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CAPELAN [kaplɑ̃]
n. m.

Rem.

Variante graphique : (plus rarecaplan.

  

Petit poisson de mer argenté (Mallotus villosus, fam. des salmonidés) apparenté à l’éperlan, à chair estimée, qui vient frayer près des rivages sablonneux où on le ramasse souvent en grand nombre.

Du capelan. Des bancs de capelans.

Capelan sec, consommé séché. Le capelan roule, est déversé par les vagues sur le rivage, à l’époque du frai. Le temps du capelan, qui survient à partir du printemps et qui annonce l’arrivée de la morue. Le Frolic du Capelan, à Sept-Îles : grande fête qui se tient à Sept-Îles dans le temps du capelan.

Rem.1. L’appellation capelan a été normalisée par le BNQ et par l’OQLF (voir BNQ-Pêches2 11, et OLF-Avis4, no 269). 2. En France, le mot désigne un petit poisson marin, de la même famille que la morue, qu’on ne retrouve pas sur les côtes atlantiques de l’Amérique du Nord.

Le Capelan est un habitant des mers du Nord; il ne se porte jamais au Sud au delà de Terreneuve. Il se montre dans le Golfe au mois de Juin, et souvent en bancs si considérables, qu’on le prend avec des seines à mailles étroites pour engraisser la terre. C’est le meilleur appas qu’on puisse employer pour la Morue, aussi les pêcheurs disent-ils : « beaucoup de Capelan, beaucoup de Morue; point de Capelan, point de Morue. » Le Capelan se montre d’ordinaire sept à huit jours avant l’arrivée de la Morue. 1876, L. Provancher, dans Le Naturaliste canadien, vol. 8, no 4, p. 98.

On allait au capelan pour semer des patates. Tu sauvais du capelan, pis j’ai vu des fois le capelan rouler assez au bord pour sauver cent minots de capelans dans une heure. Ça voulait dire qu’avec cet engrais-là de cent minots de capelan, on pouvait engraisser au moins trois arpents de terre pour semer des patates. 1970, Saint-Fabien-sur-Mer (Rimouski-Neigette), AFEUL, G. Dulong 36 (âge de l’informateur : 70 ans).

« Le capelan ‘territ’! Le capelan ‘territ’! Il arrive! Il arrive! » Tous les hommes, toutes les femmes et tous les enfants partirent d’un même élan [...] jusqu’à l’eau. On courait, on sautait, on criait, et de partout, une multitude de faisceaux de lumière tentaient de percer l’âcre noirceur de la mer. Puis tout à coup, l’un de nous cria : « Regardez! Regardez! » Au large, au bout de sa lumière, juste avant les ténèbres, des dizaines, des dizaines et des centaines de capelans bondissaient hors de l’eau d’un seul trait, à intervalles courts et réguliers. Bientôt, sur toute la longueur du rivage, on verrait au travers de l’hystérique cueillette du capelan, l’insolite frétillement des feux [de grève] sur des milliers de petits ventres incandescents. 1976, Québec Chasse et Pêche, mai, p. 67-68.

Heureusement, il y avait [tout autour de la Gaspésie] plein de moutons sur les collines, des bois grouillants de lièvres et de chevreuils et des eaux où l’éperlan et le capelan passaient en « bancs » miraculeux. Certains soirs où la lune argentait la mer, tout à coup une énorme tache se répandait, noire comme de l’encre, éteignant tous les reflets. Chacun prenait un seau et courait à la grève. 1986, R. Lévesque, Attendez que je me rappelle..., p. 95-96.

L’industrie de la pêche de Terre-Neuve a reçu un autre coup dur hier avec l’annonce par le ministre Crosbie de la clôture de la pêche au capelan. [...] Ces poissons, qui sont une composante importante de l’alimentation de la morue, sont encore trop petits pour la mise en marché, principalement auprès des consommateurs japonais. 1992, La Presse, Montréal, 8 juillet, p. B1.

Histoire

Depuis 1758 (v. Mass no 502, qui cite un document ancien relatif à la pêche à la morue en Amérique : Les batteaux caplaniers doivent être montés de 4 et quelques fois de 5 matelots à cause de la seine pour pêcher le caplan qu’on prend au filet). Par extension de l’emploi qu’on fait du mot en France où il s’applique, depuis le XVIe s., à un petit poisson marin apparenté à la morue dont on connaît deux espèces, notamment l’espèce Gadus minutus qui est pêchée dans l’Atlantique Nord et qui est utilisée comme appât pour la pêche à la morue (v. FEW cappella 2, 286b, Littré, TLF; le mot s’est écrit aussi caplan autrefois, v. par ex. Besch 1847, Littré, Larousse 1897). Les dictionnaires de France ont noté cette extension d’emploi dès le milieu du XIXe s. (v. par ex. Besch 1847 : « Nom vulgaire de divers poissons de Terre-Neuve et autres parages, ressemblant plus ou moins au véritable caplan », texte repris dans Besch 1892), d’où les appellations capelan d’Amérique (Larousse 1866) et capelan de Terre-Neuve (Larousse 1928-1987, Académie 1994; Mass no 502 relève cette appellation dès 1827 dans une source française) qu’on trouve dans ces ouvrages. Capelan (et variante caplan), en parlant du Mallotus villosus, figure en outre comme mot vedette dans certains dictionnaires de l’anglais nord-américain publiés entre 1860 et le début du XXe s.; par la suite, la plupart des dictionnaires anglais mentionnent l’une ou l’autre de ces formes, comme variantes, sous les entrées capelin ou caplin, qui sont les formes usuelles du mot (v. Worc 1860, Ogilvie 1883, Webster 1890-1939, Funk 1909 et EncDict 1898; v. également OED). Certains de ces dictionnaires (par ex. DictCan, FunkC 1976, AHD 1981, Webster 1986) suggèrent que le mot anglais capelin serait issu du français canadien. Or, l’anglais capelin est attesté depuis 1620, soit plus de 130 ans avant la première attestation du mot capelan en français dans un contexte nord-américain. Bien qu’il soit évident qu’il y a eu, depuis le XIXe s., influence de la forme canadienne-française capelan (caplan) sur le mot anglais capelin, cette donnée invite à envisager une autre explication quant à l’origine du mot anglais. Ce dernier pourrait en effet provenir du portugais capelinas qui désignait le même poisson à l’époque où les pêcheurs européens se côtoyaient dans le golfe du Saint-Laurent, ce qui expliquerait la finale -lin; c’est en effet au mot portugais qu’on fait référence pour la première fois où il est question de ce poisson dans un texte anglais (v. la citation de 1600 du géographe britannique R. Hakluyt dans DNE, s.v. caplin).

Version du DHFQ 1998
Trésor de la langue française au Québec. (1998). Capelan. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 24 mai 2024.
https://www.dhfq.org/article/capelan