pour le premier qui me promet un pont! 2015, R. Bouchard, Haute Côte-Nord, Forestville, 4 novembre, p. 4.

2

adj. Qui est propre au cégep et aux personnes qui le fréquentent.

Rem.Recommandé par l’OLF en 1982 (voir OLFAvis2 69), qui précise que l’adjectif cégépien, cégépienne ne doit pas être employé pour qualifier les mots relatifs à la vie pédagogique (notam. enseignement et études, pour lesquels on recommande l’emploi de collégial), mais qu’il peut, en revanche, s’utiliser avec des mots propres au cégep et à ceux qui le fréquentent, comme activités, presse, vie et population (voir aussi GDT 2023‑11, s.v. cégépien et collégial).

Le [directeur général] manifeste beaucoup d’espoir de la part des membres de l’exécutif qu’il considère très actifs et très dynamiques. « On sent qu’ils veulent faire participer les étudiants, dit-il, quelques-uns d’entre eux ont même refusé un travail d’été pour préparer durant les vacances un programme de vie cegepien ». 1968, L’Action : quotidien catholique, Québec, 8 juillet, p. 10.

Le joual [du chanteur] n’est pas celui, bon enfant, de la Bolduc, mais celui, délibéré, engagé et parfois artificiel, de la jeunesse cégépienne et de quelques auteurs bien connus. Les chansons les plus joualisantes ne sont pas de lui, mais de ses collaborateurs […]. 1981, P. Normand, La chanson québécoise : miroir d’un peuple, p. 108.

Aurait-on cru qu’il puisse un jour exister un chansonnier rock? C’est pourtant ce qui est arrivé avec [lui]. Puisant une partie importante de son inspiration musicale dans les vieux accords de blues et de rock’n roll, ce parolier subtil a su tenir en haleine toute une génération cégépienne à qui il rend ici un hommage ambigu. 1991, R. Baillargeon et Chr. Côté, Destination Ragou, p. 74.

J’avais choisi le Collège Ahuntsic pour les activités musicales qui y étaient très développées. En fait, le jour où je l’avais visité, il y avait un spectacle dans l’agora de l’école. Toute la vie étudiante tournait autour de cette agora et j’ai été tout de suite charmée. Cette première année « cégépienne » s’est avérée une année charnière dans mon existence. 2011, L. Thalie, Survivre aux naufrages, p. 177‑178.

En début d’été de cette dernière année, j’ai dû toutefois la gronder gentiment : elle avait pris un peu de poids. Elle m’expliqua que c’était la faute de sa session au cégep, où la bière coulait à flots. Je lui dis qu’elle ne pouvait pas faire ça – se laisser aller – à la moitié masculine de l’humanité. Loin de l’influence cégépienne et les travaux de la ferme aidant, elle retrouva rapidement son corps de déesse grecque. 2017, L. Letendre, Mauvais quart d’heure et instants exquis, p. 123.

L’équipe d’animation a su amuser les spectateurs grâce à de courts sketches qui expliquaient la vie d’un étudiant au sein de l’établissement d’enseignement. Party, fin de session, vacances, fin du Cégep et autres moments typiques de la vie cégépienne ont fait rire et réfléchir le public. 2019, Courrier Frontenac, Thetford Mines, 20 février, p. 4.

 (Variantes suff.).

 Vieilliet rareCégépiste. adj.

Rem.1. Employée dès la fin des années 1960, cette variante a rapidement disparu de la presse écrite après la recommandation de l’OLF en 1982 (voir OLF‑Avis2 69). 2. Cégépiste est parfois employé de façon péjorative.

Sur le plan de l’organisation des enseignants, la naissance des CEGEP constitue plus qu’un changement légal d’employeur. Cette transformation impose aux professeurs cégépistes de se grouper à un palier nouveau dans un système décloisonné. 1967, Le Progrès du Golfe, Rimouski, 16 novembre, p. 34.

Une certaine mentalité cegepiste [sic], alliée à une propension au verbalisme stérilisant, aurait-elle fait des trouées irrémédiables dans la tunique de Nessus? 1971, A. Tremblay, Le Soleil, Québec, 30 mars, p. 4.

Mais la maison-mère, qui se dresse à Québec dans son édifice G pour gigantisme, continuait de programmer, d’organisationnaliser, d’organigrammer, de photocopier, de microfilmer, d’ordiner et d’acheminer, du haut de son aire, des directives et des nouveaux cahiers d’une pédagogie à la fine pointe des cerveaux électroniques. Et les écoles du bout du monde là-dedans : les primaires, les polyvalistes et les cégépistes? 1983, Alb. Brie, Le Devoir, Montréal, 4 mars, p. 6.

 (Hapax). Péjor.Cégepeux. adj.

Je soupçonnais alors [un animateur québécois] d’utiliser des substances illicites pour arriver à dire autant de niaiseries en si peu de temps. Ça allait un peu vite à mon goût et je trouvais certaines nouvelles et commentaires un peu faciles et « cégepeux ». 1997, M. Bourassa, Le Courrier de Saint-Hyacinthe, 24 septembre, p. B‑3.

Histoire

De cégep et suff. -ien/-ienne, où -ien/-ienne exprime l’appartenance à une certaine collectivité (v. TLF, s.v. -ien).

1Depuis 1968. Cégépiste, depuis 1967, de cégep et suff. -iste. 2Depuis 1968. Cégépiste, depuis 1967.

 cégep.

Dernière révision : janvier 2024
Trésor de la langue française au Québec. (2024). Cégépien, cégépienne. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 20 février 2024.
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