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CÈDRE [sɛdʀ]
n. m.

Rem.

Variantes graphiques : (souvent) cedre (XVIIe et XVIIIe siècles, plus rarement au XIXe siècle), cédre (XVIIe et XVIIIe siècles); (parfois) sedre, seddre. Voir Histoire.

I

Nom commun du thuya occidental (Thuja occidentalis, famille des cupressacées), conifère indigène du nord-est de l’Amérique du Nord, aux feuilles formées de petites écailles imbriquées les unes dans les autres, au bois blanchâtre, léger, résistant à la pourriture et aux insectes; bois, écorce, rameau de ce conifère.

Bois, branche, rameau, écorce de cèdre. Odeur, senteur, parfum de cèdre. Haie de cèdres. Bardeau de cèdre. Planche, poutre de cèdre. Latte, lambourde, madrier de cèdre. Perches, piquets, pieux, poteaux de cèdre. Clôture de cèdre. Éclats, éclisses de cèdre.

Allumette, aiguillette de cèdre : long éclat de thuya utilisé autrefois pour allumer le feu. Balai de (en) cèdre, fait de rameaux de thuya fixés à l’extrémité d’un manche, très utilisé autrefois.

(Dans des noms de variétés ornementales). Cèdre en boule, en forme de globe. Cèdre pyramidal, en forme de colonne étroite. (Dans des appellations explicites relevant de nomenclatures spécialisées). Cèdre blanc : terme utilisé par les lettrés et les spécialistes de diverses disciplines, par opposition à cèdre rouge (sens II) et à la place de thuya occidental, lequel est le terme des botanistes. Cèdre (blanc) de l’Est : terme surtout utilisé dans le commerce, par opposition à cèdre (rouge) de l’Ouest (sens II.2).

Rem.1. Cèdre figure dans de nombreux noms de lieux (surtout des lacs et des cours d’eau, voir RTQ 1987) et des noms de rues du Québec. 2. Jusqu’à l’époque de Champlain, le thuya occidental était également connu sous le nom de cyprès* dans le milieu des marins (Champlain lui-même utilise les deux mots). 3. Depuis le milieu du XVIIIe siècle, les botanistes réservent le nom de cèdre au cèdre véritable (genre Cedrus), dont le représentant le plus connu est le cèdre du Liban (voir Histoire).

Et celle de vers le nort est une terre haulte à montaignes toute plaine de arbres de haulte fustaille de pluseurs sortez et entre aultres y a pluseurs cedres et pruches aussi beaulx qu’il soict possible de voir pour faire mastz suffissans de mastez navires de troys cens tonneaulx […]. 1536 env., J. Cartier, dans M. Bideaux (éd.), Relations, 1986, p. 109.

Ils [les canots] sont fort subjects à tourner si on ne les scay bien gouverner, & sont faicts d’escorce de boulleau, renforcez par le dedans de petits cercles de cedre blanc, bien proprement ara[n]gez : & sont si legers qu’un homme en porte aysement un. 1613, S. de Champlain, Les voyages du Sieur de Champlain Xaintongeois, 2e partie, p. 169.

Il croist aussi des Cedres, le bois en est fort tendre, il a la fueille platte, & le bois est quasi comme incorruptible : c’est pourquoy on s’en sert icy pour faire les clostures des jardins, & les poutres des caves : il sent assez bon; mais d’ordinaire les arbres ne so[n]t pas sains : cependant il s’en trouve plusieurs gros qui pourroient servir à faire du meuble : il rend une gomme, qui estant brûlée, a une tres-bonne odeur comme de l’encent. 1664, P. Boucher, Histoire véritable et naturelle, p. 41‑42.

Les cedres se trouvent par contrées, il y en a de fort gros et en quantité. Sa qualité de durer longtems en terre joint à sa legereté, la fait mettre en grand usage, a clôre les villes de Montreal, et des trois Rivieres a palissader les terrasses a Quebek et generallement a clôre tous les forts du pays et la pluspart des clôtures des champs et jardins, C’est aussy le seul bois dont ont se sert a faire du bardeau. 1712, M. Catalongne, BAnQQ, fonds Archives des colonies, série C11A, Correspondance générale, Canada (ZF1, S6), vol. 33, 7 septembre, fos 281‑282.

À vendre [/] Un arpent de terre en quarré ou en superficie, situé en la paroisse de St. Sulpice […]. […] Un Hangard situé sur un solage de pierre sur le dit arpent en superficie, de 25 pieds de longueur sur 16 pieds et demi de large, en poteaux de Cédre, et entouré de madriers. 1771, La Gazette de Québec, 28 février, p. [3] (annonce).

En se penchant sur la cime du Cap à la Branche, on aperçoit, à travers les arbres qui croissent parmi les interstices des rochers, les troncs noueux de quelques vieux cèdres dont les rameaux inclinés s’étendent en parasol au-dessus de la plage. 1876, H. R. Casgrain, Un pèlerinage à l’Île-aux-Coudres, L’Opinion publique, 3 février, p. 56.

Le jour du mariage collectif était arrivé. Il faisait chaud. Des oiseaux s’ébrouaient dans le ciel, et le vent, qui soufflait du bon côté, répandait des odeurs de cèdre et de pimbina sur le chemin où avançait le cortège. 1993, M. Ouellette-Michalska, L’été de l’île de Grâce, p. 78.

Les attroupements de femelles et de jeunes carouges rejoindront les mâles environ un mois plus tard. Le territoire étant déjà délimité, les ébats amoureux commenceront. Les nids sont souvent confectionnés dans les mares à quenouilles ou à roseaux et parfois même dans les parcs ou dans nos haies de cèdre. 1999, Le Sentier, Saint-Hyppolyte, avril, p. 15.

Le bardeau en cèdre blanc est stable sous l’effet des rayons ultraviolets, hydrofuge et résistant aux moisissures. Il n’est pas crayeux ni sujet à la décoloration, à la fissuration, à l’écaillage ou au cloquage. En plus de son peu d’entretien et de sa résistance, le bardeau de cèdre est très esthétique. 2006, La Seigneurie, Boucherville, 17 juin, cahier L’habitat régional, p. 11.

[…] si je me décidais à m’extirper des bras de cette fille qui s’était introduite par inadvertance dans mon esprit trop fertile, m’empressais de sortir de ce bourbier dans lequel je m’étais fourré par ma plus grande faute d’inattention, franchissais d’un saut de géant la haute clôture de cèdre et ses fils barbelés installés tout en haut et fonçais droit à travers champ sans me soucier des vaches ni des chèvres qui broutaient […]. 2006, A. Laberge, La rivière du loup, p. 12.

Le sol des terrasses et le trottoir sont faits de lames de cèdre blanc de l’est du Canada qui n’ont reçu aucune protection. Bien ventilé, le bois exposé au sud ne pourrit pas et grisonne uniformément. 2011, L. Lavigne, Construire, rénover, transformer, p. 48.

Pour tailler une haie de cèdres, il faut procéder méthodiquement. D’abord, pour ne pas affaiblir les arbres, essayez de retirer l’équivalent de la moitié des nouvelles pousses. 2017, Le Journal de Saint-Bruno, août, p. 13.

 (Dans d’autres appellations du thuya occidental, appartenant surtout à la langue commerciale). Vieilliou rareCèdre commun. Voir AugFor 587.

Au Québec, il est bien connu que lorsqu’on plante une haie de cèdre commun (thuya canadensis), il suffit de jeter dans la fosse une grosse poignée de grains d’avoine au pied de chacun des plants pour que ceux-ci croissent beaucoup plus rapidement et plus fortement. 1988, L. Riotte, Les carottes aiment les tomates, p. 28 (texte traduit).

Les Indiens d’Amérique enseignèrent à Jacques Cartier la recette d’une décoction avec du feuillage de cèdre pour soigner les hommes malades. Les guérisons furent aussi promptes qu’inespérées. Les hommes donnèrent le nom « d’arbre de vie » à notre cèdre commun. 1993, La Presse, Montréal, 11 septembre, p. K6 (lettre).

 VieilliCèdre de la province. (D’après AugFor 588).

 (Dans une nomenclature populaire). VieilliCèdre mâle (voir aussi PPQ 1646x).

[…] je ne t’ai pas écrit car je suis malade et ne voulant pas me fatiguer ni te dire que je suis souffrante : et comme cette maladie est toujours longue; [j’ai] d’enflammatlon de la vessi, il y a déjà dix jours que j’en souffre j’ai pris de suite de l’eau de Cèdre mal en quantité et puis je me suis bandé et ai fait des fomentations continuelle. 1851, J. Bruneau à L.‑J. Papineau, Rapport de l’archiviste de la province de Québec pour 1957‑1958 et 1958‑1959, p. 160 (lettre).

Les Indiens et les chasseurs appellent assez singulièrement Cèdre mâle le cèdre porteur de fruits (cônes). […] Le Cèdre mâle s’emploie en cataplasmes contre les rhumatismes et dans les efforts. 1919, frère Marie-Victorin, dans Le Naturaliste canadien, vol. 45, no 11, p. 165.

 (Dérivés). Litt.Cédré, cédrée adj. Qui est fait de cèdre.

Tout alentour d’ici, […] un amas de cabanes recouvertes de bardeaux cédrés tout noircis par le temps. 1980, V.‑L. Beaulieu, Una, p. 21.

 RareCédreau n. m. Petit cèdre ou rameau de cèdre. (Voir aussi Mass no 149 et PPQ 1646.)

Le parterre était planté d’arbres, avec de-ci, de-là des corbeilles rustiques portant des fleurs, autour d’une blanche statue; comme clôture, une haie de cédreaux. Plus loin, c’était la rivière d’argent qu’on voyait luire entre deux coins de rue. 1918, A. Jarret [pseud. de C. Beauregard], Contes d’hier, p. 154.

[…] c’est la vieille qui crie tu m’apportes rien que des planchettes, […] des cédreaux pis des pourrissons […]. 1973, J.‑M. Poupart, Chère Touffe, c’est plein plein de fautes dans ta lettre d’amour, p. 152.

NOTICE ENCYCLOPÉDIQUE

Les colons établis en Nouvelle-France ont exploité abondamment le cèdre blanc dont ils ont vite reconnu les nombreuses qualités. Son bois, résistant à la pourriture, est devenu l’un des matériaux tout indiqués pour la fabrication de diverses pièces entrant en contact avec le sol ou exposées aux intempéries. Aussi s’en est-on servi pour construire les palissades des forts et des villes (Québec, Trois-Rivières et Montréal) et la charpente pleine des maisons et des granges alors faites de pièces de bois fichées en terre. On en a tiré également les pieux et les perches des clôtures destinées à délimiter les terres et jardins, de même que les indispensables bardeaux propres à recouvrir murs et toitures des habitations ou de leurs dépendances. Plus tard, on a eu recours au bois de ce conifère pour fabriquer les traverses des chemins de fer, les poteaux des lignes de transmission, etc. L’écorce, fibreuse et souple, pouvait servir d’étoupe pour boucher les interstices entre les poutres des maisons de bois ou les rondins des cabanes en bois rond. Quant à ses rameaux, on les a utilisés très longtemps pour faire des balais qui laissaient, de l’avis d’auteurs nostalgiques, une odeur agréable dans toute la maison; on pouvait, en outre, les déposer dans les coffres à vêtements et les lits de camp des chantiers pour éloigner la vermine. Enfin, la sagesse populaire a souvent reconnu au cèdre blanc diverses propriétés médicinales : la résine était utilisée pour soulager les maux de dents, l’écorce pour purifier ou clarifier le sang (voir notamment PPQ 1646x), les branches pour faire des tisanes, notamment pour se soulager du rhume, etc. D’ailleurs, selon une hypothèse très répandue depuis la seconde moitié du XXe siècle, mais qui n’est plus retenue par la plupart des spécialistes, ce serait une tisane de rameaux et d’écorce de ce conifère – appelé annedda* par les Iroquoiens de Stadaconé – qui aurait sauvé du scorbut l’équipage de Jacques Cartier installé dans les environs de Cap-Rouge lors de l’hiver de 1535‑1536.

Sources : M. Cormier-Boudreau, Médecine traditionnelle en Acadie, 1992, p. 173-174 et 286; J. Provencher, Les quatre saisons dans la vallée du Saint-Laurent, 1996, p. 167, 172 et 415.

II

Cèdre rouge, ou (absolument) cèdre.

1

Nom donné au genévrier de Virginie (Juniperus virginiana, famille des cupressacées), conifère indigène de l’est des États-Unis, au bois odorant, qui résiste à la pourriture et éloigne la vermine (dont les mites); bois de ce conifère, d’une couleur rouge au centre (duramen) et presque blanche à la périphérie (aubier).

Planche de cèdre (rouge). Panneau de cèdre (rouge), fait de fibres ou de particules de bois de genévrier agrégées avec de la colle et comprimées. Copeaux de cèdre, utilisés comme antimite naturel. Coffre de (en) cèdre, servant à ranger des vêtements et des pièces de linge, et, traditionnellement, à rassembler le trousseau de mariage des jeunes filles.

Malle doublée de cèdre.

Garde-robe, placard, armoire de (en) cèdre, dont les parois sont revêtues de lambris ou de boiseries de ce conifère. Huile de cèdre, extraite du genévrier de Virginie et utilisée pour raviver l’odeur pénétrante du bois dont sont faits les coffres, les garde-robes.

Mangeoire en cèdre.

(Surtout dans la langue commerciale). Cèdre (rouge) aromatique, que l’on a traité pour qu’il dégage une odeur aromatique et pénétrante.

Rem.1. Le conifère et ses variétés sont vendus comme arbustes ornementaux dans les centres de jardinage sous le nom de genévrier ou genévrier de Virginie; c’est surtout le bois qui est commercialisé sous le nom de cèdre rouge. 2. Jusqu’à l’époque de Champlain, le genévrier de Virginie était également appelé cyprès dans le milieu des marins.

On y trouve les mesmes Arbres qu’en Europe, & il y en a encore d’autres, qui sont les Pins rouges, les Cedres rouges, les Epinettes, les Cottonniers, les Sapins, les bois Dier, & autres : Tous ces Arbres jettent de profondes racines & y deviennent extremement hauts, ce qui marque assez la bonté du terroir. 1683, L. Hennepin, Description de la Louisiane, 2e partie, p. 6.

La pesche y est abondante [dans les environs du lac Ontario], en toute sorte de poisson, sur tout des Truites saumonées, beaucoup plus grosses que nos plus gros Saumons : les terres d’alentour extraordinairement fertiles, comme on l’a connu en differens endroits par experience : les chasses y presentent tout ce que l’on peut souhaiter de bestes fauves & de gibier : les forests peuplées des plus beaux arbres, que l’on trouve en Europe, & outre cela des Pins, des Cedres rouges, & des Epinettes […]. 1691, Chr. Le Clercq, Établissement de la foy dans la Nouvelle France, t. 2, p. 108‑109.

Il y a deux sortes de Cedres, des blancs & des rouges; il faut en être bien près pour distinguer l’un d’avec l’autre, parce que l’écorce en est presque semblable. Ces arbres sont bas, toufus, pleins de branches, & a de petites feüilles semblables à des fers de Lacet. Le bois en est presque aussi leger que le liege. Les Sauvages s’en servent à faire les clisses & les varangues de leurs Canots. Le rouge est tout-à-fait curieux, on en peut faire de trés-beaux meubles qui conservent toûjours une odeur agréable. 1703, L. A. de Lahontan, Nouveaux voyages de Mr le baron de Lahontan dans l’Amérique septentrionale, t. 2, p. 63‑64.

Cedre rouge. […] Son bois est si odorant, et l’odeur est si vive si des’agreable et si aromatique qu’elle procure le mal de tête a ceux qui habitent des cabanes baties avec ce bois, comme je n’ai jamais vû cet arbre, je ne saurois en faire une description plus exacte et je m’en rapporte a tout ce qu’en disent les voiageurs, cependant la couleur rougeatre de son bois et son odeur penetrante et aromatique et son incorruptibilité me donneroien[t] lieu de penser que ce seroit le veritable Cedre semblable a ceux du Liban […]. 1749, BAnQQ, fonds J.‑Fr. Gaultier (P91), Description de plusieurs plantes du Canada, p. 219‑220 (ms.).

Après avoir admiré le châle, Anna le plia en pointes et le mit sur ses épaules en souriant. Puis elle l’envoya rejoindre le « butin du dimanche » dans le coffre de cèdre. 1932, E. Chenel, La terre se venge, p. 50.

Une solution intéressante afin de pallier le problème d’espace de rangement pour les vêtements saisonniers est de construire au sous-sol une garde-robe de cèdre. […] Depuis longtemps déjà, on associe le bois de cèdre à l’entreposage des vêtements puisqu’on lui reconnaît une bonne résistance à l’humidité et à la moisissure. Lorsqu’il s’agit, de plus, de cèdre aromatique, son odeur empêche la prolifération d’insectes (comme les mites) pouvant endommager les étoffes et les fourrures. Le cèdre aromatique est avant tout un matériau de revêtement de finition pour les murs et les plafonds. Compte tenu que cette essence de bois dégage une forte odeur, il vaudra mieux prévoir un espace de rangement aussi étanche que possible afin d’éviter que cette odeur ne se répande dans le reste de la maison. 1996, Rénovation bricolage, février, p. 55.

Comment éloigner les mites [titre] Suspendez des sacs de clous de girofles dans les garde-robes. Des petits copeaux de cèdre feront aussi l’affaire. 2003, Le Grand Héron, Duparquet, octobre, p. 7.

L’idée de construire une garde-robe en cèdre vous semble intimidante? Cela ne l’est vraiment pas. […]. D’abord, se procurer le bois. Le cèdre est offert en planchettes de bois massif ou en panneaux faits de copeaux agglomérés. […]. Il n’y a qu’une sorte de cèdre aromatique utilisée, à ne pas mélanger avec le cèdre décoratif, qui a une plus belle finition, mais moins d’odeur. Comme le garde-robe doit être hermétiquement fermé, il est préférable d’appliquer le cèdre directement sur le gypse. Ainsi, on évite que l’odeur du cèdre se répande à l’extérieur du garde-robe. 2004, Progrès-dimanche, Chicoutimi, 2 mai, p. D8.

Dans un grand coffre en cèdre, on a rangé nos souvenirs. Nos beaux moments, qu’on a placés au fond, parce qu’ils faisaient trop mal à rappeler. Ensuite nos habitudes, les petites manies routinières qui nous allaient si bien. Puis nos erreurs. On ouvre le coffre de temps en temps, pour regretter cette insouciance qui nous poussait à faire une heure d’auto pour rouler jusqu’à rien de vraiment précis, passer une nuit blanche à se texter à demi-mot, se dire comment on s’aime, sans jamais vraiment se le dire. 2014, Le Collectif, 6 août, p. 6.

 (Dans des appellations à valeur descriptive du genévrier de Virginie). Disparu(D’après la double couleur du bois). Cèdre rouge et blanc.

Rem.Aussi relevé au XVIIIe siècle chez un historien de la Louisiane, voir Le Page du Pratz, Mémoire sur la Louisiane, Journal œconomique, septembre 1751, p. 146, cédres rouges & blancs, et octobre 1751, p. 136, dans la variante Cédres blancs & rouges.

La difference qui est entre le Cedre Rouge et Blanc, et entre celuy qui n’est que Blanc seulement [c.-à-d. le thuya occidental] est fort notable presque en tout, dans la feuille, dans la grandeur, dans le bois, dans les nœuds, dans la couleur, et dans l’odeur, il y a neanmoins je ne scay quel certain raport qui fait qu’on ne sçauroit s’empecher de dire qu’il y a bien de la ressemblance entre les 2 et qu[’]ainsi il faut leur donner le même nom le differentian par les couleurs. 1685 env., L. Nicolas, Histoire naturelle, ms. 24225, fo 45.

 VieilliCèdre (rouge) du Tennessee.

Ces coffres sont construits de cêdre [sic] rouge de Tennessee qui a une odeur si délicate et en même temps si forte. Cette odeur est très repoussante pour les mites. 1917, Le Droit, Ottawa, 26 juin, p. 4 (annonce).

Coffre en cèdre [/] Une excellente valeur. En cèdre rouge du Tennessee. Avec serrure et clef. 38" de longueur, 18" de largeur et 16" de hauteur. 1930, La Presse, Montréal, 16 janvier, p. 9 (annonce).

Coffre en cèdre – En bois de cèdre rouge du Tennessee […]. 1974, Le Courrier de Saint-Hyacinthe, 18 septembre, cahier Zellers, p. 4 (annonce).

NOTICE ENCYCLOPÉDIQUE

C’est en s’enfonçant dans les territoires intérieurs de la Nouvelle-France, en amont du fleuve Saint-Laurent ou de tributaires comme le Richelieu et l’Outaouais, que les Français ont pu découvrir le genévrier de Virginie, lequel abonde essentiellement dans tout l’est des États-Unis actuels et n’atteint, en territoire canadien, qu’une aire limitée au sud-est de l’Ontario et à l’extrême sud-ouest du Québec. Champlain est l’un des premiers Français à avoir vu le conifère dans la vallée de l’Outaouais, à la hauteur du lac des Chats, mais il le nommait cyprès* rouge – d’après une ancienne terminologie de marin qui ne s’implantera pas en Nouvelle-France – plutôt que cèdre rouge. Compte tenu de sa distribution méridionale, cette essence n’était certainement pas familière à l’ensemble des habitants de la vallée du Saint-Laurent, mais elle était bien connue des voyageurs et des militaires affectés à la défense de la colonie dans les forts construits sur les frontières de la Nouvelle-France au sud de la vallée du Saint-Laurent (voir Histoire, sens I). Mais puisqu’on en fait mention dans de rares inventaires de biens du XVIIIe siècle, il est possible que certains habitants aient utilisé le bois de ce conifère pour fabriquer des tables ou des guéridons (voir aussi l’exemple de 1703, ci-dessus). On ne l’a toutefois pas employé pour les indispensables coffres à vêtements, lesquels étaient plutôt faits de pin et, parfois même, de merisier et de noyer. Les coffres de cèdre – de genévrier de Virginie – ne sont d’ailleurs apparus qu’assez tardivement dans la culture matérielle des Canadiens français. Même si l’abbé O. Brunet en fait mention dès 1867 dans son Catalogue des végétaux ligneux du Canada (« on en fait des meubles propres à recevoir les fourrures pendant l’été »), sans doute d’après des renseignements tirés d’ouvrages américains ou canadiens-anglais, il semble que ce ne soit pas avant les années 1920 ou 1930 que ces meubles de rangement aient véritablement été commercialisés au Québec. Ils ont d’abord été importés de l’Ontario et des États-Unis, où leur fabrication remonte à la seconde moitié du XVIIIe siècle. C’est également des anglophones que vient l’habitude de construire des garde-robes lambrissés de cèdre qui protègent contre les mites les vêtements qu’on y entrepose sur une longue période. Enfin, de nos jours, le commerce fournit aussi de petites mangeoires pour les oiseaux faites de ce bois, qui résistent naturellement aux parasites et aux intempéries.

Sources : O. Brunet, Catalogue des végétaux ligneux du Canada, 1867, p. 60; N. Genêt et collab., Les objets familiers de nos ancêtres, 1974, p. 85‑86; gouvernement du Canada, Arbres indigènes du Canada (2e éd.), 1937, p. 68 (texte traduit); E. L. Little, The Audubon Society Field Guide to North American Trees, vol. 1, 1980, p. 310‑311; L. Oliver, Mobilier québécois, 1979, p. 31‑34; J. Palardy, Les meubles anciens du Canada français (réimpr.), 1971, p. 27‑30 et 363‑364; G. A. Petrides, A Field Guide to Trees and Shrubs (2nd ed), 1972, p. 27; R. Picard, Du bahut au coffre d’espérance, Cap-aux-Diamants, no 30, 1992, p. 70; M. Ste-Marie, Guide des antiquités québécoises, vol. 1, 1980, p. 163‑182.

2

Nom donné au thuya géant (Thuja plicata, famille des cupressacées), conifère de grande taille indigène de la côte ouest de l’Amérique du Nord, au bois brun rougeâtre, léger, résistant à la pourriture; bois, écorce de ce conifère.

Boiserie, lambris de cèdre (rouge). Bardeaux, revêtement de cèdre (rouge). Ensemble de jardin en cèdre. Boîte à fleurs en cèdre. Cèdre noueux. Paillis de cèdre.

(Dans des appellations explicites de la langue commerciale). Cèdre (rouge) de l’Ouest, par opposition à cèdre (blanc) de l’Est (sens I). RareCèdre (rouge) de la Colombie(-Britannique) ou vieuxde la Colombie anglaise : syn. du précédent.

Dans son rapport sur les forêts de la Colombie Anglaise, le professeur Dawson, de l’Exploration Géologique du Canada, insiste sur l’importance du commerce de bois du Dominion. Le sapin Douglas, ou pin de l’Orégon est l’arbre le plus précieux de ces forêts. […] Le hemlock de l’ouest et le cèdre rouge sont les deux essences les plus importantes après le pin, et atteignent aussi une grosseur considérable. 1881, La Patrie, Montréal, 12 décembre, p. [2].

M. Simon Peters, entrepreneur, vient d’être chargé par sir George [Stephen] de lui construire dans son nouveau domaine une villa où il habitera en été. La bâtisse aura 70 pieds de front sur 40 de profondeur et sera tout en bois. Au lieu d’être plâtré, l’intérieur sera fini en cèdre rouge de la Colombie Anglaise, qui imite beaucoup, une fois poli, le cerisier. 1886, Le Courrier du Canada, Québec, 22 octobre, p. [3].

Quelques parties du district [de New-Westminster] sont bien boisées; on y trouve les essences suivantes : pin ou sapin Douglas, connu également sous le nom pin de l’Orégon; le pin blanc; l’épinette Menzies, le cèdre rouge, la pruche de l’Ouest, l’aulne rouge, le peuplier, le bouleau, et l’érable à larges feuilles; on rencontre cependant de grandes étendues de terrain non boisé dans différents endroits […]. 1888, Gazette des campagnes, Sainte-Anne-de-la-Pocatière, 20 décembre, p. 60.

M. R. Sissons, manufacturiers [sic] de valises et de boîtes, a reçu tout un char de planches de cèdre rouge de la côte du Pacifique. C’est la première fois que nous arrive à Québec une cargaison de bois semblable. On ne peut se procurer ce bois fameux d’aucune autre partie du monde. 1897, L’Événement, Québec, 5 février, p. [4].

Le Jardin Zoologique de Charlesbourg de nouveau vient d’ouvrir ses portes et le grand Totem du « Nid de l’Aigle » qui fièrement domine le Parc semble comme nous inviter à visiter ce beau coin de nature québécoise. Ce Nid de l’Aigle sculpté au sommet d’un cèdre gigantesque symbolise bien la faune et la flore du pays représentées dans notre Zoo québécois : la flore par cet immense cèdre rouge, la faune par cet aigle si haut perché et par ces autres animaux sculptés sur l’arbre : l’écureuil, le castor, la marte, le corbeau, le saumon. 1940, La Presse, Montréal, 5 juin, p. 6.

Les foyers, se réveillant sans hâte, les uns après les autres, projetaient leur fumée grise par le trou béant de leur toit légèrement incliné des deux côtés et recouvert de larges écorces de cèdre rouge. 1948, M. Barbeau, Le rêve de Kamalmouk, p. 43 (roman dont l’action se déroule chez le peuple autochtone des Tsimsyans [Tsimshians] de la Colombie-Britannique).

Le cèdre rouge de Colombie britannique offre une variété et une diversité qui permet de projeter une image de chaleur, de grâce et de modernisme. Les parements en cèdre rouge s’adaptent bien aux exigences de l’architecture moderne dans le domaine de la résidence. C’est un bois qui projette non seulement une aura de prestige, mais qui possède en outre des qualités de stabilité et de durabilité que ne possèdent pas, au même degré, les produits de synthèse. 1991, La Presse, Montréal, 20 juillet, p. F1.

Après la vague de la résine de synthèse du début des années quatre-vingt-dix, le bois retrouve depuis peu ses lettres de noblesse et reprend sa place sur les terrasses. [...] Le règne des petites chaises en résine, qui s’effondrent après un an d’utilisation, est bel et bien terminé. Les propriétaires sont maintenant prêts à investir pour acheter des meubles de jardin durables et, si la chose était possible, éternels. Tout en haut de la liste figure le bois, surtout les essences reconnues pour leur solidité, comme le teck et le cèdre rouge de l’Ouest. 1999, S. Morin, La Presse, Montréal, 21 juillet, p. E2.

Des madriers ou des planches d’épinette peuvent durer plusieurs années. À plus long terme, le cèdre local et le cèdre rouge de l’ouest sont quasi imputrescibles; la pierre, taillée ou non, forme de jolis petits murets qui durent longtemps. 2000, La Feuille de chou, septembre-octobre, p. 5.

Comme il a coulé de l’eau sous les ponts depuis l’époque de la chaise pliante en lattes de bois façon cèdre rouge de Colombie-Britannique! C’est ce que l’on se dit en entrant partout où l’on vend des meubles de jardin, même chez les grands rénovateurs ou chez le Suédois près de chez vous, qui offrent tous un beau choix de meubles en bois exotiques tels l'hévéa, l'acacia ou le mystérieux « asian exotic wood », comme l’indiquent les étiquettes. 2006, H. Pâquet, Le Devoir, Montréal, 22‑23 avril, p. G8.

Installés de façon à se chevaucher, les bardeaux architecturaux donnent plus de relief à la toiture, mais ils requièrent plus de bardeaux pour couvrir une même surface. Vous pouvez aussi opter pour le bardeau de cèdre de l’Est ou cèdre blanc, ou encore pour le bardeau de cèdre de l’Ouest ou cèdre rouge, qui est un peu plus résistant aux intempéries. Ce produit naturel présente une très bonne durabilité, mais la pose et la main-d’œuvre sont plus dispendieuses. 2014, Le Courrier de Saint-Hyacinthe, 1er mai, p. C19.

Si vous considérez un mobilier de jardin en bois écoresponsable, optez pour un bois résistant et durable comme [le] cèdre rouge de lOuest ou le teck, et préférez les bois issus de ces forêts gérées durablement. 2020, L’Écho La Tuque/Haut-St-Maurice (site Web), publireportages, 26 novembre.

NOTICE ENCYCLOPÉDIQUE

C’est à la fin du XIXe siècle qu’on commercialisa pour la première fois au Québec le bois du cèdre rouge de l’Ouest, grand conifère des forêts côtières et des régions humides intérieures de l’ouest de l’Amérique du Nord, depuis le sud-est de l’Alaska jusqu’au nord-ouest de l’État de la Californie. En 1930, cette essence servit à la construction des trois bâtiments principaux du Château Montebello, célèbre centre de villégiature de la région de l’Outaouais : au cours des trois mois et demi que durèrent les travaux, on n’employa pas moins de 10 000 billes et 500 000 bardeaux de cèdre importés de la Colombie-Britannique par voie de chemin de fer. Même s’il est moins employé au Québec – en raison de son coût élevé – que dans d’autres parties du Canada, ce matériau est très apprécié pour sa résistance naturelle aux intempéries et aux insectes, sa durabilité, sa stabilité et sa beauté. On le recommande souvent pour les revêtements et les aménagements extérieurs comme les terrasses, les clôtures et les meubles de jardin; à l’intérieur, on peut s’en servir pour les lambris et les boiseries dans toutes les pièces, les garde-robes et les saunas.

Sources : La Presse, Montréal, 20 juillet 1991, p. F1; Le Soleil, Québec, 17 avril 1993, p. F6.

Histoire

En France, le mot s’est écrit cedre jusqu’au début du XVIIIe s., puis cédre à partir de là; ce n’est qu’au XIXe s. (depuis 1835) que les lexicographes ont adopté l’orthographe cèdre (v. TLF et CatOrth). La graphie sedre a été relevée en ancien français (v. GodCompl, s.v. cedre). Attesté en français depuis le XIIe s., le mot cèdre a d’abord servi à désigner un grand conifère d’Asie et d’Afrique, du genre Cedrus (fam. des pinacées), dont l’espèce la plus célèbre est le cèdre du Liban (v. FEW cedrus 2, 564b, et TLF). Bien avant que les systématiciens ne le réservent définitivement aux seules espèces de ce genre au XVIIIe s., des botanistes français avaient déjà transféré le nom à des genévriers à feuilles en forme d’écaille. C’est dans Les singularitez de la France antarctique (1558) du cordelier A. Thevet qu’on relève la plus ancienne attestation de cèdre appliqué à une espèce de genévrier croissant dans le Lyonnais, mais un tel usage ne sera enregistré dans les dictionnaires de France qu’à partir de la première moitié du XVIIe s. (v. RoussAnn 194, qui cite le passage de Thevet; RoussBot 48; v. aussi Cotgrave 1611 et Corn 1694, s.v. cedre, qui appliquent l’appellation de cèdre à des conifères semblables au genévrier). Le dictionnaire de Trévoux rend bien compte de la difficulté qu’ont eue les premiers botanistes à classer certains conifères, notant que cèdre est « le nom de deux à trois arbres bien différens les uns des autres. Il est très-difficile de concilier les Anciens avec les nouveaux sur ce qu’on doit appeler proprement cèdre. [...] Mais sans entrer dans ces discussions, dans lesquelles on ne peut avancer que des conjectures, nous conserverons ce nom de cèdre aux arbres & arbrisseaux auxquels nos prédécesseurs l’ont voulu attacher; mais pour les distinguer, nous leur ajouterons le nom du pays, où apparemment on les a trouvés plus communément. L’arbre que nous nommons à présent dre vient du Mont-Liban, & c’est une espèce de Mélese » (v. Trévoux 1721‑1771). Avec l’avènement de la taxonomie moderne, au milieu du XVIIIe s., sous l’autorité du naturaliste suédois Carl von Linné, les systématiciens ont fini par fixer les genres dans lesquels on classe actuellement les nombreuses espèces de conifères de la flore mondiale. Cela explique que l’habitude d’appliquer le nom de cèdre à des arbres n’appartenant pas au genre Cedrus ait été considérée comme impropre par les lexicographes dès la seconde moitié du XIXe s. (v. Dupiney 1857: « C’est à tort que l’on a étendu ce nom [...] à d’autres arbres, soit de la famille des Conifères, soit de familles différentes »; v. aussi Larousse 1866, Larousse 1960).

IDepuis 1536 environ. Il s’agit d’une nouvelle extension sémantique du mot cèdre qui, à partir du XVIe s., s’appliquait déjà en français à d’autres conifères que ceux du genre Cedrus (pour les détails, v. ci-dessus). Si le frère Marie-Victorin a considéré comme impropre le mot dans son acception canadienne, selon le point de vue de la botanique, Jacques Rousseau en a pour sa part défendu la légitimité comme nom populaire dans la mesure où son emploi n’aurait pas pour effet de restreindre celui du nom savant (v. MVictFlore1 140, RoussPlant 169‑170 et RoussCan 201); c’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles l’OLF l’a considéré comme canadianisme de bon aloi en 1969 (v. OLFCan). Le nom descriptif cèdre blanc est attesté depuis 1613 (S. de Champlain, v. l’ex. cité sous le sens I), mais ce n’est pas avant la fin du XVIIe s. qu’il s’inscrit explicitement dans une nomenclature l’opposant à cèdre rouge « genévrier de Virginie » (v. sens II.1, ci-dessous). À partir de cette époque, ces deux appellations sont fréquentes sous la plume des auteurs de la Nouvelle-France qui décrivent ou énumèrent les essences ligneuses de l’Est nord-américain. Les habitants établis dans la vallée du Saint-Laurent connaissaient peut-être ces appellations, mais ils ne les ont sans doute utilisées que rarement. En effet, dans le quotidien, ils n’avaient besoin de recourir qu’au simple mot cèdre – comme en font foi les actes notariés – pour nommer le thuya occidental, qui abondait sur leurs terres, alors que le genévrier de Virginie ne s’y rencontrait pas (v. sens II.1, Encycl.). Par contre, les militaires en poste dans les forts sis au sud de la colonie, à l’extérieur des frontières du Québec actuel, de même que les voyageurs parcourant les régions au sud des Grands Lacs, avaient l’occasion de voir les deux conifères, qu’ils distinguaient par le spécifique blanc ou rouge. En 1749, à l’occasion de brefs passages au fort Saint-Frédéric, localisé au sud du lac Champlain, dans l’actuel État de New York, le naturaliste Pehr Kalm précisait que tous les militaires français en poste appliquaient cèdre blanc au premier et cèdre rouge au second (v. P. Kalm, Voyage de Pehr Kalm au Canada en 1749 (J. Rousseau et G. Béthune, trad.), 1977, p. 84, 151 et 557). La même année, le médecin et botaniste Jean-François Gaultier nous apprenait qu’il n’avait pu décrire le « cèdre rouge » que d’après des renseignements fournis par les voyageurs, n’ayant lui-même jamais pu en voir (v. l’ex. cité sous le sens II.1). Si cèdre blanc – tout comme cèdre rouge, v. plus loin – semble ne s’être jamais véritablement répandu dans l’usage de la population coloniale de la vallée du Saint-Laurent, il n’en a pas moins été utilisé au XIXe s. par les lettrés et les spécialistes de diverses disciplines (botanique, géographie, linguistique, etc.) à la place de thuya occidental. Cette pratique reflète ou bien l’influence des historiens canadiens-français du XIXe s., qui réfèrent souvent dans leurs écrits au cèdre blanc de Champlain, ou bien encore – plus probablement – celle des botanistes américains qui nommaient le thuya occidental white cedar. Les dictionnaires de France relèvent cèdre blanc depuis le milieu du XIXe s., mais tous l’appliquent au cyprès faux-thuya (Chamæcyparis thyoides), un conifère de la côte est des États-Unis distinct du thuya occidental et connu dans ce pays également sous le nom de white cedar (v. Besch 1847‑1892, Dupiney 1857, Larousse 1866, Larousse 1982); le terme figure également dans Robert 1985‑2001, lequel confond cependant sous cette appellation – comme s’il s’agissait du même arbre – le cyprès faux-thuya et le thuya occidental. Cèdre de l’Est, depuis 1937 (gouvernement du Canada, Arbres indigènes du Canada (2e éd.), 1937, p. 63 (texte traduit)), et cèdre blanc de l’Est, depuis 1990 (La Presse, Montréal, 28 avril, p. J1); tous deux d’après l’anglais nord-américain eastern white cedar (v. Gage 1997). Cédreau, depuis 1918.

II1Cèdre rouge « genévrier de Virginie », depuis 1683, et la variante cèdre rouge et blanc, dès 1685 environ (L. Nicolas); d’après la couleur du bois. Une attestation de cèdre rouge figure dans un mémoire de 1690 relatif à l’Acadie, mais elle est incertaine parce qu’associée à la flore d’un paysage de Port-Royal, où il semble ne jamais y avoir poussé de genévrier de Virginie d’après les ouvrages de botanique consultés (v. BAnQQ, fonds Archives des colonies, série C11D, Correspondance générale, Acadie (ZF1, S9), vol. 2, 3 janvier, fo 312 : Il y a du cedre blanc et du rouge dans le haut de la riviere qui est tres odoriferent; la date de 1688 donnée dans Mass no 147 doit être corrigée par celle de 1690); ou bien l’auteur nomme un autre conifère, ou bien il ne fait qu’énumérer des noms d’arbres sans s’appuyer sur une observation réelle, comme cela arrive parfois. Sous le Régime français, cèdre rouge paraît surtout sous la plume d’auteurs décrivant ou énumérant les essences ligneuses de l’Est nord-américain, qui l’utilisent par opposition à cèdre blanc; il devait être peu répandu chez les Canadiens habitant la vallée du Saint-Laurent, où ne pousse pas l’arbre ainsi désigné (v. les commentaires pour cèdre blanc, ci-dessus). Son emploi au XIXe s. par les lettrés et les spécialistes de diverses disciplines, qui l’opposent à cèdre blanc, suggère une influence prépondérante de l’anglais américain red cedar, lequel sert notamment à désigner le genévrier de Virginie (v. Craigie, Mathews et Webster 1986); cette influence s’est en outre par la suite fait sentir dans la langue commerciale, en l’occurrence dans la publicité pour les coffres à vêtements (v. sens II.1, Encycl.). L’appellation cèdre rouge, appliquée au genévrier de Virginie, apparaît en français de France au cours du XIXe s., sans doute par suite d’un calque direct de l’anglais nord-américain red cedar, sans rapport avec l’usage qui pouvait avoir cours dans le français du Canada (v. Dupiney 1857, Littré, Larousse 1866 et Larousse 1982); l’arbre aurait été introduit en France dès la seconde moitié du XVIIIe s. (v. Fr.‑A. Michaux, Histoire des arbres forestiers de l’Amérique septentrionale, t. 3, 1813, p. 49 : « Depuis plus de cinquante ans, le Cèdre rouge est naturalisé en France et en Angleterre dans les jardins d’agrément [...]. »). Cèdre aromatique, depuis 1960 (Encyclopédie faites-le vous-même du Mécanique populaire (réimpr.; trad.), vol. 12, p. 89: cèdre aromatique rouge); sans doute d’après l’anglais aromatic red cedar, appellation qui ne figure pas dans les dictionnaires de l’anglais américain consultés, mais qu’on peut lire sur les emballages commerciaux provenant des États-Unis. Cèdre rouge du Tennessee, depuis 1917; de l’anglais Tennessee red cedar, terme attesté antérieurement aux États-Unis (v. notam. History of Tennessee, 1886, p. 259). 2Cèdre rouge « thuya géant », depuis 1881; d’après l’anglais nord-américain red cedar, de même sens (v. Craigie, Mathews, AHD 1981, Gage 1997, Nelson 1997). Cèdre de l’Ouest, depuis 1946 (HudFor 79), mais dès 1883 dans une traduction de l’anglais (Rapport sur les îles de la reine Charlotte comme champ de colonisation, Documents de la session du Parlement du Canada, vol. 16, no 10, p. 14‑308), et cèdre rouge de l’Ouest, depuis 1970 (Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 18 mai, p. 10); respectivement d’après l’anglais nord-américain western cedar et western red cedar (v. Mathews, Random 1983, Gage 1997, Nelson 1997). Cèdre rouge de la Colombie, depuis 1968 (A. Daveluy, Monsieur bricole, p. 118; sous les variantes cèdre rouge de la Colombie anglaise, depuis 1886, et cèdre de la Colombie Anglaise, dès 1925, dans A. Bernard, La Gaspésie au soleil, p. 28).

 cédrière.

Nouvelle entrée de la deuxième édition

Dernière révision : juin 2024
Trésor de la langue française au Québec. (2024). Cèdre. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 16 juillet 2024.
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