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BOUETTE [bwɛt]
n. f.

Rem.

Variantes graphiques : (XIXe s.) boëtebouète, boète, boite, boitte.

1

RuralMélange pâteux préparé pour les animaux de la ferme au moyen de divers aliments (grains moulus, herbes, tubercules, etc.) réduits en une sorte de bouillie.

Bouette à cochons. Bouette de son, d’avoine, d’orge, de blé d’Inde. Bouette chaude, tiède.

Item un petit baril à mettre la boette aux cochons [...]. 1749, Montréal, AnQM, greffe A. Foucher, 3 juillet.

Un peu de carottes, si vous en avez, fera un grand bien à vos chevaux, et surtout aux poulins [sic]. Donnez peu de grain, et qu’il soit moulu. Une bouette échaudée, contenant du son en grande partie et un peu d’orge moulue, est peut-être ce qu’il y a de mieux; joignez‑y du bon foin de trèfle et une abondante litière. 1875, É. A. Barnard, Causeries agricoles, p. 42.

Pendant les premiers quinze jours [suivant la naissance des cochonnets], la truie doit être nourrie de manière à demeurer toujours en bon appétit; et on ne peut lui donner rien de meilleur ou de plus appétissant qu’une bonne boëte de grosse farine ou de recoupe [...]. 1886, La Gazette de Joliette, 8 octobre, p. [3].

En hiver, afin de les entretenir en bonne santé et pour enrichir les foins et les pailles dont vous nourrissez vos vaches, ajoutez soir et matin des bouettes d’orge, d’avoine, de pois, de blé d’inde ou de son de blé, des légumes, des patates cuites ou crues [...]. 1891, J. E. Pouliot, Notions d’agriculture, p. 126.

Si vos volailles ne sont pas habituées à la pâtée (bouette), enfermez-les une huitaine de jours dans une loge, une cour étroite et habituez-les graduellement à la pâtée, en la leur donnant d’abord un peu épaisse, afin de ne pas provoquer de diarrhée. 1913, J.‑A. Gaulin, Le secret du succès en aviculture, p. 63.

On ne peut pas s’attendre à ce que le poulain se développe sur une ration de foin seule. De l’avoine broyée ou roulée avec un peu de son et une bonne qualité de foin mélangé, fait une ration de croissance idéale. Une bouette de son le samedi soir, avec une cuillerée à thé de salpètre, assure le bon fonctionnement des intestins. 1940, Le Courrier de Saint-Hyacinthe, 23 février, p. 7.

Les vaches traites, il nous restait encore à faire le « soignage » complet. L’un se dirigeait vers le poulailler avec un plat de pâte chaude vers lequel couraient gauchement les poules, en s’aidant de leurs ailes battantes. Un autre, armé de deux pleins seaux de « bouette » fumante allait avec précaution, vers la soute aux gorets. […] les cochons blanc terne saluaient l’arrivée de leur souper en hurlant comme des perdus. 1967, E. Hains, Quand nous allions faire le train, L’action populaire, Joliette, 13 décembre, p. 5.

Le blé d’Inde en farine ou même en grain engraisse bien les cochons et les volailles. Il remplace avantageusement l’avoine pour les chevaux, mais il vaut mieux le casser, parce qu’il use les dents. Les bouettes de farine de blé d’Inde, seule ou mélangée de patates cuites, conviennent aux vaches, aux bœufs de travail, aux moutons, etc. 1973, Mainmise, avril, p. 36.

Ou bien donc encore, on mettait du son dans la bouette des cochons [...]. Bien, on faisait cuire des patates, là, des petites patates à cochon, qu’on va dire, là, on faisait cuire ça dans un grand chaudron de fonte, là, puis on écrasait ça, puis on mettait toutes les lavures de vaisselle. Dans ce temps‑là, il y avait pas de savon. On lavait la vaisselle, là, pas de savon. Les lavures de vaisselle, c’est tout les cochons qui ramassaient ça. Il y avait certains gras là‑dedans [...]. [...] Puis là, on mettait du son là‑dedans ou de la moulée, un quart de moulée d’avoine, là, puis on brassait ça. Ça faisait une bouette, une bouette épaisse. 1977, Saint-Narcisse-de-Rimouski (Rimouski-Neigette), AFEUL, Cl. Poirier 31 (âge de l’informateur : 71 ans).

On avait adjoint à l’arrière du fournil une petite construction. Elle servait à l’élevage des porcs qui disposaient, à l’extérieur côté sud-ouest, d’une petite cour où ils pouvaient sortir en été et en automne. Il y avait dans cette section du fournil une auge qui recevait la nourriture des porcs. On appelait leur nourriture de la bouette. Elle se composait de céréales moulues placées dans de l’eau chaude et occasionnellement de restes de table. 2015, M. Dumais, Mémoires, p. 11.

(Dans une comparaison). Au réfectoire, c’était interdit de laisser de la nourriture dans son assiette. Mais les repas de l’orphelinat donnaient des haut-le-cœur à Gérard. « On aurait pu couper le gruau au couteau. C’était une bouette à cochon. […] » 2020, P. Plamondon Lalancette, Des vies marquées par l’orphelinat de Chicoutimi, Société Radio-Canada (site Web), Récits numériques, 28 septembre.

Fig.

[…]la province la plus industrialisée du pays et celle qui attire en ce moment le plus grand nombre de nouvelles industries, c’est précisément Ontario, la province des plus hauts salaires. Tout ce que dit M. Duplessis pour nous faire oublier ce fait (qu’il est maintenant seul à nier, avec ses valets), ce n’est que de la bouillie pour les chats… à moins que ce ne soit… de la « bouette » pour les veaux. 1959, L’Avenir du Nord, Saint-Jérôme, 30 avril, p. [1].

 (Hapax). RuralBouettée n. f. Portion de bouette.

Depuis le jour où, petit goret rose qui vient de naître, […] ce héros n’eut qu’une pensée en sa vaste cervelle, une seule ambition au cœur : arrondir le plus possible l’une de ses extrémités – sa péroraison – pour la voir un jour transfigurée en tourtières. Ce noble espoir qui le gonfle d’orgueil, s’affirme coquettement dans le tire-bouchon de sa queue, il chante dans sa voix émue et sonore, il s’exprime en cris d’impatience quand les repas se font attendre ou que les lavures et les bouettées se trouvent moins riches en son. 1924, Le Canadien, Thetford Mines, 31 décembre, p. [4].

2

Par ext.Fam., péjor. Tout aliment, toute préparation ou tout mélange peu appétissant dont la consistance, l’aspect rappelle la bouette qu’on donne aux animaux.

 RareAliment, boisson au goût désagréable.

 chiard (sens I); gibelotte (sens I.2).

Les dyspeptiques deviendraient des oiseaux rares, si on voulait : 1° Manger avec modération. 2° Manger à des heures régulières, en mastiquant bien, en insalivant longuement et en ne buvant rien en mangeant. (À ce propos, se défier des « bouettes » ou brouets telles que soupes, ragoûts, « pain dans du lait », pain avec confitures, etc., autant de choses qu’on mange sans les insaliver assez, parce que ça glisse bien dans le dalot.) 1920, A. Nadeau, Rôle de l’alimentation naturelle chez la jeune mère, [quatrième de couverture].

J’ai pas trouvé ça bien bien diable [le repas]. [...] C’est tout des affaires de caribou qu’ils faisaient une bouette avec ça. [...] De la moelle de caribou, puis ils mettaient ça dans la... dans des vessies, là. 1959, Sept‑Îles (Saguenay), AFEUL, G. Landry 153a (âge de l’informateur : n. d.).

C’était pas fort comme mangeaille, de la bouette à chats t’aurais dit [...]. 1973, M.‑Cl. Blais, Un Joualonais, sa Joualonie, p. 182.

Comme une genoise ne contient pas de poudre à lever, les œufs remplacent la levure. Il faut donc les garder très légers. C’est un petit désastre, si on ne fait pas attention. Moi, j’appelle ça une « bouette ». 1980, Le Journal de Québec, 5 janvier, p. 11.

De la « bouette » pour déjeuner [titre] Je vous ai déjà fait l’éloge du smoothie vert. Mais il y a des matins plus matinaux où, pour éviter de tirer toute la petite famille des bras de Morphée, j’évite le mélangeur. […]. Ces matins‑là, je me prépare ce que mon chum appelle « une bouette ». Jusqu’à maintenant, les matins de « bouette » devaient être prévus d’avance : trempage de flocons de céréales dans du lait de noix ou du yogourt toute la nuit, avec pomme râpée, fruits secs et noix. 2009, Cyberpresse [site Web], 19 novembre.

Personnellement, le seul truc que j’ai trouvé pour affronter une rage lipidique est d’essayer de me convaincre que la nourriture santé est savoureuse (ça, ça va) et que la « junk » n’est pas si délicieuse (ça c’est dur!). Je suis aussi les conseils d’une nutritionniste (par étape… je ne suis pas encore prêt pour du quinoa sauté au gingembre sur lit d’aubergine à la bouette) et la décroissance encourageante de mon pèse-personne me permet de garder le cap sur un objectif à long terme. 2019, Beauce Média, Sainte-Marie, 23 octobre, p. 8.

Histoire

Du latin bibita « boisson » (v. FEW 1, 350b‑351a), peut-être avec l’influence de bouette1.

1Depuis 1749. Héritage des parlers de France; relevé dans le Nord-Ouest et le Centre (ibid.; v. aussi DudPerch, s.v. boitte). 2Depuis 1890 (dans une illustration du journal Le Samedi, Montréal, 22 mars, p. 9 : « Pouah! Quelle est cette bouette! »).

 bouetter.

Dernière révision : septembre 2022
Trésor de la langue française au Québec. (2022). Bouette2. Dictionnaire historique du français québécois (2e éd. rev. et augm.; R. Vézina et C. Poirier, dir.). Université Laval. Consulté le 18 avril 2024.
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