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CARIBOU [kaʀibu]
n. m.

1

Cervidé de taille moyenne, au pelage brunâtre ou grisâtre marqué de blanc au cou, au ventre et à la croupe, pourvu de longs bois plus ou moins aplatis (chez le mâle et la femelle) et de larges sabots adaptés à la marche en terrain marécageux et sur la neige, commun dans les régions nordiques de l’Amérique et de l’Eurasie (Rangifer tarandus).

1906, BAnQ, Caribous mâle et femelle [image]. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2073037?docsearchtext=caribou [s. d.], J. Pratte, Caribou à la nage [photo], CC BY-NC-ND 4.0, BAnQ. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3158953?docsearchtext=caribou

Troupeau de caribous. Migrations de caribous. Chasse au caribou. Viande, cuir de caribou. Lanières de peau de caribou. Mocassins en peau de caribou.

(En composition). Mousse à ou mousse de caribou : nom donné à des lichens du genre Cladina, en partic. à une espèce d’aspect gris blanchâtre (Cladina rangiferina) dont les colonies tapissent les sols dépourvus d’arbres depuis la forêt mixte jusque dans la toundra où elle constitue, notam. en hiver, la nourriture principale des caribous. (Dans la langue spécialisée). Caribou des bois : sous-espèce de grande taille qui habite surtout la forêt boréale depuis Terre-Neuve jusqu’en Colombie britannique. Caribou de la toundra ou vieuxcaribou des champs, des plaines : sous-espèce de petite taille qui vit dans la toundra entre la baie d’Hudson et le fleuve Mackenzie.

 Viande de ce cervidé.

Manger du caribou, du steak de caribou. Une fesse de caribou.

 Fourrure, peau, cuir de ce cervidé.

(Ancienn.). Souliers, bottes de caribou.

Rem.1. Caribou désigne le même animal que celui que l’on appelle renne en France. Ce mot est également connu au Québec, mais il ne s’emploie en pratique qu’en parlant de la sous-espèce qu’élèvent les Lapons (on le rencontre notamment dans les contes de Noël). 2. Variantes graphiques : (au singulier et au pluriel, jusqu’au milieu du XXe s.) cariboux, (plus rarement, surtout au XVIIIe s.) caribout.

Il [Pierre Du Gua de Monts] avoit envoyé au Roy l’année passée un animal nommé Caribous [sic] qui estoit de haulteur et proportion d’une biche toutefois de corsaige le moins du monde plus gros. Ayant la teste fort petite, et les pieds excessivement larges et gros, pour la proportion de l’animal. Le poil estoit de gris roussastre. 1606, N. Cl. Fabri de Peiresc, doc. reproduit dans La Revue de l’Université Laval, vol. 1, no 4, 1946, p. 288.

Le caribou se chasse au fusil, avec des chiens, à l’attrape, au cri et au collet, quelquefois même à la fosse, lorsque le terrain s’y prête. [...] Les Esquimaux et les Naskuapis [sic] excellent à préparer la peau de caribou, dont ils font des vêtements d’une admirable souplesse et imperméables au froid. Le poil du caribou est dur, cassant et peu solide. Il sert à confectionner des coussins et des matelas. 1900, H. de Puyjalon, Histoire naturelle à l’usage des chasseurs canadiens et des éleveurs d’animaux à fourrure, p. 65.

Indiens et blancs décident de s’avancer jusqu’à une petite sapinière, une trentaine de milles plus loin. Après la marche, ils revoient les cariboux cheminer sur la neige, les plus âgés les premiers, paisibles et doux. C’est un gros troupeau de plusieurs centaines de têtes. Les bêtes piochent la plaine de leurs sabots et broutent la mousse enfouie. 1938, L.-P. Desrosiers, Les engagés du Grand Portage, p. 112.

[Il] faut qu’un homme, ses raquettes soient légers, il faut pas que ça soit pesant pour courir le caribou. Comme quand il court avec ses pieds. Ça fait [que] quand il est léger, il a la chance d’attraper le caribou, pis il a de la chance de tirer plusieurs. 1959, Uashat (Sept-Rivières), AFEUL, G. Landry 193 (âge de l’informatrice : 78 ans).  

Il [Orok] portait, pendues à sa ceinture, deux belles oies blanches et, sur son dos, le meilleur quartier d’un caribou abattu la veille. [...] Sans demander d’autorisation, il se pencha, fit du feu, enveloppa un bon morceau du caribou en de la mousse et se mit en frais de le faire braiser doucement. 1961, G. Roy, La montagne secrète, p. 105.

En m’avançant vers mes compagnons [montagnais], je vis Sylvestre en train d’assommer son caribou qui bougeait encore. Théophile, debout près de lui, suivait la scène avec une grande attention. Immédiatement, Sylvestre ouvrit la gorge de l’animal, et mes deux Indiens se précipitèrent dans le sang chaud des jugulaires, s’abreuvant à longues lampées pour apaiser leur étrange soif. 1974, P. Provencher, Provencher, le dernier des coureurs de bois, p. 50.

– Le caribou, il y en a eu bien du caribou, direct ici à La Tuque, tout partout! Il y en avait en masse du caribou avant. Et puis, c’est la nourriture qui les fait pousser dans le nord. Le caribou, lui, vous savez, la mousse qu’il y a après les arbres, il y a de la mousse après ça, après les arbres, là? C’est sa nourriture ça. – Mais, il y en a plus actuellement de caribous ici. – Bien, il y en a encore, là-bas, là, au lac Buade. Mais ça, c’est avant la baie James. La baie James, il y en a terriblement encore là que il y en a qui montent en avion là pour prendre leur portrait, ils voient les ravages, ça se tient par lots, pareil comme des animaux domestiques, toutes [= tous] par gros lots ensemble. 1980, La Tuque, AFEUL, S. Fournier 293 (âge de l’informateur : n. d.).

Région.Mocassin de cuir de caribou muni d’une tige plus ou moins haute, qu’on lace sur le devant. 

Pour le dimanche il [l’enfant] a des ‘caribous’ achetés. 1960, N. Dawson, La vie traditionnelle à Saint-Pierre (Île d’Orléans), p. 72.

2

Boisson traditionnelle faite d’un mélange de vin rouge et d’alcool, de nos jours consommée surtout pendant les périodes de réjouissances (carnaval, fêtes, parties de sucre, etc.).

2022, TLFQ, Bouteille de caribou [photo].

Une bouteille de caribou. Du petit caribou. Prendre un petit coup de caribou, un petit verre de caribou pour se réchauffer.

Rem.Cette boisson, autrefois de fabrication domestique, est commercialisée sous ce nom par la Société des alcools du Québec depuis 1976.

Et c’était là le pays de l’avare. Ici, à deux pas de la maison natale, l’hôtel Godmer, où mon père, entre deux articles, allait déguster son caribou (boisson explosive, alcool diabolique, élixir des braves et des draveurs); il buvait, tout en commentant les derniers discours de Chapleau et de Mercier [...]. 1936, Cl.-H. Grignon, Précisions sur « Un homme et son péché », p. 49.

Quand ses chiens filent pas, Jos Hébert s’en doute Il sort sa bouteille de petit caribou Il leur paye la traite puis s’en verse une goutte Il chante un petit air puis envoye Pitou... 1967, G. Vigneault, Les gens de mon pays, p. 28 (chanson).

Bien le Noël là, oui, cette journée-là, c’est la seule journée qu’on avait de congé, c’était Noël. Les Rois, le jour de l’An, ça on travaillait [dans les chantiers], comme les autres jours. On n’avait pas le temps de s’ennuyer. Pis, à Noël, bien vois-tu, des fois, bien on se montait un petit caribou, pis quand on avait fret ou quelque chose, qu’on se mouillait, bien on en prenait. Pis des fois, bien il nous en restait, un petit peu de caribou. 1970, Saint-Évariste (Frontenac), AFEUL, Dulong 1 (âge de l’informateur : 68 ans).

Horace rinça l’unique verre qui restait dans l’armoire et y versa une rasade de caribou. Il tendit le verre au curé encore blême qui était en train de replacer son collet romain sous son veston. – Vous allez voir, ça fait du bien, ça délie le gorgoton. [/] Le curé, la tête renversée vers l’arrière, prit une lampée du liquide brunâtre, couleur de thé. Il exhala un soupir profond pour chasser la sensation de brûlure qui s’était emparée de ses muqueuses. Ses joues s’enflammèrent, montrant un fin réseau de veines pourpres. 1974, M. Moussette, Les patenteux, p. 34.

J’sais pas pourquoi, j’ai levé la tête... peut-être pour vérifier si la lune était encore là [...] pis... j’ai vu un canot d’écorce déboucher d’en arriére d’la montagne avec huit gars qui ramaient dans le ciel en chantant... Un canot d’écorce rouge feu avec des coutures qui ressemblaient à des étoiles... Ça chantait à tue-tête, là-dedans, pis ça levait des bouteilles de caribou, pis ça buvait... 1978, M. Tremblay, La grosse femme d’à côté est enceinte, p. 291.

Dans le temps du carnaval, un bon coup de caribou aide à oublier le froid. Un peu trop souvent. Et pas toujours de la bonne façon. Mais il reste qu’un des plaisirs de l’hiver, c’est le bon petit « réchauffant ». 1984, L’Actualité, janvier, p. 74.

Histoire

1Depuis 1606 (caribous, au sing.). Mot d’origine algonquienne*. On considère généralement que caribou vient, plus précisément, d’un mot de la langue micmaque signifiant littéralement « pelleteur » ou « gratteur », par référence à l’habitude qu’a cet animal de creuser dans la neige avec ses sabots pour atteindre le lichen (appelé communément mousse à caribou) dont il se nourrit. Le mot micmac a été relevé sous la forme kăleboo, à la fin du XIXe s., par S.T. Rand qui établit en outre un rapport avec kâleboode « pelle » (v. Rand, s.v. carribou et shovel, et RandMicmac 43, kâlebŏŏ; v. également ChambCar 587-588, GanPlants 208, WrightCar 353-356, et FEW algonquin kalibu 20, 60b); cp. en outre galipu « caribou » et galiputi « pelle », relevés de nos jours chez les Micmacs de Restigouche (v. DeBlois 50). En français, le mot figure dans les dictionnaires depuis Trévoux 1721 pour désigner le renne du Canada (parfois sous la forme cariboux, v. par ex. Laveaux 1828 et Littré; v. aussi Robert 1985 et RobHist qui précisent que l’orthographe avec x a été supprimée par l’Académie en 1878). Depuis Littré, certains dictionnaires relèvent en outre caribou au sens de « mousse » (v. Guérin, Besch 1892, Larousse 1897-1928, Quillet 1937-1948, TLF et RobHist); il s’agit d’une erreur résultant d’une mauvaise interprétation d’un passage donné dans LittréS, s.v. caribou : on ne rencontre qu’une espèce de mousse dite mousse caribou, qui couvre les rochers. Du français canadien, caribou est passé en anglais au XVIIe s. et il ne s’est fixé sous cette orthographe qu’après avoir connu diverses variantes propres à cette langue (caribo, carraboo, carriboo, etc.); il est relevé dans la plupart des dictionnaires nord-américains et britanniques (v. Craigie : « The native North American reindeer »; DictCan, Gage 1984, OAD 1980, Webster 1986; v. également Cobuild 1993 et Cod 1990). Mousse à (de) caribou, depuis 1866 (dans H. Tremblay (éd.), Journal des voyages de Louis Babel 1866-1868, 1977, p. 32 : mousse de cariboux); d’après l’anglais nord-américain caribou moss (lui-même attesté depuis 1857, v. DictCan, Mathews s.v. caribou, DARE et Webster 1986). Caribou des bois (depuis 1887) et caribou de la toundra (depuis 1931), d’après l’anglais woodland caribou (ou woods caribou) et Barren Ground(s) caribou (v. DictCan, Webster 1986). 2Depuis 1906 (FSPFC). L’origine de cet emploi est obscure. Selon une hypothèse répandue (qui relève peut-être de la légende), les coureurs de bois buvaient le sang de caribou, à l’exemple des Amérindiens (v. l’ex. de 1974, sous le sens 1), mais ils y ajoutaient de l’alcool pour en faciliter l’ingestion; par la suite, le sang aurait été remplacé par du vin rouge (v. à ce sujet Le Soleil, 7 février 1976, p. C11; ibid., 1995, p. A3, et R. Tremblay, Un pays à bâtir, 1977, p. 139). Cet emploi est attesté dans des textes en langue anglaise où il est question du Québec (v. DictCan).

Version du DHFQ 1998
Trésor de la langue française au Québec. (1998). Caribou. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 16 juillet 2024.
https://www.dhfq.org/article/caribou