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CASQUE [kask]
n. m.

Rem.

Variante graphique (notam. dans les emplois figurés) casse.

I
1

Fam.Bonnet de fourrure pouvant être muni d’une visière et de rabats de protection pour les oreilles.

2023, Bonnet de fourrure (« casque de poil ») [photo]. 2023, TLFQ, Bonnet de fourrure (« casque de poil ») [photo].

Casque de (en) fourrure, poil, vieuxpelleterie. Casque de (en) chat sauvage, vison, loup-marin, loutre, mouton de Perse. Casque d’hiver. Casque pour hommes, pour dames.

Rem.1. Dans cet emploi, casque s’oppose régulièrement à chapeau (depuis le début du XIXe s.). 2. Dans le vocabulaire de la publicité, on a recours de plus en plus souvent à chapeau de fourrure, casque ayant perdu son caractère neutre depuis les années 1960; dans la langue littéraire, on trouve toque de fourrure (depuis le début du XXe s.) ainsi que bonnet (de fourrure) qui est l’appellation la plus ancienne (depuis le XVIIe s., voir Histoire). 3. En parlant d’une coiffure rigide servant à protéger la tête (sens usuel du mot en France), casque est particulièrement fréquent dans casque protecteur, casque de sécurité (désignant le casque des ouvriers), casque de hockey, de football.

Quand les Canadiens voyagent l’hivert [sic], ils se précautionnent beaucoup contre le froid; à cet effet, ils prennent des souliers sauvages, faits seulement de peau de chevreuil et garnis en dedans d’un chausson de laine, portent des bas drapés, se couvrent le corps d’un capot de castor, le poil en dehors, et la tête d’un casque de peau de marthe [sic]. 1753, L. Franquet, dans Institut canadien de Québec (éd.), Voyages et mémoires sur le Canada, 1889, p. 131.

Tous les Canadiens, en hiver, portent le casque, qui n’est pas aussi militaire qu’on pourrait le penser : c’est une espèce de bonnet en fourrure, ou bonnet à poil. Il nous est indispensable, et il fallait le nommer de quelque façon; or, comme il a beaucoup de ressemblance avec le casque du militaire, nous lui avons donné ce nom. 1884, N. Legendre, « La langue française et la province de Québec », dans Nouvelles Soirées canadiennes, vol. 3, p. 278.

Voilà le temps de changer de costume. Il faut laisser le chapeau pour le casque en fourrures, le pardessus léger par le capot d’hiver, etc. Nous avons tout ce qu’il faut pour cela. Casques en tous genres, collets, capots, etc. Casques, manchons, collets, colliers en fourrures pour dames dans toutes les variétés. 1897, L’Événement, Québec, 4 janvier, p. 3 (annonce).

Il avait remarqué que certaines rues étaient parlantes et que des jalousies closes de tendres appels semblaient lui être adressés. [...] Alors, humblement, devant une jalousie, après avoir ôté son casque à oreilles, en peaux de lièvres, il raconta son voyage [...]. 1972, J. Ferron, La chaise du maréchal ferrant, p. 82.

L’Amérindien se laisse tomber sur la couche [...]. Les coudes appuyés aux genoux, il semble à bout de souffle et demeure prostré un long moment avant d’enlever le casque de fourrure qu’il lui a prêté. 1993, Fr. Ouellette, Le Grand Blanc, p. 541.

2

Par ext., Fam. Toute coiffure sans bord, en matière souple, portée surtout par les hommes et les enfants pour se protéger la tête du froid, des intempéries.

Casque de (en) drap, tweed, laine. Un petit casque.

Rem.Dans cet emploi, casque, qui peut de nos jours avoir une connotation plaisante, est une appellation générique pouvant même s’appliquer à la tuque.

 VieilliCasque aviateur, d’aviateur, d’aviation : coiffure d’enfant (surtout de garçon) très enveloppante, qui imite le modèle des anciens casques des aviateurs; passe-montagne.

 VieilliCasquette, notam. celle qui accompagne une tenue distinctive, un uniforme. Casque à palette, avec visière.

Casque de police. Casque des Expos.

2022, TLFQ, Casque des Expos [photo].

 calotte.

Il s’est échappé de la prison de sa Majesté en cette ville [...]. Il avoit sur lui un capot brun, à la mode du Canada, veste et culote, des souliers de bœuf du païs, et un casque à la Huzarde de drap rouge, garni de Martre [...]. 1767, La Gazette de Québec, 16 février, p. 4.

Il apparut sur le seuil, son fanal à la main. – Salut un chacun, fit-il en ôtant son casque de laine. La nuit était claire et il y a encore une croûte sur la neige; alors puisque ça marchait bien, j’ai pensé que je viendrais veiller et voir si vous étiez revenu. 1916, L. Hémon, Maria Chapdelaine, p. 31.

– Darveau : Faites-moi le plaisir de vous asseoir. Donnez-moi votre manteau, votre chapeau. – Séraphin : Mon casse. – Darveau : Si vous voulez. Un casque légendaire. Le casque de Son Honneur Le Maire. Vous ne sauriez croire jusqu’à quel point votre visite m’honore. 1958, Cl.-H. Grignon, Un homme et son péché, 15 avril, p. 6 (radio).

Son accoutrement est des plus curieux. Avec cette vieille « chienne » grise sur laquelle il a enfilé une grosse veste de cuir élimée et, avec son petit casque crasseux de peintre sur la tête, il a presque l’air déguisé. 1978, M. Riddez et L. Morisset, Rue des Pignons, p. 368.

Le guide retira sa casquette, s’épongea le front de son mouchoir plutôt souillé et remercia pour les oboles réticentes qui tombaient dans son casque à palette renversé. 1982, Cl. Jasmin, Maman-Paris. Maman-la-France, p. 248.

VieilliCasque carré : barrette (d’un ecclésiastique).

Rem.On a dit surtout bonnet carré, comme en France.

 Vieilliet rareCasque-boudoir, casque-de-boudoir ou par contraction caboudoir : bonnet de nuit ou bonnet d’intérieur.

 bonnet (sens I.1).

Par méton., Vieilli Casque à palette : policier.

Depuis que j’ai l’âge de raison que je me fais dire à tout bout de champ : ‘La police va t’attraper! [...]’ À c’tte heure, c’est rendu que c’est plus fort que moi : je suis pas capable de voir un casque à palette sans avoir un frisson sur l’épine dorsale. 1981, Gr. Gélinas, Les fridolinades 1943 et 1944, p. 118-119.

(Dans des expressions peu usuelles). Tenez ben vos casques! : attention, tenez-vous prêts, préparez-vous!

 C’est pas le casque qui fait le moine : ce n’est pas l’habit qui fait le moine.

 Parler à travers son casque, à tort et à travers.

3

Casque de bain : bonnet de bain.

2022, TLFQ, Bonnet de bain (« casque de bain ») [photo].

Il est nécessaire de savoir, quand vous voyagez en famille, si le terrain de camping que vous choisirez est pourvu d’une piscine ou d’une plage surveillée, d’un dépanneur ou magasin-épicerie, de terrains de jeux, d’une salle communautaires [sic], etc. (À propos de piscine, n’oubliez pas d’apporter votre casque de bain. La plupart des terrains l’exigent.). 1979, La Presse, Montréal, 11 août, p. D6.

Très fam.Personne un peu simple d’esprit, qui agit de façon niaise.

Un vrai casque de bain!

 (En fonction attribut). Être casque de bain.

II

Fig.

A

S’appliquant à une personne.

1

Pop.(Dans des interpellations cavalières).

Aïe, le casque! Ti-casse!

 VieuxT’es pas fou le casque! (ou variantes) : tu manques de bon sens (dans tes paroles, tes actes); ce que tu dis est difficile à croire.

– La grosse picotte court beaucoup dans notre quartier. Pauvre enfant si tu allais l’attraper. – T’es pas fou le casque! le docteur Larocque m’a vaccinée il y a quinze jours. 1879, H. Berthelot, « Les mystères de Montréal », dans Le Vrai Canard, Montréal, 20 décembre, p. 1.

– Joson : Savais-tu ça, toi, Josette que le défunt paradis terrestre [...] vient d’être découvert [...]. – Josette : Et à quelle place que ça se trouve, c’te défunte paroisse-là? – Joson : En Allemagne, Josette. – Josette : T’es pas fou le casque? 1940, A. Bourgeois, Voyage autour du monde de Joson et Josette, 19 mai, p. 1 (radio).

(Dans des sobriquets). 

Le Casque, Tit-Casse.

M. Pierrot Palette, alias le Casque, [...] est grand, musclé, brave, joyeux et fort mangeur. 1932, A. Nantel, À la hache, p. 158.

(Dans des blasons populaires). Les Casques de Fer, les Casques de Berthier-sur-Mer. Les Casques de Cuir de Saint-François de Montmagny. (DugBlas 18).

2

VieilliGros casque : personnage important, notable.

Rem.Gros bonnet est beaucoup mieux attesté à l’écrit (depuis le XIXe s.).

Le démon de la discorde paraît s’être déchaîné pour enfifrewaper tous les gros casques chargés de nous donner la haute instruction. [...] Attendez avec patience la solution du grand problème et ne vous laissez pas éblouir par les feux éclatants des paradoxes dont se servent les discutants des deux côtés. 1881, Le Vrai Canard, Montréal, 28 mai, p. 2.

Qu’est-ce que je peux demander de plus, peux-tu me le dire? J’ai une femme, une fille, une maison à moi, des amis! On fait des noces de millionnaires, un voyage de noces de gros casques [...]. 1963, J. Daigle, Margot, 29 janvier, p. 5 (radio).

(Dans un blason populaire). Les Gros Casques de Yamaska.

B

Dans des expressions, casque évoquant la tête.

1

Fam.En avoir dans le casque, en avoir plein son casque : être ivre, complètement ivre.

2

Fam.En avoir plein son casque, en avoir plein le casque : en avoir assez (d'une situation, de qqch., etc.), être excédé, à bout de patience.

 En avoir plein son casque de la neige, du froid.

J’ai essayé une nouvelle « job » la semaine dernière, les amis. [...] Oui, tel que vous me voyez, je commence à en avoir plein le casque du métier de journaliste; un bonguienne de métier ousqu’il faut écrire et dépeindre des images tout le temps pour faire rire un tas de monde qu’on connaît pas. 1912, La Presse, Montréal, 14 décembre, p. 8 (chron. humor.).

Il sentait vaguement qu’on se moquait de lui, ou qu’on s’entendait pour lui faire des secrets. Il s’en exprima : – Il y a rien que moi, on dirait, qui peut pas savoir ce qui se passe chez nous. Comme Thérèse allait répondre, il secoua la tête : – J’en ai plein mon casque, à la fin! Mais j’saurai ben quand même... 1930, H. Bernard, La ferme des pins, p. 37-38.

Elle toussait sans arrêt. Après l’avoir entendue tousser pendant deux jours et deux nuits, j’avais les nerfs à fleur de peau. Chaque fois que je l’entendais tousser, je me disais : « Elle le fait exprès! » Mes tempes se serraient, je serrais les poings, je prenais son mal en patience. J’en ai eu plein mon casque tout à coup. J’ai mis mon coupe-vent tout à coup et j’ai fait claquer la porte. 1967, R. Ducharme, Le nez qui voque, p. 143.

Lorsqu’on aura des gens décidés à défendre cette cause [l’indépendance du Québec], capables de la mettre en évidence, et non en veilleuse, alors ils pourront toujours nous demander notre appui. Les querelles de mot, les luttes de pouvoir, j’en ai plein le casque. 1987, Le Devoir, Montréal, 12 mars, p. 10 (lettre d’un lecteur).

3

Fam.Avoir du casque, en avoir dans le casque : avoir de l’audace; faire preuve d’effronterie, agir avec sans-gêne.

– Écoute, son père : Il y a, dans ton métier, une pratique que je changerais bien vite, moi, malgré mon inexpérience. – Ouais, quoi donc? – Celle de ne conter que des sornettes au touriste. [/] C’est au bonhomme à rester coi. Il est interloqué. Il croyait débiter le fin du fin sur Québec et ses monuments. Puce poursuit : – Veux-tu des faits? [.../] Herman ne se maintient plus, il éclate : – Ouais, ma fouine, t’en as du casse pour parler à ton père sur ce ton! 1949, E. Morin, Puce, p. 128-131.

4

Fam.Parler à qqn dans le casque : faire des reproches à qqn, lui adresser une vive réprimande pour exprimer son mécontentement; lui dire sans ménagement ce qu’on pense de lui.

Se faire parler dans le casque.

Pour diriger tout ce beau monde, il fallait de la poigne. Madame la directrice en avait et, à sa manière, elle a su se faire écouter et respecter tout en créant un climat chaleureux : « Ces gens-là voulaient travailler, accomplir leur boulot le mieux possible. Il fallait que ça marche rondement. Quelquefois, je me choquais, bien sûr. Je leur parlais dans le casque, comme on dit. Mais les crises de nerfs à l’emporte-pièce, non. » 1980, Châtelaine, septembre, p. 94.

[...] si tous les couples du monde, masculins ou féminins, auraient ou avaient su se parler main dans la main, [...] dialoguer de leurs pépins « matrimoniaux », s’ils s’étaient, comme dit l’expression, parlé dans le casque, eh bien peut-être y aurait-il moins de Christophe et moins de Barbara en instance d’être sur le bord de se quitter. 1981, Cl. Meunier et L. Saia, Appelez-moi Stéphane, p. 111.

– Au fait, dit-il, où est-ce qu’ils sont passés, les enfants? Marité ne le sait pas [...]. Il est bientôt six heures et aucun d’entre eux n’est rentré. – Ils vont se faire parler dans le cass [sic]! dit-elle. Elle réserve les oignons et sort la poêle bleue, celle qu’elle n’aime pas nettoyer. Elle ajoute : – Ils perdent rien pour attendre! 1987, Fr. Noël, Myriam première, p. 270.

Arranger, chauffer le casque à qqn : réprimander qqn; donner une raclée à qqn.

Se faire arranger le casque. (Voir notam. Dionne).

 Se faire serrer le casque : recevoir une raclée. (Clapin, Dionne).

5

Fam.(En tournure impersonnelle). Ça me prend le casque, ça lui prend tout son casque (ou autres variantes) : cela demande (à qqn) un grand effort, cela exige tout le courage, l’énergie, les ressources (de qqn).

– Tu partiras demain matin avec vingt hommes. Il y a quarante mille billots sur la « branche » de l’est. Aussitôt que la glace sera décollée, vous les « sacrerez » à l’eau. [...] – Boutique de forge! s’exclama le jeune homme devant la perspective de ses responsabilités. Ça va m’prendre le casque! [/] Le lendemain, lundi matin, Trefflé quitta le lac Gore à la tête de ses hommes. 1950, R. Legault, Risques d’hommes, p. 148.

– Nicolas : Écoutez, Ovide... tout ça, c’est oublié, pis vous revenez à la maison, comme avant. [...]. Vous êtez un bon diable... et j’aurais pas dû vous parler comme ça... (soupir). Ça me prend le casque, Ovide, de vous dire ça... – Ovide : Je l’apprécie... je l’apprécie beaucoup... 1962, R. Lemelin, La famille Plouffe, 12 février, p. 3 (radio).

RareSe forcer le casque : faire des efforts, se donner du mal.

– Hector : [...]. Envoye donc... y me semble qu’à travailler pour toi, je serais heureux comme un roi! – Flagosse : [...] Tu te forcerais pas trop ‘le casque’. Sais-tu combien je serais capable de donner à un paresseux comme toi? 1978, M. Riddez et L. Morisset, Rue des Pignons, p. 71.

Histoire

I1Depuis 1753. Par extension du sens de « coiffure rigide destinée à protéger la tête » (attesté en français depuis la fin du XVIe s., v. FEW *quassicare 2, 1435b, TLF); peut-être déjà dans Regnard (1708), d’après GeoffrZigz 1, p. 112-113, mais la généralisation de cet emploi est sûrement d’origine canadienne. Casque a supplanté bonnet (de fourrure) qui était usuel auparavant (attesté au Québec depuis 1675 : un bonnet fourré, dans Asq, C-2, octobre, p. 225). 2Depuis 1767; probablement par extension du sens précédent. Un emploi semblable a cependant été relevé en français du XIXe s. dans la langue familière (v. Larousse 1866 et Besch 1892) et dans la langue argotique (v. DelvArg 1866 « chapeau, dans l’argot des faubouriens », LarchExc 1861 « chapeau rond » et LarchArg 1872 « chapeau d’homme ou de femme, casquette », qui donne cet emploi comme ironique). 3Depuis 1930 (La Presse, 12 juillet, p. 66; annonce : Casques de bain Goodrich).

IIEn France, casque s’emploie, par métonymie, au sens de « tête » depuis le XVIIe s. (v. Fur 1690, Trévoux 1704, Richelet 1732, Robert 1985, TLF). A1Depuis 1879. 2Depuis 1881. B1Depuis 1894 (Clapin). Il en a dans le casque « il a la cervelle un peu brouillée, soit de vin, soit de folie » a été relevé en français du XVIIe au XIXe s. (v. Fur 1690, Richelet 1732, Trévoux 1771, Besch 1892; v. aussi RobHist qui le donne comme archaïque). Cp. de plus avoir son casque « être complètement gris, être ivre » dans la langue argotique et populaire des XIXe et XXe s. (v. DelvArg 1866, LarchArg 1872, VirmArg, FrVerte; ColArg le donne comme vieux). 2Depuis 1894 (Clapin). Cp. en avoir plein la casquette « être excédé, en avoir assez », en avoir ras la casquette « en avoir ras le bol » en français moderne (v. BernFam et RobHist). 3Depuis 1894 (Clapin). Avoir du casque « posséder l’effronterie et la faconde d’un marchand d’orviétan, d’un saltimbanque » a été relevé dans la langue argotique et populaire des XIXe et XXe s. (v. DelvArg 1883, LarchArgS 1889, FrVerte); cp. également avoir le casque « être malin, savoir profiter des occasions » (v. VirmArg). 4Depuis 1980. 5Depuis 1906 (FSPFC).

Version du DHFQ 1998
Pour poursuivre votre exploration du mot casque, consultez notre rubrique La langue par la bande : en avoir plein son casque, parler dans le casque.
Trésor de la langue française au Québec. (1998). Casque. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 6 décembre 2023.
https://www.dhfq.org/article/casque